‹ Socialisme, communisme et collectivism, coup d'oeil sur l'histoire et les doctrinesChapitre 14 sur 24 · S0CIAL1SM.E · texte numérisé non relu

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à ceux des grandes sectes religieuses du passe, que comme système isolé dé production et de consommation, tel que le. présentent actuellement à titre d*ofganismé purement industriel les nova teursycontemporains. Une ferveur religieuse *

1. Il ne faut jamais perdre de vue cette foi religieuse qui enflammait les écoles socialistes d*après 1830 et notamment i*école sainl-simonienne : (c Nous étions dans nos familles, nous exercions diverses professions, s*écriait un des disciples plaidant devant le tribunal, dans le procès intenté à l'école; cette vie mesquine, celte vie sans poésie, était poumons un insupportable fardeau; nous rêvions quelque chose de mieux, quelque chose (je grand qpi fût à notre hauteur. Nous n^avons plus les joies du guerrier; nous n'avons plus de croisade à faire, de monde à découvrir; le temps même est piassé des expéditions napoléoniennes; nous n'avons plus ni solennités, ni temples, ni tournois, . ni chants, ni fêtes. La vie est terne et monotone «aujourd'hui et Dieu a mis dans le cœur de beaucoup d'hommes une énergie qui ne peut se ployer à celte contrainte... Nous avons été plus heureux que beaucoup d'autres. Nou« avons rencontré un homme qui, nous appelant à lui, nous a révélé une vie nouvelle. Nos vies ne sont plus qu'une même vie; nos destinées sont communes, nous sentons que nous sommes appelés à faire ensemble une chose glorieuse, sainte, divine^.. « (Œuvres de Saint-Simon et d'Enfantin, Procès, p. 424.)

Un autre disciple, Adolphe Guéroult, écrivait encore en 1869 : <( 11 y a maintenant quarante ans qu^une société de jeunes gens réunis sous la direction de quelques hommes plus âgés, professait des doctrines qui paraissaient étranges à leurs contemporain^ : ils annonçaient la fin delà guerre, le règne de la science, des arts et l'affranqhissejnien^ des 'femmes ; ils prêchaient un nouveau christianisme", a'ppfelé

planait sur tout le système et en fournissait la logique intime : cette ferveur religieuse disparue, il ne subsiste qu'un cadre artificiel, mortel pour l'activité aussi bien que pour la liberté humaine. Ce même caractère de religiosité, et par suite d'étendue dans les perspectives, quoique basé sur des vues philosophiques moins développées, fut celui des systèmes d'association d'Owen(1771- 1858) et de Fourier (1772-1837) qui eurent avec ie saint-simonisme le don de passionner les esprits pendant ce qu'on a appelé « la période poétique » du socialisme contemporain. Par certains côtés ces systèmes se rattachent très nettement à l'optimisme du xvm* siècle, et par là ils diffèrent des doctrines de Saint-Simon qui s'inspiraient d'une loi de perfectibilité mieux d'accord avec

à réaliser sur la terre Tabolilion des privilèges de nais-* sance, le classement suivant la capacité, la rétribution suivant les œuvres... Tout ce que la science découvrait de forces nouvelles ils les mettaient, en imagination, au service de leur utopie. Pendant que les fortes tètes du libéralisme ne voyaient dans les chemins de fer qu'une débauche de la science, destituée de toute utilité publique, ces rêveurs traçaient sur la carte de l'Europe et de TAsie Mineure un réseau idéal, presque entièrement achevé aujourd'hui ; ils étudiaient le percement des isthmes et le creusement du canal de Suez... Pour prêcher et propager leurs chimères, rien ne leur coûtait. Des chefs d'industrie quittaient leurs affaires, des ingénieurs donnaient leur démission, des fils de famille sacrifiaient leur fortune.. « n

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les données générales de Thistoire. L'hotnme primitif de Fourier est bon, ses passions sont généreuses : pour réformer la société il suffit de rendre le travail attrayant, et d'utiliser les passions. L'être humain, suivant Owen, est ce que le font le milieu où il se développe et les conditions extérieures qui agissent sur lui, et par suite, dans une large mesure, il est irresponsable individuellement. L'un et l'autre réformateurs, par des combinaisons sociales plus ou moins compliquées et artificielles, pensaient pro* duire l'harmonie finale où la communauté ne serait qu'un corollaire du perfectionnement des caractères et des mœurs. Fourier n'organisa ses groupes « phalanstériens » que sur le papier; Owen, on le sait, après avoir réussi par des réformes partielles, dont quelques-unes très louables, à faire de son usine de New-Lanark un modèle d'établissement industriel et philanthropique, échoua lamentablement lorsqu'il voulut réaliser en grand ses vues utopiques dans le nouveau monde.

Il resta de l'un et de l'autre, comme de Saint-- Simon et de son école, l'exemple « d'un grand dévouement à une cause généreuse * », et de leurs théories, des idées fécondes sur l'influence

1 . Jay, Rapport à V Académie des sciences morales et poli* tiques %\3x l'ouvrage de L. Reybaud, les Réformateurs*

de Tédu cation, sur Temploi intelligent des aptitudes naturelles et même des penchants passionnels, sur les avantages, d'un groupement des facultés et des besoins, au point de vue de la production et de la consommation envisagées sous leur aspect « coopératif ». Owen, par sa persévérance à signaler, au moment de l'évolution subite de Tindustrie, au début du siècle, les suites douloureuses pour une partie de la classe ouvrière, du progrès presque instantané et prodigieux des machines et de la concentration des fabriques dans un petit nombre de districts manufacturiers, fournit Tun des premiers à Topinion publique des arguments dont les écoles socialistes ultérieures devaient faire un si fréquent emploi.

Sur ce point il allait trouver de précieux auxiliaires dans Sismondi (1773-1842) et dans les économistes de son école, dans Buret, Villeneuve-Bargemont, Adolphe Blanqui, qui en signalant avec force quelques-uns des abus résultant du machinisme nouveau et en insistant sur la nécessité de réformes dues à Faction légale, tombèrent parfois dans des exagérations d'autoritarisme non sans péril pour l'avenir social, et qui devaient servir de fondement principal « au socialisme d'État » et « au socialisme chrétieu » contemporains.

Avant que le communisme proprement dit, inspiré directement de Morus, de Morelly et de Babeuf, reparût dans les écrits d'un réformateur, qui allait avoir sur la génération de 1848 une grande influence, dans le Voyage en Icarie de Cabet (1786-1856), les groupes socialistes issus des trois novateurs dont nous venons d'esquisser les systèmes, divisés entre eux par de nombreuses nuaiices d'opinions, se rattachant plus ou moins ouvertement aux courants philosophiques, religieux et politiques de l'époque, continuèrent à propager, soit des doctrines, soit simplement des tendances très nettement hostiles au régime de la liberté et de la concurrence industrielles, en y mêlant des vues d'ensemble sur la réforme générale de la société. Suivre chacun de ces groupes d' « Épigones » dans son évolution partielle serait impossible ici, et n'offrirait guère d'ailleurs, vu Téloignement des hommes et des doctrines, qu'un intérêt purement historique. Le « positivisme » d'Auguste Comte (1795-1857) qui, après s'être détaché de Saint-Simon sous prétexte qu'il entrait dans « l'ordre sentimental », finit lui-même par instituer une religion, un dogme et un culte humanitaires, et dont les ouvrages, par leur influence même sur le mouvement scientifique et philosophique, agirent puissamment aussi sur le mouvement social proprement

dit, surtout en répandant dans les esprits le dogme de la perfectibilité indéfinie ; la doctrine de r « humanité » de Pierre Leroux (1793-1871) si mêlée de mysticisme et si obscure; le néocatholicisme imbu de socialisme de Bûchez; le « règne social du christianisme » de Huet; ce qu'on pourrait appeler le socialisme sentimental ou littéraire de Lamennais, d'Eugène Sue, de Déranger et de tant d'autres écrivains, philosophes, poètes ou romanciers ; les efforts de pro-» pagande de l'école phalanstérienne, dont Consi-* dérant devint le chef et le journal la Phalange l'organe, et qui, en négligeant les paradoxes les plus choquants du fondateur, rallia en France des adeptes distingués et actifs, — entretinrent une vive effervescence dans une atmosphère morale alors profondément imprégnée de socia*» lisme plus ou moins latent ^, et atteignirent notamment les couches profondes de la classe laborieuse, surexcitées à la fois par les partis politiques et par les agitateurs de profession. Le réveil du communisme, sous la plume de

1. C'est du Paris de cette époque qu'un contemporain a pu dire : «Deux mois de boulevard suffisaient pour transformer un libéral en socialiste ». C'est dans cette atmosphère, par Weilling, Mario (Wiukelblecb), Grûn et Marx, que le socialisme allemand fit sa première poussée. Yoy. Ch. Grad, le Peuple allemand,^. 170; — Laveleye, op. cit, chap. 1*'; — Dawson, German socialisme p. 48 et suiv.

Dezamy S de Villegardelle *, de Louis Blanc ' et de Cabet, réveil qui devait avoir dans les événements politiques prochains des conséquences si graves, fut une des suites logiques de cette effervescence. Les théories n'étaient pas non-» velles, étant de simples reproductions des utopies précédentes : mais se mêlant aux préoccupations libérales et aux aspirations démocratiques de l'époque dont elles aggravaient singulièrement le caractère, elles tombaient sur un terrain favorable : les émeutes de Lyon et de Paris, en France, le soulèvement des luddisteSj des char* listes en Angleterre, marquaient de sanglants épisodes la lutte engagée de chaque côté du détroit, entre le capital et le travail, lutte devenue plus aiguë à mesure que la concentration des capitaux d'une part et l'agglomération des masses laborieuses d'autre part, sur certains points du territoire, augmentaient avec les progrès mêmes de l'industrie. Les nouveaux communistes apparaissaient sur le champ de bataille, arborant, — au-dessus des sociétés secrètes socialistes ou politiques qui, avec des visées diverses *, entrete-

i. Auteur du Code de la communauté.

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