‹ Slaves et Teutons: notes et impressions de voyage (volume 2)Chapitre 21 sur 55 · FORCES DU PARTI SLAVE EN AUTRICHE · texte numérisé non relu

FORCES DU PARTI SLAVE EN AUTRICHE

sont plus nommés par les Diètes provinciales, mais directement par les électeurs divisés en quatre collèges : — La Curie des grands propriétaires nomme 85 députés ; les villes et les chambres de commerce 137; les communes rurales 131. Pour ce dernier collège, le vote a lieu à deux degrés. Les scrutins donnent généralement une majorité autonomiste de 180 voix contre 150 députés du parti centraliste allemand. Cette majorité est formée par divers clubs parlementaires où domine l'élément slave.

Le club polonais comprend 56 députés. M* Grocholski et le prince Georges Czartoryski en sont les chefs. Il a deux représentants dans le ministère, M. Dunajewski, ministre des finances, et le baron Ziemialkowski, ministre pour la Galicie. — Ce parti réclame pour la Galicie une autonomie administrative plus étendue. Le docteur Zyblikiewicz, maréchal de la Diète de Galicie, est d'origine ruthène, le comte Alfred Potocki est gouverneur de la province. L'administration de la Galicie, pays polonais et ruthène, est ainsi complètement confiée à des Slaves.

Le club tchèque comprend 54 députés. 11 a un représentant dans le cabinet, le docteur Prazak. La reconstitution du royaume triunitaire de Bohême, Moravie et Silésie est le dernier article du programme national. Le docteur Rieger et le comte

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Laisser le parti aliemâtiâ dôiftindr ênf Ê^méy

c'est faire le jeu de la Prusse ; se montrer au contraire favorable au mouvement national tchèque, c'est affirmer que rAutriche ne consentira jamais à cëder im pouce de terre à la Prusse. La cour de Vienne a donc sa ligne de conduite nettement tracée.

En choisissant Prague pour résidence, l'archiduc Rodolphe, héritier du trône, a montré que rintention des Habsbourg est de lier intimement les Tchèques à leur dynastie. Le triomphe du parti autonomiste dans le Reichsrath est une garantie pour les Tchèques que la politique impériale sera consacrée par les votes du Parlement,

Entraînée de plus en plus vers les Slaves par la situation qu'elle a dû prendre dans la péninsule des Balkans, l'Autriche est désormais la rivale de la Russie; pour s'attacher les Slaves et les rendre indifférents aux sollicitations des Russes^ il faut qu'elle leur donne des gages, et les Tchèques sont les premiers à en réclamer. Pendant un temps, on pouvait craindre qu'en secondant le mouvement national tchèque, on ne préparât les voies à la politique russe; mais du moment qu'ils ne sont plus étouffés par les Allemands et qu'ils peuvent arriver avec l'Autriche à une autonomie voisine de l'indépendance, les Tchèques se désintéressent forcément des entreprises des Moscovites. Au fond les Tchè-

POLITIQUE DB L'aUTRICHE EN BOHÊME 85

ques redoutent les théories des panslaves dont le but avoué est de changer la langue et la religion des Slaves qu'ils patronnent pour permettre aux Russes de se les assimiler plus facilement. La conséquence logique est donc pour la cour de Vienne de laisser l'influence allemande s'affaiblir en Bohême et de faire perdre ainsi à la Prusse tout espoir de pouvoir un jour revendiquer cette province comme une dépendance de l'Empire d'Allemagne.

Les Allemands n'ont jamais réussi à jouer en Galicieunrôle aussi important qu'en Bohême, ni même à s'y implanter d'une façon durable. Bien que la germanisation y ait eu deux auxiliaires, l'administration autrichienne, qui imposa longtemps l'alilemand comme langue officielle, et l'élément juif, les colonies allemandes n'ont jamais pris assez de <léveloppement pour tenir en échec soit les populations polonaises de la Galicie occidentale, soit les populations ruthènes de la Galicie orientale.

On comptait en Autriche en 1880 : 3,238,534 Polonais et 2,792,667 Ruthènes. Les Ruthènes (petits Russiens) sont de race slave comme les Polonais, mais tandis que ceux-ci sont catholiques de rite latin, les Ruthènes sont catholiques de rite grec. Cette «diflférence qui en Occident n'aurait qu'une faible im-

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le sentiment national. Toutefois les Polonais ont réussi à reconquérir une influence prépondérante et à se faire élire dans presque toutes les circonscriptions ruthènes. De fait la Galicie tout entière ne forme actuellement qu'un seul groupe politique et le parti polonais y a seul la direction des affaires.

L'Autriche mise en possession de la Galicie au premier partage de la Pologne, y installa une administration . composée exclusivement de fonctionnaires allemands. Elle établit dès 1775, dans chaque cercle des écoles normales pour propager la langue allemande devenue langue officielle, et Joseph II s'appliqua à réaliser dans cette province le plan de réformes qu'il avait adopté pour tout r Empire. Lemberg, capitale du nouveau royaume, fut doté, en 1783, d'une université allemande. L'abolition du servage, qui ne devait être réalisée complètement qu'en 1848, fut proclamée par Joseph II. En môme temps la confiscation des biens des églises et des couvents ainsi que les réformes introduites brusquement dans toutes les branches de la législation jetèrent le tnouble le plus profond dans la société polonaise. En même temps, l'Empereur fit venir des colons de divers points de l'Allemagne et spécialement du Palatinat. Il les installa dans quelques terres domaniales [starosiies) affectées au traitement des juges royaux starostes.

LBS AUiSMàNDS SN GALICIE 89

Telle est Torigine des colonies allemandes que Ton trouve aujourd'hui dans la starostie de Sandomir entre la Vistule et le San, de celles voisines de Lembei^g, de Dolina, de Kalusz La

plupart des colons catholiques ont fini par se fondre avec les Polonais, les luthériens au contraire et c'était le plus grand nombre, ont conservé leur caractère distinct 'et leurs habitudes ; mais ils ne sont que 36,000 dans toute la Galicie, soit 0,61 pour cent de la population totale. Les marchands et les artisans allemands qui sont venus en nombre considérable s'établir dans les villes, ainsi que de nombreuses familles d'employés du gouvernement, se sont pour la plupart polonisés insensiblement, surtout après 1848. Depuis le commencement du siècle, les Allemands n'ont plus créé de colonies agricolej, mais en revanche ils ont accaparé toutes les branches de commerce.

Brody, situé sur la frontière russe et qui fut longtemps un des principaux entrepôts de l'Europe centrale, est un centre allemand. Jusque dans ces derniers temps c'était une ville franche. Cette situation exceptionnelle y attira une nombreuse population juive. — Biala, sur la frontière de la Silésie autrichienne, la seule ville manufacturière qu'il y ait en Galicie et qui est renommée pour ses fabriques de draps, est aussi une ville allemande.

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