GIOVANm GRim AU DOOE
Rome, %4 mai 1586.
[Affaires d'Orient.)
J'ai donné à Sa Sainteté les nouvelles de Constantinople en date du 16 avril, reçues par vos leltres du 17 du présent mois. Après m' avoir écouté attentive-
ment, comme Elle le fait toujours, Sa Sainteté me demanda si Bagdad était aux Turcs. Et comme je répondais que oui, et que cetle ville avait été prise déjà avant 1 535 par le sultan Souléman, le pape dit : a Nous n'aurions pas pensé que les confins de l'empire turc s'étendissent aussi loin, Babylone étant située sur l'Euphrate. — C'est ainsi, ai-je répofadu, Saint-Père. Il ajouta ensuite : a Tant que les Persans espéreront prendre le fort et que les Turcs le défendront, ils ne feront ni trêve ni paix entre eux... Que Dieu veuille terrasser ce cruel ennemi de son nom (le sultan). Alexandre le Grand, Xerxès, les Romains sont tombés; son tour aussi viendra. Nous voudrions voir quelque chose pendant que nous sommes en vie, et pour faire quelque entreprise, ce n'est pas le courage qui nous fait défaut. Ce n'est pas là la difficulté. Le difficile c'est de œnserver. Les Espagnols ont conquis le... ? qui est à la portée de la main, et qu'il importait tant de garder dans l'intérêt de la navigation, constamment menacée, et les Turcs l'ont recouvré. Charles-Quint a pris la Goulelte à grands frais et en courant de grands risques, et quelques années après, les Espagnols se l'ont laissé enlever misérablement. Le roi Sébastien de Portugal a fait l'entreprise d'Afrique, et il y est mort après avoir épuisé ses forces et ses sujets. L'Évangile nous enseigne de bien réfléchir à ce que nous faisons quand il dit : Prias sedens cogitât^ si possit cum decem millibm occurrere et, qui cum viginti miUihus venit ad se.» Et il répéta les mots prius sedens cogitaV.
' Voici» pour plus de clarté, le passage entier de rÉyangile : Aut quis ^ rex iluriis commiUere hélium adversus (Uium regetUy non sedens
J'ai répondu que Sa Sainteté jugeait toutes choses avec sagesse, et je L'ai louée ainsi toutes les fois que cela m'a paru convenable. J'ai cru devoir rendre compte à Votre Sérénité de cette conversation, parce que j'avais appris que le pape, tenté parle présent état des choses en Turquie, avait ces jours derniers saisi la Consulte de la question de savoir si on devait faire quelque entreprise de ce côté-là. Le langage qu'il m'a tenu me semble indiquer clairement quel a été le résultat de ces délibérations...
Arch. Ven. Disp. Roma.
1i. GIOVANNI GRITTI AU DOGE
Rome, 21 mars 15S7.
(Le pape défend la course contre les lâiiments turcs.)
... Sa Sainteté m'a dit qu'Elle a été si occupée des mesures à prendre contre les bandits qu'il Lui a été impossible de S'occuper d'autres choses ; mais que dès qu'Elle aurait donné les ordres nécessaires contre ces malfaiteurs. Elle S'occuperait de l'affaire de Malte. A ce sujet, Elle espérait voir aujourd'hui même le cardinal Rusticucci, pour le charger de rédiger l'ordonnance qui devra régler les caravanes des Maltais. Il leur sera permis de donner la chasse aux galères et fustes des corsaires et aux bâtiments des infidèles se rendant de Coiistantinople à Alexandrie et Beyrouth, et de Beyrouth à Alexandrie. « Mais partout ailleurs,
ffrius cogitât si possit cum decem millibus occurrere ei qui cum viginti millibus venit ad se. S. Luc. iiv, 51.
47â SIXTE-QUiNT.
ajouta le pape, nous ne voulons en aucune façon autoriser la course ni contre les inGdèles et les juifs, ni contre des bâtiments chrétiens ; parce que, en dehors d'autres raisons, un évêque de Sardaigne, qui a été à Alger pour racheter des esclaves , nous assure que les Turcs, loin d'incommodei* les chrétiens qui naviguent dans les eaux de Barbarie, les traitent on ne peut mieux. Les chrétiens ne doivent pas faire pis que les inûdèles. Les préceptes de la religion, la justice et les raisons d'État s'y opposent également. Lorsque l'ambassadeur de Savoie a fait, dans ce sens, une démarche envers nous, » — conforme à celle que Votre Sérénité m'écrit avoir été faite au collège, — c< il a dit que notre résolution, à ce qu'il avait appris, était le résultat des instances du gouvernement vénitien. Mais nous lui avons répondu que ce que nous faisons, nous le faisons de notre propre mouvement, sans l'instigation de personne, et pour l'accomplissement de nos devoirs. Si nous nous étions décidé à en agir ainsi, à la suite des prières d'autrui, ce serait surtout en obtempérant à celles de nos sujets qui souffrent constamment (que nous défendrions les caravanes de l'ordre de Malte).»
Arch. Yen. Disp. Roma. fil. 21.
Rome, 11 mai 1585.
(Alger.)
Sixlm P. P. F, Dilecte fili^ etc. Gerini nous a remis la lettre de Votre Altesse, du 6 de ce mois, et s'est
474 SIXTE.QOINT.
muni d'un mandat spécial, ainsi que cela devait être, vu l'importance de l'affaire en question, mais seulement d'une simple lettre de créance de Sa Majesté pour Votre Altesse, néanmoins telle est notre confiance dans les paroles de Votre Altesse, que nous avons ajouté foi à tout ce que ledit Dovara nous a communiqué en Son nom, de vive voix et par écrit au sujet des intentions de Sa Majesté. Et nous nous sommes résolu à concourir à l'entreprise (contre l'Algérie*) à l'époque qui sera jugée convenable, avec quinze mille fantassins et mille cavaliers, et pour couvrir d'autres frais, à payer en outre, pendant quatre mois, 40,000 écus par mois, ce qui fait un total beaucoup plus considérable que les subsides donnés par nos prédécesseurs en semblable occasion ; car nous avons voulu vérifier ce qui a été donné par Paul III à Charles-Quint pour la guerre d'Allemagne , par Jule^ III pour celle de Parme, par Paul IV à l'occasion de ^arrivée, en Italie, des Français, et dernièrement par Pie V pour la flotte, et nous avons trouvé que ces subsides n'arrivent pas à 100,000 écus par an, tandis que ce que nous comptons faire dépassera de beaucoup cette somme, chaque mois. Mais nous le faisons volontiers, ayant pleine confiance dans la grande prudence de Votre Altesse qui saura diriger cette affaire au profit de notre dignité et réputation. Votre Altesse poum'en informer Sa Majesté, à qui nous écrivons un bref en nous référant à ce que vous Lui aurez communiqué.
Ardi.Fir.m.371Ô.
< Cela résulte ùu rapport d'Hieronimo Lippomano au doge. Madrid, 16 décembre 1586.