CONCLUSION
Voilà bien des exemples démontrant d'une façon glorieuse, que la tempérance est le gage de la paix, du bonheur, de la santé, de la longue vie, de la considération, des richesses et des honneurs.
Ces exemples nous les avons intentionnellement empruntés à des hommes haut placés, parce que ceux-là, en marchant droit, relèvent, comme il a
été dit, leurs compatriotes distribués dans les différentes classes de la société.
Espérons que ces nobles exemples de sobriété seront contagieux parmi le peuple et serviront d'aiguillon pour ranimer ou réchauffer le zèle des apôtres de la sobriété, qui se recrutent surtout parmi les femmes du pays et dans noire clergé national, c'est-à-dire le clergé des différentes dénominations religieuses.
Je dis avec gratitude que la femme au Canada s'est, depuis longtemps, employée et dévouée à la belle cause de la tempérance, et cela, avec un zèle infatigable.
Il n'y a rien qui surprenne, car, voyez-vous, la femme est l'ennemie née et invétérée du whisky et de l'intempérance, parce que le whisky et l'intempérance ont fait trop souvent des plaies saignantes et incurables au cœur de la femme.
Aussi la Tempéranee a élé représentée sous les traits d'une femme à physionomie douce et modeste, s'appuyant sur un vase renversé et tenant à la main un mors ou un frein.
Cette charmante allégorie veut dire que la femme avec sa modestie, sa douceur et son courage a plus souvent vaincu l'hydre de l'intempérance et a plus souvent dompté l'ivrognerie avec son cortège de misères et de tristesses, que les plus éloquents discours et les lois les plus répressives.
Quant aux membres du clergé des différents cultes, s'il s'est malheureusement vrai que, la plupart du temps, ils prêchent isolément et par des voies
L'Honorable THOMAS CHAPAIS Conseiller législatif
et moyens différents la morale et la parole de Dieu, au moins nous constatons avec joie et orgueil que, sur la question de la tempérance, il y a entre eux un esprit de cohésion, d'entente et d'union, qui en assurera le progrès.
Le clergé a généralement compris et courageusement mis en action les paroles d'un célèbre diplomate anglais : « que l'on doit repousser avec énergie la prétention que c'est un rêve et une illusion de chercher à développer le progrès moral des hommes et des familles, en leur inculquant des principes de sobriété. »
Nous concluons en rappelant l'espoir national exprimé par le Premier Ministre du Canada sur le parquet de la Chambre des Communes, que le XXe siècle sera le siècle des Canadiens.
Mais il devait y avoir une arrière pensée dans l'esprit de Sir Wilfrid Laurier, lorsqu'il a prononcé ces paroles, car cet espoir ne se réalisera qu'en autant que les Canadiens n'étouffent point leur vitalité et leurs énergies nationales dans les hontes de l'alcoolisme.
Travaillons donc tous dans un esprit chrétien à l'agrandissement de la Patrie, en protégeant nos concitoyens contre les misères humaines créées par l'ivrognerie, suivant en cela le précepte de Gladstone qui a dit : « que c'est l'évangile de tout
chrétien d'améliorer le sort des hommes, des femmes et des enfants, en éloignant d'eux la faim, le froid et la misère, résultats inévitables de l'intempérance !»
Il parait qu'un grand personnage, peu sympathique aux Canadiens Irançais, a dit que l'on pouvait faire suivre le peuple canadien avec une guenille imbibée de whisky.
Si cette aecusation à été proférée par un sot et insolent personnage, il incombe à la génération actuelle de repousser cette imputation avec mépris et par notre conduite privée et par notre attitude publique.
Détruisons l'inanité de ce mensonge historique, en prouvant que nous sommes les descendants d'un peuple orgueilleux et chevaleresque, qui n'a jamais eu de tendresse ni d'enthousiasme pour les drapeaux, sous forme de guenilles imbibées de whisky.
Prouvons que nous avons des armoiries dignes d'un peuple qui n'a pas honte de son présent et qui a foi dans l'avenir, parce que nous comptons sur la divine Providence qui, depuis trois siècles, semble avoir pris sous sa protection spéciale ce coin de l'Amérique habité par les Canadiens français.
Non, cette terre canadienne, arrosée par le sang des martyrs, n'a pas dû enfanter une race qui doit s'éteindre dans les hontes de l'alcoolisme et les hoquets de l'ivrognerie.
Cette race vivra, car elle est fortifiée par la pensée et l'espoir d'être, tôt ou tard, quelque peu, l'exécuteur des desseins de Dieu, comme jadis les Francs dont l'étendard portait cette noble devise : Gesta Dei per Francos! — Les Desseins de Dieu par les Francs! Et plus tard, nous dirons peut-être: Les desseins de Dieu par les Canadiens français l
Mais cette mission ne peut être accomplie que si nous inscrivons sur nos bannières deux mots nouveaux : Sobriété et Tempérance, deux mots qui sont le gage de fierté d'âme, de pur patriotisme, de paix, de concorde dans les familles et la société, tous et autant d'éléments qui contribueront à rendre notre patrie grande, prospère, heureuse, et surtout et avant tout, digne des Canadiens français !