THEATRE DE LA GUERRE RUSSO-ALLEMANDE
On lira avec intérêt l'analyse d'une des dernières études publiées en Allemagne sur la prochaine guerre. « Der russisch-deutsch Krieg der Zukunft » von P. J. Leipzig. — Il ne s'agit pas ici d'une de ces publications fantaisistes qui se produisent chaque fois qu'on annonce un grand conflit. L'auteur décrit le terrain des hostilités, indique la position des places fortes, la direction des voies ferrées. A l'aide de ces données certaines, il trace la marche probable des armées. Un travail de ce genre mérite un examen attentif.
On sait que depuis 1879 il existe entre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie une alliance offensive et défensive contre l'ennemi commun, le Russe. Tous les travaux faits jusqu'à présent ont donc toujours supposé une action commune des deux armées allemande et autrichienne. C'est encore ce que l'on admet ici. Seulement au lieu d'avoir à faire à la Russie isolée, l'auteur, convaincu que la France n'attend qu'une occasion favorable pour prendre sa revanche, se place dans l'hypothèse d'une alliance francorusse. Cette circonstance rend le problème plus difficile à résoudre, car l'Allemagne occupée sur le Rhin et dans les
Edouard Mai-beau -SLAVES ET TEUTONS
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Vosges devra laisser à l'Autriche le soin de défendre la Prusse et de se défendre elle-même à l'ouest. On lit dans ce travail :
« Le choc principal contre les Russes, le combat de destruction est le seul devoir de l'empire d'Autriche avec l'appui des alliés qu'il aura pu trouver en Orient (lisez : Roumains, Serbes, Turcs ), car en supposant que nos
forces principales soient engagées à l'Ouest (lisez : contre la France), nous ne pouvons que seconder la marche des armées autrichiennes contre le triangle polonais (les trois places fortes qui entourent Varsovie.) »
Faut-il conclure de là que les Prussiens entendent laisser l'Autriche seule aux prises avec la Russie ?
Pas tout à fait. On lit dans un autre endroit :
« Pour ce qui est des opérations des troupes allemandes, disons plutôt prussiennes, car au commencement de la grande lutte presque toute l'armée allemande sera occupée sur les frontières de l'Ouest, la sécurité de nos frontières orientales et le soin des premières opérations incomberont à nos braves corps d'armée de Prusse orientale et occidentale, de Posnanie et de Silésie. Tâche difficile et qui ne semble permettre que la défensive. Cependant l'offensive devra être tentée, car c'est la condition sine qua non de notre stratégie traditionnelle. »
L'Autriche ne sera donc pas seule en face de la Russie ; trois corps d'armée, ceux des provinces prussiennes voisines de la Russie entreront en ligne en attendant que la France soit écrasée et que l'Allemagne tout entière vienne à la rescousse de l'Autriche et la soutienne danssa marche sur Moscou.
« Si pendant ce temps une étoile amie a brillé sur nos armes engagées dans la lutte désespérée contre notre ennemi héréditaire latin, alors seulement il sera possible d'envoyer des forces de l'Ouest à l'Est pour continuer les opérations mais le profit matériel ne vaudra peut-être pas
pour nous la peine de continuer la guerre, tandis que l'Autriche en écrasant la Russie y gagnera une complète liberté d'action sur le Danube et dans la péninsule des Balkans. »
Le plus clair dans toute cette affaire, c'est que les Prussiens ne chargent les Autrichiens de faire leur police sur la Vistule et ne leur donnent Moscou pour objectif que pour opérer tout à leur aise dans la vallée de la Marne et nous rendre une seconde visite à Paris. Tout cela ne nous apprend rien. Nous savons depuis dix ans qu'ils n'ont quitté notre territoire qu'avec l'intention d'y revenir lé plus tôt possible ; mais il n'est pas mauvais de le constater une fois de plus au passage.
Les explications qui suivent doivent se lire à l'aide de la carte des opérations militaires dans la vallée de la Vistule que l'on trouvera à la fin du livre.