GIOVANNI GRITTI AU DOGE
Rome, 7 décembre 1588* ' (Pourquoi Sixte-Quint aime la France.)
...Le pontife semblait apprécier le raisonnement que je lui avais fait au sujet des Turcs : « D'après ce que vous venez de me dire, ces seigneurs de Venise connaissent le danger auquel ils sont exposés du côté de la Turquie, s'il y a des discordes entre les princes chrétiens. Tant mieux qu'ils le sachent, car, en effet, c'est ainsi... On nous mande de France que, dans l'affaire de Saluées, la Seigneurie suscite des difficultés; on nous écrit la même chose d'Espagne et de Savoie.. Toutefois nous avons excusé la Seigneurie. Nous avons été à Venise, et nous savons que les vieux sénateurs gouvernent l'État avec une extrême prudence, et en parlent toujours très sagement, et s'il arrive quelquefois que l'un ou l'autre d'entre eux exprime une opinion particulière, il ne faut faire attention qa'à ce que dit la République par la bouche de ceux qui ont autorité de parler pour elle, d
« Maintenant, en ce qui concerne la France, certes, la paix (avec le duc de Savoie) n'est pas assurée, mais, au moins, le roi n'est plus aussi furieux qu'on
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pouvait le craindre, et c*est autant de gagné. Vous le savez, c'est déjà un grand avantage qu'un homme irrité se dise : Tanlum sum iratus nolo agere ! Il est bon aussi et d'un grand avantage quand on est en colère, de dire Talphabet avant de prendre une résolution. »
C*est ainsi, et comme il le fait si souvent, que le Saint-Père m*a parlé des déchirements et de TafTaiblisscment du royaume de France, de la promesse qu'il a faite au roi de lui faire restituer Saluées dès qu'il aurait acquis la certitude que les hérétiques ne pourraient s'en emparer...; mais, jusque-là, Sa Sainteté est résolue de ne pas en demander au duc la restitution, par la raison que ce Marquisat, tant qu*il se trouve dans les mains de Savoie, ne sera pas envahi par les hérétiques, et parce que, s'ils y pénétraient, Sa Sainteté serait obligée d'armer, pour pourvoir à la sécurité de Ses propres Etats. Le pape me parla longuement de son affection pour le royaume de France, dont « le salut, disait-il, lui tient fort au cœur, non seulement parce que le Saint-Siège est l'obligé de la couronne de France et désire le salut des âmes de ce royaume, mais aussi dans l'intérêt de la conservation de la juridiction ecclésiastique et parce que, pour des raisons d'Etat, chacun des grands princes chrétiens doit avoir son contre-poids, car si un seul d'entre eux prévaut, les autres sont en grand danger qu'il leur demande bien des choses peu agréables. »
Et ici se termina le susdit raisonnement.
Ârch. Ven. Disp. Roma. fil. 22.