‹ Sixte-Quint, d'apres des correspondances diplomatiques ineditesChapitre 35 sur 67 · ALBERTO BADOER AU DOGE · texte numérisé non relu

ALBERTO BADOER AU DOGE

Rome, 29 avril 1589.

(Alger et Angleterre.)

.*. <( Le roi d'Espagne, m'a dit Sa Sainteté, en hommes et en argent, est le plus fort de- tous les princes, y compris le Turc; et cependant, en beaucoup d'années, il n'est pas parvenu à réduire les Flandres. Il a permis à la reine d'Angleterre de lui enlever la Hollande et la Zélande et a laissé ravager l'Ile de Saint-Domingue par Drake, qui lui a aussi brûlé vingt-cinq navires pendant qu'ils étaient mouillés dans le port de Cadix, sans parler des dommages que lui a causés le duc d'Alençon. Et à la fin il a perdu sa magnifique flotte, parce qu'il a tenté l'entreprise en temps inopportun. » Le pape prétend n'avoir jamais conseillé la guerre d'Angleterre. Mais il m'avouera, disait-il, avec cette confiance qu'il a en moi, que, pour mettre fin aux déprédations des corsaires, il avait songé à faire Tentreprise d'Alger avec ses galères et avec celles de Florence, de Malte et de Gènes ; qu'à cet efTet il avait conclu un arrangement avec le grand-duc (de Toscane); mais que celui-ci était d'avis qu'il ne fallait pas entrer en campagne sans le concours du Roi Catholique, ne fût-ce que pour ne pas le blesser. Par conséquent , le pape a écrit lui-même au roi, qui a élevé mille difficultés, et proposé de faire la campagne d'Angleterre. Ce n'est qu'à son corps défendant que lui, le Saint-Père, a consenti, et pour ne pas avoir l'air de reculer

devant une entreprise dirigée contre les ennemis de notre religion, il a promis de consacrer à ce but un million d*écus d'or, tandis qu'il est avéré qu'aucun pontife n'a jamais donné plus de 100,000 écus en pareille occasion. Mais il a décidé que le premier payement de 500,000 écus n'aurait lieu qu'après que l'armée espagnole aurait été débarquée en Angleterre, et fixé le reste à 150,000 écus par mois. Il aurait peut-être donné davantage, si les Espagnols avaient agi sérieusement. De plus, il a déclaré expressément qu'il ne donnerait rien si Y Armada n'avait pas mis à la voile dans le courant de septembre. Au lieu de cela, elle n'est partie qu'au mois de mai de Tannée suivante; et maintenant les Espagnols lui demandent de l'argent; mais s'ils ne se conduisent pas mieux, il nç sera pas facile de lui en tirer.

Après s'être longuement étendu sur celte matière, il a mis fin à ses discours...

Arch. Yen. Disp. Roma. fil. 23.

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