ACTE QUATRIÈME
RICHARD
Devant Dieu, — je ne serai pas ton complice!
l*amiràl.
Mais elle Taime, Richard, elle se meurt, entends-tu? elle se meurt de tristesse! C'est ma vie qui la tue; je meurs pour qu'elle vive! Ce n'est pas un suicide : — c'est une mort qui sauve ; — c'est un rachat!
richard.
Un soldat ne se tue pas !
l'amiral.
Ne se fait-il pas sauter, quand il a jugé sa mort nécessaire?
RICHARD, avec désespoir.
Ah! mon Dieu ! mon Dieu 1
l'amiral.
Voyons, Richard ! ton métier de marin n'est-il pas de mourir, seul à ton bord, pour sauver le dernier de tes hommes?... Regarde tes insignes, regarde les miens. En les prenant ce matin, je pensais à ce jour, — tu étais mon second, — où nous jugeâmes le bateau perdu... Désemparé,ne gouvernant plus, il allait à la côte, sur des falaises droites, invinciblement. Nous dîmes : « Il y en a pour une heure. » Alors, suivant notre vieille tradition, l'état-major descendit prendre la grande tenue, l'habit, l'épée, le costume de bal et de fête, — pour recevoir la mort, lui faire honneur, montrer aux hommes qu'on ne la craint pas, qu'on sait lui sourire. Dix officiers périrent. — Je pensais à cela tout à l'heure en regardant ma manche étoiléel... (D'un ton ferme et simple.) Richard, OU va mourir ici... Embrasse-moi ! — Adieu, mon vieux camarade !
RICHARD, tombant dans les bras de Tamiral.
Ah! mon vieil ami! (se dégageant.) Mais non, non, c'est
impossible ! (L*amiral porte sa bagne à ses lèvres. — Richard apercevant le geste de l'amiral.) Qu'as-tU fait?
l'amiral, lui montrant son anneau.
C'est fini. Vois.
RICHARD
Ah!
l'a M I R A L, d*une voix très basie.
Oui, tout est là: la faute, ~ et l'expiation !...
RICHARD, appelant.
Martini...
L*AMIRAL
 la mer, mon secret, à la mer I Là, là, elle est profonde!
RICHARD, appelant.
Martini...
l'amiral, il va au fond, et, tendant le bras par-dessus la balustrade, il laisse tomber son anneau A la mer.
(il revient.) Richard, à moi ! Ta main I — (immobile et debout, quoique chancelant, la main dans la main de Richard.) LC' bateau
coule!...(s'appnyant sur Richard.) J'ai consacré ma vie à mon pays, Richard... Je peux bien faire cela pour mon enfant! (il s*assied épuisé.) Mou sccrct,... SOU bonhcur,... je te l'ai
confié. Tu y veilleras 1 (Richard fait signe que oui. — Martin
entre.) Il faut uous quitter, mon pauvre Martin !