ALBERTO BADOER AU DOGE
Rome, 3 mars 1590.
(Arrivée à Rome d'un prétenda agent de la reine Elisabeth.)
... Après avoir terminé cette afiTaire, j'ai demaDdê à Sa Sainteté s'il était vrai qu'Elle eût reçu quelqu'un qui venait d'arriver d'Angleterre. Le Saint-Père m'a répondu qu'un homme était venu, mais non le principal, qui, d'après ce qu'il disait, était resté en arrière. Le pape n'a pas reçu cet individu, mais Ta adressé aux cardinaux Santa-Severina et Santi-Quatro.
A l'en croire, la personne (qui n'était pas encow arrivée) était chargée d'une commission de la reine d'Angleterre et devait traiter très franchement avec Sa Béatitude. En attendant, la reine, qui jusqu'ici s'intitulait caput ecclesiœ anglicanœ ou pontifex, aurait déposé ce titre et défendu qu'il lui fût donné désormais en aucun écrit soit public, soit particuUer. Ce point, ajouta Sa Sainteté, sei^a éclairci sur les lieux, \ et si l'homme en a menti, il aura la tête tranchée. ' Quant à présent, on le surveillera, et, comme il est catholique et qu'il a reru la semaine dernière le i Saint-Sacremeil, on aime à espérer de nouveau que la reine se convertira. Cependant il y a des personnes qui pensent que tout ceci se dit seulement pour encourager le susdit gentilhomme anglais à venir à Rome, et on suppose que le véritable but de son
voyage serait d'entamer des négociations avec le Roi Catholique...
Arch. Ven. Disp. Roma. fil. 24.
44. ÉDIT PORTANT DÉFENSE AUX PRÉDICATEURS DE TRAITER DANS LEURS SERMONS DE SUJETS POLITIQUES.
(Annexe au rapport d'Alberto Badocr au doge. Rome, 23 juin 1590.)
Hieronimus, Miseratione divina Tituli S. Susanuse S. R. E. Presbyler cardinalis Rusticucius. S. D. N. Papx vicarius generalis, Romanœque curiœ Judex ordinarius. Bien que, comme dit le prophète David, les raisonnements sur les affaires de Dieu doivent être châties; bien que, selon la doctrine du glorieux apôtre saint Paul, ils ne doivent pas être entachés de vanité humaine, attendu qu'il ne convient pas d'y entremêler des matières étrangères à la gloire et à l'honneur de Dieu ainsi qu'au salut du prochain, ou de se servir de paroles qui n'apportent pas la paix, comme l'a dit le prophète Isaïe : Quam pulchri super montes pedes annuntiantis, etc., néanmoins, peu soucieux de ces préceptes, au lieu' de prêcher l'Évangile suivant leur devoir et en conformité de la parole de Notre Sauveur : E unies prœdicate Evangelium omni creaturœ, certains prédicateurs de cette auguste ville de Rome osent, dans leurs sermons, deviser d'articles, de rapports, de nouvelles envoyées de toutes parts et inventées selon le caprice des hommes ^ uotamnient des bruits concernant le royaume de France, c'est-à-dire de choses qui ne servent ni à donner la paix aux consciences, ni à corriger les vicieux, ni à édifier les fidèles, mais
qui, au contraire, causent des scandales et font naître des discordes. A ce sujet, les prédicateurs doivent se borner à recommander au peuple des prières pour le salut de ce royaume, pour la conservation de la foi et pour Télection d'un roi catholique. Voulant afteindre ce but, par ordre exprès de Notre Seigneur, nous défendons par le présent édit et ordonnons expressément qu'aucun prédicateur, soit séculier, soit régulier, n'ose ou ne présume, dans ses sermons, toucher des questions qui n'ont pas rapport à la piété, à la religion chrétienne, au salut des âmes et à la gloire de Dieu, ni qu'il raconte ou traite les susdits bruits et nouvelles du jour« sous peine de suspension de son ministère et d'autres sévères punitions.
En même temps, nous avertissons tous, de quelque état, rang ou condition qu'ils soient, que si, parle fait d'avoir répandu les susdits bruits et nouvelles, il naît des désordres ou des rixes entre eux ou d'autres, ils seront véritablement châtiés et punis comme s'ils avaient commis le plus g^and délit.
Le présent édit ou les copies qui en seront affichées aux lieux habituels auront la même valeur que s'ils avaient été personnellement intimés. En foi de quoi, etc. Donné dans le palais de notre résidence habituelle, le 16 juin 1590.
Petrus Antonius Episcopus Avellinen, Vicegerens.
Rome, chez Paolo Blado, imprimeur de la Chambre. MDXC.
Arch. Ven. Disp. Uoma. fil. 24.