GIOYANNI GRITTI AU DOGE
Rome, 23 mai 1587.
(Propos du pape sur les affaires d'Orient, sur Philippe II et
- la reine Elisabeth.)
... J'ai communiqué au Saint-Père les dernières nouvelles de Constantinople. Sa Sainteté pense que la paix entre le Turc et le Sophi (de Perse) n'est plus douteuse, a C'est ainsi, disait-Elle, que les chrétiens ont manqué une précieuse occasion ! La raison commandait d'attaquer les Turcs pendant qu'ils étaient en guerre avec les Persans, ou bien de se tourner contre les hérétiques, puisque ceux-ci ne pouvaient pas alors compter sur la coopération du sultan, tandis que maintenant ils pourront aisément obtenir son appui. Le Saint-Siège contribue pour 800,000 écus par an aux armements du roi d'Espagne qui ne fait rien. Ses galères sont employées au traBc, l'argent de l'Église et le sien sont gaspillés, et la colère de Dieu est évidente, à en juger par les calamités qui ont dernièrç-'
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ment fondu sur le Roi Catholique. En Hollande et en Zélande, la reine d'Angleterre le harcèle; en Flandre, si un jour il prend une ville, il en perd deux le lendemain. Il a souffert des dommages immenses Tan dernier, et il en sera de même cette année-ci. La reine Elisabeth a soulevé contre lui les princes d'Allemagne, les Casimir, les Henri de Navarre. Une femme met le monde sens dessus dessous, et sait tenir tête à tous avec ses propres ressources. Mais s'il y a entre les princes catholiques le moindre sujet de plaintes, non pas pour des faits, mais pour une simple parole, on pousse les hauts cris et on menace de tirer l'épée. » Tout ceci le pape me l'a dit très confidentiellement et je me crois d'autant plus obligé de mander ses paroles, que, par le temps qui court, on ne peut pénétrer les vues du roi (Philippe H) et qu'il serait très possible que ses grands armements ne soient pas destinés à attaquer l'Angleterre, mais à quelque autre entreprise*. Mais comme il est évident que, si les paroles du pape étaient divulguées, il en résulterait grand préjudice pour le service public, outre que Sa Sainteté me retirerait Sa confiance, j'ose, avec toute la révérence due à Votre Sérénité, La prier de garder le secret...
Arch. Yen. Disp. Roma, fil. 21.
1. A Venise, on soupçonnait Philippe II de méditer une invasion en France.