‹ Sixte-QuintChapitre 50 sur 66 · GIOVANNI GBITTI AU DOGE · texte numérisé non relu

GIOVANNI GBITTI AU DOGE

Rome, !•' août 1587.

(La pragmatique des titres de Philippe II.)

Le nonce d'Espagne a écrit au pape qu'ayant protesté auprès du roi contre la nouvelle pragmatique des titres, Sa Majesté lui a répondu que Ses ministres ne Lui conseillaient pas d'y obtempérer. Une personne qui avait donné au nonce la Seigneurie révérendissime

(au lieu de la simple Seigneurie), a été mise en prison.

Le Saint-Père, extrêmement blessé, a déclaré son intention de mettre la pragmatique à l'index des lois défendues. Il s'en est expliqué aussi en termes fort durs envers le comte d'Olivarès. . . Le cardinal Garaffa ayant fait observer au pape qu'il fallait y penser à deux fois avant de faire figurer un acte émané du roi catholique à côté de livres hérétiques, et qu'il y avait peut-être un remède moins violent et tout aussi efficace, celui de défendre aux cardinaux, aux évéqueset à tous ses sujets de s'y conformer, le pape semblait assez enclin à adopter ce mode de procéder; mais, au consistoire de lundi dernier il en parla avecl'apparence d'une grande préoccupation. « Sa douleur, disait-il, l'empêchait presque de mentionner ce fait sans verser des larmes. Ensuite, avec beaucoup de paroles, il vint à parler de son fils chéri, Philippe roi d'Espagne, qui, par sa pragmatique sur les litres, s'arrogeait la juridiction du souverain pontife, qui avait commis un sacrilège en privant de leurs titres les cardinaux et autres ecclésiastiques, qui provoquait un schisme en exigeant que les sujets du pape devinssent les siens ; qui manquait enfin d'obéissance envers le Saint-Siège en refusant de révoquer ses actes ainsi que cela lui avait été enjoint. »

<c Ainsi, s'écria Sa Sainteté, si un pape donne un ordre, on n'a qu'à lui répondre : Mes ministres me conseillent autre chose. Ce seront donc, dorénavant, les conseillers du roi d'Espagne qui régleront la conduite du souverain pontife. Ce n'est pas ainsi qu'a agi l'empereur Théodose. Lorsque saint Ambroise lui in-

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terdit l'entrée de l'église, il n'a pas répondu : Mes ministres ne me donnent pas ce conseil, mais il a obéi ; il s'est humilié devant l'évêque, a fait pénitence, et a, ensuite, été admis dans l'église. »

C'est en ces termes que le pape a parlé pendant une heure entière. Ensuite, il a défendu aux cardinaux, évêques et prélats de se conformer aux prescriptions de l'ordonnance espagnole, las menaçant d'excommunication s'ils s'y soumettaient, soit en acceptant des lettres (où on leur refuserait sur l'adresse les titres usuels), soit autrement. . . Aussi, lorsque le cardinal Giustiniano reçut une lettre d'Espagne sur l'adresse de laquelle manquait la Seigneurie illustrissime et révérendissime, il la fit immédiatement jeter au feu pour ne pas encourir de censures.

Les personnes affectionnées à l'Espagne se montrent afQigées et découragées, et se plaignent de la manière si peu respectueuse dont le pontife a parlé dans celte occasion et parle souvent du roi. ..

Arch. Yen. Disp. Roma. fil. 24.

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