LBS ALLEMANDS EN POLOGNE
est en partie postérieur à la guerre de Bulgarie, car les droits de douane qu'on pouvait auparavant acquitter en papier durent être payés en or. Cette mesure s'appliquant à des tarifs déjà très élevés rendit ces droits prohibitifs et arrêta à la frontière tous les produits manufacturés venant des usine allemandes. Les industriels allemands trouvèrent alors avantaj^e à transporter leur matériel en Russie dans la grande plaine qui s'étend sur la rive gauche de la Vistule. La main-d'œuvre des ouvriers polonais étant meilleur marché, ils trouvèrent encore là une nouvelle source de bénéfices. Plusieurs d'entre eux ont fait d'immenses fortunes. En quinze ou vingt ans, on en a vu réaliser quinze ou vingt millions de roubles. Ces capitaux gagnés sur le territoire russe sont ainsi entre les mains de gens qui ont toutes leurs attaches en Allemagne, qui ne voient dans leurs ouvriers que des machines et se gardent bien de faire le moindre sacrifice pour un pays dont ils drainent les richesses qu'ils iront un jour dépenser en Allemagne. La plupart d'entre eux évitent avec soin tout ce qui pourrait amener une fusion avec l'élément slave, ils ne marient leurs mies qu'à des Allemands et font donner à leurs fils une éducation essentiellement allemande.
30 Grande 'propriété . C'est après Tinsurrection de 1863 que les Allemands ont recommencé à acheter
«-gS SLAVES BT TfBXJTOîf S
âer granéès propriété» en Pologne' et ert Eîthnanïiè'. Tbui ayant été remis en question par Ifc réforme agraire qui entraîna l-attribution anxx paysans des parcelles qu'ils cultivaient, yn grand nombre d^ vieux gentilshommes troublés dans leurs habitufts préférèrent' vendre leurs domaines. Les terres subirent une grande dépréciation et le» Aïïemandife virent là une source de spéculation^; en peu de temps une quinzaine de grands domaines passèrent entre leurs mains. Le gouvernement russe qui n'avait cherché qu'un moy^n d'affaiblir rartstocratife polonaise, s'efftaya bientôt des progrès^ de Télément aiîemand. Il s'était formé à Bertin une société^ dfe capitalistes pour profiter de cette crise foncière et acheter des forêts &n Pologne. En présence dés difficultés qu'elle éprouvait de la part de l'administt^tion russe, elle eut recours en 1866 à Hntervention déjà puissante de M. de Bismarck. « Achetez toujours et tant que vous pourrez, leur aurait répondu le Chancelier, la législation prussienne avant vingt- cinq ans aura arrangé tout cela. » Les Prussiens achetèrent toujours et tant qu'ils purent, mais lès employés russes qui appliquaient alors la réforme agraire de manière à nuire le plus possible aux grands propriétaires polonais n'eurentpas plus de ménagements pour les nouveaux acquéreurs altemands et ces derniers furent bientôt ruinés.
LdS ALLEMANDS BN.POLOaNB 4.99
Ceux môme qui ont acheté depuis la réforjsae'agmire n'ont pas été plus heureux. Pour mener à bien dos cultures améliorantes comme celles entreprises par ces agriculteurs, allemands, il faut jouir d'une bonne administration^ d'une bonne justice et être sôr du lendemain ; en Russie ils ne trouvèrent que du maovais vouloir et de l'arbitraire. Aussi, découragés par les insuccès, les Allemands n'emploient plus aujourd'hui leurs capitaux qu'à la recherche et à rexploitation des mines de fer, de charbon, de zinc eft à l'acquisition de forêts. Les Russes ont fait une faii»9e manœuvre. Les capitalistes^ allemands^ maltraites quand ils achetaient des terres dans le royaume dé Pologne, ont franchi la Vistule et se reaident acquéreurs en Russie, à biôn meilleur compte, de granâes terres partout qvl: il est interdit aux Polonais et aux catholiques d'acheter, en PodoUe, Vo^hynle^ Lithuanie, Ukraine, dans la Russie blanche (gouvernement de Grodno), danslaCourlande et dans la Samogitie, cette ancienne possessiozi des Ghe[«valiers teutoniques que les Prxissiens aonsidèrent comme partie intégrante de leur doMaiae hist(H riquô. — L'interdiction, faite: aux. Pcdonsaisv et som catholiques d'acheter des terres dans ces p«revinces a été renouvelée même depwâsf lt86S^ Un journal russe, de Klew.(Jr^'ât£}^anm)ai publié réeei»ment un état do la colQiiiisad;ien aàl^naaiéiè? daii«
iOO SLAVES ET TEUTONS
rUkraïne, la Podolie et la Volhynie. Cette dernière province est littéralement envahie par les Allemands. Dans cet article on reconnaît que les Russes n'ont su tirer aucun profit personnel de rinterdiction qui frappe les Polonais et les catholi- . ques et que seuls les Allemands en ont profité.
L'envahissement de la grande propriété suhit un temps d'arrêt dans le royaume de Pologne, mais le terrain conquis autrefois est considérable et bien gardé. On cite parmi les plus grands propriétaires allemands de cette contrée : Le comte Henkel von Donnersmark, — M. Trescow, — le comte Rer.ard, à Sielcé, — le prince de Hohenlohe, près d'Olkusz, — et le baron Kramsta. Ces derniers possèdent chacun de vastes territoires houillers et quelquesuns font à Saint-Pétersbourg des démarches persistantes pour obtenir tout ce qu'il reste de concessions disponibles. On a reçu de Tun d'entre eux jusqu'à cent soixante demandes concernant le bassin polonais qui se prolonge par la frontière jusqu'à Kœnigshiitte. Les Allemands ont déjà le monopole des mines de zinc, le moment est proche où ils seront seuls à posséder des mines de charbon. Il paraît même que les mines inépuisables de Dombrowa, qui furent exploitées par l'État dès 1820, alors que l'industrie houillère n'existait pas encore en Silésie, et qui ont été ensuite vendues par le
LES ALLEMANDS Ex^ POLOGNE 201
gouvernement russe à une société franco-italienne, passeront bientôt à la société allemande de Lawrahùtte et Kœnigshiifte.
En somme, si les colons agricoles allemands ne présentent pas ici de danger pour les Polonais comme dans le grand- duché de Posen, le nombre toujours croissant des grands industriels et des grands propriétaires allemands qui accaparent dès maintenant le marché russe, et toutes les matières premières, éléments essentiels de toute industrie, doivent leur inspirer des craintes sérieuses pour Tavénir.
D'après les livres du Crédit foncier de Varsovie, il y a actuellement dans le royaume de Pologne environ ,3^0 domaines d'une certaine importance qui appartiennent à des AUeniands, sujets de l'empire d'Allemagne — Gouvernement de Varsovie, TO — Gouvernement de Kalisz, 81 — Gouvernement de Plock, 58 — Gouvernement de Piotrkow, 30 — Gouvernement de Suwalki, 14 — Gouvernement de Kielce, 12 ^ Gouvernement de Radom, 9 — Gouvernement de Siedlce, 9 — Gouvernement de Lublin, 7.
Le tableau suivant montre comment dans le district de Bedzin les principaux domaines ont passé des mains de propriétaires polonais à celles de propriétaires allemands ou juifs. Il en est de môme dans la plus grande partie de la Pologne.
tOÎ SLAVES Kt TKIJTONS
DISTRICT DE BEDZIN (GOUVERNEMENT DE nOTBKOW)
AXCIEIIS
PROPRIÉTAIRBS
DOMAUlSS*
VBOPRlâTAIlIBS.
ACTUBLft.
Wysoka
TaszTcki
A.ger et Landau, isniêlltes.
Poranba
Rokosowdd . . . •
Prtn^beim, isn^ile prufiBieiL
Kromolow. • • •
Bar. Goslkowski Société israêlite.
Chmszczobrod
Grabinski
Société israê!ite.
Ogrodsiaiiee..
C<« Mieroszewski Société israi^te.
Rudniki
Taszy^ki ]
Malînowice. . .
Kmila !
Prince Hobeidobe.
Golenice
Lotwinowski . . . ]
Pyzowice... J
Tomikowice .)
Grabianski
Un Allemand.
Milowic3
Bleszynski
Un Allemand.
Klewce
Romkowski. ...
. Comte Renard, Silésien.
Bzichow
Sicmienski
Zagorze
Boleslaw
Mieroszewski . . i Lacki (
Baron Eramsta, Silésien.
Ujescie
Bysznosluch . . . J
Plusieurs de ces domaines ont plus de 2,000 lïectares.
Le gouvernement russe prépare une opération financière qui sera certainement très lireratrve pour le Trésor, mais qui pourrait bien avoir pour résultat d'augmenter considérablement le nombre des propriétaires allemands dans le royaume de Pologne. Il s'agit de vendre plus de 400,000 hec-