LE RME AAC ES
temps des grandes foules faibles, des divins empereurs.
Ainsi tel est notre étrange devoir, à nous qui sommes des hommes, et plus les meilleurs des hommes. Nous ne nous battrons pas pour la dictature du prolétariat, ni pour une dictature de droite. Nous, les petits bourgeois, les ouvriers d'élite, les paysans fins, les bourgeois qui ont le sens de la responsabilité. Nous ne nous battrons pas pour des capitalistes patriotes qui nous retirent notre bien. Nous ne nous battrons pas pour des communistes qui vivent comme des jésuites, des ultramontains, sur le mystère d'ordres lointains et qui n’osent pas nous avouer cyniquement ce qu'est la dictature de la Guépéou. Nous ne nous battrons pas non plus pour défendre des patries qui n’ont plus besoin d’être défendues, qui sont immortelles — avec des armes qui nous haïssent. Nous ne nous battrons pas pour ceci ou pour cela. Nous nous battrons contre tout le monde. C’est cela, le fascisme.
Je parle en hâte. J'ai soif d'intimité comme sur la place d’un village, ou d'Athènes au temps de Socrate. À quoi bon vivre, si l’on ne joue pas la farce à plein, si l'on ne s’avance pas vers le public dans un délire de prostitution et de sincérité, jusqu’à bousculer les chandelles.
Les hommes comme moi sont dans l’ordre de la pensée, le pendant des véritables hommes d’action qui transcendent les partis dont ils partent, par opportunisme supérieur. Rien de plus hésitant que l’homme d’action — jusqu'à la dernière minute. Sa pensée est ambiguë
comme l’action. Seules sont claires : les théories, seuls sont droits : les fanatismes devant les douze fusils. Mais nous autres, les conciliateurs, les faiseurs de nœuds, il y a des balles pour nous aussi — et tant d’injures que c'en est une plénitude.
Juillet 1934.