‹ Sixte-QuintChapitre 58 sur 66 · aOYANNI GBITTI AU OOGE · texte numérisé non relu

aOYANNI GBITTI AU OOGE

Rome, 13 novembre 1588.

(Propos du pape sur l'affaire de Saluées et Téquilibre européen.)

...Sa Sainteté Se mit ensuite à me parler des affaires du roi de France, et de ceux qui Lui conseillaient de ne point supporter l'invasion du duc*, et d'en faire une question d'honneur. c< Le roi ne devrait pas écouter ces conseils. Le duc de Guise, il est vrai, s'offre à reprendre Saluées; mais le roi ne peut pas se fier à lui puisqu'il sait que Guise, depuis longtemps, met la France sens dessus dessous avec l'argent de l'Espagne, et qu'il a touiours été dans la dépendance du roi catholique. Si le roi très-chrétien attaque la Savoie, il s'affaiblira dans son propre royaume, ouvrira le champ aux entreprises des hérétiques du Poitou, et Épernon et d'autres s'empareront de sa maison. Savoie est le gendre du roi catholique, et le roi catholique ne l'abandonnera pas. Mais Savoie est en même lemps parent du roi très-chrétien, qui devrait se fier à lui plus qu'aux hérétiques... C'est ceux-là qu'il fallait chercher à expulser; s'il en eût été ainsi, le roi serait aujourd'hui maître de son État, et le duc de Savoie n'aurait pas pu lui refuser la restitution de Saluées, ou bien nous l'aurions obligé à le faire, car ne pas rendre ce qui est à

' Du duc de Savoie qui venait d'occuper le Marquisat de Saluées*

autrui est péché, et c'est à nous à connaître des péchés, à juger et contraindre les hommes à restituer le bien d'autrui. C'est ce que nous aurions fait en prononçant, s'il l'eût fallu, les peines spirituelles, c'est-à-dire Texcommunication, et, si ces moyens n'avaient pas suffi, en employant la force, car nous ne manquons ni de soldats ni d'argent, dont il yen a beaucoup au château, et nous nous ferons aisément obéir, car les moyens ne nous font pas défaut. Alors nous n*aurions pas pu refuser notre secours au roi, d'abord par des considérations de justice, mais aussi pour éviter qu'il n'y ait pas qu'une seule domination dans la chrétienté, mais afin qu'il y ait du contre-poids, en sorte que chacun reste à sa place ; de là l'intérêt du Saint-Siège de conserver le roi de France, outre que c'est cette couronne qui a toujours défendu et soutenu les souverains pontifes, et les a restaurés dans leurs Etats à plusieurs reprises... »

Arch. Yen. Disp. Roma. fil. 22.

Page 1