BIRMINGHAM
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Nous venons de quitter un pays où , soit dit en passant, les femmes ne sont guère jolies; et notez que nous avons pu en voir la plupart des habitans le jour de la Saint -Gilles, qui est une fête assez célébrée k Oxford. Le pays qui sépare cette ville de Birmingham présente d’abord quelques vues charmantes, formées par des collines, sur lesquelles un grand nombre de vaches cherchent leur pâturage ; mais a mesure qu’on s’approche de Bir-
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mingham, on commence k apercevoir quelques traces de ce terrain noirâtre et cette campagne obscurcie par une épaisse fumée, qui fait croire, comme le disait mon ami, qu’on vient de quitter le règne de Cérès pour entrer dans celui dePluton.
Nous sommes arrivés k Birmingham a 3 heures de l’après-midi, et j’avoue que l’entrée de la ville nous avait donné une triste idée du reste. Après avoir déposé nos bagages a Hen ancl Chiken hôtel , nous avons commencé k arpenter la ville en tous sens et k rendre les lettres qu’on nous avait données. Nous avons trouvé dans le docteur Lloyd un excellent ami, pour les quelques jours que nous avons pu séjourner k Birmingham.
Cette ville, de cent vingt mille âmes environ, présente un grand mouvement commercial ; elle
est fort bien bâtie , dans son quartier central sur-
tout. Les différentes petites collines qu’il faut monter et descendre en parcourant ses rues, lui donnent un air très gai; ses magasins sont fort jolis , ornés avec beaucoup de goût et bien fournis. Ainsi que dans toutes les principales villes d’Angleterre , les beaux monumens de Birmingham
sont les fabriques et les grandes manufactures ; néanmoins il y a quelques établissemens dont la construction mérite d’être honorablement mentionnée. En première ligne , je placerai la magnifique salle dite de la ville , construite dans le double but d’y discuter les affaires administratives de la ville et d’y célébrer les fêtes par des concerts ; aussi voit-on un grand orgue a l’une de ses extrémités. Le dehors représente un monument ancien , dans le genre de la Madeleine a Paris ; mais, quoiqu’il soit élevé sur un grand piédestal , ce qui en augmente l’effet, il s’en faut qu’il soit aussi grand que le temple parisien. Au reste , le monument de Birmingham n’a point de fronton, et il a été bâti dans un lieu trop resserré pour pouvoir produire toute l’admiration qu’on lui devrait. Ce monument a été achevé dans ces derniers temps.
Il y a maintenant dans cette ville une école de médecine , tout récemment fondée par M. Cox. Son •cabinet d’histoire naturelle et surtout son cabinet inatomique sont encore bien petits; mais avec la patience et la bonne volonté que les Anglais metent a former leurs nombreuses collections , je ne
ne
doute pas que Birmingham ne présente plus tar une école fort bien montée.
Sa bibliothèque médicale est également a sc origine; mais nous y avons remarqué déjà que ques bons livres , entre autres la grande Analom Pathologique de M. Cruveilhier , et la fameus Ostéologie de Monro d’Edimbourg, livre qui pou être ancien n’en est pas moins bon. La ville, ind< pendamment de l’école de médecine , possède u cabinet d’histoire naturelle et de peinture. Le tableaux , en très petit nombre , ne m’ont pas par fort remarquables ; mais , dans la collection de oiseaux rares, nous avons trouvé une grande eloeb remplie ele différentes espèces d’oiseaux de paradi dont je n’ai jamais vu d’aussi beaux ; celui d milieu surtout avait une robe et une taille digne el’être enviées par la femme la plus coquette.
On nous a fait remarquer aussi une statue e; bronze représentant Nelson , élevée au miliei d’un grand carrefour, et le grand marché de Bii mingham. Je dirai, a ce sujet, que les marché» dans les villes d’Angleterre, sont pour la plupail couverts et offrent un aspect aussi neufqu’ori gina
celui surtout de Covenl- Gardai , a Londres , est des plus remarquables. Ils ressemblent aux bazars de Paris, excepté que ceux-ci ont leurs boutiques remplies de bijouterie, chapellerie, meubles, etc., tandis que ceux-l'a n’ont que des fruits, des fleurs et des légumes. Le marché de Birmingham a cent quatre-vingts pas de longueur et environ soixante de largeur.
La grande industrie de Birmingham est celle du fer. Les belles machines a vapeur, les cheminées, les rampes, toutes les ustensiles de cuisine, et en général toutes les formes variées que l’on fait subir au fer fondu, lui sont transmises à Birmingham. Disons pourtant que les grandes manufactures de fer ne sont pas a Birmingham même , mais dans les environs. Dans l’intérieur de la ville on trouve spécialement des manufactures de cuivre , de laiton et d’épingles, dont une surtout (royale de Phipson et fils) suffit a elle seule pour fournir h toutes les femmes d’Angleterre de quoi fixer leurs fichus.
ÎVous avons visité la plus grande de ces manufactures, et le chef lui-même, qui est un ami du
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docteur Lloyd , a eu l’extrême obligeance de nous faire tout voir et de mettre en mouvement la plupart des machines. Nous avons vu d’abord de quelle manière, en fondant ensemble le cuivre et le zinc, on obtient le laiton ; ces mêmes plaques de laiton sont travaillées ensuite dans la même manufacture pour les réduire en rouleau ( ce qui sert aux diflférensornemens faits avec ce métal)ou pour les filer, et alors c’est spécialement au fabricant d’épingles qu’on les débite. On fait également des chandeliers, des pommeaux, des devons de serrures, etc., toujours a l’aide de moules qui ne sont pas à la vérité très gracieux ; il faut dire aussi que c’est surtout avec l’Amérique qu’on trafique ces marchandises, et dans ce pays- l'a , comme en Angleterre , on tient particulièrement a la solidité ; l’élégance est pour eux une chose secondaire. Le cuivre sert principalement a faire de grands et de petits chaudrons qu’on envoie en Afrique avec des plats en étain et en zinc. Ces plats, dits de famille , ont une dimension suffisante pour que vingt personnes a la fois puissent y tremper leurs cuillères a soupe. Le cuivre sert encore a faire des tuyaux pour conduire le gaz et
l’eau qui ne doit pas servir de boisson. Il est vraiment curieux de voir ces différentes pièces passer aux laminoirs; un morceau de fer-blanc de la longueur de trois pieds en a donné plus de trente à la sortie des cylindres. Dans cette manufacture il y a encore une chambre destinée spécialement a fondre des cloches. Une seule machine à vapeur, de la force de cent chevaux, suffît k mettre le tout en mouvement ; et le bruit infernal qu’on y entend suffirait pour ossifier en deux jours le tympan a quelqu’un qui aurait la maladresse de ne pas s’y accoutumer peu a peu.
C’est encore k Birmingham que nous avons vu , pour la première fois, le mécanisme de la sciure du bois par la machine k vapeur. D’abord on passe les planches au rabot pour les égaliser, et j’ai compté qu’une minute, et meme moins, suffit pour qu’une planche soit parfaitement rabotée de tous les cotés; après quoi il s’agit de la scier en autant de parties que l’on désire. La principale scie droite présente trois lames d’un côté et deux de l’autre; elles sont h égale distance et font autant de planches minces parfaitement égales. Deux
minutes suffisent ordinairement a la subdivision de la planche primitive ; mais lorsque le bois est trop épais , c’est a un autre système de scie , dite scie circulaire , qu’on a recours. Une roue de moyenne dimension et dentelée dans toute sa circonférence fait je ne sais combien de tours par seconde. Un homme lui présente une poutre par son extrémité, et le gros morceau de bois est fendu jusqu’à l’autre extrémité avec tout autant de facilité qu’un pain de beurre se laisse traverser par un couteau. En voyant ce mécanisme aussi simple qu’ingénieux , je crois pouvoir affirmer que c’est sans doute a l’inspection d’une pareille machine que MM. Thompson et Charrière doivent l’idée primitive de leur scie a molettes , si utilisée maintenant en chirurgie.
La manufacture d’épingles a été la dernière que
nous avons visitée a Birmingham. La manière de
tendre les fils métalliques, de les couper, de les pointer, etc., n’est certainement pas neuve; mais ce qu’il y a de remarquable ce sont les petits instrumens imaginés pour gagner toujours du temps. De petits enfans sont spécialement occupés a
leur fixer la tête ’ avec des métiers appropriés ; des femmes sont ensuite employées a piquer les épingles dans leurs papiers. Ainsi a chacun selon ses facultés, ou, pour mieux dire, selon ses habitudes ; aussi j’en ai vu des un9 et des autres d’une adresse inconcevable. Ce qui est encore moins aisé à concevoir quand on ne l’a pas vu, ce sont les proportions gigantesques que ce peuple met pour base a tout ce qu’il fait, en commençant par les chemins de fer et finissant par les épingles.
vu.