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On sait l'insuccès de la persécution religieuse (Cultiirhampf) que M. de Bismarck entreprit, il y a dix ans, contre les catholiques polonais et allemands. Les liens qui rattachent à la cour de Rome quinze millions de catholiques, sujets de l'Empire, étaient aux yeux du chancelier un des principaux obstacles à ses projets d'unification. Il avait pensé que, privés de leurs évèques et de leurs prêtres, les fidèles, de guerre lasse, s'accommoderaient d'un clergé qui, soustrait à l'autorité du pontife romain, viendrait demander tous ses pouvoirs au ministre des cultes. Il s'est trompé. Les catholiques ont tout supporté, mais ils n'ont pas cédé. Bien plus M. de Bismarck a vu se former au sein du parlement une coalition devant laquelle il a dû s'arrêter. Il a même été obligé de revenir sur la voie où le mi-
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nistre des cultes, M. Falk, l'avait follement entraîné.
Jusqu'en 1870 personne ne songeait en Prusse à s'attaquer à l'Eglise catholique, et ce n'est que, fort de ses récentes victoires et en face de l'accroissement des populations catholiques englobées dans l'Empire, que M. de Bismarck résolut de soumettre l'Eglise catholique à une discipline rigoureuse, pour en faire comme de l'Eglise protestante une simple dépendance de l'administration civile. Dès le début de cette campagne, le chancelier a voulu marquer lui-môme le caractère du conflit : il a soutenu que cette lutte n'était ni confessionnelle, ni cléricale, mais purement politique, que c'était une phase de Y antique conflit de pouvoir entre la royauté et la prêtrise. En même temps il dénonçait l'attitude hostile d'une fraction de la noblesse polonaise dont la tendance a toujours été de se séparer de l'Empire allemand et de la monarchie prussienne, pour reconstituer l'ex-Pologne dans ses anciennes frontières. « Ces tendances, ajoutait-il, ont été favorisées par le clergé catholique, même de langue allemande, elles sont traitées par celui-ci avec bienveillance et secondées autant que cela peut se faire sans enfreindre la loi pénale. » {Discours du Prince de Bismarck à la Chambre des députés prussienne, le 9 février 4812).
C'était donc le groupe des trois millions de Polonais de la partie orientale du royaume de Prusse que le Culturkampf visait en premier lieu. Le clergé du grand-duché de Posen s'est toujours distingué par sa sévère discipline, ses lumières et son patriotisme ; il s'est appliqué à maintenir l'accord entre les paysans et la noblesse, l'harmonie de ces rapports lui paraissant le seul moyen de défense qu'eût la race polonaise pour lutter contre les Allemands.
La lutte commença en février 18*72, par une loi prussienne qui enleva la surveillance des écoles primaires aux curés catholiques et aux pasteurs protestants, pour la confier à des inspecteurs de l'Etat, qu'on eut soin de choisir parmi les gens les plus hostiles aux catholiques et aux Polonais.
Le 4 juillet 1872 le Reichstag expulsa les jésuites du territoire de tous les Etats dépendant de l'empire d'Allemagne.
La Constitution prussienne du 31 janvier 1850 ne permettait pas de faire plus. La liberté et l'indépendance y étaient assurées à toutes les communautés religieuses par les articles 15 et 18. — Aux termes de cette loi fondamentale, l'Eglise évangélique et l'Eglise romaine avaient la possession et la disposition des biens, des sommes et des établisse-
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ments destinés aux cultes, à l'instruction et à la bienfaisance, — le droit de nomination, proposition, élection ou confirmation pour les charges ecclésiastiques était supprimé en tant qu'il appartenait à l'État ou qu'il reposait sur le patronat ou sur des titres spéciaux. — Une loi du 8 janvier 1873 renversa cet obstacle et modifia ces deux articles. Désormais les églises sont soumises à la surveillance de l'État réglée par la loi et la loi réglera les droits de l'Etal par rapport à l'éducation première, à la nomination et à la révocation des ecclésiastiques, et fixera les limites du pouvoir disciplinaire de V Eglise.
Le terrain était ainsi déblayé et rien n'empêchait plus d'enlever à l'Eglise l'administration de ses propres affaires. On vit apparaître alors les fameuses lois de mai 1873 dont le triste honneur revient en partie à M. Falk, le trop zélé collaborateur de M. de Bismarck.
— Il fut décidé qu'aucun membre du clergé protestant ou du clergé catholique ne pourrait recevoir d'emploi sans avoir passé trois années dans une université de l'Etat, et sans avoir subi un examen scientifique dit Examen d'Etat prescrit et réglé par le gouvernement, — qu'aucune nomination à un emploi ne pourrait être laite sans que le candidat eût été désigné au président supérieur de la pro-
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vince, qui aurait trente jours pour s'opposer à la nomination.
En d'autres termes, tout ecclésiastique avant son entrée en fonctions, sera interrogé sur la philosophie allemande, sur la littérature allemande et sur l'histoire par des examinateurs choisis par le ministre. Ces juges contrôleront les doctrines des candidats et leur refuseront l'accès du sacerdoce s'ils n'ont pas adopté les théories ministérielles. De plus, l'administration pourra refuser la nomination d'un candidat qui né lui sera pas agréable.
— Il fut décidé qu'une cour royale, composée de onze conseillers nommés par le roi de Prusse, jugerait en appel sur toutes les affaires ecclésiastiques. Par là l'autorité civile peut maintenir en place un prêtre frappé de censure par son évoque, déclarer coupable un autre prêtre qui n'a subi aucune réprimande, blâmer les évêques pour l'exercice de leurs devoirs épiscopaux, annuler leurs jugements, leur imposer des amendes, les incarcérer, les destituer même.
— On interdit en outre à l'Eglise et aux ordres religieux d'appliquer leur droit pénal spécial.
Ainsi un évêque juge convenable d'éloigner un prêtre d'une cure qu'il lui a confiée; ce curé pourra en appeler à la cour suprême, l'évêque comparaîtra
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et l'autorité civile pourra réintégrer le curé dans sa paroisse, tandis que l'évêque, s'il n'accepte pas cette décision, pourra être condamné à l'amende, à la .prison ou être destitué. C'est la ruine de la discipline ecclésiastique qui maintenait l'unité de la foi et le respect de la hiérarchie.
Engagé dans cette voie, le parlement prussien vota tout ce qui lui fut proposé. Le Docteur Falk, ministre des cultes, était lui-même plus passionné que le prince de Bismarck ; il voulut tout prévoir et tout réglementer. Une loi du 14 mai 1873 détermina dans quelles conditions on pouvait se séparer d'une église et se dégager des charges contractées vis-à-vis d'elle. Les autres lois concernent : la prestation de serment par les évoques (6 décembre 1873) — l'administration des évêchés catholiques (20 mai 1874) — la suppression de la subvention donnée par l'Etat aux évoques et aux curés (22 avril 1875) — les congrégations autorisées et non autorisées (31 mai 1875) — l'administration des communautés religieuses catholiques et le droit de surveillance de l'Etat sur cette administration (20 juin et 27 septembre 1875), les droits des vieux catholiques sur les biens ecclésiastiques (4 juillet 1875) — la surveillance de l'Etat sur l'administration des biens des diocèses catholiques (7 juin 1876), les mesures de rigueur que les administrateurs des biens
des diocèses vacants peuvent employer. (13 février 1878.)
Toutes ces lois n'ont été faites que pour le territoire prussien ; mais en face de la résistance de l'épiscopat, il fallait trouver un moyen de coercition plus énergique. En vertu d'une loi qui s'appliquait cette fois à tout l'empire d'Allemagne (4 mai 1874), on interdit aux prêtres révoqués l'exercice de leur ministère, la police reçut le droit de les expulser ou de leur assigner une résidence fixe. Le droit à l'indigénat put aussi leur être retiré.
Dans le grand-duché de Posen, où la persécution fut plus violente que dans toute autre partie de la Prusse, le clergé eut l'attitude la plus digne et la plus ferme. L'archevêque de Posen, Mgr Ledochowski, qui pourtant ne passait pas pour être favorable aux tendances nationales des Polonais, comprit qu'il y avait dans tout cela plus qu'une guerre de race, et que la foi catholique était enjeu; il s'abrita sous l'autorité du Saint-Siège. C'est ce qui pouvait être le plus désagréable au chancelier de l'Empire, car le Pape était pour lui l'ennemi irréconciliable. L'archevêque de Posen refusa de désigner les prêtres qu'il choisissait pour les cures. La Cour royale le destitua et il passa deux années ei prison. C'est alors qu'il fut nommé cardinal: djpuis il s'est réfugié à Rome. Un grand nombre de
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prêtres prirent comme lui le chemin de l'exil. Il y eut quelques délections, mais elles furent rares. Les curés qui préférèrent leurs places à leur devoir furent considérés par le peuple comme des traîtres. Tout le monde en sait les noms même dans les campagnes et on a vu comparaître devant la justice des paysans qui avaient cru faire œuvre pie en injuriant et en battant ces renégats. Je fais grâce au lecteur des noms de ces apostats. Un grand nombre de paroisses restèrent sans pasteurs, et, comme en France au temps de la Terreur, les prêtres venaient clandestinement dans les villages pour administrer les Sacrements. Les paysans le3 cachaient dans leurs maisons et dès que les policiers étaient signalés, ils les aidaient à se sauver. De 1874 à 1878 la situation fut intolérable.
Le système de laïcisation à outrance poursuivi par M. Falk enveloppait l'Église évangvlique aussi bien que l'Église catholique. Les conservateurs protestants comprirent qu'en définitive leur propre église et leur propre parti souffriraient peut-être plus de cette lutte que 1 Église catholique ellemême. Le socialisme s'affirmait chaque jour avec plus d'audace. Qu'allaient devenir en face de cette nouvelle puissance la religion d'État et le principe monarchique? L'attentat dont l'empereur Guillaume faillit être la victime en 1878 fit réfléchir M. de
Bismarck. Le cléricalisme ne sembla plus offrir de danger immédiat, il fallait désormais tourner tous les efforts contre le socialisme. Le chancelier comprit enfin qu'affaiblir l'Église catholique, qui est la grande école du respect de toute autorité légitime, n'était pas le plus sûr moyen d'enrayer le mouvement révolutionnaire.
Le gouvernement se départit un peu de sa première rigueur. Cette chasse au prêtre avait provoqué des résistances dans toute l'Allemagne catholique, de leur côté les Polonais avaient senti que se soumettre eût été abdiquer leur nationalité. En face de la persécution, les catholiques allemands et polonais s'étaient rapprochés pour la défense delà liberté de conscience. M. de Bismarck en voulant unifier le pays avait divisé les Allemands. Il avait lui-même créé une coalition qui pouvait devenir menaçante aux prochaines élections.
Le rapprochement entre la Cour de Berlin et le Saint-Siège aurait eu sans doute lieu plus tôt, si le gouvernement toujours préoccupé de l'attitude des Polonais n'avait pas craint que la rentrée du clergé dans les provinces polonaises ne fût un nouvel obstacle à la germanisation du pays. Ce rapprochement est devenu une nécessité de premier ordre, surtout depuis que les dernières élections ont donné au parti catholique une force numérique si consi-
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dérable qu'il est impossible de gouverner sans son appui. Si tous les catholiques étaient Allemands, la paix religieuse eût été laite déjà depuis longtemps et eût été complète ; mais les Polonais, qui n'ont pas moins de dix-huit députés dans le Landtag prussien, compliquent la question. C'est pour pouvoir agir contre eux suivant les circonstances, que le gouvernement tient à se faire donner par le parlement des pouvoirs discrétionnaires. On ne peut pas être plus explicite que ne l'a été le ministre des cultes, M. de Gossler dans une de ses récentes déclarations : « Le gouvernement doit avoir à sa disposition des pouvoirs discrétionnaires, à cause des provinces qui ont une population polonaise. De la sorte le gouvernement pourra agir suivant la situation politique de ces provinces. »
Le 30 mai 1882, le gouvernement a fait proroger jusqu'au 1er avril 1884 les pouvoirs discrétionnaires que les chambres lui avaient reconnus une première fois le 14 juillet 1880. Le ministre d'État a ainsi la faculté de nommer à des évêchés des prélats qui n'auraient pas prêté le serment exigé par la loi de 1874. Il peut les dispenser des autres conditions prescrites, pourvu toutefois qu'ils soient sujets allemands. L'administration des évêchés vacants ne peut être établie ou supprimée qu'avec l'autorisation du ministre des cultes. Celui-ci a la faculté de
rendre aux évêchés les subventions de l'État dont ils ont été privés...
Ces concessions avaient été imposées aux catholiques il y a deux ans, cette fois ils ont compris qu'il valait mieux s'associer au projet de prorogation de ces lois discrétionnaires pour avoir le moyen de faire voter de nouvelles concessions. — Il a été décidé en effet que les évêques révoqués par jugement pourraient rentrer dans leurs diocèses s'ils étaient graciés par le roi, et que, dans tous les cas, on rendrait moins rigoureux les effets de ces jugements. — H y a encore quatre évêques qui ont été déposés, les deux archevêques de Gnesen-Posen et de Cologne et les évêques de Limbourg et de Muenster. Il est peu probable, à moins de circonstances exceptionnelles, que le gouvernement fasse usage de cette faculté en leur faveur. En outre la loi dispense de l'examen d'Etat (culturexamen) les candidats à la prêtrise, qui ont passé l'examen de fin d'études dans un gymnase et qui ont suivi pendant trois ans les cours d'une université allemande ou d'un séminaire catholique prussien et spécialement les conférences de philosophie, d'histoire et de littérature allemandes. La concession la plus importante pour les Polonais et qui a été votée malgré l'opposition du ministre des cultes consiste à abroger deux dispositions de la loi de mai 1874 qui permet-
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tàient de pourvoir au remplacement des prêtres sans le concours de l'évêque pour les cures où des particuliers ou des communes ont le droit de présenter des titulaires. Le gouvernement avait trouvé par là le moyen d'introduire dans les paroisses un certain nombre de prêtres disposés à rendre à César même ce qui appartient à Dieu. Ces intrus ont joui longtemps de toutes 'es complaisances de l'autorité qui exaltait jusque dans ces derniers temps leur caractère et leurs mérites. Quel sort va-t-il leur faire aujourd'hui?
Il ne s'agit dans tout ceci que du rojaume de Prusse ; le Culturkampf ne s'est manifesté dans le reste de l'Allemagne que par les deux lois citées plus haut, celle de 1872 relative à l'expulsion des jésuites et celle du 4 mai 1874 sur l'exercice illicite du sacerdoce. Sur ces deux points, aucune concession n'a été faite. Il est assez singulier que ce soient les socialistes-démocrates, qui par l'organe d'un de leurs chefs, M. de Vollmar, aient demandé l'abrogation de la loi contre les jésuites en même temps que la suppression de toutes les lois exceptionnelles. Quant à la loi sur l'exercice illicite du sacerdoce, une motion de M. Windthorst a été acceptée cette année même par le Reichstag à une grande majorité. Mais le gouvernement de l'Empire ne parait pas se douter que ce vote ait eu lieu. De fait le gouverne-
ment ne donne de concession que ce qu'on parvient à lui arracher. Les évoques ont les mains liées. Au régime de persécution a succédé le régime de l'arbitraire. L'administration se montre tolérante ou non, suivant qu'elle se trouve en face d'un parti fort ou faible, et même si elle finissait quelque jour par se relâcher de cette rigueur, les catholiques du grand-duché de Posen et de la province de Prusse occidentale savent que ces pouvoirs discrétionnaires ayant été demandés non pour eux mais contre eux, ils n'ont rien à attendre du pouvoir jusqu'à ce que des complications de politique étrangère forcent le gouvernement à changer sa manière d'être vis-à-vis des Polonais.
En résumé, la nouvelle tactique du gouvernement à l'égard des catholiques ne peut tromper personne. Le chancelier aurait prouvé la sincérité de ses intentions, s'il avait proposé la révision des lois de mai. C'était demandé par les catholiques et réclamé parle Saint-Siège. Il s'est bien gardé d'agir ainsi, il a tenu à se faire donner des pouvoirs discrétionnaires. De la sorte, suivant les circonstances et suivant les localités, le gouvernement tolère ou interdit l'exercice du ministère par les prêtres non autorisés, il replace sur leurs sièges les évoques expulsés ou il leur refuse l'accès de leurs diocèses, il rend au clergé les subventions de l'État ou il continue à les
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leur retirer. C'est l'arbitraire pur et simple. Et ces mesures ne sont jamais prises en vue d'un adoucissement aux souffrances des catholiques, mais seulement comme un moyen d'obtenir l'adhésion de leur parti à la politique du chancelier, celui-ci étant toujours à même de lui faire en échange quelque concession sur le terrain religieux. Il faut donc s'attendre à ce que dans deux ans, quand le terme des pouvoirs discrétionnaires sera arrivé, le gouvernement demande une nouvelle prorogation toujours pour les mêmes motifs. C'est un acheminement vers l'Eglise gouvernementale dont l'idéal est l'Église de Byzance et à la fin du siècle dernier l'Église d'Autriche sous Joseph II. La tactique de M. de Bismarck est aussi simple qu'habile : gagner le Vatican par des promesses et l'assurance des intentions les plus bienveillantes, et n'user des pouvoirs qu'il a obtenus que pour fortifier le gouvernement contre l'Église et contre les catholiques. C'est un armistice, mais il est tout entier au profit du gouvernement prussien; il consacre le régime de l'arbitraire pour la Cour de Berlin et impose la soumission à la Cour de Rome. Mieux vaudrait peutêtre une guerre ouverte, et il est plus d'un catholique en Prusse qui préférerait pour son pays la manière d'opérer de M. Jules Ferry ou de M. Paul Bert. La guerre acharnée aux prêtres telle qu'elle
est pratiquée en France et le système qui consiste à élever les enfants en supprimant officiellement toute notion de Dieu* ne peut du moins laisser aucun doute sur les intentions du pouvoir. Le peuple ainsi traité sait où on le conduit : à lui de résister s'il le veut.
En privant les Polonais de leurs prêtres catholiques, le gouvernement prussien n'avait pas l'intention de les laisser sans ministres d'un culte. L'indifférence en matière de religion n'est pas de mode en Allemagne et on croit, au delà du Rhin, qu'il n'est pas bon qu'un peuple vive sans Dieu. Or il existe en Prusse une société protestante, dite de Gustave -Adolphe, qui subventionne la propagande évangélique. C'est surtout dans les pays slaves et plus spécialement dans le grand-duché de Posen et dans la Prusse royale qu'elle exerce son action. Elle dispose de plus d'un million par an et, à l'aide de ces ressources, elle fonde des églises et des écoles protestantes dans les localités où la population est trop pauvre et trop peu nombreuse pour en faire les frais. Les missionnaires protestants étant toujours dans ces pays les pionniers du germanisme, les plus hauts personnages de la cour de Berlin ont, depuis une dizaine d'années, encouragé de leur patronage cette œuvre de prosélytisme. A mesure que le Gulturkampf paralysait le minis-
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tore des prêtres catholiques, on a vu les missionnaires de la société de Gustave-Adolphe prêts à évangéliser le peuple. Pendant qu'on fermait en Prusse et surtout en Posnanie les couvents catholiques, qu'on expulsait les religieux et qu'on séquestrait les biens du clergé, cette société fondait des institutions évangéliques pour continuer les anciennes œuvres charitables des catholiques. Actuellement les orphelinats sont presque tous dirigés par des protestants; les Diaconesses ont pris la place des Sœurs de la Charité et créent partout de nouvelles maisons. Divers ordres allemands, Deidscher Samaritenordenstift, — Johannesstift, — Frauenheim, et d'autres institutions philanthropiques sont inspirées par la même pensée : gagner les Polonais au protestantisme, parce ue c'est les gagner à la Prusse.