LA TEMPÉRANCE GRANDIT L'AUTORITÉ ROYALE
Nous pourrions ajouter que la tempérance a grandi au Canada le prestige de l'autorité royale elle-même, parce que les représentants du Roi, dans la plupart des cas, ont démontré qu'ils étaient des hommes d'Etat remarquables dans l'Empire britannique, «non seulement parleur habileté et leur bon vouloir de promouvoir les questions publiques, au point de vue moral et philanthropique », mais encore par leurs vertus privées et domestiques, et surtout par leur sobriété et leur tempérance.
Au tableau d'honneur et historique, apparaissent en lettres lumineuses les noms de Elgin, Dufferin, Lansdowne, Aberdeen et Grey.
Enfin nous pourrions affirmer que les sujets de l'empire britannique ne permettraient plus à des princes débauchés, vicieux et ivrognes de s'asseoir sur le trône d'Angleterre. Il ne faut rien moins maintenant pour satisfaire le peuple qu'une reine gracieuse, portant avec majesté le triple diadème d'épouse, de mère et de reine vertueuse, et un roi qui, non seulement est un fidèle adhérent aux plus
strictes règles constitutionnelles, mais qui surtout comprend que la stabilité de son empire doit reposer sur la sobriété et la tempérance, condition sine qua non de la richesse et de la grandeur d'une nation.
Disons avec joie et orgueil que la tempérance, grâce à la croisade antialcoolique, grâce au clergé et aux citoyens bien pensants et soucieux de l'avenir de leurs enfants, grâce aux gens de cœur qui s'intéressent à la grandeur du pays, a fait des progrès sensibles et durables pendant les dernières années.
Les livres officiels accusent une diminution de recettes et de revenus en fait d'accise et d'excisé, sur les liqueurs enivrantes, de au-delà de $6,000, 000 pendant les années 1907-1908.
Des familles entières, depuis, s'abstiennent de boissons enivrantes. Dans la plupart des paroisses on a voté la prohibition; dans nombre d'endroits: Québec, Lévis, Fraserville, St-Hyacinthe, Montréal, Trois-Rivières, Lac Méganlic, Thetford Mines, les licences ont été supprimées ou sensiblement diminuées, et on se propose d'en réduire encore le nombre.
La littérature antialcoolique est distribuée avec profusion dans tous les coins de la province, et on lit avec intérêt les manuels de tempérance du chanoine Sylvain et du Père Hugolin, de Edmond Rousseau et de P. G. Roy.
Les prédicateurs dans les retraites font de la tempérance le thème particulier de leurs sernoms; ils constatent avec bonheur que les croix de tempérance sont prises avec enthousiasme, un enthousiasme inconnu jusqu'à présent.
Quelques journaux ont fait une noble propagande en faveur de la belle cause.
Le premier Ministre de la Province, Sir Lomer Gouin et la députation ont généreusement secondé les efforts des ligues anti-alcooliques, en faisant adopter des législations favorables au mouvement de tempérance.
Enfin, les directeurs de quelques-uns de nos grands collèges ont eu la patriotique pensée de former parmi leurs élèves des sociétés de tempérance, dans lesquelles les écoliers s'engagent, pendant et après leurs études, à ne pas faire usage de liqueurs enivrantes.
Ces engagements produiront, je l'affirme, de salutaires effets dans la plupart des cas.
Si l'on veut qu'un arbre rende de beaux fruits, qu'une plante produise des fleurs fraiches et embaumées, il faut les tailler, les cultiver, les entretenir et les arroser lorsqu'ils sont à l'état de tiges et d'arbrisseaux. Si vous voulez qu'un jeune homme devienne un citoyen rangé et utile à la société, inculquez-lui, dès son bas âge, des idées de vertu et des sentiments de dignité ; parlez-lui de la tempérance, faites-lui en comprendre les avantages; frappez son imagination impressionable par les
tristes effets de l'ivrognerie, et vous en ferez un sobre.
Quand le pli sera pris, quand l'habitude de la tempérance aura été contractée, laissez ce jeune homme entrer dans la vie et dans le monde et ne craignez rien; vous verrez qu'il résistera à la tentation du cabaret et aux séductions du bar-room.
Je félicite tout particulièrement les collèges où l'on enrôle les jeunes qui, demain, seront les conducteurs et les maîtres de la société, sous les bannières si protectrices de la tempérance.
Qu'il me soit permis de décerner publiquement une mention honorable entr'autres, au Collège de Lévis et au Collège de Sherbrooke, pour l'initiative qu'ils ont prise sous ce rapport.
Parlant un jour devant une immense assemblée convoquée dans les intérêts de la tempérance, nous avons prononcé les paroles suivantes, qui furent accueillies avec bienveillance, surtout par la jeunesse sobre et tempérante.
Il faut, disais-je, non seulement une croisade antialcoolique, non seulement des sociétés de tempérance, mais nous devrions, en outre, créer le Mérite de la Sobriété, tout comme on a établi le Mérite agricole, le Mérite littéraire et le Mérite artistique.
Le Mérite de la Sobriété, c'est-à-dire le mérite de ceux qui s'abstiennent de liqueurs enivrantes, devrait être reconnu publiquement dans des séances solennelles où le gouverneur et les évêques distribueraient aux méritants des médailles d'honneur
qu'on poiierait fièrement à la boutonnière, lors des fêtes nationales et religieuses.
Les porteurs de ces médailles, qui figureraient dans les assemblées publiques provoqueraient plus d'enthousiasme que tous les autres manifestants.
Nous laissons au dévoués partisans de la tempérance la tâche de créer ce Mérite de la Sobriété.
Le vénérable évêque de Sherbrooke, a exprimé la même idée et l'a mise en pratique d'un façon fort heureuse, dans une circulaire à son clergé, dont j'extrais, avec son autorisation, les lignes suivantes :
«L'année dernière, au cours de ma visite pastorale, j'ai inauguré une croisade de tempérance parmi les enfants de la Confirmation. Ceux d'entre vous qui avaient le bonheur de recevoir l'Eve que savent avec quel généreux et admirable entrain ces chers enfants, à ma demande, promettaient, sur leur honneur, cette promesse les liant jusqu'à leur âge de majorité, de s'abstenir de l'usage de toute boisson enivrante. De toutes les cérémonies de la visite pastorale c'était peut-être la plus touchante. Nombreux étaient, dans l'assistance, les fidèles qui, émus jusqu'aux larmes, se disaient sans doute : quel exemple de sacrifice et de mortification nous donnent ces nouveaux confirmés ! Et ils avaient raison, mille fois raison de le dire. Aussi bien, me suis-je plu, comme je me plais encore aujourd'hui, à appeler ces croisés d'un nouveau genre : « mes petits chevaliers de la tempérance ». Et comme tels, j'ai voulu qu'ils soient distingués de tous les autres enfants, jeunes garçons et jeunes filles de la