‹ Socialisme et problèmes sociauxChapitre 15 sur 25 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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été soumis au Parlement par MM. Jaurès et Millei'antl, après avoir été approuvé par la généralité des Bourses de travail. Il consiste à attribuer 500 fr. de rente, à 60 ans, aux ouvriers et employés du commerce, de l'industrie, de l'agriculture et aux petits cultivateurs, et à assurer la gratuité des soins médicaux et pharmaceutiques à tout âge, avec une indemnité de 1 fr. 50 par jour de chômage. La dépense totale est évaluée à 688 millions auxquels les intéressés contribueront à raison de 1 franc par mois, les patrons à raison de 1 fr. 50 par mois et par tcte d'employé, l'Etat pour la somme globale de 360 millions, à prélever sur le produit do la taxe progressive des successions et des raffineries de sucre devenues un monopole du gouvernement.

On peut dire que les dernières élections radicales-socialistes, ou socialistes pures ont été faites sur ce triple programme dont la simplicité pleine de promesses était bien de nature à plaire aux masses électorales : réduction du service militaire, plus d'impôt direct au-dessous de 2.500 francs de revenu, pension de 300 ou de 500 francs assurée à l'âge de 60 ans \

1. Voir la Plate-forme électorale, brochure de M. Millerand, à la librairie de la Revue Socialiste. — L'Avenir du Cher se ser-

On est bien loin, on le voit, soit des vues idéalistes de l'ancien socialisme français qni faisait dépendre la transformation économique d'une vaste métamorphose morale et religieuse autant que matérielle, — soit même du collectivisme allemand dont les conceptions nuageuses,

vait de l'argument suivant pour pousser les électeurs radicaux à voter au second tour pour la candidat socialiste:

« Le programme des deux candidats républicains du premier tour se rapproche dans ses parties principales : im)>ôt progressif sur le revenu, organisation d'une caisse de retraites ouvrière pour la vieillesse, service militaire de deux ans, revision de la Constitution, Dans ces conditions, nous ne voyons pas pourquoi qui a voté pour M. Ch... ne voterait pas pour M. C..., étant entendu qu'il vote pour un républicain et qu'il est préférable de faire entrer à la Chambre un républicain, même socialiste, plutôt qu'un réactionnaire. »

« Mon programme comprend les points suivants que je m'engage de nouveau à soutenir de toutes mes forces, écrit un candidat radical-socialiste du Cher:

1" La revision de la Constitution par une Constituante;

2° La réforme générale de l'impôt avec comme moyen principal, l'impôt progressif, sur le revenu ou le capital :

3° La séparation des Églises et de l'État, seul moyen d'arriver à la pacification religieuse;

4" L'organisation du travail dans un sens favorable aux travailleurs ;

5" Toutes les réformes sociales respectant d'une façon absolue la liberté individuelle ;

6" Les réformes administratives et judiciaires aboutissant:

d'ailleurs abandonnées actuellement par un grand nombre de collectivistes d'outre-Rhin ou Belges, n'ont jamais plu en France qu'à une minorité de dialecticiens qui remplacent volontiers la réalité par des mots. On se trouve actuellement sur un terrain très positif et qui agrée à notre esprit naturellement simpliste : l'Etat chargé d'assurer le bien-être relatif de ceux qui n'ont pas ou qui ont peu, en prenant à ceux qui ont plus : et pour cela composer l'Etat de représentants de la nation qui, nommés par une majorité de citoyens non contribuables quoique souverains, soient prêts à déposséder une classe au profit d'une autre. C'est ce que formulait dans ces termes le manifeste des députés socialistes récemment élus : « Nous ne devons avoir d'autre désir, d'autre ambition que de contribuer à la réa-

ies premières à la décentralisation, les secondes à l'élection de la magistrature et à faire rendre la justice gratuitement;

7° La création d'une caisse de retraites pour les travailleurs âgés ou infirmes ;

8° La création d'un crédit agricole, industriel et commercial pour venir en aide aux petits;

9° Les moyens d'empêcher les monopoles de se former et la suppression de ceux qui existent et qui doivent être repris par l'État, lorsqu'ils constituent de véritables services publics;

Et 10" Enfin le service militaire abaissé à deux ans en considérant même cette réforme comme un acheminement au service d'un an. Tels sont les points principaux qui, quoi qu'on en dise, pourraient être résolus dans une législature. »

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lisation du principe fonclamonlal du parti socialiste : la conquête des pouvoirs publics par le prolétariat organisé. »

Nous savons en vue de quel programme il serait organisé. Nous ne nous arrêterons pas à démontrer Tinjustice et la chimère de ce programme. Autre chose est de promettre et de tenir. Certains candidats socialistes s'en sont déjà aperçus : ceux qui ont voulu, dans les municipalités conquises par eux ou dans des centres manufacturiers où ils étaient devenus maîtres, passer de la théorie à l'action, ont pu constater les déceptions qu'ils avaient semées, et il s'en est suivi pour eux de dures leçons. A Roubaix, comme à Carmeaux, les électeurs, éclairés par l'expérience, se sont ressaisis, et beaucoup ont refusé de voter pour ceux qui, après avoir déchaîné de stériles agitations, sont venus se heurter à de retentissants échecs : mais si elle devait se généraliser, la leçon coûterait vraiment trop cher aussi bien aux citoyens qu'au budget de l'Etat. C'est sans doute une des fatalités du suffrage généralisé que cette propension des électeurs à réclamer et des candidats à promettre, qui tend à devenir, au fond, si on cherche la réalité sous les mots, tout le socialisme actuel. Mais ce peut être en môme temps pour la démocratie, au moins pour la portion de la démo-

cratie qui réfléchit, qui veut dans le régime populaire conserver un gouvernement el dans une société égalitaire une nation coordonnée, ce peut être, cette propagande effrénée et sans scrupule du socialisme électoral, une leçon profitable. Le parti progressiste libéral, qui est la véritable majorité et qui tient dans ses mains les destinées de la République, doit s'apercevoir que, en dehors de la question de moralité publique que nous n'abordons pas ici, c'est métier de dupes de suivre ses adversaires sur le terrain qu'ils ont choisi. Ils ont toujours élé et iront toujours plus loin et plus vite que les modérés. Ils demandent des réformes irréalisables et ils le savent : mais ils sèment des idées fausses et se font des amis. Actuellement, entre radicauxsocialistes et socialistes purs, c'est à qui criera le plus fort son amour pour le peuple et son désir de mettre l'Etat et le budget à la disposition du peuple, afin de recueillir les suffrages du peuple. Ils prennent les électeurs à la fois par la flatterie des intérêts et par la caresse d'un des sentiments les plus ancrés dans la nature humaine en général et dans les démocraties en particulier : l'envie. Mais ce ne sont pas ses doctrines, si perfides et colorées d'une détestable logique de sophisme qu'elles soient, qui rendent le socialisme le plus dangereux. Le prestige pas-

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sager du parti vient surtout du tempérament et des ti'aditions (Taction de ses membres. Ils veulent des choses criminelles ou absurdes, mais ils veulent ou ils ont Tair de vouloir, ce qui est la même chose pour les ignorants qui les suivent de loin et les voyant en mouvement d'apparence concerté croient à l'existence d'un véritable corps d'armée avec un état-major, un programme, des chefs et des régiments tout prêts, autrement dit d'une sorte de jacobinisme dont la puissance est toujours à craindre dans notre pays quand les libéraux s'ahandonnent et que César n'est pas prêt. Heureusement les apparences ne sont ici nullement conformes à la réalité : les divisions des têtes de parti dans le camp socialiste sont nombreuses et profondes, comme elles doivent l'être lorsque les ambitions ont pris la place des doctrines. Les compétitions personnelles sévissent là autant et plus qu'ailleurs. Il y a un éparpillement poussé presque à l'infmi dans un groupe qui, au moins en son rôle parlementaire, et si on ne suit pas de près ses divisions dans les scrutins, a ofFertraspect d'une certaine cohésion; qui au fond opère constamment sur lui-même le travail de déchirement qu'il essaie sur l'ensemble de la société. Nous avons assisté récemment à des polémiques incroyablement violentes qui prouvent la profondeur et l'âcreté des divi-

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sions : guosdistes, allemanistes, anarchistes, nationalistes, socialistes indépendants et révolutionnaires, partisans et adversaires de la revision du jugement de 1894, partisans de l'action politique et défenseurs de l'influence exclusive des Bourses du travail et des Syndicats, devenus si puissants dans les grandes villes, n'ont guère l'air de s'entendre, et l'ardeur même avec laquelle quelques coryphées demandent l'union, indique comhienelle est loin d'être fai te ^ C'est là une cir-

1. « Ceux qui prêchent à leurs partisans la lutte des classes ardente, implacable, pratiquent entre eux la guerre des sectes sans trêve et sans merci. Il y a des chefs rivaux, des classes sociales profondément hostiles, au sein même du socialisme, qui, si elles arrivaient au pouvoir, ne tarderaient pas à s'entredévorer comme au temps de la première révolution. » J. Bourdeau, Revue du mouvement socialiste dans la Revue parlementaire, août 1897. — « Ces compétitions écœurantes sont, dit le journal allemand social démocrate la Leipzig er-Volkzeitung, tout à fait caractéristiques de cette maladie d'individualisme qui sévit sur le socialisme en France. » — Lire à l'appui le Parti ouvrier de M. Allemane et la brochure La vérité sur l'union socialiste, publiée par la librairie de ce journal. Allemanistes et guesdistes, anarchistes et nationalistes, s'injurient et s'accusent encore plus entre eux qu'ils n'injurient et n'accusent la bourgeoisie ; mais celle-ci ne lit en général que les injures qui lui sont adressées. — « Je déplore l'intolérance et la tyrannie qui caractérisent la phase actuelle du socialisme' s'écriait au Congrès de Londres M. John Burns, l'un des chefs les plus en vue du Parti ouvrier anglais. Il est curieux de voir des gens qui prêchent la paix universelle, la fraternité et la solidarité se disputer plutôt comme des animaux que comme des hommes. »

constance heureuse pour le parti de Tordre, qui ne s'attache pas assez à la connaître dans ses détails et à en proliter pour tâcher d'enrayer la désorganisation de la machine politique et sociale contre laquelle le socialisme tourne ses efforts en se servant de ses rouages mêmes comme (( d'un formidable engin de dislocation ». Il est urgent qu'une majorité fermement libérale se décide à arrêter cette décomposition dont l'avidité budgétaire socialiste, avec la complicité, plus ou moins avouée, des radicaux, menace l'Etat, à prévenir le découragement de l'initiative et de l'association privées que provoquent les menaces de tendance collectiviste et qui serait mortel pour le pays. — Le développement de l'activité des individus ayant pour fondement, pour stimulant et pour garantie la propriété : l'association libre, étendant les bienfaits de la solidarité, de la philanthropie, de la mutualité et l'expérience des gestions collectives à toutes les classes de la société, surtout aux plus déshéritées qui ont encore plus besoin que les classes prospères du concert des volontés indépendantes; TEtat neutre, égal dans la taxation, cori'igeant quelques-unes de ses défectuosités sans favoriser ni un individu ni une catégorie sociale aux dépens d'une autre ; le Gouvernement, gouvernant suivant l'intérêt général et permanent de

la France, sachant vouloir résolument le droit et la justice, refusant de sacrifier le pays à un groupe, fût-il le plus agité et le plus bruyant de ses électeurs, tel devrait être à nos yeux le programme d'un parti progressiste conscient de son devoir et de sa force, avide de répandre parmi les hommes plus d'instruction et de bien-être, mais réfractaire à tout accommodement avec des doctrines d'envie et de discorde sociales.

ÉuriVOQl ES COLLKCTIMSTKS SUR LA PROPRIÉTÉ

« Soiil, dans la Chambre, le parti socialiste a une doctrine conij3lète et unique. » Voilà ce qu'écrivait récemment dans la Petite République Française ^ M. Yiviani, un des coryphées du groupe des 38. Ce sont là des paroles qui font bon effet sur les électeurs. Quand on va au fond des choses et qu'on cherche ce que c'est que cette « doctrine complète et unique, » on est bien embai'rassé de la trouver. On s'aperçoit vite que les socialistes, même ceux dits collectivistes, qui ont la prétention, comme Ta dit M. Jaurès, de « posséder seuls la formule concrète du socialisme, " » ont une souplesse particulière pour

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