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de Virgile qui parle de la descente d’Unée aux enfers. M. Barnebé a passé devant nous, et, arrivé au bas d’une vingtaine de marches, il a pris une torche ipie des employés lui ont remise, et en a fait donner une également a chacun de nous. Nous étions dans
les grands souterrains qu’on nomme caves. De temps en temps quelques flambeaux qu’on apercevait au loin nous prouvaient que nous n’étions pas les seuls a parcourir ce séjour ténébreux; et le plus comique dans tout cela , c’est que chacun de nous avait , au flambeau, un air si pale et si égaré, qu’on aurait pu nous prendre pour autant d’ames du purgatoire.
Ln domestique nous suivait de près avec une trousse sous le bras. Arrivés devant un vieux tonneau, nous nous sommes arrêtés et nous avons vite compris 'a quoi servaient les instrumens chirurgicaux. A la suite d un ordre del’officier, le poinçon a été mis en main, et avec une adresse particulière on a percé le ventre de cette vieille arche devant laquelle un bon buveur n’aurait pas craint de se mettre a genoux. Une jolie fontaine rouge (qui ressemblait a une saignée de la médiane bien pra-
SIX MOIS DE SÉJOUK
tiquée) a servi d’abord à rincer les verres, ce qui ne nous a plus surpris, et puis on en a rempli deux pour nous faire goûter du fameux vin de Porto , très estimé en Angleterre. Dès qu’on avait bu , on jetait impitoyablement le reste à terre , pour remplir une autre fois le verre , et ainsi de suite. Notre passage était marqué par terre, non pas par les cendres de la vieille histoire qu’on raconte aux enfans, mais par autant de demi-verres d’un vin généreux qui successivement allaient arroser le pavé de la cave.
Il y avait a peu près une heure que nous rôdions dans les souterrains , lorsque chacun s’aperçut que l’air devenait trop lourd . Nous avons doncprié notre officier de nous ramener au port; car il est impossible qu’une personne étrangère , eût-elle dix flambeaux pour un, puisse s’y reconnaître; et laissant les 60,000 barils de Porto, nous avons regagné notre logis.