Socialisme
Depuis trente ans que j 1 appartiens au parti socialiste, je me suis attaché à faire disparaître le malentendu qui fit confondre u beaucoup de militants YnnfinalianaUsinet qui est l'opposé de notre doctrine, avec L 'internationalisme qui en est la base, et qui implique le nationalisme dé (mi par le programme du parti ouvrier* Ce contresens nous a fait perdre trente ans de propagande.
J’ai, d'autre pari,cherché à montrer que le principe des huit heures était U condition première de toute réforme dans le domaine de l'hygiène sociale.
Enfin* j’ai défini un sexualisme scientifique u coté du socialisme, posant la question de la lutte des sexes à côté de celle de la lutte des classes, associant la révolution sexuelle à la révolution sociale.
Un trouvera quelques répétitions dans les articles que je réunis ici : les mêmes idées se formulant dans les mêmes mots* Ce qui se rapporte au Sexualisme forme un autre volume.
l fir mai 1913.
25 aoiU 1895*
(Le Socialiste).
LA PATRIE
Il faut toute la mauvaise foi des adversaires du socialisme el l'insondable naïveté de ceux qui les écoutent, pour qu'il soit permis d’opposer^ comme on te fait tant aujourd'hui, le patriotisme au collectivisme. Et je me demande quelles singulières conceptions peuvent bien avoir du patriotisme ceux-là même qui ont l'aplomb de nous traiter d’an ti-patriotes, alors que nos orateurs iront à la bouche que les mots de nationalisation! de retour à la nation, de monopoles d'Etat préparant la production nationalisée, la créa Lion de services nationauæ, etc.
Il est curieux que ce soit ceux qui veulent la nation grande, forte, féconde et belle qui soient les anlipa- Irioles ; et ceux-là qui la font divisée, livrée au laisserfaire-husser-piisser, à l'anarchie dans la production et dans la consommation, à l'exploitation réciproque des Ois d’une même mère, à ['usure, au vol consacré et
SOCIALISEE
encouragé sous mille Tonnes* aux banqueroutes sans cesse acceptées, aux humiliations extérieures et à d'indignes et dégradantes alliances qu'on croit légitimée® par la peur* — c'est ceux-là qui sont les vrais patriotes, H ne suffi!. pourtant pas de crier incessamment le mot patrie eu roulant les r et les j T eux ; il serait bon que nos adversaires consentissent à nous dire un jour ce qu'ils entendent par là* Pour quiconque a appris à se servir de son cerveau comme on apprend à se servir de ses mains, e'esl-à-dire pour tout homme qui a cherché à se faire une doctrine, il faut opter entre les deux formules qui se disputent le champ de l'évolution sociale, l 1 individualisme et le socialisme.
On parle beaucoup d'individualisme depuis quelque temps* et la classe au pouvoir, pratiquant le divide jq impuresi diviser pour régner, a mis ce thème dans 1 T encrier de tous ses écrivains de la presse et de la littérature, dans le verre d'eau de tous scs orateurs et conférenciers. ICI elle a raison. Si le dernier des Ho races avait eu Je temps de prêcher quelque philosophie aux trois Coriaces, il leur eût fort recommandé L'individualisme, sur qu'il était de les battre isolément. Que voulez-vous que fasse cou Ire la nation tout entière la minorité parasite qui l'exploite? Elle se défend de sa meilleure arme, la division individualiste, dont un tranchant nous décime en attendant que l'autre la Lue elle-même.
Pendant des années* la forme même de la propriété, Eelïri terne ni de P au ci en pal ri moi ne léodal qui s'est éparpillé a lin fini après être devenu un instant
LA PATRIE
national, ool suffi pour diviser et opposer les intérêts personnels; puis, Je capital entraînant tout dans l'orbe de sa gravitation» la richesse s'est massée en liant sous forme d f actionnai, tandis que par la vigilança incessante de la magistrature, de la presse, de l'armée, du clergé et des chambres, elle s’opposait à ce que la misère an fît autant sous forme de syndicat de résistance.
La misère, la maladie el l’ignorance, ou, si l'on veut, la misère économique, physiologique et intellectuelle, ces 1 rois lûtes de l’hydre qu'attaque le socialisme, ont longtemps séparé, morcelé, pulvérisé, opposé les intérêts des travailleurs ; la lutte pour la vie, que la concurrence entre salariés, les chômages, la surproduction, rendent individuelle, les livrait sans armes, sans cohésion, toujours vaincus d'avance, malgré l'immense supériorité du nombre.
Aujourd’hui, grâce h révolution fatale du toi lieu èeonomîqueel à l'action socialiste, qui l'éclaire, la misère d'en bas imite les procédés de la richesse d'en haut ; elle cherche aussi a se prendre en masse, à former des noyaux durs, résistants, sons forme de syndicats, de corps électoraux, d'unions corporalivës, contre lesquels lout l’effort du parasite, malgré sa puissante organisation, va bientôt s’épuiser. Aussi, quel redoublement de haines clairvoyantes dans la presse officielle, quelles féroces attaques contre tous ceux qui se chargent de mettre en gerbes, de lier, de mettre en monts et en meules la moisson socialiste J lït c'est an nom de ta patrie qu’ils prêchent T individualisme, c'est-à-dire
fi SOCIALISME
chacun livré à ses propres forces, ne s'accroissant qu'en pillant la part du voisin, ne devenant fort qu’en lasservissant, ne dominant que par l’usure, sous forme de salariat ou de spéculation : ou, au contraire* s’il est vaincu, disparaissant bien tôt, submergé par le flot tumultueux des ambitions individuelles, déchet de l’immense consommation d'existence* qu’un peu de cohésion el de socialisme rendrait si heureuses et si fécondes, tandis que l f individualisation à outrance les rend le plus souvent inutiles et même nuisibles aux autres et à elles-mêmes*
Pour lés anlî-socialistes, la patrie ne peut être que la proie commune où chacun vit en parasite à l’abri dns mêmes lois* Ils la disent belle et noble, parce qu’elle est à eux ; il la veulent grande et riche, parce qu’ils en vivent ; ils en Tout un symbole, un drapeau, un fétiche, parce qu’il faut, comme on dil* une religion au peuple, et que c’est le peuple qui doit défendre ce patrimoine national, quî n’est mi patrimoine que pour ceux qui possèdent et qui n’est national pour personne ; et c'est encore le peuple qui est l’agent de la grandeur et de la richesse de celle patrie qu'il fait vivre pour son parasite,
11 ne serait pourtant pas bien difficile de comprendre que le socialisme est la seule doctrine dans laquelle le mot patrie, de même que le mot nation, ait et puisse avoir un sens positif. Et même en dehors de toute doctrine, comment ne pas admettre la série hiérarchique formée par l’individu, la famille, ta patrie et l'humanité ? N’y pas la même étroitesse, le même
LA PATRIE
égoïsme, îa même erreur a se mettre soir même audessus de sa propre famille qu’à mettre sa famille audessus de la patrie, la patrie au-dessus de T humanité? l^a doctrine indivi dualiste tend sans cesse à mettre les plus petits intérêts au-dessus des plus grands. C’est une morale à Pcnvers* N’y a-t-il pas la même infamie a met Ire les intérêts de son pays au-dessus de ceux de l’humanité, et à parler de patriotisme et de nationalisme en temps de lutte sociale, eu temps de crise économique générale, qu’à mettre ses propres intérêts ou ceux de sa famille au-dessus des intérêts nationaux eu temps de guerre nationale, quand la patrie est en danger? Nous autres, socialistes, qui seuls lu lions pour une cause plus grande* plus élevée et plus sainte que toutes les causes nationales prises isolément, nous seuls pouvons parler de patrie, parce que nous entendons ce mot dans le sens de nation organisée, féconde et heureuse, prenant la direction consciente de ses destinées, et non pas dans le sens d’un patrimoine dont chacun cherché à accaparer la plus grosse part et où l'accaparement est si protégé par la loi que la grande majorité de la nation ne possède pas*
Oui, cest nous, les internationalistes, qui, seuls, pouvons honnêtement parler de nationalisation parcs qu’elle est presque tout notre programme politique et le premier stade de notre révolution ; parce que T internalion ale rêvée n’est possible i[ii f entre nations déjà organisées, mures pour Tente nie réciproque et dont les intérêts subiront une commune orientation* Nous seuls sommes un parti d’organisation, tous les autres sont
les mille formes de l'anarchie individuelle nu irai tonale* Un mêmÊ t nous seul s donnons au mot patrie sou véritable «en h pratique, parce que nous voulons une nation maîtresse d’elle-même, organisée par la socialisation systématique cl évolutive des forces et des intérêts individuels vivant comme tons les êtres organisés. — et non un champ de bataille divisé en lots et en positions antagonistes.
Cette socialisation des inlérêls individuels formant la naît on, c’est-à-dire la patrie vivante, nous la poursuivrons au delà de la nation individualisée en un organisme vivant sa vie propre ; nous voulons la socialisation des nations elles-mêmes en une humanité vivant sur celte patrie commune qu’est notre vieille terre. En attendant, notre but est la constitution d’une nation recevant de chacun de nous sa oon tribu lion personnelle à la satisfaction des intérêts vitaux du corps national, et lui rendant en retenir, surabondamment, les mille services qui permettront à chaque individu de ne plus laisser s’absorber toutes ses forces personnel les dans la recherche de la satifaction dns besoins immédiats et intérieurs — le laissant, en t’assurant contre les impérieuses nécessités de la vie, se créer k lui-même, de son propre super lin de fo rce et de v i \ a I i lé u ne I i berté q u i ne sera H m i tée qne par la sauvegarde de l 1 intérêt général et par la liberté des autres individus, ces limites s’écartant h mesure que s'accroîtra l'organisation générale. Actuellement, grâce aux doctrines individualistes, de même que la richesse «les uns est faite de la misère des autres, de même la Liberté des uns est faite de l’asservissement des autres et au
LA PATRIE
lieu de servir l'intérêt social, n’esl employé qu’à lui nuire.
Les socialistes savent que la plus grande liberté individuelle résultera de la santé, de la force et de l'organisation du corps social et non de l'anarchie individualiste et de la division des farces nationales eu e(Torts antagonistes. üs savent qu’il n’y a de citoyens libres et heureux que dans une nation organisée el en pleine évolution, le reste est duperie idéaliste ; tout notre programme est inspiré de cette idée : <i nationaliser c’est-à-dire faire vivre la patrie de la vie organique et eu faire autre chose qu'un mot sonore et creux; faire participer chacun à la vie nationale el de la vie nationale. C'est pourquoi, si nous ne noos égosillons pas à crier a Vive la Patrie», tant ce cri est devenu odieux el slupide dans certaines bouches, nous avons encore celui de: « Vive la Nation que nos ennemis n'ont encore pu salir el qui, pour qui connaît le programme du Parti ouvrier, résume toute notre publique intérieure.
C’est en vain que l’on cherche à faire de nous des antinationalistes, toute noire politique montre que nous ne rêvons l’internationale que par la cohésion de nations subissant entre elles la même orientât ton que les intérêts individuels auront subie à Pintérieur de chaque nationalité. Etre internationaliste n’est pus être anli-natmna- U&te : qui a jamais pu supposer qu’associer deux intérêts était chercher à leur nuire ?
Le parti révolutionnaire est le par II organisateur : à rintérieurj il organise par la nationalisation, c’est-à-dire
en socialisant les intérêts individuels ; a l’extérieur il organise par l’in ter nationalisation, c’est-à-dire en socialisant les intérêts nationaux, Trouvez-moî un antre-programme aussi précis, aussi simple et aussi
20 octobre 1Ô9G,
(Le Réveil du Nord)*
PARTI NATIONAL
Comme un diamant qui ne perd rien de sa pureté h être taillé et qui do il même son éclat à l'orientation de ses facettes, le programme socialiste ne peut craindre d altérer sa liante significalîpn historique et biologique en appropriant sa formule à de multiples adaptations économiques, publiques et philosophiques* On peut même affirmer qu’il ne fera que gagner, comme éclat et comme portée, en présentant à la masse des esprits chercheurs et inquiets de notre époque de liquidation sociale autant de spécialisa lions particulières, aillant d'offres de solutions qu’il doit y avoir de demandes formulées.
Le parti socialiste a hautement et définitîvement affirmé sa tactique révolutionnaire, qui est la conquête des pouvoirs publics dans la commune et dans la nation ; il faut qu'il s'engage aujourd’hui dans la eonquêlede l’opi-
nion publique et qu’il s’empare it la fois des consciences individuelles el de la volonté nationale.
Le premier coin enfoncé dans le vieux monde anarchiste el étroitement individualiste a été naturellement le programme du parti ouvrier que nous connaissons tous. Il aura été comme le premier boulet que la doctrine marxiste a envoyé dans les rangs de la bourgeoisie capitaliste. Son œuvre est considérable et décisive.
Mais à côté du travailleur de V usine et de l’atelier, il y a le travailleur du sole! du sous-sol : et le parti socialiste, sans cesser d'être lui-mêrïie et pour étendre sa propagande de ce côté, a dé changer sa tenue de travail. De cette nécessité d’approprier une formule unique à différents modes d'exploitation humaine, sont sortis d’abord notre programme agricole, puis notre programme maritime.
Il reste des TaceUes a tailler, et Pon conçoit qu'au programme ouvrier, au programme agricole, au programme maritime, doit succéder dans les préoccupations des Congrès, dans la propagande écrite et parlée du Parti, l’élabora lion d'un programme destiné aux salariés des professions libérales, sciences, arts, lettres, enseignement, médecine, droit, etc. Tout ce monde de travailleurs n’est pas accessible à nos programmes, tels qu'ils sont faits, et cependant la formule socialiste lui est applicable autant qu'aux autres.
De même — point capital —les aptitudes cl les charges sexuelles de la femme, les intérêts supérieurs de la société et de l'espèce attachés à sa sauvegarde, lui créant vïs-é vis des conditions actuelles de la production et de la
PARTI NATIONAL
reproduction une situa lion distincte de celle de l'homme, te Parti devra, — il aurait dû — mettre à l'ordre du jour de ses congrès el de sa propagande la confection d’un programme féminin, purement prolecteur de la femme exploitée comme salariée el comme femme - dépossédée comme salariée du produit de son travail et forcée, pour vivre, de se vendre dans son travail et dans son sexe ; dépossédée comme mère du produit de sa chair, si elle est mariée ; écrasée sous toutes les charges de la maternité, en dehors du mariage ; doublement serve comme productrice el comme reproductrice.
Ce que je vais dire semblera puéril, mais pourquoi le socialisme, qui apparaît a tant d 1 esprits comme la seule solution juste, féconde, fatale et salutaire, ne cherche-t-il pas à se rendre aussi sympathique à ceux qu’il veut gagner ? Il doit non seulement montrer le mal et son remède, mais il doit encore faire détester le mal pur l'appàt même du remède-
Il faut qu'à la misère économique, physiologique et intellectuelle, à toutes tes formes de la cachexie sociale, il apparaisse comine la crise salutaire,
il ne suffit pas de convaincre, il faut Faire aimer la doctrine elle-même, la plus noble et la plus joyeusement libre que rhuinanité ail encore conçue,
I/avènement du socialisme est fatal et tous les militants du parti disparaîtraient subitement qu'il suffirait de peu d'années pour le reconstituer aussi fort. Il est dans la force des choses ; mais il ne faut pas se contenter d'en faire une fatalité, il faut on faire un idéal
nettement pressenti et désire* Son grand antagoniste est i individualisme rétrograde, celui de la division inlime des forces sociales exploitées par une minorité ; on lui oppose Impropriété» l'initiative, la liberté, la morale individuelles,
La biologie nous montre que tout progrès organique se Fait par la socialisai ion, c'est-à-dire par le passage d’une individualisation plus peliîe à une ïndividualisalîon plus grande.
C'est la formule de révolution organique. La propriété devient de plus en plus collective ; féodalîsëe par quelq ues sociétés d’accapareurs, it lui reste à devenir nationale pour subir une individualisation supérieure, profitable à tous. L'initiative est de moins eu moins individuelle; l’homme isolé pouvant peu réaliser, et le concours des volontés et des intelligences prenant forcément une Forme de plus en plus socialisée.
La liberté individuelle, qu'est-elle pour celui qui doit se vendre pour vivre, utiliser toutes ses farces pour lutter conlre la concurrence ? La liberté devient, elle aussi, collective parl’union des intérêts communs,par la cohésion dans les revendications et les efforts individuels. Mais la morale peut-elle être individuelle, quand, à chaque instant, nos petits intérêts personnels entrent en conflit avec les intérêts de l’Espèce et de la sojîélé.
Et piiisqu’aujoiird'hui rien ne dure et ne fructifie que par le placement, comment mieux placer notre propriété individuelle que sur révolution économique de la puissance nationale ; comment mieux développer notre initiative qu’en l’orientant non plus en vue d'un intérêt
PAftTl NATIONAL
étroitement ugoïsle, mais pii vue d’un service social rendu à l'ensemble des intérêts associés ? Et notre liberté, peut-elle jamais, être aussi étendue que quand elle se définît par la participation de chacun à une vie sociale plus libre et plue large ? La liberté de chacun s’agrandit par l'organisation plus parfaite de cet individu social qu’on appelle nation et moins la lutte est âpre entre les individus, [due sont reculées les homes ou la liberté de chacun est menacée par la liberté des autres. Et quand les intérêts matériels et intellectuels sont ainsi orientée el appuyés sur ledemursocial, quelle hase solide acquiert la morale personnelle, débarrassée des antagonismes entre les intérêts individuels, dans un milieu où il y a— enfin — plus d’intérêt à être honnèle qu’à ne Pêlre pas 1
Mais îl est un point sur lequel le parti doit nettement se prononcer, La propagande socialiste doit» je le disais l’an dernier, avoir actuellement pour but la constitution d'une formule politique simple, décisive el évolutive. Cet le formule, c'est révocation d'une nation organisée, d'une patrie vivante ot consciente.
Il est extrêmement malheureux que tè motpatrie nous soit opposé, à nous qui seuls avons un programme où ce mot ait un sens, par dns imbéciles qui seraient bien en peine de le définir* Il est absurde que dans une foule de cervelles indécises les phrases creuses que ra^ bêchent nos ennemis sur la patrie puissent tenir en échec notre programme de nationalisation, ■
Le mot de patrie est employé contre nous d’une façon
stupide*
ïl nous faut le prendre comme on enlève un drapeau à l’ennemi. Noire programme est patriotique, nationaliste et internationaliste par cela même qu’il est socialiste. G'esl u ne position que nos ennemis ont prise contre nous ; il faut l’enlever de force, et montrer, sur le terrain même du patriotisme, que s'il existe un patriotisme raisonné; conscient et fort, c'est le nùtre ; que nous seuls, par la nationalisa lion, voulons faire une pairie, c’est-à-dire un patrimoine national, et une nation, c'est-à-dire une patrie vivante* Il faut que notre patriotisme lue le leur et que noire nationalisme étouffe leur chauvinisme.
11 ne faut pas craindre les mots quand on leur apporte un sons véritable. Le parti socialiste doit être le pariï national nationalisant. Aucune équivoque n'est possible avec les idées de M, Georges Thiébaut. Ce malentendu qui a aventuré le patriotisme entre notre nationalisme et leur chauvinisme doit; cesser ; et ce n'est pas parce qu'une foule d'imbéciles croient nous troubler en criant « vive ta pairie s, que nous devons le crier moins qu'eux. Ils se contentent du mot ; nous avons les choses au moins en programme prenons-leur aussi le mot.
Quant à l'in ter nationalisme, faut-il être très intelligent pour comprendre qu'il associe, socialise des intiréls nationaux comme le nationalisme socialise des intérêts individuels, et que l'un ne fait que prolonger l’autre ? Le socialisme admet la socialisation simultanément dans l'intérieur de chaque nalion cl entre les nations elles-mêmes. En quoi la politique syndicale ctcom-
PARTI NATIONAL
it
merci Elle nuit-elle à Ifi politique nationale ? En quoi la politique nation Elle est-elle en opposition avec l’inlerualiouale ?
L'internationalisme n'est pas plus rantinalionalisme que le nationalisme n'est l’ennemi do l'individualisme hîen compris. C'est être sottement individualiste qu*è1re égoïste; c'eat être mauvais patriote qu'être chauvin. Tout socialiste est a la fois individualiste* nationaliste et internationaliste, et notre parti doit être à la fois parti national et international. Il est lemps qu’il le comprenne el l'affirme.
Février 189?.
{Le Socialiste.)
NATIONALISME
A mesure que s'elTeclue la concentration nationale et internat ion aïe défi forces socialistes, toutes les forces réactionnaires éprouvent le besoin, de [dus en plus pressant, de se concentrer de leur coté pour arrêter une fois de plus le soleil, faire tourner la terre à rebrousse-poüs, écraser l'avenir sous le passé, et faire face à 1 ennemi commun, le socialisme. La fameuse concentration dite républicaine est reconnue décidément insuffisante, d'abord parce qu'cite idexisle pas, et c’est là son moindre défaut, et aussi parce que sou existence serait rendue inipossible par les visées des ralliés, les intérêts franco-russes, les tendances de l'aristocratie financière et qu'il lui manquerait peut-être bien l’appui de la droite sans laquelle rien ne se fait aujourd'hui, U faut une concentration; elle a éLé cosaque, il y a quelques mois ; mais elle ne sera jamais républicaine.
Sous quel drapeau sonner lo rassemblement? Tl est
NATIONALISME
impossible de parler du principe do l'accaparement, qui est le vrai principe défendu par nos ennemis; ni même de sa forme officiel le» le capital. M faut une doctrine, une religion, un culte. Peut-on crier, comme Gautier ;
« Vive sa majesté l'ordre des choses, et son auguste famille ! » C'est trop long, mais il y a de ça.
Un a commencé par opposer à l expansion socialiste, d’abord la religion sous les espèces sympathiques de Nul re-Dame-de-l 1 Usine, des patronages et dns pèlerinages ouvriers. Les socialistes n’ont pas assez ri pour être désarmés. On a lancé l'antisémitisme, qui fait long feu et fait à peine ses frais. Puis c’est l‘antiprotestantisme qui s'établit en face, et cherche déjà à céder sa boutique.
On a repris le patriotisme, et sous son nom on a, d'une part, acclamé la nation sœur qui nous a lâchés en 1870, et, d’autre part, hué les quelques amis qui ont eu le cœur cl Faudace de protester contre lu continuation de là guerre après Sedan et contre Farmexion de FAlsace et de la Lorraine ; on a expulsé mémè les élus des annexés d’Alsace et rejeté hors de France ceux qui représentaient tout ce qu’il y avait de protestataires dans ce vieux morceau de France, sacrifié définitivement pour plaire à la politique russe. Ce patriotisme-là a surpris bien des gens qui ont réfléchi depuis, et qui viennent au socialisme, à cause même de la définition qu’il donne du patriotisme mieux compris.
Enfin, maintenant, voici qu’un esprit que Ton ne peut croire qu’hostile au socialisme et que nous avons souvent Irouvé mieux informé et mieux inspiré surtout —
xM. Maurice Barres — reproche aux socialistes Verrewr internationaliste el k Marx el aux marxistes de méconnaître « le nationalisme qui, dit-il, est la loi qui cio. msne l'organisation des peuples modernes j» (Journal du 22 janvier),
M. Barrés a trouvé l'étiquette que les concentrateurs cherchent depuis un quart de siècle. C’est sur le terrain nationaliste que pourra se faire la concentration antisocial rite* L’idée de patrie, même détachée des discours de distribution de prix, de comices agricoles, de tournées ministérielles el d’ordres du jour des régiments, même abstraite de révocation sympathique, des sociétés de gymnastes et île sports athlétiques, même à l'abri du rayonnement miraculeux des trois lettres L.D.P, que Déroulède a chipées h Joseph Balsamo, Vidée de patrie reste un peu 11 ou et absconse en elle-même, vu le triste usage qu’on en fait journellement. L’idée de nationalisme est plus précise, plus combative, plus stratégique et plus vraie à la fois, et nous serions in Uniment réjouis de voir les antisocialistes porter la lutte sur ce terrain, — par la bonne raison que le parti socialiste l’y a depuis longtemps portée de luimêrhéi
(Jne M. Barrés relise le beau discours de Delory, maire ouvrier de Lille, ses déclarations nettement, catégoriquement socialisLes et patriotes à la fois eL la phrase où il rappelle la superbe déclaration de Laid herbe, dont on érigeait la statue, et dans laquelle le grand patriote se montrait si nationaliste et si internationaliste en même temps, dans son républicanisme, que le socia-
NATIONALISME
Usine de notre ami n'avait pas un mot a y ajouter.
Qu'il se reporte aux déclarations si précises de Guesde et de Jûurdeà Croix-Wasquélial, dans une solennité patriotique que les patriotes réactionnaires durent laisser fêter par les socialistes.
S octobre 1897*
[Le Socialiste.)
LE PÉRIL RUSSE
Pendant que les Français, cet hiver, seront exclusivement occupés à s’affubler de ces déplorables casquettes, dites fusses chez nous et allemandes on Russie, et à éloufter dans les fourrures, parce qu’il fera froid à Pét ers bourg, comme on replie le bas de son pantalon parce qu'il pleut à Londres, il pourrait bien se passer d'étranges choses en Orient.
Ce n’est pas sans une certaine satisfaction que nous comptons de combien d’années nos mailles, les instructeurs de l’année révolutionnaire, ont précédé les éducateurs les plus avancés de la société bourgeoise,
L autre jour, c’était M. d’Estouruelle qui découvrait, à l'horizon de la production européenne, le norme banquise dressée par la concurrence des pays jeunes et poussait des cris d'alarme en voyant combien le monde ancien se trouvait désarmé devant la poussée incessante des mondes nouveaux ; Japon, Chine, Australie, etc.
le vbmi i\êàs&
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Puis c'est M. Anatole Leroy-Beaulieu qui reconnaît en Russie V organisa Lion du prolétariat groupé par la conquête industrielle, et le danger, pour le travailleur français et bientôt môme [jour le capitaliste français, — de cette production russe* labourée et ensemencée par les capitaux français eux-mêmes, U prédit une prochaine lutte de classes et même de révolutions politiques provoquées par les Ira ns for mations économiques, Voyez la belle découverte et quelle merveilleuse clairvoyance permet à M. Leroy-Beaulieu d'enfoncer en Russie une porte largement ouverte depuis tant d'années en France et dans le monde entier par Marx et les autres, et que les économistes officiels croyaient avoir à jamais refermée. Lui aussi voit le péril russe, mais il ne le voit pas le premier, et if a beau finir eti chantant l'hymne russe d'un air dégagé, il ne sait trop comment tout cela va se terminer.
Enfin, voici un très remarquable article de M. René Pi non, dans le dernier numéro de la Revue des Deux A£btttf#(i5 septembre), où il apparaît que les Russes, admirablement secondés par la finance et la sol lise françaises, pourraient bien tenter de mettre la main sur les productions incommensurables de la Chine et en inonder l'Europe. Il y a là, en Chine, une population de près de quatre cent millions de producteurs qui, industrialisés par les Japonais, exploités par les Russes, réaliseront une puissance productive unique, et le péril prochain , comme dît l'auteur, u sera imminent quand des peuples plus hardis — (les Russes), moins enfoncés, dans une routine 'séculaire, disposant de capitaux —
SOCIALISAI 11
(sept milliards d’or français), et de soldais — - (les nôtres en seront sans doute) — auront commencé cette mise en valeur de la Chine*., »
Si Ton jelle les yeux sur une carte du inonde, que Ton contemple cet immense empire russe et que l’on se re~ présente en même temps l'insondable naïveté française* on constate aussitôt que la véritable question d'Orient n’est pas aux Dardanelles*î l y a encore une question d s Extrême- Orient, bien autrement menaçante pour l’Europe. Nous rayons déjà signalée dans ce journal en remarquant que c'est au moment où la Russie a (toussé ses voies ferrées vers LMnde, au delà delà Caspienne, et vers le Japon et la Chine, avec le Pacifique comme terminus, qu'elle a su* à bien peu de frais, attirer la France dans son jeu.
Les sept milliards, que nous lui avons prêtes pour nous consoler des cinq que nous avions dû verser à l’Allemagne, la promesse de la paix européenne, garantie par notre sublime renoncement à l'Alsace et à la Lorraine, lui oui permis de déterminer, ou peu s'en faut aujourd'hui, les chemins de fer qui lui assurent la conquête par voie de terre de L'immense empire du Milieu. Noire action diplomatique, la campagne de presse contre l’Angleterre, et h l'occasion notre intervention militaire serviront à la Russie à neutraliser au besoin l'in H nonce ' anglaise et la dévorante activité du Japonais t C'est ce que le Matin du 27 septembre appelle sans doute les u admirables desseins de la politique Moscovite », dans un article où il met en évidence la tortueuse politique des Russes* et quiI intitule tisse/, drôlement « Perfide Albion »,
LE PÉRIL RUSSE
Dans un an on traversera toute la Sibérie en chemin de fer ; et cette ligne sera comme le sillon où germeront tontes les richesses de celle Sibérie, aussi productive à elle seule que l’Europe et, grâce à nous, bientôt aussi productrice, et par ou circuleront, vers nos marchés, tous les produits de eeüe Chine qui n'attend que PindusLriali&tftion japonaise on Européenne pour ruiner l'Occident* « Du péril prochain, dit AL Pi non, la Russie est loin d’Ôtre effrayée. Grâce à son chemin de fer, elle sera l’intermédiaire entre la Chine productrice et l’Europe consommatrice. Son industrie naissante n'aura pas à souffrir de la concurrence de la main d'œuvre jaune ; au besoin t elle saura l'employer pour inonder l'Europe de produits à bon marché*** ; en exploitant la Chine, Les Russes » du même coup, mettront en valeur la Sibérie ; ils en feront rapidement Pua des ■ plus grands centres de production agricole du monde, »
Le Japon avait ambitionné ce rôle d'exploiteur de la Chine, et il esl intéressant de suivre, dans l’article de JL Pi no n, la tactique habite qui permît k 3 a Russie de manger les marrons que les Japonais avaient lires pendant la dernière guerre sino japonaise, et cela sans perdre lin homme ni un kopek, Port-Arthur est un terminus de la ligne qui part de Pétèrsbonrg; une autre ligne leur ouvre la Mandchourie et il se réservait le droit d'occuper militairement tous les ports importants !
g lie Pékin en Europe, on mettra vingt jours y tandis qu'il en faut trente-cinq par le Transeanadien et quarante-cinq par Suez. Les marchandises Utiliseront d'autant plus volontiers la nouvelle voie que, depuis quel-
ques années, les chemins de fer russes ont abaissé leurs tarifs de trois quarts. Ce prix de transport est devenu environ le quart de ce qu'il est en France . Le gouvernement do Fils du Ciel a consenti, en faveur de la Russie, à la suppression presque complète des droits sur tes marchandises qui sortiront par c m votes ferrées, eLc... »
El non seulement les Russes ont acquis ces avantages en regardant se battre les Japonais, mais les avantages économiques les plus considérables leur seront fournis par 11 industrialisation de la Chine, grâce à l'industrie japonaise*
M. Pinon cherche à montrer que nous avons aussi quelques intérêts, en faisant au Sud ce que les Russes font au Nord, « Nous n’avons guère à nous préoccuper, dit-il, de la concurrence japonaise, car notre négoce et notre cabotage dans tes mers chinoises so?it presque {]) Notre Tonkin, notre Cochmchine sont riches, mais manquent de colons ^1)Puisque nous ne colonisons pas nous-mêmes, laissons coloniser chez nous par d'autres, »
— Et voilà. En d'autres termes, nous n'avons là ni commerce, ni négoce, et notre intérêt, — chose exquise & s'entendre dire, « consiste à favoriser l'entente entre les deux concurrents pour lexploitalion de la Chine. La France semblé réservée, en cette circonfance, à ta tâche généreuse* de médiatrice », — Un voit que nous sommes loin de la Chine*
Si MM. Félix Faure et Hanotaux n'ont pas senti le mépris qu’on avait pour eux eu Russie, au moment ou
LE PÉRIL RUSSE
ils f>n L signé implicitement tou les ces choses à Péter ho f, sans compter d'autres peut-être plus coûteuses pour notre avenir, puissent-ils vivre assez pour connaître la haine et la colère qu’éprouveront bientôt par leur facilité et leur duplicité, tout ce que la France peut encore contenir de bons Français et de bons citoyens I
En attendant, le Capitalisme international n’y perd rien. Mais peut-être la main d’œuvre en Occident aurat-elle bien peu u se réjouir de voir l’argent ou plutôt l'or français commanditer l'industrie, le commerce, les entreprises financières et militaires, favoriser le développemenl agricole et l’abondance des voies de circulation chez des étrangers qui n'ont pu, jusqu'ici, que nous engager a oublier nos défaites politiques d’il y a vingt-sept ans, — sans doute pour songer à nos prochains désastres économiques.
J’écrivais ceci en 1897< Depuis, il y à en la guerre russo-japonaise, la première révolution russe, étoulîée grâce à l’or français, la république en Chine, l’écrasement de ta Turquie, et l'espoir dVrte seconde révolution en llussie...
7 janvier 189.94
(Le. Socialiste,)
UN PROGRAMMA INTELLECTUEL
Je demandais, il y a plusieurs années de cela, soit dans le Socialiste, soit dans le Réveil du No$d, a qu'au programme industriel, ait programme agricole cl au programme maritime succédât, dans les préoccupations des Congrès, dans la propagande écrite et parlée du Parii, l'élaboration d'un programme destiné aux salariés des professions libérales, sciences, arts, lettres, enseignement , médecine, droit, etc. Tout ce monde de travailleurs intellectuels, disais-je, n s esl pas accessible à nos programmes tels qu'ils sont faits, et cependant la formule socialisle lui est applicable autant qu’aux autres », Je demandais aussi un programme pour la production féminine et celte idée semble devoir faire son chemin «
Le mot de programme intellectuel s'impose actuellement, d'abord parce qu'il existe des travailleurs qui se sont proclamés intellectuels, et surtout parce que la
UK FROfiftAMMB INTELLECTUEL
production intellectuelle est profondément entamée par les vicissitudes économiques qu'ont traversées les autres modes de production.
ïl y a dans l'attitude adoptée par le parti socialiste à l’égard de ceux qu’on a appelé» les intellectuels, la légitime défiance qu’ont forcément dek révolutionnaires organisés pour de» indignés, des révoltés d’occasion. Le prolétariat en veut à ces savants de ne pas savoir, d’étudîer les mille formes de ïa vie en ignorant sa formule économique, de ne s’éveiller que quand depuis longtemps la bataille est engagée et de laisser voir* au moment où ils prennent les armes, le néant de leur instruction sociale et l’incohérence de leur tactique. Le sursaut du réveil nous montre combien était profond leur sommeil et il est naturel de se demander si, après qu’ils se sont un moment frotté les yeux, leur vue ne va pas rester trouble jusqu’à ce qu’ils se rendorment de nouveau *
Au point, de vue social et socialiste, tes intellectuels semblent aussi peu conscients de la machine sociale, de révolution économique du milieu qui produit tout, le pain comme la science, que l’ouvrier que n’a pas encore visité lu propagande socialiste* S’ils se servent plus que lui de la spéculai ion cérébrale, ils sont moins que lui aux prises avec la morsure des faits et Fon ne sait jamais bien que ce qu'on a pu sénlir.
Combien de nos savants sont restés des esprits religieux* combien de nos intellectuels-sont bourrés d invraisemblables préjugés sociaux et moraux? II est curieux, pour tout socialiste qui a pu apprécier ta solidité
des convictions, de la dialectique, de l’esprit discipliné ci véritablement scientifique,d'un grand nombre d'ouvriers socialistes sans instruction au Ire que celle qu’a suggérée la propagande révolutionnaire, de constater que rintellectuel actuellement en mouvement atteint à peine, dans ses maximum d’èxal talion, le niveau de pensée des anarchistes. Sans doute, ils peuvent conrtpagnonuer avec ces derniers dans leurs réunions de ces temps derniers, sans que cela üre à conséquence. L’éloquence sonore, monotone et négative des anarchistes les retient un tnomcnl, mais P habitude des méthodes de critique scientifique, la pratique du raisonnement déterministe et de la philosophie biologique leur montrerait vite le néant de l'individualisme rétrograde; les idées d’expansion infinie de l'individu, de liberlé, de vérité absolues, de droit, de justice immanente et autres hallucinations d’affamés — ou de blasés — ne pourront trouver place dans ces cerveaux raisonnants*
Il n’ont pas encore compris les causes, mais ils se décident à combattre les effets ; ils triomphent, en dépit de leur incohérence de doctrine, grâce h la profonde supidité des gardiens de ce qu’on a appelé l 1 honneur national, C'est d’ailleurs celte incohérence qui devait faire penser au Parti socialiste qu'après la disparition de la cause qui les unit pour le moment, rien ne permet de croire que le camp ne se dispersera pas aux quatre vents de ta politique* Sans doute, des sympathies sont nées, des préventions tombées; mais pouvons-nous considérer comme engagés à d’autres réformes, a d’autres résolutions ces gens que les [dus terribles crises sociales
UN PROGRAMME INtELLECttJEL
si
n’ont su émouvoir, et qu’elles ont d’ailleurs le [dns souvent trouvés du cèle où nous n’étions [ms !
Sans doute, ii est heureux qu’on déplore les sept mille hommes immolés à Madagascar k l'infiune incapacité de ceux qu'on attaque aujourd'hui, mais n’y a-t-il pas bientôt dix ans que M. Cous tans, pour ne citer qu’un exemple, démontrait en pleine Chambre que si l’on faisait en France, au point de vue sanitaire, ce qu’a fait L’Angleterre, on sauverait chaque année plus de cent mille existences. Ce chiffre ne valait-il pas qu’on s’éveillât un peu plus tôt ?
Mais il ne faut pas trop demander. Il a fallu qu’ils fussent touchés aux points sensibles, dans les sentiments sociaux qu'ils pouvaient avoir* Tant de lâchetés se sont montrées à côté de tant de cynismes que ceuxlà qui ont pu trouver en eux cette vertu sociale, l’indignation, et ta proclamer, méritent réellement de s’appeler des révolutionnaires. Quelle garantie désormais, pour chacun de nous, disent-ils, si une pareille injustice est tolérée ? C’est un tout petit point de vue révolutionnaire, mais c'en est un. Que les juifs se soulèvent pour sauver un juif innocent et victime d’une infamie militaire et catholique qui les atteignait tous, puisqu'elle était dirigée contre eux tous ; que de bons bourgeois défendent un des leurs, officier et riche, je trouve cela tout aussi naturel que le soulèvement des ouvriers pour protester contre une infamie patronale ou policière qui les menace tous en frappant l’un d'eux ; que des écrivains libertaires réclament l'abolition des lois scélérates, des lois d’exception, cela ne
HOGTÀLÏSâJE
peut étonner ceux qui onL réclamé le droit à ïa grève.
Combien, dans le Parti ouvrier, sont devenus socialistes et révolutionnaires à la suite d'injustices et de misères personnelles ? Ceux-là ont senli 1 aiguillon révolutionnaire et sont entrés dans le sillon tracé devant ÔUx, et leur conviction pour être née d’une nécessilé individuelle en est-elle moins solide et moins bien argumentée ?
Il n'y a de solidarité vraie que la communion d'intérêts ; les militaires ne pouvaient sV tromper. Tous se déshonoreront plutôt que de désavouer un traître acquitté par ses pairs et que l'on n’abandonne que le jour où il se met à avouer et à dénoncer ses complices. Les listes de la Libre Parole nous montrent l'enrôlement volontaire de nombreux généraux français dans le grand parti uhlan ; mais les militaires ont un avantage, ils ont une consigne là oii nous n'avoua qu'une conscience. La conscience est si Faible en général qu’il suffit que la consigne soit forte pour que loul le monde utile de son côté. Quand AL Trarîeux eut la mauvaise fortune de déclarer en plein Sénat' que l’armée était la plus haute personnification de la patrie, au moment même où le général Billot se donnait comme la plus liante personnifîcation de farinée, il crut sans doute bien faire et c'est le général Billot qui l’emporta aux yeux de cette singulière patrie, au service de celte singulière année, qui porte si honorablement la livrée nationale, Plus récemment, à peine M. Cavaignac eût-il fini de nous démontrer que les pièces inconnues du dossier secret