Sixte-Quint
Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec
ligne.
Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont
trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.
Consignes d'utilisation
réunis en consistoire. C'était dans ces assemblées que les membresdii sacré collège, assistés de fonctionnaires non pourprés de divers grades et investis de diverses attributions, traitaient les affaires de TÊglise universelle. Le pape leur soumettait les questions qu'ils avaient à examiner, et, après avoir entendu leur avis, rendait le dernier arrêt. Dans des temps, antérieurs, ce mode de procéder avait pu suffire aux exigences de la situation.il permettait aussi aux membres des consistoires d'avoir constamment sous les yeux l'ensemble des besoins spirituels, de rester au courant des grandes questions politiques, souvent très étroitement liées aux intérêts religieux ; enfin il leur assurait une pari importante au gouvernement de l'Église, car une opinion, émise à l'unanimité ou à une grande majorité, motivée avec connaissance de cause, souvent avec éloquence et érudition, devait nécessairement constituer un élément important des délibérations et des décisions finales du pontife. Mais, depuis que le christianisme avait étendu ses conquêtes, et que les affaires s'étaient multipliées et compliquées en proportion de l'accroissement des peuples chrétiens, des aspirations et des besoins nés des progrès de la société, cette manière primitive de traiter les affaires en séances plénières donnait lieu à de sérieux inconvénients, sinon à des difficultés insurmontables. Déjà plusieurs des prédécesseurs de Sixte Quint avaient jugé utile, lorsqu'il s'agissait de questions urgentes ou d'une haute importance, de prendre, avant de saisir le consistoire, l'avis de quelques cardinaux particulièrement aptes par leurs lumières, leur expérience ou leurs antécédents, a
être consultés sur ces matières. Sous Grégoire XIII, il j avait des congrégations qui traitaient de TÂllemagne, de la France, de l'index, des évêques, etc. Mais ces réunions restreintes étaient d'une nature essentiellement intime et transitoire, ne faisaient pas partie des rouages de Padminislration de l'Église, et ne donnaient que des satisfactions passagères à des besoins constants ^ C'est Paul III qui institua la première congrégation permanente. La réforme protestante y avait donné lieu. C'était la congrégation du Saint-Orùce ou de l'Inquisition. A part les questions de dogme qui lui étaient réservées, le poids immense du gouvernement ecclésiastique pesait toujours sur les consistoires qui, même avec l'aide des congrégations imparfaitement constituées de Grégoire XIII, n'étaient plus en mesure de suffire à la peine.
Sixte-Quint résolut de remédier à ce mal. Il donna à l'Église pour le gouvernement des âmes la constitution qui la régit encore. Le principal motif de ce travail organisateur était, san^ doute, comme il le disait lui-même, son désir d'obvier aux graves inconvénients que nous venons de signaler, et d'activer le mécanisme administratif de TÉglise. Mais une autre considération encore avait agi sur son esprit, c'était la composition du sacré collège. On y voyait siéger des membres de familles régnantes, naturellement dévoués à leurs maisons; les protecteurs de l'Empire, de la France, de l'Espagne, de la Pologne, de Venise, de Savoie appelés officiellement à plaider les causes de leurs mandants; enfin des vassaux et sujets étrangers obligés
« Antonio Tiepolo, 4578. Rel. Ven. Ck>ll. Alberi.
OU du moins tentés de se maintenir dans les bonnes grâces du prince auquel ils étaient redevables de leurs bénéfices. Â côté des intérêts religieux venaient donc s'agiter des intérêts soit dynastiques, .soit politiques, soit personnels, mais étrangers et souvent opposés à ceux dont délibéraient les consistoires. De là, pour un nombre considérable de cardinaux, une fausse position, pour ne pas dire une dépendance incompatible, à certains moments, avec la mission de sénateur de rÉglise. En distribuant le travail, en composant les congrégations avec discernement, ces graves inconvénients se laissaient, sinon écarter complètement, du moins réduire à de minimes proportions.
Par cette création. Sixte- Quint a-t-il aussi agi sous l'influence d'une arrière-pensée, sous celle de briser l'opposition qu'il pouvait trouver dans les assemblées plénières, de consolider, de rehausser ainsi le pouvoir absolu du pape? Il en a été souvent accusé, et encore aujourd'hui on entend parfois, quoique rarement, désigner l'institution des congrégations comme attentatoire à l'influence légitime du sacré collège, comme concentrant, plus qu'il n'est désirable dans les mains d'un nombre restreint d'individus, non la décision, car elle appartient toujours au pape, mais le travail préparatoire sur lequel celle-ci se base naturellement. Cette opinion, nous le répétons, se fait rarement entendre ; mais elle subsiste et se rattache peut-être à d'autres aspirations plus vastes et plus radicales encore. C'est un des éléments de l'opposition que l'on rencontre dans le monde ecclésiastique, comme partout, et qui a sa raison d'être, car la
6 SIXTE -QOniT.
saintes Écritures, et rappelant un peu l'ancien cordelier, mais où abondaient des traits d'une rare finesse, terrassaient l'adversaire par des sarcasmes, s'ils ne pouvaient lui imposer silence par la force irrésistible de la logique. Ce$ joules étaient pour Sixte ce que les exercices du coqps sont pour les hommes de cabinet ; elles faisaient partie de sop hygiène. Sa conduite prouve qu'il, attachait la plus haute importance à ces assemblées. Jusqu'à sa mort il continua de les tenir une fois par semaine et de les saisir de questions importantes, soit ecclésiastiques, soit de haute politique, soit de finances. Lorsque le secret était indispensable, il préférait la voie des congrégations, ou bien le recommandait aux cardinaux réunis en consistoire, sous peine d'excommunication, de la perte du chapeau, ou même de la vie\ Quand ses propositions étaient accueillies en silence, il s'impatientait, et insistait pour qu'on s'exprimât librement. Lorsqu'un jour' il communique son intention de faire une promotion de deux cardinaux, dont il donne les noms, tout le monde se tait. Â plusieurs reprises il engage les cardinaux à parler. Enfin on rompt le silence, le déchaînement éclate de toutes parts, non contre la personne des candidats, mais contre la fréquence des promotions. L'un des pourprés, Paleolto, se fait remarquer par la vivacité de son opposition. Le pape l'écoute, donne ensuite ses raisons, dit qu'il ne veut pas fa^re comme Pie IV qui, en une seule fois, a créé vingt-cinq cardi-
* Alberto Badoer au doge, 1*' juillet 1589. Arch. Vca. Disp, Rome, /î/. 23.
* Giovanni Gritti au doge, i7 décembre 1588. Ibid. (il. 22.
ouYrait la séance ^ Celui-ci, tout en causant, suivait de l'œil les mouvements des pourprés, surtout de ceux qui s'en donnaient le plus, de Médicis, de Joyeuse, de Sens, lisait dans leurs physionomies, car il avait la vue fort bonne, et devinait, avec sa rare sagacité, les petites trames qu'ils ourdissaient. La rapidité et la justesse de son coup d'œil étaient surprenantes. On raconte qu'au moment d'entrer dans la salle, il s'apercevait des absences. Et malheur à ceux qui ne pouvaient les justifiei*! Il tombail sur eux avec sa verve habituelle, éveillant, selon le ton qu'il prenait, les murmures ou l'hilarité de l'assemblée. Tels étaient les consistoires. Voici maintenant un* exposé succinct du système nouveau des congrégations établi par la célèbre bulle de Sixte-Quint Immensa xterni Dei. Il n'y a aucun doute que ce document ne soit le produit de sa plume. Dieu, y est-il dit, a porté dans l'œuvre de la création une admirable harmonie, toutes les créations se servent et se complètent mutuellement. Suit une comparaison de la céleste et de la terrestre Jérusalem. Là, les esprits bienheureux se trouvent classés en catégories, la volonté de la Providence divine étant que les êtres plus hautement doués viennent au secoi|kdes inférieurs; ici-bas. Dieu a ordonné une hiédmhie composée de membres de grades divers, tous appelés à se grouper, chacun à sa place, autour du souverain pontife. C'est lui qui envoie au loin ïm pasteufs chargés de'veiller sur les ouailles, mais qui retient auprès de lui, comme Moïse les anciens, comme Jésus-Christ les
. * Le cardinal de Joyeuse à Henri ni, 30 mare 4588. Bibl. îrop. Palis, Coll. Uarlay. 288.
iO SIXTE-IJUINT.
l^ congrégatioQ, àiie de l'abondance de l' état eccléiiastique^ a la direction suprême de tout ce qui a rapport à Tapprovisionneinent de Rome et des provinces, surtout dans l'intérêt des classes nécessiteuses. Sixle- Quinllui fit une donation de deux cent mille écus, fruit, disait-il, de ses économie et destinée à former le patrimoine des pauvres. Par une bulle spéciale il recommanda à ses successeurs le soin de maintenir cette somme intacte, s'ils ne pouvaient l'augmenter.
La congrégation des rites et cérémonies veille à la conservation des usages établis en matière de solennités de rÉglise, et en réforme les abus. La chapelle pontificale et toules les églises de l'univers sont deson ressort. Elle s'occupe aussi des questions de canonisation.
Le pape avait conçu l'idée de former une marine pontificale. La congrégation pour Rarmée navale eut la mission de diriger ces travaux, a Apres avoir, dit la bulle, avec l'aide de la divine miséricorde, exterminé les malfaiteurs qui infestaient les terres méditerranéennes, en sorte que chacun peut vivre tranquillement à l'ombre de sa vigne et de son figuieiP^ nous comptons purger la mer Supérieure des corsaires, afin de donner la sécurité non seulement à nos sujets, mais aussi aux nombreux étrangers qui viennent visiter Rome. » Celte escadre devait se composer de dix galères.
La congrégation de Nndex rédige la liste des livres défendus pour hérésie. Elle se mettra en relation avec les universités de Paris, Bologne, Salamanque et Louvain. En établissant ces rapports, le pape comptait at-
i2 SIXTE-QUINT.
et enrichi par Sixte-Quint, qui s'en servit pour la publication de son édition des Pères de TÉglise et de ia Vulgale.
Enfin ia congrégation sur \^(mmdiai\om del^Etat^ sorte de tribunal d'appel, revise, sauf la décision finale du pontife, les procès en matières civiles et criminelles.
Les congrégations se décomposent, comme on voi(, en deux catégories. Sept d'entre elles s'occupent de l'administration de TÉtat pontifical, de l'instruction publique, de la justice, de la marine, des questions relatives au soulagement du peuple, de l'approvisionnement, des ponts et chaussées, aqueducs et travaux publics, enfin de l'imprimerie du Vatican. A l'exception de k congrégation aujourd'hui dite des étvdeSy et qui, selon la volonté de Sixte-Quint, devait diriger l'enseignement de l'Université, elles ont toutes cédé leurs attributions aux dicastères de l'État récemment installés. Les huit autres comprennent dans leurs diverses attributions le monde chrétien et embrassent toutes les branches du gouvernement de l'Ëglise : le dogme, les grâces, la distribution desdiocèsesettoutce qui s'y rattache, les rites et cérémonies, la censure des produits de la presse, l'interprétation des actes du concile, les rapportsdesévèques avec le Saint-Siège et les relations et contestations des ordres monastiques entre eux.
L'intention du pape était de changer annuellement, ou au moins tous les deux ans la composition des congrégations, en sorte que tous les membres du sacré collège passassent par toules successivement
La composition du sncrc collège lui tcn.iit parliculièrement n cœur. Cédant à sa tendresse pour les siens, se prévalanl d'exemples heureusement déjà devenus ran^ et généralement réprouvés, il avait eu, on s'en souvient, la faiblesse, dès son élection, de faire cardinal un enfant de treize ans. Les observations de quelques cardinaux, le silence signiGcatif des autres et la voix de sa conscience ne tardèrent pas à lui faire comprendre la faute qu'il avait commise el| combien son autorité de pontife serait atteinte s'il se laissait entraîner dans la voie funeste de l'exploitation de la papauté au profit de sa famille. Dès lors il apporta le plus grand soin au choix des cardinaux. Il n'échappa ppurtant pas à la critique; il y prêta surtout par la promotion de son ancien échanson Galli. Mais ceux qu'il décora de la pourpre étaient presque sans exception des hommes pieux, appartenant à l'opinion réformiste, de mœurs exemplairîBS, et sous ces rapports dignes d'être adjoints au sacré collège. L'un d'eux, Âldobrandini, devait monter sur le trône pontifical; Hugues de Verdalès était grand maître de l'ordre de Malte ; l'Anglais Alan brillait par la noblesse de son caractère; Gusani, par son érudition; le Vénitien Morosini, comme diplomate de premier ordre; Pierbenedetti, par l'énergie et la sévérité qu'il déploya comme gouverneur de Rome. Gaêtani comme légat auprès de Henri III, a marqué dans l'histoire de la Ligue. Le nom que nous trouvons le dernier sur la liste de la dernière
iicn; iU Propaganda fide ; Indice ; Sacri Riti; Ceremoniale ; Disciplina regolare ; Indulgenze e sacre reliquie ; Esame de' VescoTi ; Fabiica di San Pictro; Lauretana; AfTari ecdesiaatici straordinari ; Studi.
sis dans toutes les nations chrétiennes; les diacres, pour être cardinaux, devront avoir au moins vingtdeux ans ; il y aura parmi les soixante-dix cardinaux au moins quatre docteurs en théologie appartenant aux ordres réguliers mendiants; pour être cardinal, il faut avoir reçu les ordres mineurs et porté au moins une année l'habit de prêtre et la tonsure. I^rcs cardinaux absents de Rome à l'époque de leur création sont tenus de s'y présenter dans l'année.
Dans l'une des dernières lettres écrites avant sa mort, le cardinal d'Esté' soumet à M. de Villeroy des considérations qui n'ont pas perdu l'intérêt de l'actualité, ce Je ne sais, dit-il, quelle idée de cardinal on formera , ni si ceux qu'il (Sixte-Quint) a déjà faits se trouveront moulés à ce patron. Une chose je sais, que le concile de Trente a dit très-sagement que les cardinaux doivent être pris de toutes les nations de la chrétienté, en tant que faire se pourra , comme il serait raisonnable que la France, étant le premier et principal royaume de la chrétienté (après le Saint-Empire), eût des cardinaux en proportion de son étendue et grandeur et mérites envers le Saint-Siège. Mais il faudrait aussi qu'ils se souvinssent qu'ils sont conseillers du Saint-Siège et de l'Église universelle, et vinssent résider parfois à Rome, laquelle résidence fait, à mon avis, une chose qui autrementserait jugée insupportable, que l'Italie, qui est Tune des plus petites parties de la chrétienté, a maintenant plus de deux tiers et quasi les trois quarts de tout le nombre des cardi;
' Le cardinal d'Esté ï Villeroy, 17 nofembre 1586. Bibl. imp. Paris, ColL Harlay. 288.
naux; d'où s'ensuit aussi que la porle du pontificat est aujourd'hui fermée de fait à toutes les autres nations, encore que de droit commun le pape est pape de toute la chrétienté et non des Italiens seulement. Le cardinalat et le pontificat doivent être ouverts à gens de mérite de toutes les nations, gardant la proportion requise en toute comm^nauté. »
Quand une promotion avait eu lieu, Sixte-Quint aimait à faire valoir les titres des nouveaux cardinaux. Il se complaisait à les énumérer à Gritti, disant^ «qu'il ne faisait pas comme Grégoire XIII, qui ne pouvait prendre de résolution, et qui un jour, à la fin d'un consistoire, tira soudainement de sa poche un papier contenant dix-neuf noms. Il se borna à les lire en disant : Ad $e4andas murmurationes creamus : cardinalem primum ad instantiam Cxmrh,..^ tandis que nous avons toutes les peines du monde à trouver quelques rares individus dignes du gradeetaptes à remplir les devoirs de cardinal; et nous n'en faisons pas une volée de dix-neuf comme Grégoire, qui ne songeait qu'à pourvoir sa famille et ses favoris. » Il indique que de nombreuses promotions faites à la fin d'un pontificat trahissent toujours, de la part de leur auteur, l'arrièrepensée de faire, après lui, élire un pape favorable à sa famille. «Il n'y a pas, dit-il, de faute plus grande que, pour des intérêts particuliers, vouloir s'assurer du choix du successeur. C'était pour faire après lui Carpi pape que Paul IV a créé, avant de mourir, un si grand nombre de cardinaux, et au lieu de Carpi fut élu Medichino (Pie IV), qui lui a étranglé les neveux. Pie IV
* Giovanni GriUi au doge, 20 décembre 1586. Ârch. Yen. Disp, Rome. II. 2
i8 SIXTE-QUINT.
voulait qu'on fit pape le cardinal de Pise, et il n'en a rien été ; Pie V, que ce fût Morone, et on a nommé Grégoire qui, de tous les cardinaux, lui était le plus antipathique. Grégoire voulait faire pape quelqu'un qui vit encore et que nous ne nommerons pas, et pour assurer son élection, il a créé dix-neuf cardinaux à la fois. C'est nous qui ^vons été acclamé, et tout le monde sait combien il nous était hostile. Mais à quoi bon en parler? Saint Pierre voulait faire après lui Clément pape, et il eut po|ir successeur Lino, et cependant saint Pierre ne pouvait commettre que des péchés véniels, ayant visiblement reçu le Saint-Esprit qui Ta confirmé dans l'élat de grâce. Nous sommes ici les vicaires de Christ, et Christ est l'évêque, et comme ce serait une grande bêtise de la part d'un vicaire de vouloir en mourant nommer le vicaire qui devra lui succéder au lieu d'en laisser le soin à l'évêque, de même ce serait de la folie si les papes s'imaginaient de faire les vicaires de Christ. Il faut laisser la charge à l'évêque qui est Christ, qui est episcopux animx nostrx^ car il sait faire les papes, il veut les faire, et il ne veut pas que d'autres les fassent. »
LES GONGRËGATIONS. 19
Au point de vue des intérêts de la religion, aucun pays catholique ne donnait à Sixte-Quint plus de sujets de satisfaction que l'Espagne, car la réforme protestante, qui naguère semblait devoir l'envahir, était vaincue. A ce sujet le doute n'était plus possible. Philippe II méritait le titre de roi catholique. Son dévouement à la cause de la foi et du Saint-Siège ne pouvait être suspect. Aucun souverain ne montrait plus de zèle pour la défense des dogmes de l'Eglise, aucun, quels que fussent les mobiles de sa politique, quelle «jue fût Télendue de son ambition, n'avait plus fait pour combattre l'hérésie; aucun n'était plus intéressé à la vaincre, car, par la force des circonstances seule, abstraction faite de ses convictions religieuses, son pouvoir s était identifié avec la cause de la religion ^ Si r Allemagne, la France, la Pologne, la Suède inspiraient au successeur de saint Pierre les plus vives inquié-
* Ce fait ressort de rexamcn de la situation. Les contemporains en jugeaient de même. Babbi écrit au grand-duc: « I cattolici (de France) sidice nonspendono inquesta guerra altri denari cbe reali di Spagna. E se è vero il rè fa bene ; perché non sarebbe punto suo scrviEJo cbe Fraiicia diventasse luterana, per rispetto délie cose di Fiandra, e ancora per quelle di Spagna, le qualiin tal caso farebbero qualchc uovilà ; e si credc cbe quci popoli di Spagna aspettino e desiderino una occasione taie. » Babbi au grand-duc, 25 mai 1585. Arcb. Flor., fil. 5604*
tudes, si rélat de TAngleterre remplissait son cœur d'affliction, l'Espagne ne lui offrait que des consolations. Et pourtant aucun pays ne lui causait plus de tiraillements, plus de petits soucis, plus d'accès d'impatience et de colère. Philippe II, nous l'avons déjà dit, se croyait appelé par la Providence non-seulement à étendre à l'Église la protection de son bras séculier, non-seulement à veiller sur elle, mais aussi à la surveiller, à partager, dans une certaine mesure, avec le papo la mission du suprême apostolat. Tout le monde connaît les démêlés qui, en matière de juridiction ecclésiastique et pour d'autres questions de ce genre, divisaient les cours de Rome et de TEscurial. Seulement, on est trop porté à voir exclusivement dans ces discussions l'ancien et toujours renaissant conflit entre le pouvoir temporel des souverains et le pouvoir spirituel des papes. Sans doute, Philippe aussi était jaloux de ses prérogatives royales, mais ce ne sont pas les empiétements du Saint-Siège sur ses droits de souveraineté qu'il redoutait le plus. A ce sujet, en fils soumis de l'Église, il était même toujours disposé à faire des concessions. Go qu'il ne voulait pas admettre, c'était que le pape, dans les affaires ecclésiastiques, exerçât son ministère en Espagne sans l'intervention du pouvoir royal. 11 en réclamait sa part comme protecteur de l'Église, comme prince responsable envers Dieu, nonseulement du bien-être temporel, mais aussi du salut des âmes de ses sujets; et cette mission spirituelle, il était fort disposé à retendre au monde catholique tout entier. Entre ces prétentions et les conflits habituels de l'État et deTÉglise il y a une nuance no-
lahle. Les souverains qui se trouvent en altercation avec Rome défendent, à leur point de vue, les intérêts de l'État contre ce qu'on appelle les empiétements du Saint-Siège, ou bien ils cherchent à maintenir, sans se séparer de Rome, des principes que Rome répudie tncitement si elle ne les condamne pas explicitement. Philippe, au contraire, combattait pour les intérêts de l'Église tels qu'il les entendait, car il se croyait en quelque sorte le vicaire laïque de Jésus-Christ. Quand, dans l'accomplissement de cette mission imaginaire, il se senlait arrêté par des doutes, il les soumettait quelquefois à ses ministres, mais de préférence à son confesseur, h des théologiens, à des comités convoqués à cet effet, à des congrégations composées de canonistes. A son sens, il réunissait deux ministères, il était roi et en second lieu un peu pontife, toutcomme le pape est d'abord ponlife et en second lieu seulement roi . C'est dans ce cercle qu'étaient renfermées ses idées. Sixle-Ouint, indigné de cette prétention, la repoussait rudement.
« Il dit, écrit Philippe au duc de Sessa^ alors ambassadeur en mission spéciale à Rome, que les princes séculiers ne doivent avoir aucune part aux affaires ecclésiastiques. On pourrait lui répondre qu'en effet cela est ainsi. Cependant ils ont toujours exercé ledroit de soumettre aux papes leurs conseils et prières sur ce qu'ils doivent faire pour le bien et la conser\ation de la chrétienté, et les papes ont eu beaucoup de déférence pour leurs conseils. Dans l'état plein d'angoisses
* Philippe II k Sessa. San Lorenzo, VI juin 1590. Arch. Siniancas. .S. de E. Koroe. Leg» 955.
2î SIXTE-QUINT.
OÙ se trouve aujourd'hui l|Égliseilya beaucoup de raisons pour lesquelles Sa Sainteté devrait me croire, admettre mes observations, écouter mes conseils avec Tempressement et la déférence que Ses prédécesseuis ont, en pareil cas, témoignés aux mier^|^
Cette conviction, profondément enradUbée dans son esprit, d'être le mandataire laïque de Dieu sur terre se rencontre souvent dans ses lettres et se reproduit dans le langage de ses serviteurs. Lorsque le duc de Sessa, en route pour Rome, est complimenté à Livourne par les ministres du grand-duc Ferdinand , il répond à leurs plaintes sur l'altitude réservée du représenlant de l'Espagne à Florence* : « Ce que fait Sa Majesté est fait pour le service de Notre-Seigneur et pour le bien universel de la chrétienté et de la religion catholique. Ceci est notoire. Le grand-duc n'a qu'à lui donner «on concours sincère et il se trouvera dans le bon chemin ; ce sera le moyen de détruire toute méfiance dans l'esprit de Sa Majesté .» C'est dans ce même ordre d'idées que les diplomates de Philippe ne cessentde l'entretenir d'affaires purement ecclésiastiques. Leurs plaintes sur les abus et actes arbitraires en fait de provisions ne tarissent pas. Olivarès, entraîné par sa haine contre Sixte-Quint, va jusqu'à insinuer l'idée d'un concile général, et, en dehors de celui-ci, d'un concile national à convoquer à Tolède qui serait chargé d'examiner les abus, c'est-à-dire de se constituer en tribunal et de juger le pape.
* Sessa à Ydiaqaez, 1*' août 4590. Arch. Simancas. S. de E. Rome. Leg, 955.
Il mande au roi* avoir pris le conseil d'une personne docte et bien informée, mais qui ne veut pas être nommée. « Il en a, dit-il, appelé l'attention sur les procédés scandaleux de cette cour en matière de provisions, béné&M6t dispenses, si préjudiciables aux bons en général et spécialement aux sujets de Sa Majesté. Celte personne est d'avis que le cardinal de Tolède, en sa qualité de primat d'Espagne, pourrait, sans l'intervention du roi, convoquer un concile national composé de tous les prélats de ces royaumes afin de traiter avec eux des remèdes à apporter à ces maux. Ce serait suivre l'exemple d'autres conciles de Tolède, qui ont été réunis au grand avantage de la cause de Dieu et de son Église. » Il s'empresse de soumettre au roi cette opinion.
Le duc de Sessa, à peine arrivé, s'approprie la manière de voir du comte d'Olivarès. « Laisser les choses, écrit-il à Ydinquez*, dans l'état où elles se trouvent serait perdre ici notre réputation et avec elle tout ce qui s'y rattache; car, pour dire en un mot les choses comme elles sont, le pape ne nous aime pas parce que nous ne satisfaisons pas sa cupidité (comme si c'était Sixte-Quint qui demandât de l'argent à Philippe, et non tout le contraire!) et il ne nous craint pas parce que nous tolérons les injustices qu'il commet, les dommages qu'il fait éprouver à la chrétienté et à l'Espagne en particulier. Tout le monde est unanime à dire que ce qui se passe sous ce pontificat est inouï. »
■ OlÎTarès à Philippe II, 14 avril 1590. Arch. Simancas, S. de £. Rome. Leg, 956.
s Sesu ï Ydiaquez, l** août 1590. Ibid. Leg. 955.
24 SIXTE-Ql)IN3t
Les deux ambassadeui-s d'EsjiSgne croyaient savoir que Sixte-Quint comptait modifier par une bulle les constitutions qui règlent Téleclion des pontifes « Depuis plus de quatre cents ans, écrit Olivarès au roi*, l'élection du pape exige une majorité dé deux tiers des électeurs.. Cette disposition inspirée par le Saint-Esprit est l'œuvre du concile de Latran tenu au temps trAlexandrc ÏII, et c'est à elle qu'est duc la cessation des désordres et scandales qui avaient souvent troublé les élections. Maintenant on a lieu de penser que Sa Sainteté compte déclarer par une bulle que la moitié des votes suffira. Son intention serait de faciliter ainsi à Son neveu le choix du futur pape. » L'ambassadeur s'étend sur les mauvaises conséquencesd'une semblable disposition condamnée d'avance par tous les membres du sacré collège, mais dont la majorité serait néanmoins acquise au pape, le cas échéant. Il craint qu'avec l'aide du cardinal Monlalto le grand-duc Ferdinand ne parvienne à déterminer au prochain conclave un choix préjudiciable « à la cause de Notre -Seigneur et de Votre Majesté. » Le duc de Sessa craint aussi l'influence de Ferdinand, fort grande, dit-il, à Rome à cause de son intimité avec le neveu de Sixte-Quint, avec beaucoup de cardinaux et avec une grande partie de la noblesse romaine. «Comme Sa Sainteté, mande Olivarès au roi, a l'habitude de sauter les fossés quand ils ne sont pas trop larges, il sera utile que Sa Majesté écrive de Sa main à Sixte-Qujnt, déclarant qu'un pape élu à une majorité moindre de celle qui est actuellement
* Olivarès à Philippe 11, 29 mai 1590. Arch. Simancas. S. de E. Rome. Leg, 956. — Sessa à Ydiaquez, i*'aoùt 1590; cité précédemment.
prescrite ne seiitl pas reconnu en Espagne ; que de plus le temporel des cardinaux espagnols qui auraient concouru à une semblable élection serait séquestré jusqu'à ce que un nouveau choix fût fait oonformémen» aux lois. »II faut, continue- t-il, de fortes menaces el non des prières qui produiraient l'effet contraire. Il a consulté sur cette matiereles cardinaux Madruccio etDeza. Le premier a répondu qu'il s'en rapportait à l'opinion des canooistes, le second qu'on ne doit pas obéissance aux papes qui agissent contrairement aux intérêts de l'Église. L'état de la santé du pontife, qui en effet n'avait plus que quelques mois à vivre, semblait inquiéter l'ambassadeur, en ce sens qu'il* trouvait que la maladie ne ùiarchait pas assez vite. Il recommande donc au roi d'écrire éventuellement et dans le même sens au sacré collège une lettre qui lui serait remise en cas de vacance du Saint-Sioge. Dans une apostille l'ambassadeur ajoute que le pape compte, par cette bulle, défendre l'élection par adoration, et ordonner que dorénavant les élections soient faites exclusivement au scrutin secret. Olivarès est obligé d'avouer que cette dispositiç^n serait contraire aux intérêts du cardinal-neveu et du grand-duc de Toscane. Il mande aussi, évidemment malgré lui, les motifs qui ont inspiré ce projet. C'est en vue de détruire l'influence qu'exercent au conclave les cardinaux-neveux, en leur qualiÉ|de chefs de faction, au grand détriment des autres cardinaux qui se voient souvent obligés de voter contrairement à la voix de leur conscience * et sont
* L*exeniple des Grégoriens à Texaltation de Sixte-Quint l'airait bien proufé.
ainsi privés, de fait, de toute part réelle à l'élection. Avec sa réserve habituelle, avec la mesure qu'il apportait toujours aux affaires^ le roi entra jusqu'à un certain point seulement dans les vues de son ambassadeur. Il écrivit' non pas à lui mais au duc de Sessa, car Olivarès s'était discrédité dans son esprit par ses véhémences, qu'il avait appris avec chagrin le projet en question; que les innovations étaient toujours dangereuses surtout dans les choses graves ; que quand même le mieux serait évident, il faudrait encore user d'une grande prudence; qu'une longue expérience, que la courte durée des derniers conclaves parlaient en faveur des lois et coutumes en vigueur; que celte innovation ajouterait à la confusion et aux dangers de la situation de l'Église, déjà si gravement compromise. Le roi atlend du zèle et des lumières du Saint-Père, auquel il écrit personnellement sur cette matière, qu'il appréciera ses conseils, inspirés par son dévouement et par ses devoirs envers la cause commune de la chrétienté dans laquelle il lui revient une si grande part*. Il charge Sessa de concerter avec Olivarès le langage qu'il tiendra au pape, en conformité de ces instructions. Les deux ambassadeurs sont aussi autorisés à ajouter aux arguments qu'il leur suggère d'autres considérations qui pourraient produire de l'effet. Mais ce passage se trouve effacé, évidemment de la main du roi, sur la minute de la dépêche. On voit quft crai-
* Philippe II à Sessa, 26 juillet 1590. Arch. Simancas. S. de E. Rome. Leg. 956 .
* t De que tanta parte me cabe. » C'est toujours Tidée d'une mission providenti^le circa sacra.
gnaît que ses représentants ne dépassassent les bornes dans lesquelles il leur prescrivait de se renfermer et où il savait lui-même si bien se tenir. Si, à l'arrivée de ces instructions, le pape avait abandonné son projet, afin de ne pas donner l'éveil à Sa Sainteté, il'les charge de ne faire aucune démarche, ou bien de traiter l'incident comme un faux bruit. Dans cetlre lettre il n'y a pas un mot de menace, rien qui puisse être interprété comme un essai d'intimidation, tel qu'Olivarès l'avait recommandé.
Une autre innovation portant sur une matière bien moins importante, sur le costume des évêques avait fort ému le roi. Il trouve que l'habit long et noir des prélats espagnols est grave, décent et conforme au ministère du prêtre. Aucun changement ne saurait le rendre meilleur. Le raccourcir, changer en violet le noir, qu'il affectionnait particulièrement, ce serait amoindrir l'autorité du haut clergé, ouvrir la porte à d'autres inconvénients qu'il expose longuement. Sans doute, dit-il, l'habit n'est pas l'essentiel, mais il a son importance. Le roi attache donc un grand prix à ce que le pape revienne sur ses dispositions en tant qu'il s'agit de l'Espagne. Il charge Olivarès de lui faire observer qu'il faut avoir égard aux idées et usages des différents pays, et que tout ne va pas à tout le monde. Il demande que les évêques espagnols gardent leur costume actuel en dehors des églises, mais il ne s'oppose pas à ce que dans le chœur et aux cérémonies ils suivent les usages de Rome^
* Philippe U à 01ivarè8,23 septembre 1588. Arch. Simancas. S.deE. Borne. Leg, 951 .
Olivarès et, à son exemple le dnc de Sessa, surveillent, critiquent, dénigrent chaque mesure du gouvernement, très-personnel, du pape, racontent fidèlement les faits, mois donnent à ses actes Tinlerprétation la plus défavorable. Leur plume est trempée dans le fiel. A ce système d'excitation, dicté par une haine aveugle, Philippe oppose une grande liberté d'espritetun calme que rien n'ébranle. Il ne perd pas de vue sa prétendue mission, mais jamais il n'oublie les égards qu'il doit au pontife. Noyé dans les flots du travail bureaucratique, il ne cesse de contempler l'ensemble des grands intérêts, toujours résigné à leur sacrifier ses susceptibilités personnelles et jusqu'aux exigences de sa dignité dont il est pourtant si jaloux. En l'examinant de près, en suivant, à l'aide des correspondances par lui écrites ou corrigées ou apostillées, les labeurs de ses veilles, on ne peut s'empêcher de rendre hommage à la fermeté de son âme, et, contrairement aux jugements qu'en portent la plupart des historiens modernes, d'incliner vers l'appréciation toute différente qui a survécu dans les traditions de l'Espagne.
La publication d'une nouvelle édition de la Bible* donne lieu dans le monde ecclésiastique à des discussions et à des critiques assez vives. La révision de la Vulgate avait été ordonnée par le concile de Trente. Ce travail, confié par Pie IV à quelques cardinaux, continué sous Pie V et à peu près abandonné sous le pontificat de Grégoire XIII, Sixte-Quint le reprit, s'en occupa
* Elle ne fut terminée que pendant le pontiûcat de Clément VIII, sous le titre de : Biblia sacra Vulgatse editionis, Sixti V pont. max. jussu^ recognita et Clemeniis VIH aucioritate édita.
personnellemenl et, secondé par Je P. Tolédo et quelques doctes religieux, fit si bien que l'imprassion pouvait commencer dans la dernière année de sa vie. En se promenant un jour dans sa vigne avec l'ambassadeur Badoer, il lui raconta ^ que c< malgré les dispositions du concile, on ne s'était jamais occupé sérieusement de cette affaire ; que par conséquent il Tavait confiée à quelques cardinaux et que, peu content de leur travail, il s'était vu obligé d'y mettre la main lui-même ; qu'il touchait à la fin de sa peine, étant déjà arrivé à l'Apocalypse, et que le livre de la Sagesse était en ce moment sous presse. » 11 ajouta que, lorsqu'on lui avait annoncé la visite de son interlocuteur, il était occupé de ce travail qu'il aimait infiniment et qu'il avait adopté la méthode suivante: il passait chaque feuille dès qu'il l'avait terminée, au P. Tolédo et à quelques Pères augustins très-forts en ces matières; ceux-ci les revoyaient et les envoyaient ensuite à Timprimerie*.
1 Alberto Badoer au doge, 5 juin 1589. Arch. Yen. Disp. Rome, /il. 23. La participation personnelle de Sixte-Quint a été Tobjet de lon<^ues controverses avec des théologiens protestants. Voira ce sujet Tempesti, tom. 11, liv. 4. Par le rapport de Badoer nous apprenons de la bouche du pape lui-même dans quelle mesure il a coopéré k cet important travail.
* Le cardinal Santa-Severina, cité par Tempcsti donne d'autres motifs du mécontentement de Sixte-Quint. Selon lui le pape, en examinant Fédition dont cinquante exemplaires étaient ulêjà tirés, la trouva rcm> plie de fautes d*impression, et se vit obligé d'en défendre la mise en Tente. Quelques exemplaires étaient déjà distribués. La bibliothèque du prince Barberini en possède un. Cette version mérite plus de créance que les détails donnés à Olivarès par son ami le cardinal Caraffa, personnellement blessé par le pape. < Sa Sainteté, mande l'ambassadeur d'Espagne à Philippe II, vient de publier la Bible. 11 a eu une altercation avec le cardinal Caraffa, qu'il a même menace de tniduire devant Plnquisition fiarceque celui-ci lui avait contesté le pouvoir de rien changer au texte de la biMe. Dès lors le pape lui a ôté la révision et s'en est chargé personnellement, en considtant sur les passages difficiles le docteur
UnebiographiedePieVavaitétémiseau jouràRome, sous les auspices de Sixte-Quinl. Le livre fut défendu à Milan, a Les Espagnols, c5crit à ce sujet le cardinal d'Esté à M. de Villeroy \ veulent qufi toutes les choses de ce monde ploient sous leur orgueil. Ils trouvent mauvais que Phistoire ait, à leur égard, obéi à la première loi, qui est la vérité, la disant aussi bien pour eux que pour les autres quand l'occasoin s'en est présentée, et en ont fait défendre l'impression et vente dans le duché de Milan et autres lieux où ils commandent. I^ pape, courroucé de ces inhibitions, a dit que défendre la Vie d'un pontife si saint est un acte tel que les hérétiques ne sauraient pis faire. »
Pour mettre fin à des abus déplorables, Sixte-Ouint avait fait publier un décret qui portait que désormais aucune résignation de bénéfices, en faveur de qui que ce fût, ne serait reconnue valable à moins d'avoir été examinée et autorisée par un comité composé de trois cardinaux. A Paris comme à Madrid, cette mesure fut jugée comme un empiétement sur les droits de la couronne*.
Tolédo; mais sans lui dire qu'il comptait se conformer à son opinion. Le P. Tolédo sait, au contraire, que dans plusieurs endroits il n'a pas adopte sa version et que d'autres fois il Ta modifiée; en un certain passage il a même supprimé cinq lignes, en sorte que Tolc'do pense que celte édition profitera plus aux hérétiques qu'aux fidèles, et que s'il n'y avait pas d'autres raisons, ce fait seul suflirait pour motiver la convocation (alors chaudement recommandée par Olivarès) d'un concile général. Le Saint-Père distribuera des exemplaires aux cardinaux, et en enverra un à Votre Majesté; mais je vous mettrai, Sire, à même de fiiirc préalublement exammer ce travail. » Olivarès à Philippe II, 7 mai 1590. Arch. Simancas, S. de E. Rome. Ley. 950. — On dirait que l'ambassadeur réserve au roi le droit de juger de l'orthodoxie du pape.
< Le cardinal d Este à Villeroy, G octobre 158G. Bibl. ïam. Paris^ Coll. Harlay. 288.
* Le cardinal d'Esté à Villeroy, 2 juin 1586. Ibid.
jé
Lorsque le comte d*01ivarès vint offrir, selon Tusage, la haquenée {ghinea) représentant le tribut du royaume de Naples, toujours considéré à Rome comme fief de l'Eglise, tandis que la cour d'Espagne ne voyait dans cette cérémonie que l'observance d'une vieille coutume, Sixte-Quint s'écria : a Nous l'acceptons comme chose qui nous est due*. » Dans l'audience que l'ambassadeur eut après la solennité, ces paroles donnèrent lieu à une scène des plus violentes. De l'antichambre on entendait les éclats de voix de ces deux personnages, et, le pape en se mettant à table après avoir congédié Olivarès, était tellement irrité qu'il jeta loin de lui sa serviette et son mouchoir.
Les causes de mécontentement se multiplièrent. Le Saint-Père exigea que les évêques de la chrétienté se rendissent au moins une fois à Rome. Cette injonction était particulièrement désagréable aux prélats espagnols. Ils cherchèrent des prétextes pour ne pas venir, mais leurs excuses rencontrèrent, de la part du nonce, de vives critiques. II leur rappela l'exemple des évêques de Pologne, moins riches qu'eux, plus éloignés, et ayant un voyage bien plus pénible à faire, mais ^
remplissant néanmoins ce devoir avec empressement. Les colères des régions officielles à Madrid éclatèrent contre la personne du pape, jugé inquiet et intraitable. On l'accusa même tout haut de vouloir suivre les errements de Paul IV *.
Le conseil de Gastille soutenait, qu'en conformité
« * \cceplamus prout contingit. »
' Tomaso Contarini au doge. Madrid , 3 octobre 1589. Arch. Yen. DUp. Espagne, fil. 21.
52 SlXTE-QllNT.
des lois canoniques, les revenus des bénéfices vacants n'appartenaient pas à la chambre apostolique, ainsi qu'on le prétendait à Rome. Cette question donna lieu à de longs débats. Dans un consistoire, le pape fit une sortie violente contre le conseil de Castille et indirectement contre la personne du roi. Philippe qui, dans un cas particulier, venait de faire une concession en cette matière, réclama l'expédition qui avait été délivrée au nonce, et chargea le président du conseil de s'en emparer à tout prix. Le nonce, de son côté, déclara vouloir mourir plutôt qu'endurer cet affront. L'incident fit du bruit, et le roi laissa tomber l'affaire *.
Le nonce ne cessait de se plaindre de la difficulté d'approcher le roi. Ce fut, à la fin, par ordre exprès de sa cour, qu'il dut insister pour être reçu une fois par semaine. Toutes les innovations étaient odieuses à Philippe; etappréciant parfaitement les inconvénients qu'il y a pour les souverains à traiter personnellement les affaiies avec des représentants étrangers, il éprouvait une extrême répugnance à leur accorder audience. 11 se résigna toutefois et obtempéra aux exigences du pape *.
La bulle du Jubilé % publiée à l'occasion des affaires de France*, accordait à tout prêtre la facul lé d'absoudre du péché d'hérésie. Cette clause rencontra, de la
* llieronimo Lippoinano au doge. Madrid, 12 ;ioùt 1588. Arcli. Yoti. Disp. Espaj^ne, /i/. 21
* Toinaso Contariiii au do^îc, 5 sq)le»il)re 1589. Ihid. fil. 22.
"* L.C luènic au mémo. Madrid, 3 février 1589 (1590). Ibid. — Le même au même. Madrid, 5 mars 1590. Ibid. « Â la fin de 1589.
au Béarnais. « C'cM le bul principal, dit la dépêche du roi, vers lequel vous devez concentrer tous vos efibrts. C'est le point important, et de la bonne ou mauvaise réussite de vos démarches dépend le salut ou la perte du royaume de France et d'une si notable portion du monde chrétien. »
L'abus, assez général en Espagne, des excommunications avait eu pour résultat une grande indifTéreDce. On n'en faisait plus aucun cas, puisque si on encourait facilement les censures de l'Église, rien n'était facile, aussi, comme d'être absous. Les autorités civiles commençaient à refuser leur concours aux évéques. De lu des plaintes du nonce et, à la cour de Philippe, un déchaînement universel contre les empiétements et, comme on disait, le mauvais caractère du pape. L'intervention du roi tendait toujoui*s a apaiser, à éviter une rupture ^ On expliquait cette douceur par sa crainte- de voir Sixte-Quint se porter à des mesures extrêmes, surtout à l'égard du royaume de Naples, dont la désaffection serait devenue une révolte ouverte si, comme à tort on l'appréhendait en Espagne, Sixte- Quint se décidait à délier les sujets italiens de Philippe du serment de fidélité. Ce dernier avait bien d'autres motifs, mieux fondés et plus importants, pour ménager le souverain pontife. L'ambassadeur de la Seigneurie, également soupçonnée de favoriser secrètement Henri de Navarre, était souvent témoin de ces explosions de
« 1 Non dimciio qui conuscemlosi la naturfl del papa alliera, como dlcono, c volcndosi troncarc ogni matiera di sc«indalo c di roroorc, » Ta cou grau deslrczza sollevando i luolivi che &>i fauuo c Icmporeggiaudo i disurdiui chO suaedono. i Touiaso Conlariui au doge. Madrid, 18 dc^ ccmbrc 1589. Arcli. Veu. Disj). Es|)aguc, fil. 31^
56 SIITE-QUINT.
La réponse fut l'ordre au nonce de lui retirer immédiatement sa place ^ .
Le roi subit en silence ces mauvais traitements ; mais la cour et la ville les ressentirent profondément.
Telle était, en matière d*afTaires ecclésiastiques, la nature des relations de Sixte-Quint et de Philippe II. Si la rupture n'est pas déclarée, c'est grâce à la prudence du roi et à la communauté de leurs intérêts. Cette communauté, le plus solide de tous les liens quand les intérêts en question ne sont pas confiés à des insensés, faisait que Sixte pouvait se permettre tout ; que Philippe pouvait, sans manquer de dignité, tout endurer, et même désapprouver son ambassadeur, alors que celui-ci voulait, non pus la rupture avec le Saint- Siège, mais l'humiliation du pape, la convocation d'un concile général, destiné à sVmparer de la direction des affaires de l'Eglise, à déposer le pontife trop peu espagnol, ou à paralyser au moins son action, si importante et si i*edoutable à ce moment de lutte suprême en France. A son point de vue, Olivarès ne se trompait point sur le but, car, nous le répétons, il ne voulait pas un schisme, mais il se trompait sur les moyens qu'il conseillait au roi d'employer et que ce prince eut la sagesse de répudier. Entre souverains comme entre particuliers, il n'y a pas de liens plus gênants que ceux qui sont créés par l'identité des intérêts jointe à l'incompatibilité des caractères. Ces liens deviennent des chaînes insuppoitables qu'on voudrait mais qu'on n'ose pas briser, car
^Tomaso Conluriiii au doge. Madrid, 20 mai i58U. Arch. Yen. Disp, Espagne, fiL 2'i.
OIT sait qu'en les brisant on se briserait soi-même. Il arrive alors presque toujours que l'un des enchaînés prend le Terbe haut et que l'autre s'impose le silence : l'un parait le maître et l'autre l'esclave, mais, en réalité, tous deux sont également forts, parce qu'ils sont paiement impuissants à secouer le joug qui fait en même temps leur supplice et leur sécurité. Sixte-Quint n'avait pas d'arrière-pensées. Il ne voulait que le bien de l'Église. Les mobiles de Philippe étaient plus complexes. Ce prince visait au maintien de la religion catholique, qui était, nous l'avons dit plus d'une fois, devenue la base morale de son pouvoir ; mais il visait aussi aux satisfactions de son ambition, qui n'était pas déréglée, mais qui était nécessairement sans limites, ne fût-ce que parce que ses intérêts se confondaient avec ceux de l'Église dont la mission est la conquête de l'univers. Le pape et le roi voulaient la même chose : l'unité de la foi qui était pour Sixte-Quint le triomphe de l'Église sur terre, pour Philippe II le rétablissement de la monarchie onîverselle sous le sceptre de sa maison. En appréciant la nature des rapports de ces deux hommes on se trouve en présence d'un contraste frappant. D'un côté, des colères trop faciles à s'allumer, de l'impétuosité, un manque complet de mesure et d'égards ; de la part du roi, une tenue parfaite, du calme, de la prudence et beaucoup de dignité. X ce point de vue, la comparaison est toute favorable à Philippe. Mais en ce qui concerne le fond des choses, elle cesse de l'être. L'ambition de Sixte-Quint était le sentiment du premier de ses devoirs, l'ambition du roi, un rêve
38 SIXTB-QDINT.
que les circonstances expliquent, que Thistoire àoii constater, qu'elle deyrait condamner^ si les illusions et les erreurs de jugement ne donnaient pas des titres à l'indulgence.
Nous avons déjà parlé de la grande position que la Compagnie de Jésus occupait dans le monde catholique*, ce C'est merveille, inscrit Montaigne dans son journal de Rome, combien de part ce collège tient en la chrétienté, et crois qu'il ne fut jamais confrérie et corps parmi nous qui tint un tel rang, ni produisit en6n des effets tels que feront ceux-ci, si leurs desseins continuent. Ils posséderont tantôt toute la chrétienté. C'est une pépinière de grands hommes en toute sorte de grandeur. C'est celui de nos membres qui menace le plus les hérétiques de notre temps. » a Comme doctrine, comme valeur, dit Paolo Ticpolo en revenant de son ambassade auprès de Pie V et de Grégoire XIII, les jésuites occupent la première place parmi tous les ordres religieux. » a Ces Pères, écrit
* Historix Societalû Jesu quinta pars: Romx, 1661. — Paolo Tiepolo, i576. Bel. Ven. Coll. Alberi. — Albcrti au grand-duc, 18 juiUet 1587. Arch. Flor., fil. 5296. — Lcnzoni au grand-duc, Prague, 4juiilel 1589. Ibid., fil. 4546. — Montaigne, Journal de son voyage en Italie. — Av^isi, 27 février 1588. Arch. Flor., fil. 4027. — Babbi au grand-duc, 4 juillet 1585. Ibid ^ fil. 360 i.
Tambassadeur toscan an grand-duc François, sont le nerf de notre religion. »
C'était r<^inion la plus généralement répandue. Elle se basait sur des succès surprenants que personne ne contestait et que, d'ailleurs, il est aisé d'expliquer : la grande réaction, le contre-coup de la Réforme avait enfanté cet ordre au moment même où un changement de monde s'était accompli.-
En Angleterre et en Scandinavie, la religion protestante était intronisée. En Allemagne, le recèi d'Augsbourg^ avait légitime les conquêtes de la Réforme. La liberté du jugement individuel en matière de religion, reconnue en principe, était accordée de fait à ceux seulement qui, l'épée à la main, avaient su la revendiquer, aux princes, aux villes libres et aux nobles immédiats ; car le recès, qu'on appelle aussi la paix de religion d'Augsbourg, établissait la maxime, monstrueuse et toute contraire à la liberté de conscience qu'on voulait inaugurer, que les sujets devaient suivre la confession du seigneur territorial : cujus regio ejm religio*. Quand un prince, une ville libre, un seigneur immédiat embrassait la confession d'Augsbourg, les sujets étaient, aux termes du recès, tenus, sur sa demande, d'en faire autant ou bien de vendre leurs biens et d'émigrer. Le double lien de l'unité spirituelle et temporelle était brisé. Jusqu'ici celte unité avait formé la base du monde chrétien. L'unité politique sous le sceptre de l'Empa^eur avait,
* Voy., entre autre?, sur cette matière : OnoKlopp, 7t% ; Stuttgart
43 SlXTE-QUlNT.
milice de la conlre-réforme catholique offre quelque analogie avec l'activité du diplomate, si foncièrement difTéreute de celle de l'administrateur. En résumé , rétablissement du protestantisme en Allemagne, en Angleterre et dans les royaumes Scandinaves , et le recès d'Àugsbourg avaient transformé le monde. Une révolution, la plus radicale que l'Europe eût subie depuis l'introduction du christianisme, s'était accomplie. Elle créait une situation complètement nouvelle, exigeait, de la part d^ défenseurs de l'Ëglise, une stratégie, une tactique, des armes, et des combattants nouveaux. Est-il étonnant que les grandes communautés monastiques du moyen âge, formées sous l'empire d'autres circonstances, bien que pleines de vie encore, n'aient pu sufOre à la tâche? Pour être à la hauteur d'une situation sans précédent, il fallait évidemment des organes nouveaux. C'est de ce besoin qu*est née la Compagnie de Jésus. C'est à son organisation et aux hommes marquants qui s'y enrôlaient qu'elle devait de si surprenants résultats. Par son organisation elle devenait un instrument puissant dans les mains de ses chefs, et ces chefs étaient des hommes hors ligne, tels que les grandes crises en produisent toujours et nécessairement; car elles remuent la société jusque dans ses entrailles, dégagent les forces endormies ou contenues, les groupent autour d'une idée, attirent, enflamment, entraînent, ovÉÊM les séduisantes perspectives du succès. Â ces^^lpients solennels qui marqueront dans l'histoire, on voit des inconnus sortir des rangs déjà foule, déployer, soit pour le bien, soit pour le mal, des facultés prodi-
furent entourés, l'appui que leur accordèrent les papes.
Un seul, Sixte-Quint, se montra à leur égard froid et réservé. Le prestige de la jeune communauté, les prérogatives qu'elle devait à Paul III avaient excité des jalousies, froissé bien des susceptibilités et fait beaucoup d'envieux. C'était surtout dans les autres oixlres religieux que les Pères de la Compagnie comptaient de nombreux et redoutables adversaires. Sixte- Quint, l'ancien frère mineur, trouva aussi à objecter à quelques-unes des règles d'Ignace, si différentes de celles des autres institutions monastiques, si contraires à ses idées, à ses goûts, à ses habitudes. Cependant, dans les premières années de son règne, il ne manifesta ses dispositions peu favorables par aucun acte extérieur, reconnut en diverses occasions les mérites de la Compagnie, et, dans une circonstance, prit fait et cause pour elle. Quelques-uns des Pères jouissaient même de sa confiance particulière. Le célèbre P. Tolédo, a cet homme très-rare, comme dit Montaigne, en profondeur de savoir, en pertinence et disposition, » continuait, comme du temps de Grégoire, à prêcher souvent au Vatican, dans la salle de Constantin. Mais c'étaiml tie rares exceptions. Quelques propos qu'on entendait ituiir au Saint-Père donnaient à penser. Ainsi lorsque, à peine monté sur le trêne, il supprima, pour subvenir à lies l^esoins urgents, les pensions allouées par sim prêdôct'sseur à certains collèges de Rome el d'Italie^ il exhorta les préposes de ctHix-ci à la patience, jutant qui\ pour les jésuites, il n'avait aucun r^rel à leur dimner parce qu'ils étaient asseï ricbes.
U situation do cet CMrdre^ répandu sur pi^o^oe toute
LES GONGRËGÂTIOftS. 45
la surface du globe, se ressentait naturellement de l'état politique et religieux des divers pays. En Allemagne, où les troubles religieux étaient à peine et incomplètement calmés, où la paix intervenue entre les diverses confessions ressemblait plutôt à une trêve mal assurée, les jésuites étaient considérés par les princes catholiques comme le noyau spirituel de leur armée, par les populations catholiques comme le rempart de la foi. Princes et peuples favorisaient de leur sympathies la compagnie militante, suivaient avec anxiété ses mouvements stratégiques, confondaient leurs intérêts avec les siens puisqu'elle combattait pour la même cause.
En Espagne et en Italie, sa situation était tout autre. Dans ces pays, les dangers de la réforme qui avaient donné lieu à la fondation de l'Ordre, n'existaient plus ou du moins n'étaient plus imminents. Les innovations religieuses de l'Allemagne et du midi de la France avaient, pendant un instant, menacé de gagner les deux péninsules. Grâce à des mesures de répression d'une sévérité extrême, grâce aussi aux Pyrénées que de nos jours même les chemins de fer n'ont pu aplanir, TEspagne avait maintenu l'unité de la foi. Par des moyens moins violents, mais non moins efficaces, Rome aussi avait détourné le coup de l'Italie. On était loin déjà des temps pleins d'angoisses du concile de Trente, des procès pour hérésie intentes à des prélals haut placés, des craintes vagues mais très-répandues qui avaient fait dire au cardinal Morone : « C'en est fait de la r^^ion catholique. » Tout danger, il est vrai, n'avait p^nspai'u. Si le Dauphinc reste dans les mains
des liuguenols, si Saluces leur est livré, si la Réforme s'établit en Styrie et en Garniole, si elle devient maîtresse des défilés des Alpes^ lllalie se verra de nouveau exposée à l'envahissement de rhérésie.Maiscm n'entait pas là. A Madrid comme à Rome, on avait sous ce rapport un sentiment de sécurité inconnu aux deux générations précédentes, et cette sécurité faisait oublier le mérite de ceux auxquels, en grande partie, on la devait. Dans ces deux pays il y avait, à côté de la majorité qui les favorisait, une forte opinion contraire aux jésuites. Al a tête de cette dernière se trouvaient, en Espagne, les dominicains, l'Inquisition, dans une certaine mesure et pour d'autres raisons, le roi ; en Italie, les anciens ordres jaloux, comme nous avons dit, des prérogatives de cette nouvelle communauté, de ses grands succès, de sa prétention, officiellement autorisée, de marcher dans de nouvelles voies. Des luttes sourdes s'ensuivirent, mais les jésuites, forts de l'appui du chef de TÉglisc et de la grande opinion catholique, eurent toujours le dessus. Le premier coup sensible leur fut porté en Espagne.
Déjà Charles-Quint ne les avait pas aimés. Son antipathie n'était, d'ailleurs, que l'efTet de son aversion pour toute innovation. Philippe II ne leur pardonnait pas la grande influence qu'ils avaient exercée en Portugal sous les deux derniers rois de la dynastie éteinte, qu'ils exerçaient encore et qui l'offusquait. L'Inquisition se plaignait des trop grands pouvoirs du général et des supérieurs à l'égard des membres de la Compagnie. C'était à ses yeux une infraclÉp à ses prérogatives^ aux yeux du roi un moyen d^^ priver
aux jésuites de sortir du royaume sans son autorisation. C'était indirectement priver le général de la faculté de disposer des membres de la Compagnie, et, dans le cas actuel, Tempécher demander i Rome quelques Pères qui s'étaient laissé gagner par la cour, et parlaient ouvertement en faveur des prétentions de l'Inquisition.
A Rome, Olivarès se fit l'organe du Saint-Oflice. Fort des ordres, qui étaient péremptoires, de son souverain, il ne cessa d'importuner Sixte-Quint qui, tout en s'en plaignant, prêta néanmoins l'oreille à l'ambassadeur. Bientôt on s'aperçut que ses dispositions, qui n'avaient jamais été affectueuses, étaient devenues décidément défavorables aux jésuites. Un an environ avant sa mort, il lit appeler le cardinal Caraffa, le chargea d'examiner de nouveau leurs règles, et lui désigna lui-môme les points qui semblaient exiger une révision. C'étaient : la trop grande étendue des pouvoirs du général et des autres supérieurs de l'Ordre, la nomination aux divers grades non par les chapitres, comme cela se pratique dans les autres communautés i^eligieuses, mais par le général et les Pères assistants, la variété des grades, le nom de la Compagnie, la longue durée du noviciat, la correction fraternelle, l'obéissance aveugle, etc. 11 blâma aussi que les jésuites ne tinssent pas de chœur.
A tous ces chefs d'accusation contre le fondateur de son institut, l'habile etcourageux P. Acquavi va répondit par des arguments qui achevèrent de giigner le sacré collège, en général bien disposé. Il réussit surtout à convertir celui de ses membres qui était pour lui le
LES GONGRËGITIONS. 9
plus important, le cardinal Garaffa ; mais il ne put produire aucun effet sur Tesprit du Saint-Père.
Par ses soins les collèges, à l'étranger, avaient élé informés du danger qui les menaçait. Bientôt les échos de leurs plaintes revinrent de toutes les parties de l'Europe. Partout, mais nulle part plus qu'en Allemagne, cet incident avait produit une profonde émotion. Les princes catholiques de l'Empire, le duc Guillaume de Bavière en tète, le roi Sigismond de Pologne, des archevêques, des prélats, des seigneurs particulièrement zélés pour la cause de la religion, adressèrent des remontrances au pontife, le conjurèrent de ne point détruire un ordre, si précieux pour la défense comme pour l'attaque, si indispensable dans les temps où l'on vivait. L'Empereur, dont le conseil était tout dévoué à la Compagnie, fut invité par les princes d'Allemagne à se joindre à leurs efforts, mais il déclina d'intervenir. Toutes ses sympathies, disait-il, étaient pour les jésuites ; toutefois la question appartenant à la décision du pape, il fallait s'en rapporter à ses lumières et à sa piété. Cependant le cardinal Hadruccio, à Rome, fut autorisé à appuyer les démarches qu'on y faisait en faveur des jésuites. C'était donc un déchaînement général . Il venait du Nord, de ces pays en partie entre les mains des protestants, et était dirigé contre les supérieurs des grands ordres monastiques, contre le roi catholique, dans une certaine mesure contre le souverain pontife. Situation étrange, où les rôles semblaient intervertis, où les principaux soutiens de la foi , Sixte-Quint et Philippe II, au dire des défenseurs delà Compagnie, fui
saient fausse roule à leur propre point de vue, parce qu'ils se trompaient sur la valeur des choses, parce qu'ils perdaient de vue l'essentiel et ne voyaient que les inconvénients secondaires; parce que l'un oubliait qu'il était pape et se rappelait seulement avoir été moine, parce que Philippe voulait jouer au pontife; où les princes allemands par leur intervention compromettaient la cause qu'ils entendaient servir, où le P. Âcquaviva seul restait fidèle à sa mission, défendait avec présence d'esprit et avec courage les règles et avec les règles, l'existence de son Ordre que, pourtant, il n'aurait pu sauver si le hasard ne fût venu à son secours.
Sixte-Quint, indigné de l'immixtion de princes laïques dans une question purement ecclésiastique, se bornait à leur répondre qu'il n'entendait pas détruire rOrdre, ni modifier ses constitutions et qu'il avait seulement en vue d'en corriger les défauts. Cependant ces corrections allaient bien loin. Priver une corporation de ses institutions principales, c'est la tuer. I^a priver de son nom, c'est en constater le décès. Si on effaçait des règles de saint Ignace l'obéissance aveugle et les pouvoirs des supérieurs, on abaissait la Compagnie au niveau des autres ordres, trouvés insuffisants à la tâche nouvelle, c'est-à-dire on brisait l'instrument précieux que la force des choses, que les besoins de la situation avaient créé, et qui avait rendu, qui pouvait encore rendre de si grands services.
En attendant, à Rome, le courant de l'opinion devenait de plus en plus favorable aux jésuites. Le cardinal Caraffa lui-même tâcha de les sauver, en faisant
trainer l'enquête en longueur. Le pape s'en aperçut. «Vous voulez gagner du temps, lui dit-il, vous vous trompez. Notre résolution est prise, bientôt nous la ferons connaître. » Il lui retira sa commission, et la transféra à la congrégation des cardinaux du Saint- OfGce, celte fois-ci avec ordre de faire rédiger par quatre théologiens l'arrêt final qu'il comptait rendre. Sur ces entrefaites un incident, extrêmement fâcheux pour l'Ordre, fut mandé par le nonce de Madrid. Le lecteur a vu à quel point, dans cette capitale, les esprits étaient montés contre Sixte-Quint. Ses démêlés avec le roi et les sympathies qu'on lui croyait pour Henri de Navarre, avaient produit une grande effervescence que les ministres de Philippe n'eurent garde de contenir. Partout, dans les rues, à hPtiertadel sol^ aux tertulias^ dans les antichambres des grands, on entendait vociférer contre le Saint-Père et la seigneurie de Venise, également accusée de connivence avec le «Béarnais. » Même du haut de la chaire, des prédicateurs se livraient souvent aux saillies les plus violentes. Un jeune jésuite, l'un de ces enfants terribles qui, dans les communautés comme dans les familles, font rarement défaut, le P. Juan Gk^ronimo, eut, en prêchant, la hardiesse de s'écrier: «Pleurez, pleurez tous, car une république, des princes, un pontife..., (et mettant le doigt sur la bouche) mais silence! silence! favorisent et aident l'hérétique Navarrais. » Le pape en fut outré, il raconta lui-même le fait à l'ambassadeur Badocr, qui ajoute, dans son rapport au doge, «qu'il a tâché, autant que possible, d'exciter la colère de Sa Sainteté contre ces prédicateurs
sur lesquels, par le temps qui court, il faut avoir Tœil fixé plus que sur les forces des ennemis déclarés ^ » On peut se figurer l'émotion du corps diplomatique de Madrid. Le recteur du collège vint se jeter aux pieds de Tambassadeur de Venise ; Tindiscret prédicateur fit par écrit et personnellement amende honorable, et le représentant de la Seigneurie, en écrivant au doge*, se montra satisfait du repentir sincère du coupable et surtout de la conduite du recteur et de tous les autres Pères du collège. Mais le pape n'était pas si facile à calmer. Il ordonna au P. Âcquaviva de mander le P. Juan à Rome, se promettant de lui faire subir un châtiment proportionné à l'offense. Il alla, dans sa colère, jusqu'à demander si les jésuites étaient devenus des ennemis de l'Évangile ! Dans un consistoire qu'il tenait le 13 août, quinze jours avant sa mort, il parle ainsi de cet incident: «Le mentionner, c'est augmenter notre douleur. Leschoses en sont venues au point qu'à Madrid, un Père de la Compagnie a pu nous accuser d'elr<î fauteur des hérétiques*. » Il se mit à passer en revue le jour, le lieu, l'occasion où ces paroles avaient été prolérées, enfin la personne qui les avait diles. Prêcher de pareilles choses dans les temps qui couraient était donner du scandale et parler contre l'évidence des faits, puisque depuis la mort de Henri UI comme auparavant, lui, le pape avait fait tout ce qu'il
* Alberto Badoer au doge, 28 juillet 1590. Arch. Ven. Disp, Rome, fiL 24.
* Toinaso Conlarini au doge. Madrid, 10 juin 1590. Ibid. Espagne,/!/. 22.
^ « Decilrado : lo que pnsô en cl consislorio de los 15 de agosto de 1590. • Arch. Simancas. S. de E. Rome. Leg. 955.
pouvait pour extirper l'hérésie en France. Un homme qui soutient que le souverain pontife favorise Thérésie ne peut être catholique, car si le pape qui est chef des catholiques favorise Thérésie, il cesse d'être pape; mais du consentement des Pères de l'Église et des conciles la décision de la question, de savoir si le pape est pape, appartient à, Dieu seul, et celui qui soutient le contraire ne peut donc être cathoh'que. Il cita, à l'appui, les paroles du concile qui avait dit au pape Marcellin : Tuo te ore condemnas : Tu le condamnes par ta bouche), et Suprema sedes a nemine judicatur : Le Saint-Siège n'est jugé par personne). Le Saint-Esprit ayant été promis aux souverains pontifes, ils ne peu. vent être fauteurs de l'hérésie. Cela ressort des paroles : Ego rogavi pro te^ Petre, ut non defidat fides tua : J'ai prié pour toi, Pierre, pour que la foi ne te fasse pas défaut, et Ego ero vobiscum mque ad con- $ummationem sxculi : Je serai avec vous jusqu'à la œnsommation des siècles. Après d'autres citations de la Sainte Écriture, il arriva à l'examen de la personne qui l'avait accusé d'hérésie. C'était, disait-il, un Père delà Compagnie de Jésus, si obligée au Saint-Siège, et à lui particulièrement, en sorte qu'il pouvait dire avec raison que c'était une vipère qu'il avait réchauffée dans son sein. Il était cependant heureux de pouvoir affirmer qu'il y avait beaucoup de bons sujets dans cet ordre, et que quelques-uns de ces Pères avaient une grande part à la récente conversion du margrave de Bade. Puis éclatèrent ses colères contre Philippe. « Et où, s'écria-l-il , a-l-on osé non-seulement dire, mais prêcher cette calomnie ? A^ÉIadrid, dans la capitale si
calliolique d'un prince si chrétien, sansqu^on ait songé à châtier le prédicateur, celui-ci n'ayant eu d'autre punition que la pénitence secrète, que son recteur lui avait imposée, démanger avec les chats afin de lesoustraire à d'autres peines que d'autres tribunaux pourraient lui infliger. » 11 compara la tiédeur que la cour d'Espagne avait montrée dans une affaire qui touchait de si près le chef de l'Église au zèle qu'elle apportait habituellement, en matière d'affaires ecclésiastiques, à la défense de ses propres intérêts; ajoutant, car les tnûts sarcastiques manquaient rarement dans ses harangues, qu'elle se serait bien autrement émue si le Père jésuite avait prêché conli^e la crusade.
Ce fut dans ces joùi*s qu'il fit connaître ses volontés au sujet dos règles de la Compagnie. Les cardinaux Siînta-Severina et Castagna (ce dernier devait être |Kïpe dans un mois) vinrent voir le P. Âcquaviva. Il les reçut au collège romain, et apprit d'eux la décision liiiule a laquelle la commission des théologiens, sous rinspiration directe du Saint-Père, s*étail arrêtée. Sur quelques |H>int$ Sixte-O^iint avait admis les observations du PèfiMiènéraK mais sur d*autres, sur les prtnoi(Kiux, et notamment sur la question du nom, il ol;j(it r^'stè iiH'branlal>K\ Il insista pour que l'Ordre cvsc^àt de s\ipjvler SiH'iôtê de Jésus. Celle dénominatùni êuil, à SKMt st>ns, injurieuse |H>ur les aulnes <NrdreB ivliiii^HU et (vur K^ lUèU^ on i^^iH^nil: indécente, • jvirvv qw^ leirv*-stiut uom |HHimiit être traîné devant l«.^^ tnbuivjiux i iiH\munvKK\ (>iir\v que limites les foià ^ v;u\mi jvjiHeiMil do It Svviote. U-t^ j^iewx seraient obligés ^ ^ \V\\\Wtï\^\\\nv leuiN iKVttlhitku)^ vie Éiir^ le signe de
la croix et de se découvrir. Le P. Acquaviva comprit que toute résistance élait devenue impossible. Il promit donc de défendre aux membres de se servir du nom de Société de Jésus.
Probablement par égard pour les princes qui avaient intercédé en faveur de la Compagnie, le pape demanda que le Général ne fît dans le décret portant l'abolition du nom aucune mention de son intervention et que ce document portât une date antérieure à sa décision. Mais, sur ce point, le P. Acquaviva refusa net. Sa conscience ne lui permettait pas de porter atteinte, de sa propre autorité, aux règles du fondateur; il se soumettait, comme c'était son devoir, aux volontés du chef de l'Église, mais cet acte de soumission, qui seul pouvait justifier sa conduite, devait être constaté dans sa circulaire. Ces arguments étaient sans réplique ; les deux cardinaux n'insistèrent pas. Le Général prépara son décret et, quoique chargé de le rendre sans délai, il demanda qu'il fût soumis préalablement à l'approbation du pape. On était aux premiers jours du mois d'août. Le 27, Sixte-Quint mourut. Le papier se trouva dans son bureau. Il n'a jamais vu le jour. Les jésuites gardèrent leur nom et leurs règles, et Grégoire XIV, qui monta sur le trône à la fin de l'année, se hâta de confirmer le^ anistilu tions de saint Ignace.
56 SIXTE-OUINT.
Depuis l'avènement de Sixte-Quint, la mort avait (»clairci les rangs de ses électeurs. Sirletlo ne survécut (}ne peu de mois à ses espérances déçues. Il laissa , avec le renom d'un vrai saint, des regrets universels, quelques dettes, car sa charité dépassait ses modestes revenus, et une belle bibliothèque qu'Olivarès voulut acheter, mais dont le Saint-Père Gt l'acquisition pour la Valicane*.
Dans la personne du cardinal Cesi, qui mourut un an après Sirlelto, le pape perdit l'un des rares amis qu'il comptait au sacré collège ; Donna Camilla, un conseiller utile et toujours disposé à recommander à son frère la libéralité envers elle ; la cour de Toscane, l'un des partisans les plus dévoués*.
Le cardinal d'Esté, depuis longtemps souftrant, était occupé au service de son roi, il dictait une lettre à M. de Villeroy, lorsqu'il sentit l'approche de la mort'. Muni des sacrements pendant la nuit, il fit
* Bjibbi au prand-duc, 7 octobre 1585. Arch. Flor. 5604. « GwTanni Grilli au doge, 4 octobre 1586. Arch. Ven. Disp. Rome. 5 Le cardinal d'Esté à Villeroy, 30 décembre 1586. Bibl. imp. Paris, Coll. Harlay. 288 Cette lettre manque de signature. Le secré-
rintimider. Lorsque le cardinal reçut la nouvelle de la morl du duc de Joyeuse et d'un troisième frère tués à la bataille deCoutras, il se retira à Ostie. Le Saint-Père lui ordonna de revenir et d'assister aux chapelles en robe rouge, quoique les autres cardinaux fussent vêtus de violet à cause de TAvent. 11 dit à Pisany que le deuil était déplacé et que ce le cardinal devait être très-aise et louer Dieu que son frère eût employé sa vie à défendr» une si juste querelle; » mais l'ambassadeur trouva « cet équipage un peu extravagant. » Le cardinal s'excusa et ne parut pas aux chapelles*. Aux consistoires, ce jeune homme eut la hardiesse de tenir tête au vieux pontife, conserva presque toujours sa présence d'esprit et riposta souvent, au grand mais secret contentement des cardinaux et avec bonheur, aux sarcasmes et aux syllogismes de Sixte-Quint, Ce n'était pas Tâme, ni la tête, mais le porle-voix de l'opposition. Et quel grand et retentissant théâtre que celui sur lequel se livraient ces combats singuliers ! Les questions les plus brûlantes s'y débattaient : la Ligue, le meurtre des Guises, le sort de la France, les intérêts, fort compromis dans ce pays, de la religion catholique, enfin la succession à la couronne. Le cardinal était grand de taille, avait la chevelure et la barbe noires, et l'un des yeux chassieux, ce qui lui donnait un aspect farouche. On raconte que, plus tard, après la mort de Sixte-Quint, et lorsque trois pontifes se furent succédé dans jjjÉMprt
* Pisany à Henri III, !•' déannbre 1587. Bibl. imp. Paris, Coll. Uarlay. 288. — Anonyme au duc de Guise, 28 novembre 1587. Ilnd, Coll. Dupuy. 549.
LES GONGRËGÂTIONS. 59
espace de deux ans, le hasard voulut que Joyeuse, constamment en voyage, arrivât toujours à Rome, immédiatement avant la mort du pape. Aussi passait-il pour avoir le mauvais œil, et les cardinaux papables en avaient-ils grand'peur \
Les deux neveux de Grégoire, San Sisto et le camerlingue Guastavillani, tous deux jeunes encore, quittèrent également ce monde peu de temps après avoir quitté la scène publique sur laquelle ils avaient, sous le pontificat de leur oncle et à son conclave, rempli un rôle considérable.
Le cardinal Savello, que nous avons vu si près de la papauté, le dernier survivant avec Farnèse des créatures de Paul III, mourut* à l'âge de soixante-cinq ans. Il avait pendant longtemps occupé le poste de vicaire du pape, et fut enterré avec grande pompe au Jésus, dans la chapelle* qu'il y avait fait construire.
Decio Azzolino fut aussi enlevé. Il n'avait que trente-huit ans, dont deux de cardinalat. Sixte-Quint en éprouva un vif chagrin. Son ancien secrétaire tenait, comme on a vu, la plume, et rédigeait sous son inspiration directe les dépêches aux nonces et toute la correspondance diplomatique.
Enfin l'heure fatale sonna pour le ce grand » cardinal Farnèse*, âgé alors de soixante-dix ans. Quoique ce prince de l'Église se fût, sous le règne de Sixte-Quint, complètement retiré des affaires publiques et dans
* Amayden, Summorum pontificuTn et omnium cardinalium elogia. Maouscrit de la Gorsinieime cité précédemment. < 5 décembre 1587.
^ C'est aujourd'hui la magnîQque chapelle de Saint-Ignace. « Mars 1589.
m srxTE-ori5T.
les ititmiers temps de lout commerce avec ie monde, sa mort fît événement et produisit dans Rome une douloureuse sensation. I/ambassadeur de Venise mnndc au doge^ : « L'illustrissime cardinal Famèse, après avoir, mardi dernier, fait appeler son caissier [K)ur lui ordonner de payer en aumônes quatre mille écus h rbdpital des orphelins, deux mille aux œnverlia et (]uatre mille à divers établissements pieux, s'était mis à déjeuner bien portant et aussi gai que son état le comportait, lorsque, au milieu du repas, il (ut frappé d'apoplexie. Bien qu'il eût repris ses sens et laissé un instant d'espoir, un nouvel accès se produisit dans la nuit de mercredi à jeudi, et depuis lors son é(at empira constamment. Il reçut les saints sacrements, pourvut à ses afTaires, et, plein de confiance dans la miséricorde divine, passa ses derniers moments en actes non interrompus de dévotion. Jeudi, vers les vin^^t heures, il rendit l'dme à son créateur et rédempteur Jésus-Christ, consolant tous les siens par une très-sainte mort. C'est ainsi que Rome a|HMHlu un cardinal qui, par son expérience, son jugement, sa Hln^nilité, sa charité envers les pauvres, par son humanité pour tout le monde, n'avait pas d'égal. Aussi! n*ostMl pas |H)ssible de se faire une idée de la douleur universelle que cette perte cause à la ville et à tous les hommes imiwirtiaux qui ont pu apprécier les nobles ol n^ales qualités du défunt. i> Son enterreuioul se tti avec un concours immense de peuple, et, IV qui ne s'otiiit j^uutis vu« quaranti'^eux cardinaux
^ Vl^^rW lW\>«r «n \K^. ^ ui^ni IC^. Arvli. Vmu Dism. Ronie^
suivirent le cercueil. Son corps repose au Jésus, devant le maitre-autel. Dans le peuple on attribua sa mort, à tort nous Tespérons pour lui, au chagrin qu'il avait éprouvé de se voir, par une bulle générale concernant les gouvernements, privé de ceux de Vilerbe et d'autres lieux dont il avait joui pendant tous les pontificats précé^lents.
Une autre vacance s'était faite au sacré collège, non par la mort d'un des pourprés, mais par celle d'un souverain. Le 19 octobre 1587, le grand-duc François avait succombé à une courte maladie. 11 se trouvait à son château de plaisance du Pozzo avec sa femme Bianea Capello, son frère le cardinal arrivé depuis peu de Rome, et avec le cardinal de Florence. Le 8 octobre après dîner, il fut pris de vomissements et sentit des frissons; mais ne voulant pas alarmer la grande-duchesse, il fit sa partie de piquet avec Ferdinand, prit ensuite le remède fort à la mode, le bézoard, et passa le reste de l'après-midi au salon avec sou épouse, les cardinaux et plusieurs seigneurs. A VAvC'Maria^ il se sentit plus mal, et le médecin de son frère fut appelé. 11 se coucha, prit de la manne dans un potage et fut deux fois saigné. On croyait que c'était une double fièvre tierce, causée par une indigestion de champignons. Les médecins, au nombre de quatre, combattirent le mal d'après les idées du temps, avec des purges, des émétiques et des saignées. Le nonc^qui fournit tous ces détails au pape, commençail^ixraindre une issue fatale. En effet, le traitement et liinauvais régime du malade, qui continuait a manger, des glaces concouraient à justifier ces sinistres
62 SIXTE-OUINT.
prévisions. Il ne cessa d'ailleurs de travailler avec les secrétaires d'Ëtat. Le 18 octobre, il manda de Florence son confesseur, reçut les sacrements et expira le lendemain vers les dix-neuf heures. Bianca Gapeilo, souffrante depuis quelques jours, mourut le 20 octobre, et le cardinal Ferdinand monta sur le trône de Toscane. Dans le public de Florence, on soutenait que François était mort empoisonné ; que la grande-duchesse lui avait par méprise administré le poison destiné au cardinal. Cette fable ne trouva aucune créance dans le monde officiel, qui connaissait mieux la nature des relations, alors excellentes, entre Bianca et son beaufrère ; mais il n'en est pas moins à noter pour la réputation de cette femme qu'on ait pu sérieusement l'accuser d'un semblable crime.
Le pape était à souper, causant gaiement avec ses familiers, lorsque Mgr Sangaletto^ pénétra dans la salle à manger pour annoncer l'ambassadeur toscan. Sixte-Quint devina de quoi il s'agissait, et, averti, du fait par son camérier secret, fondit en larmes. Mgr Alberti fut aussitôt admis, et notifia le décès de son souverain en même temps que l'avènement paisible du cardinal. L'affliction du Saint-Père était sincère et fort motivée. Il perdait un ami éprouvé qui lui avait tendu la main dans les plus mauvais jours de sa vie, et s'était de mille manières rendu agréable pendant son pontiflcat. François lui transmettait les dernières nouvelles des différentes cours, le tenait accourant
» Sangalelto au grand-Juc Ferdinand, 21 octobre 1587. Arch. Flor. 5609. — Alberli au inèine, 21 octobre 1587. Ibid. 5296.
LES GONGRÉGÂ IONS. 63
des aifaires d'Allemagne*, de France et d'Espagne, qu'au grand déplaisir du pape Olivarès lui cachait soigneusement, le comblait de mille petites attentions, lui envoyait les primeurs de ses jardins et ne lui demandait jamais d'argent ^ L'incident du bandit Malatesta avait, pendant un moment, troublé cette intimité, mais de part et d'autre on était revenu aux bonnes et cordiales relations. I^e mauvais prince avait donc été un fort bon ami, et le pontife ressentait cette perte profondément.
A l'exemple de son père et de son frère, le grandduc Ferdinand, après avoir pris possession de son trône au milieu de l'indifférence sympathique de ses sujets, chercha à Rome l'appui principal de son pouvoir. Il mit le plus grand soin à se rendre favorable ce terrain si important pour ses desseins, pour le jeu de bascule auquel il comptait se livrer, on exploitant, au profit de son indépendance, l'antagonisme de la France et de l'Espagne. Sixte-Quint souffrait de temps en temps d'accès de fièvre. Son activité surhumaine, ses irritations fréquentes, ses lulles presque non interrompues avec l'ambassadeur d'Espagne agissaient comme un poison lent sur sa puissante constitution, et devaient dans un avenir peu éloigné achever d'éteindre les forces vitales du vieillard. C'est cette éventualité qui préoccupait Ferdinand. Ses bonnes relations avec le pape étaient pour lui le moyen de gagner le cardinal Montalto, déjà fort dévoué à sa
« Gerini au grand-duc, 22 février 1580. Arch. Flor. 5611. « SangalcUo au gr.iiid-duc, 10 raars 1588. Arch. Flor., fil. 5615. — Piiany à Henri 11', 7 mars 15S8. Bibl. imp. Paris, Coll. Ilarlay. 288.
6* SlXTE-QllNT.
personne et, par ce chef des créatures du pontife régnant, d'assurer au procliain conclave Télection d'un pape favorable à ses intérêts. C'était, à Tépoque qui nous occupe, sa pensée dominante. En la poursuivaul sans cesse il déploya les qualités et les défauts de son caractère. Personne n'était plus aimable quand il voulait l'être, et il voulait Tétre et l'était dans ses rapports avec Sixte-Quint, excepté quand son naturel altier prenait le dessus et lui faisait, par moments, oublier les préceptes de la prudence.
Le pape ne Taimait pas. Au fond de son âme il était toujours resté cordelier. Les manières aristocratiques, les goûls mondains, l'indépendance du prince-cardinal lui avaient toujours déplu et il lui avait souvent fait sentir rudement les effets de son mécontentement. Le souverain de la Toscane se souviendrait-t-il des déboires que le cardinal avait eu à endurer? C'est ce que le Saint-Père, si intéressé à le ménager, se demanda en apprenant la mort de François. Il accueillit donc avec empressement s(^s avances, et se promit de cultiver son amitié ; mais lui aussi, et peut-être plus que Ferdinand, se laissa dominer par des défauts de caractère. 11 en résulta entre Florence et Rome un échange de bons procédés interrompus à plusieurs reprises par des biouilles assez violentes, mais de courte durée.
L'idée de voir un membre du sacré collège déposer le chapeau, quitter l'état ecclésiastique, était déjà fort pénible à ^ixte-Quint. Crlle de voir un prince de l'Église se marier le choquait profondément, bien que Ferdinand ne fût que diacre et n'eût reçu que
dirai que celte lettre, en tant qu'elle se rapportée ma I)ersonne et à ma famille, n'est qu'une chimère. Vous avez de grands États et de grands peuples. C'est pour cela que vous feriez bien de renoncer aux innovations et de vous occuper de ce qui est le plus important. Si je vous dis cela crûment, croyez bien que c'est ma grande affection pour vous qui me fait agir ainsi. Je vous ai fait dire certaines choses. Depuis lors je ne vous ai plus écrit ni fait parler parce qu'il m'a sufQ de vous faire connaître mon opinion. J'espère donc que vous vous calmerez. Je n'ai pas autre chose à vous dire et vous souhaite tout bien. » Le ton de cette lettre, comme de plusieurs autres, semble justifier la susceptibilité de Ferdinand. Ainsi, à l'occasion d'une promotion de cardinaux, Sixte-Quint lui écrit* : « Je tâcherai de vous satisfaire, mais je n'aime pas votre versatilité. Il ne me paraît pas convenable que vous procédiez avec si peu de respect pour le Saint-Siëge. » Mais après Torage revint le beau temps. L'impétuosité de caractère commune à ces deux hommes les éloignait quelquefois l'un de l'autre; Tanalogie de leur situation finissait toujours par les rapprocher. Cette intimité, que des épisodes fâcheux ne pouvaient troubler, donnait à penser à la diplomatie espagnole. « Il n'y a pas d'exagération dans ce que nous mandons au roi, écrit le duc de Sessa à Ydiaquez*, du mauvais état où se trouvent ici
* Sixte-Quint au grand-duc Ferdinand, 5 décembre 1587. Arch. Flor., fiL 3715.
* Sessa à Ydiaquez, 1'' août 1590. Arch. Siinancas. S. de E. Rome, Leg. 955.
rhumiliation d'élre tenu dans l'ignorance des affaires du déparlement dont il était le titulaire. Il Téchangea alors contre le vicariat que le pape s'empressa de lui oiTrir, quitta le Vatican, et s'établit dans son palais nouvellement construit sur la place de Saint- Pierre^ Les relations étrangères furent conGées au jeune Montallo. Avant de mourir, Azzolino lui avait déjà remis les affaires dont il était chargé, en sorte que cet enfant, par les fonctions qu'il cumulait, tenait entre ses mains la direction du gouvernement temporel. Et pourtant l'orage grondait de tous les côtés ; l'horizon ne cessait de s'assombrir. Un an avant sa mort, en causant avec un cardinal, Sixte-Quint disait': ce Je suis fort préoccupé, tous les princes du monde sont mal disposés à notre égard. » Il regardait la France comme perdue pour l'Église, craignait les déboires que ses autres ennemis pouvaient lui préparer, et se répandait en plaintes contre l'Espagne. Il étonnait le cardinal par la vivacité de ses propos sur le gouvernement de Philippe II, sur la nation espagnole et le peu de respect qu'elle témoignait au Saint- Siège. De l'Empereur il disait qu'il manquait de bons conseils et que, dans les affaires de Pologne, il avait presque défait le travail si laborieux du légat. I^ duc de Savoie lui était devenu hostile parce qu'il lui avait refusé des subsides pour l'entreprise de Genève; le grand-duc de Toscane (on était en brouille pour le moment) ne lui faisait plus communiquer les nou-
* Giovanni Grilti au doge, 19 décembre 1587. Arch. Yen. Disp. Rome, /î/. 'il.
*>All)erto Btdocr an même, lUaoùl t58U. Ibid,^ /i/. 25.
70 SIXTE-QlhNT.
temonls Osés avaient choqué Tarabassadeur de Venise, lorsqu^il le vit pour la première fois dans l'humble demeure de Donna Camilla, aimait l'élégance, portait la pourpre avec grâce, ne dédaignait pas la bonne chère, et se motilrait un peu efféminé.
On a conservé des instructions attribuées à Sixte- Quint et destinées à servir de guide à son petit-neveu. Elles définissent la mission de la papauté, du sacré collège, du cardinal neveu, donnent des enseignements sur la manière de traiter les hommes et de diriger les affaires, le tout entremêlé de maximes générales. Écoulons ce qu'elles disent des souverains et de leurs représentants : c< Les princes sont ailiers, avides d'accroissements de territoire el de gloire, jaloux du progrès que d'autres pourraient faire. Ils aiment îi être redoutés, ne supportent ni le blâme ni la franchise du langage, et ne reconnaissent jamais avoir tort quand bien même cela serait évident. Ils élèvent beaucoup de prélentiqps, pas toujours bien fondées, el souvent tout à fait vaines. Ils craignent les ruses et le déclin de leur pouvoir. Entre eux ils sont constamment en suspicion, s'observent l'un l'autre d'un œil jaloux, se surveillent mutuellement, surtout quand ils sont voisins. Toute concession de privilège, de litre, de secours ou de faveur faite à l'un d'eux entraîne, de la part des autres, de semblables prétentions. Un refus les offeoiil^ et même des hésitations ou de petites difficultés snflisent pour les blesser. Ils font rarement preuve d'|j[|||^ement et de confiance. Peu de personles elfercent de rinfluence sur eux. Ils poursuivent ours întércls, sont s4J|p|Rl obligés de simuler eldedis-
qui est république commune de tous, ils potirsuiTenl aussi leurs intérêts particuliers. Ils aiment être réputés fidèles à leur maître et agréables au prince près duquel ils résident. S'il y a plusieurs ambassadeurs, ils ont entre eux les mêmes émulations qui existent entre les princes. À Rome, ils ont toujours ToBil ouvert sur l'avenir... »
Le jeune cardinal est invité à éviter, comme dangereuses , c< les conversations fréquentes et intimes avec beaucoup de gens, surtout avec des hommes publics et curieux ; car on leur donne par là l'occasion d'observer et de pénétrer les secrets, outre que la trop grande familiarité est contraire à la dignité qu'on doit garder dans le commerce avec eux. Yis-à-vis même de nos domestiques une trop grande affabilité n'est pas toujours à sa place, car si elle peut parfois être de quelque utilité, elle entraîne de plus graves inconvénients. Aux grands personnages on doit communiquer les motifs qui nous ont Aiit agir, aux autres il sufGt de communiquer simplement nos résolutions. On fait bien d'écouter avec patience de longs exposée ; cela vous ménage le temps de réfléchir sur la réponse à faire, et donne de la satisfaction aux interlocuteurs, car tout le monde aime à être entendu. Noter après l'entretien les parties essentielles de la conversation est de la plus grande utilité. Nous avons entendu dire que la reine Catherine de Pologne le faisait. Dans les audiences, et en sortant du cabinet du prince, même quand on aurait lieu d'être troublé, il faut avoir soin de ne pas changer de mine et de conserver à ses traits leur expression habituelle; c'est le moyen de ne pas
74 SIXTi:-QUlM\
le pouvoir. C'est là la seule persévérance qu'on rencontre à Rome, pleine d'esprit, de savoir, mais qui sait plus qu'elle ne peut. Elle est riche de bénéfices, de grands emplois, de mouvement, de splendeur et chère à tous, même aux étrangers non contaminés d'hérésie. Rome déteste la guerre chez elle et contre elle ; elle déteste moins la voir chez les autres ; elle aime les changements auxquels sont exposés l'autorité et le pouvoir de tous, et elle n'aime pas la stabilité. Les camaraderies s'y font et s'y défont facilement. On fait comme les navires qui changent de cours selon le vent qui souffle. Les vrais amis sont rares. Rome est insinuante, courtoise et large dans ses promesses, souvent prompte à aider, mais habile aussi à se dégager et à démolir. Vu la fréquence des mutations, il faut tenir compte de chacun, et comme les serviteurs et parents du prince sont nombreux, les mœurs et les dehors de Rome changent un peu selon l'individualité du pape; mais au fond Rome reste toujours la même. Enfin elle est studieuse et curieuse de savoir ce qui se passe de par le monde, sagace et prévoyant souvent l'avenir, qui forme l'objet constant de ses calculs ^ »
* Islruzioni al cardinale Montalto. J'en ai trou?é des copies du dix -septième siècle dans les archives d'État de Florence, Carte strcnb^ zone, 568, et dans la collection de manuscrits de feu M. le prince de S;mta Croce, à Rome. Elles ont été imprimées dans le Tesoro polUico, Viconce. 1602, ainsi douze ans seulement après la mort du pape. Cet écrit est-il authentique? Je ne saurais Taffirmer. Ce qui est certain, c'est qu'on y retrouve la tournure d'esprit et les idées de ttite-Quinty et même des phrases qu'il a dites aux ambassadeurs, et que ceux-ci ék consignées dans leurs rapports. S'il n'est pas Tauteur de ces instructions, il les a, très-probablement, inspirées, ou bien un de ses familiers a recueilli, sous cette forme, les paroles du pontife.