‹ Slaves et Teutons: notes et impressions de voyageChapitre 47 sur 73 · LA LUITK EN PRUSSE ROYALE · texte numérisé non relu

LA LUITK EN PRUSSE ROYALE

défendre avec acharnement ; la noblesse polonaise qui tenait la grande propriété administra ses domaines avec soin et se garda bien de s'exposer désormais à des ventes forcées. S'il y a encore aujourd'hui quelques ventes, c'est aux dépens de la petite propriété ; encore le fait est-il rare.

Le système adopté par les Allemands a amené partout un mélange des populations allemandes et polonaises, aussi les villages n'ont ils plus la môme physionomie que les autres contrées de la Pologne. Les maisons en pierre, de véritables fermes modèles qu'on trouve en beaucoup d'endroits, montrent que les Allemands disposent du capital. Les cultures ne dépassent guère cent arpents pour la petite propriété. Tous les cultivateurs étant d'anciens colons venus du dehors, n'ayant pas connu la corvée, se contentent de travailler leurs champs et ne sont nullement disposés à se mettre aux gages des grands propriétaires du pays. De là la nécessité pour ces derniers d'avoir un nombreux personnel de serviteurs pour exploiter leurs terres et de construire autour de la ferme tout un village pour les loger.

Il est très remarquable que la population polonaise au contact continuel des Allemands dans les villages ne finisse pas par se fusionner. Jusqu'en 1830 tout faisait supposer que les Polonais de cette

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oootrée disparaîtraient dans le courant de ce siècle. Les enfants des cultivateurs aussi bien que les fils des gentilshommes polonais parlaient d^à allemand entre eux. Il n*en est plus de même. L'exemple donne par la Grande-Pologne qui combattait pour sa défense, les efforts de quelques patriotes, le malaise produit par la pression administrative a rendu aux P(^oaai3 de la Prusse royale le- sentiment de leur nationalité. Les populations des campagnes se montrent très résolues dans cette lutte contre Je germanisme. Ces dispositions ont produit leurs ^ets. Si les grands propriétaires aUemands réusM^ sent encore à interdire aux Polonais l'accès des sJh semblées de district (Kreistag), ceux-ci preonent leur revanche aux élections parlementaires* La Prusse royale a élu aux élections de 1881 six députés p<^nais au lieu de quatre. Dans le district de Marienworder, un de ceux oii l'élément i^olçh nais est le moins fprt, tous les partis aUemaiuls coi^ Usés n'ont pu faire passer leur candidat qu'à «ne m^ûorité de quelques centaines de voix. A Thorn» M. Michel Szczaniecki a obtenu une msjorité supérieure à celle qu'il avait eue en 18*78* Is CuUurkampf n'est pas étranger à ce progrès» nan-seuiement la persécution religieuse a stimulé le paysan polonais mais die a détaché du gouvernemeAt beaucoup d'Allemands* £aas la canyagae les AUe**

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munds catholiques $ont iiombreux. Les aanées précédentes» ite voUieat to^)ours pour le candidat allemand, depuis la persécution contre Im catbOr Ugues ils votent pour des Polonaia.

En remontant le cours de la Vistule on rencontre la ville de Thorn. Cette puissante forteresse à quelques kilomètres du territoire russe située sur la rive droite de la Vistule, permet à une armée de pénétrer au cœur de la Russie sans avoir à traverser le fleuve. C'est la ville la plus importante de la Prusse royale après Danzig. Voici ce qu'en dit M. Tay^ nowski : « La vie polonaise s'y fait jour à chaque pas, les Polonais y sont nombreux — il s'y publié un journal politique en langue polonaise [Oazelte de Thorn). Les banques, les hôtels, les magasins sont entre les mains des Polonais. Tandis quit Danzig il est rare de trouver quelqu*un sachant le polonais, à Thorn les Allemands sont eux-mêmes obligés de le savoir. » Thorn possède un musée polonais, une société littéraire et scientifique poui^ les Polonais. Pelplin et Culm ont aussi deux petits journaux politiques hebdomadaires très répandus, le Pielgrzym {le Pèlerin) et le Przyjaciel Ludu {VAmi du peupU^.

Il existe encore dans la Prusse occidentale un groupe slave qui mérite une mention spéciale ; —

les Cassoubes qui peuplaient autrefois la Poméranie et qui parlent un idiome particulier qui diffère peu du polonais. Ils ne sont maintenant guère plus de 20,000, tous paysans [Ghur], dispersés dans' les campagnes au nord de la Prusse occidentale, à Touest de Danzig et sur le littoral de la mer Baltique où ils vivent de la pèche. Ils furent séparés de la Pologne en 165T et passèrent sous la domination du duc de Brandebourg, mais ils restèrent catholiques et continuèrent à dépendre du diocèse polonais de Cujavie. Il y eut longtemps au milieu d'eux nombre de gentilshommes polonais très pauvres mais très patriotes. Les Allemands ont pourtant fini par germaniser une partie des Cassoubes et le pays s'est en outre dépeuplé et se dépeuple encore tous les jours par une très forte émigration en Amérique. Bien qu'il n'y ait plus chez les Cassoubes d'aristocratie polonaise pour maintenir chez eux le sentiment national, comme ils sont d'une race forte, très résistante, et que tous ceux qui habitent la région comprise entre Danzig et Lauenbourg sont de fervents catholiques, ils continuent à se considérer comme solidaires des Polonais, essaient de résister aux Allemands et se font représenter au Reichstag par des députés polonais.

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