‹ Socialisme, communisme et collectivismeChapitre 1 sur 24 · II AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

II AVANT-PROPOS

doctrines ont repris tant de vitalité et d'importance. C'est à ce titre que nous reproduisons ce court travail. Nous n'avons pas entrepris, on s'en convaincra vite, une œuvre de critique ni de réfutation en règle, mais surtout d'exposition. Nous avons visé à être exact et clair, et à ne laisser de côté aucun des chaînons essentiels de la série d'idées que nous entreprenions d'étudier : notre ambition n'a pas été au delà. Nous avons cependant, dans le cours même de notre étude et dans la « conclusion », cherché sinon à juger le socialisme dans son ensemble, du moins à faire sommairement le départ entre quelques-unes de ses tendances louables en principe ou inévitables dans leurs conséquences, et ce qui n'est aux yeux clairvoyants qu'utopie, agitations creuses ou malsaines excitations, dangereuses pour l'ordre public, pernicieuses au développement de l'initiative individuelle qui est et doit rester, au milieu même des progrès de la solidarité et de l'association, la source principale de notre force vive, la sauvegarde de notre civilisation morale et économique.

Novembre' 1891.

LE

Origine du mot socialisme.

Ln mot nouveau indique presque toujours leclosion ou au moins l'épanouissement d'une idéenouvelle. Le mot socialisme, employé d'abord en Angleterre dans les publications des disciples de Robert Owen', puis en France par Pierre Leroux' et par Louis Reybaud^, popularisé par

1 . A Toccasion de la foiidalion, soiis les auspices d'Owen, de The association of ail classes of ail nations (183o;, V. The Encyclopedia biitannica, art. Socialism.

2. Celui-ci prétend avoir le premier « forgé » le mot en France vers 1833 (V. la Grève de Samarez^ 1863, p. 2oo et 36o), mais il ne donne pas d'indication précise,

3. L. Reybaud a en 1864 (Préf. de la 7*^ éd. des Réformateurs) réclamé la priorité. V. aussi Socialisme dans ïancien Diclionn. d'écon. politique.

â LE SOCIALISME.

l'ouvrage de ce dernier sur les Réformateurs ou socialistes modernes (1840), désigne un ensemble d'opinions, de tendances, de systèmes qui ont certainement leurs racines dans le passé, qui ont été émis en partie par des écrivains bien antérieurs au xix'' siècle : et cependant le groupe de réformateurs et d "écoles auxquels sest appliquée au début lépithète rapportée d'Angleterre ou créée par les publicistes français que nous venons de citer, se distingue par des caractères très nets de ses devanciers dans Tordre des utopies ou des projets de rénovation sociale.

On peut dire que le socialisme proprement dit est né au commencement de ce siècle dun concours de circonstances et d'influences morales qui devaient presque fatalement lengendrer. Il se rattache étroitement au mouvement général d'événements et d'idées qui ont abouti à la Révolution. Les principes qui servaient de moteurs essentiels à l'ancienne société s'étaient effondrés : l'idée religieuse du renoncement, source pour la société d'une discipline particulière des âmes et des corps s'était affaiblie par la décadence même de la foi : d'autre part la coordination des forces vives de la nation groupée et encadrée dans url ordre fixe autour d'un monarque absolu, en vue de la formation et de la défense de l'unité nationale, s'était brisée : sous l'influence de la marche

OHIGINE f)U MOT. 3

c^LMiérale des idées et des progrès de l'esprit scienlili(|ue et industriel, la pensée d'une société laborieuse, s'organisanl alin dacquérir le bien-être général de ses membres, s'était peu à, peu substituée à l'antique idéal chrétien, d'abord féodal puis monarcliique. qui poursuivait des visées diiïcrentes. En môme temps qu'un sentiment d'optimisme universel, legs de la foi ancienne en une providence paternelle, bienveillante en principe pour l'homme, sa créature, poussait les âmes vers la conception d'une sorte d'idéal terrestre qui devait se réaliser par la justice et la fraternité, les merveilles naissantes do la mécanique, de la chimie et de la physique donnaient comme un encouragement positif et tangible aux nouvelles aspirations sociales. Grâce à elles, grâce aussi à l'affranchissement du travail définitivement opéré par la Révolution, les richesses se sont multipliées. Le bien-être s'est généralisé, mais moins vite que ne grandissait le désir de ce bien-être, désir excité dans les masses par le développement de l'instruction, la pratique de l'égalité civique, la propagande de la presse et de la littérature démocratiques, le spectacle enfin de l'accumulation f des biens terrestres et des jouissances du luxe dans un certain nombre de mains favorisées par des aptitudes naturelles, des chances d'heureuse fortune ou certaines conditions légales.

Après la chute de Napoléon, des hommes clairvoyants, observateurs judicieux des phénomènes sociaux, interprètes sagaces de l'évolution historique qui avait abouti au xviii^ siècle et à la Révolution, ont, parfois avec emphase, mais parfois aussi avec un sens très sûr et d'accord d'ailleurs dans leurs principales conclusions avec les premiers économistes disciples des physiocrates, annoncé l'orientation nouvelle que devaient subir les institutions et les mœurs : ils ont proclamé la légitimité et la grandeur du mouvement d'organisation pacifique de la planète, la stérilité du militarisme incarné dans l'empire et ses ruines, la sainteté du travail, la fécondité de l'association ; ils ont cherché à relier ces idées nouvelles concernant la tâche laborieuse de l'humanité à un ensemble de vues sur l'ordonnance de l'univers, sur la philosophie de l'histoire, sur les rapports des sexes et la réorganisation de la famille, sur la constitution générale de l'état politique et social; et au début leur œuvre ne manqua ni de portée ni de fécondité. Ils ont imprimé au siècle une vive impulsion. Mais à force d'étendre leur point de vue, ou faute de tenir compte de certaines règles essentielles à l'organisme social, en sacrifiant surtout le principe de l'initiative individuelle, moteur principal de

notre civilisation, et celui de la concurrence, sti-

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