‹ Sixte-Quint, d'apres des correspondances diplomatiques ineditesChapitre 48 sur 67 · GIOVANNI GRITTI AU DOGE · texte numérisé non relu

GIOVANNI GRITTI AU DOGE

Rome, 2 juillet 1588.

(Querelles d'étiquette entre les ambassadeurs de France et d'Espagne à l'occasion de la canonisation d'un saint espagnol.)

Dans une très longue conversation que j*ai eue avec le pontife, nous avons causé d'une aiTaire dont on parle beaucoup à cette cour : c'est la solennité de la canonisation du bienheureux Didaco, Espagnol, à laquelle l'ambassadeur d'Espagne avait le plus grand désir d'assister*.

a Eh bien, me dit le pape, que ferons-nous demain dans cette bagarre? Nous avons dit à l'ambassadeur de France que, puisqu'on fait beaucoup de tribunes

1. Depuis que Pie IV avait reconnu à la couronne de France la préséance sur celle d'Espagne, les ambassadeurs du Roi Calliolique, pour ne pas céder le pas au représentant du Roi Très Cliroticn, s'absten.-iient de |«raitre aux cérémonies religieuses tant à Saint-Pierre qu'à la chapelle Siiliue.

à Saint-Pierre, nous laisserions la nôtre aux ambassadeurs d'Espagne et de France. Elle est assez vaste pour qu'en bons catholiques ils puissent se flanquer des coups de couteau ; mais nous ne leur accorderons que trois passes, et celui qui aura le dessus gardera la place ; quant à nous, nous nous contenterons d'une petite tribune et nous verrons ce qu'ils feront. L'ambassadeur de France pouvait, sous le prétexte d'une excursion, aller pour une quinzaine de jours à la campagne et ménager ainsi à celui d'Espagne le moyen d'assister à la fête. Mais ceci, il fallait le faire sans rien dire. Maintenant, puisque cela ne s'est pas fait, nous ne trouvons, en vérité, aucun expédient, si ce n'est que l'ambassadeur d'Espagne paraisse pour faire, selon Tusage, les trois demandes de canonisation et qu'il se retire aussitôt. Nous n'avons jamais dit à l'ambassadeur de France qu'il ne devait pas assister à la cérémonie; nous lui avons seulement fait dire qu'il nous ferait chose agréable en s'abstenant cette fois-ci de venir ; mais l'obliger, le contraindre, le renvoyer, c'est ce que nous ne pouvons pas faire, et cela d'autant moins qu'on sait dans quel état se trouvent les affaires de son roi. On doit traiter avec égard ceux qui sont malades et non augmenter leurs souffrances en les molestant. On n'a pas besoin de se gêner avec les gens qui sont bien portants, mais il faut être complaisant avec les malades et non les exaspérer, et tel est le cas de ce roi, dont les affaires se trouvent dans l'état que vous savez... »

Arch. Yen. Disp. Roaia. fil. 22.

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