‹ Six lectures sur l'annexion du Canada aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 9 sur 37 · EE · texte numérisé non relu

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vant, d’un systéme politique sous lequel les hommes publics d’un pays sont forcés de dire journellement le contraire de ce qu’ils pensent en secret, ou, en d’autres termes, ne peuvent être dans la vie ‘publique, ce qu’ils sont dans la vie privée, d’honnêtes gens? Qu’attendre de bon d’un système qui a pu fausser à ce degré, dans les masses comme chez les individus, le sentiment du devoir, les notions du juste et de l’injuste ; qui à fini, en un mot, par étoufier, anéantir cet être moral que l’on nomme la conscience publique ?

D'ailleurs, qu’est-ce qu’on décore, dans ce pays, du titre d'institutions ? Des lois faites hier pour être changées demain !! des lois dans lesquelles on n’a tenu aucun compte, des positions géographiques, des besoins généraux, des droits politiqres, des idées reçues, des habitudes, et même du langage du peuple auquel on les destinait ! !

Tout ce qui n’a aucun caractère de stabilité ou de fixité, tout ce qui n’est ni l’expression de la volonté générale, ni Pexpression des idées communes qui prévalent. chex un peuple ; tout ce qui n’a ni racine dans les mœurs publiques, ui importance avouée dans les opinions individuelles ; tout ce qui, dans le systême politique, peut être modifié, altéré, détruit, sans qu’il s’en suive une perturbation dans l’ordre social ; tout ce qui surtout dépend, non des volontés locales, mais d’une volonté étrangère sur laquelle celles-là n’ont aucun contrôle, tout cela ne mérite pas le nom d’institutions politiques, et ne constitue pour un peuple qu’une manière d’être plus ou moins précaire ; un mode d’existence vague, exceptionnel, transitoire, qui n’a ni objet utile ni bons résultats possibles !

Ainsi, Messieurs, il n’existe pas, à proprement parler, en Canada, d’institutions politiques.

Ce que nous avons c’est un système bâtard et menteur, une pure rouerie administrative, une véritable filouterie de bureau : on nous a donné cela sans nous consulter, on peut nous l’ôter de même ! Quelques lois mal digérées et appliquées sans intelliger.ce, qui ne forment en réalité, qu’uue espèce de Babel législative incompréhensible pour ceuxlà même qui l’ont élevée, ne constituent pas nécessairement un bon systême politique ! !

Tout cela n’a pu être rêvé que par des fourbes ; imposé que par d’impudents despotes ; accepté de confiance que par

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des hommes d’une crédulité à toute épreuve et qui auraient du faire toute autre chose que de la politique ; approuvé que par des intrigants, admiré que par des esprits voyés aux plus déplorables illusions, proné, vanté, présenté comme la réalisation de la vraie liberté politique, que par des traitres.

Jusqu’à 1847, le Canada, tout mal gouverné qu’il fut, trouvait encore une certaine compensation à ce malheur dans la protection qu’il trouvait sur les marchés Anglais. Jusqu’à 1847 l’Angleterre rendait à ses colons la justice de les traiter mieux que les étrangers, que les nations ses rivales: enfin, elle reconnaissait de fait qu’elle avait certaines obligations à remplir envers eux.

Aujourd’hui, Messieurs, tout est changé ! L’Angleterre à cessé de nous protéger ; elle a mis les étrangers snr le même pied que nous sur ses marchés : elle a détruit, par là, notre commerce ; elle a donc déclaré de fait qu’elle n’avait plus de devoirs à remplir envers le pays. Or l’Angleterre s’affranchissant, guidée par son intérêt, de ses devoirs envers nous, elle nous affranchissait, par là même, de ce qu’elle considérait être nos devoirs envers elle. Par cela même qu’elle sacrifiait nos intérêts aux siens, elle nous signifiait que pour l’avenir nous devenions libres de l’imiter : elle nous signifiait que nous devions, dorénavant, nous protéger nousmêmes ; que nous pouvions chercher ailleurs les avantages, la protection qu’elle nous retirait !

Si le gouvernement des colonies était autre chose qu’une püte affaire d’égoisme, d’orgueil, d’intérêt, d’ambition : si, en Angleterre, on se croyait le moins du monde obligé de favoriser leurs intérêts ; si on y attachait la moindre importance à les satisfaire, à les bien gouverner, à promouvoir leur prospérité intérieure, on eût de suite pourvu aux moyens de leur accorder une compensation pour ce qu’on leur ôtait. Mais non, le contentement, la prospérité des colons sont la dernière chose dont les ministres ou les Chambres s’occupent. Quand la métropole prospère, quand ses manufactures sont alimentées, quand elles trouvent des débouchés pour leurs “pioduits, qu'est-ce que cela fait qu’une colonie soit ruinée par une mesure dont la métropole tire d’immenses profits ? Dé quelle importance sont les intérêts de la colonie en com- ‘päräison de ceux de la métropole ?

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D'ailleurs une colonie n’est-elle pas, relativement à sa métropole ce qu’est le satellite relativement à la planète dont il dépend? N’a-t-elle pas, comme lui, un orbite rigoureusement tracé, circonscrit ?

N’est-elle pas fatalement entrainée à la suite de sa métropole, et obligée d’en subir les malheurs sans jamais en partager les prospérités et les gloires ?

L’Angleterre, en établissant la liberté de commerce, a sans doute fait faire un pas immense à l’économie politique ; et pour le progrès général du monde, je me réjouis de cette mesure. Les relations internationales devenant plus faciles, plus étroites ; les intérêts généraux des différents peuples se trouvant désormais plus intimement liés, les chances de suerre sont grandement diminuées pour l’avenir, et la paix du monde civilisé ne court presque plus de risques.

Mais comment se fait-il que quand, d’un côté, l’Angleterre adopte des vues si larges, et se montre si sensée, si véritablement pratique, elle fasse preuve de l’autre, de tant de petitesse, de tant de mesquinerie, de tant d’ignorance? Comment se fait-il qu’alors qu’elle adopte le système de libéralité le plus étendu possible envers les autres nations, elle se montre si indifférente, si tyrannique même envers ses colonies qu’elle ne pense nullement à leur donner un équivalent pour la protection qu’elle leur retire? Comment se fait-il enfin qu’elle soit si progressive dans sa politique générale et si rétrograde dans sa politique coloniale ?

Cela vient, Messieurs, de ce qu’en politique comme en affaires, on pense à soi avant de penser aux autres! Cela vient de ce qu’en politique comme en affaires, on ne s’occupe que de ses propres intérêts, sans jamais s’inquiéter de ceux des autres! Cela vient de ce qu’invariablement, dans le monde, on agit d’après le proverbe : “ Charité bien ordonnée ‘“ commence par soi-même.” Cela a toujours été et sera toujours.

On se fait d’abord tout le bien que d’on peut; et puis, s’il y a du reste, eh bien, on le donne quand on ne le jette pas ! Et ce qui me paraît totalement inexplicable, c’est qu’il y ait eu, c’est qu’il y ait encore, en Canada, des hommes qui s’obstinent à croire aux bonnes intentions, aux sympathies de VAngleterre envers ce pays! Je crois que l’on peut très jus-

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tement reprocher à tous nos hommes politiques, d’avoir, depuis dix ans, commis une faute inexcusable, en se laissant persuader que l’Angleterre avait le désir de nous gouverner d’après nos vœux et nos besoins !

Retirer aux colonies toute protection sur les marchés métropolitains, c’était leur dire : L’heure de la séparation est arrivée.” Voilà ce que l’on a compris ici, eton ne pouvait pas tirer d’autre conclusion logique que celle-là : mais on a vu bientôt que le servilisme ministériel ne comprenait rien à tout ce qui n’est pas intrigue, bassesse, iâcheté !

La démarche des annexionistes n’était qu’une conséquence toute naturelle de la politique adoptée par l’Angleterre ; mais on leur a prouvé bien vite, que sous le gouvernement responsable, être logique et honnête, c’était être séditieux ! !

Il y a, de l’aveu de tout le monde, similitudes de tendances sociales, de besoins généraux ; convergence mutuelle d’intérêts politiques, commerciaux, industriels, entre les Etats-Unis et le Canada. Ces deux grandes sections de l’Amérique sont évidemment destinées, ne serait-ce que par la configuration topographique de ce continent, à ne faire qu’un seul et même pays.

Nul obstacle infranchissable, nulle barrière naturelle ne les sépare. La grande artère navigable qui les divise semble bien plutôt destinée à les unir commercialement, qu’à être la ligne de démarcation de deux nationalités. Le St. Laurent leur est également nécessaire ; et d’ailleurs, dans nos climats, la nature se charge de souder ses rives pendant plusieurs mois de l’année. On dirait qu’elle veut nous faire sentir que ce beau fleuve doit être, pour les deux pays, un lien et non une frontière.

En un mot notre situation est un solécisme en politique comme un paradoxe en géographie !

L’ordre de la providence a été détruit, ou plutot dérangé momentanément par les combinaisons, les folies humaines. L’Américain qui vit sur le bord des grands lacs ne peut pas se rendre à la mer par la voie que Dieu lui-même lui a tracée : 1l faut qu’il creuse une immense rivière artificielle de 400 milles de longueur qui déjà ne suffit plus à l’incroyable développement de son industrie. L’habitant des bords du lac Champlain est, lui aüssi, obligé de forcer la nature pour

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remédier à la violation des lois providentielles exercée par les ambitions, les rivalités nationales. Et rela, pourquoi ? Parceque l’Angleterre, après avoir été chassée de possessions immenses, qu’elle avait pourtant mieux gouvernées qu’elle n’a gouverné le pays, a dit à ses anciens colons : “ Ce fleuve “ que Dieu a donné à l’ouest de l’Amérique pour communi- “ quer facilement avec le monde, je le ferme : s’il vous était “ ouvert, ma colonie du Canada progresserait trop vite ; et “ vous en tireriez pour vous-mêmes d’énormes bénéfices: eh “ bien, il restera là, inutile au commerce, détourné de sa des- “tination, fermé à votre industrie qui m’alarme, à vos vais- “ seaux qui deviennent trop ngmbreux ; car plus longtemps “ il vous sera interdit d’y naviguer, plus longtemps ma domi- “ nation sur le nord de l’Amérique sera assurée.??

Eh bien, Messieurs, supposons pour un instant qu’en 1812 le pays eut été assez éclairé pour s’affranchir de l’erreur de l’obéissance passive et pour être exempt de préjugés contre les institutions républicaines ! Supposons que nous n’ayions pas commis la déplorable faute de combattre pour conserver le slorieux privilège d’être des sujets de l’Angleterre, pour obtenir l’inestimable bonheur de rester les seuls colons de l’Amérique: supposons enfin que nous fussions alors tombés dans la grande. confédération Américaine ; n’est-il pas évident que le canal de l’Erié n’aurait pas été creusé? N’est-il pas évident que si les produits de l’Ouest avaient pu être exportés par le St. Laurent, l’Etat de New-York n’aurait jamais pensé à créer une autre sortie vers la mer, car on ne fait jamais un canal quand on a une rivière à sa disposition ? N’est-il pas surtout très probable qu’on eût pensé à canaliser le St, Laurent vingt ans avant qu’on n’ait pu penser à creuser le canal de Ouest, car la chose était à la fois plus rationnelle, plus facile, et eût produit des résultats bien autrement importants.

Eh bien, pensez un peu Messieurs, à ce que seraient aujourd’hui les Canadas, si le cours naturel des choses n’eût pas été détruit ! Pensez à ce que seraient aujourd’hui les Canadas, si le St. Laurent eut été, depuis quarante ans, ouvert aux vaisseaux Américains, et s’il était aujourd’hui le seul débouché de l'Illinois, de l’Indiana, de lPOhio, du Kentucky, d’une partie de la Pensylyanie, de tout le littoral de l’Etat de

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