‹ Sociétés de Placement et Sociétés de ContrôleChapitre 4 sur 80 · QUES · texte numérisé non relu

QUES

permettent d’attribuer à une entreprise donnée, industrielle ou commerciale, ce qualificatif de « trust » par lequel nous venons de désigner la « Standard Oil Co (New Jersey) » (2) et l’ « Interessen Gemeinschaft Farben Industrie ». C’est qu’en effet le mot en question a aujourd’hui une signification assez incertaine. It englobait à l’origine, dans les pays anglo-saxons, toutes les applications qu’on peut faire du principe d’un contrat de longue durée par lequel la gestion de certains biens est confiée à un gérant, le « trustee $ ($), qui a la libre gestion de ces biens dans les limites du contrat et jusqu’à l'expiration de celui-ci. Lorsque cette gérance était confiég à une société anonyme (« corporation »), les statuts de la société devenaient le contrat de trust (« trust deed >»), et les titres de la société étaient ainsi la représentation négociable des. biens mis en trust, de sorte qu’on en arriva insensiblement à désigner la société elle-même sous le nom de Trust (‘). Avec cette dernière acception, le mot

(2) La « Standard Oil Co (New-Jersey) », dont l’origine remonte à 1867, n’a plus, depuis 1911, le caractère d’un Trust proprement dit. Cest plutôt une Société de contrôle. Mais elle fut pendant de nombreuses années le prototype du grand Trust américain.

Son capital, fixé en 1882 à 3.000.000 $ (chiffre autorisé), est aujourd’hui, depuis 1927, de 750.000.000 $ (chiffre autorisé). Il est divisé en 30 millions d’actions de 25 $, dont 25.418.968 étaient émises à la date du 31 décembre 1930. ;

(3) « Trustee », mot anglais dérivé d’un mot de vieux français, signifie « dépositaire », ou, plus exactement, « fidéicommissaire ».

(4) Dans son ouvrage capital intitulé « Investment Trust Organization and Management » (New-York, 2° édition, Ronald Press, 1929), le Docteur Robinson (Leland Rex) expose les différences. techniques existant, aux Etats-Unis, entre une « corporation », un « trust » ordinaire, une « trust company », un « common law trust » ou « Massadhusetts trust », etc.

Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à l’ouvrage en ques-tion.

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Trust a repassé en France où son emploi a été généralisé à tel point que, dans le langage courant, on applique souvent le qualificatif de Trust à n'importe quel organisme industriel ou commercial pourvu qu’il soit assez grand et puissant pour frapper l’imagination.

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Nous ne saurions ici nous contenter de cet à peu près. Pour préciser ce que c’est qu’un Trust, au sens large et actuel du mot, nous dirons que c’est une entreprise (en fait, une société anonyme) résultant de la fusion de deux ou plusieurs entreprises similaires, fusion réalisée dans le but d'obtenir le monopole de telle ou telle opération industrielle ou commerciale.

Ainsi, d’après nous, les entreprises dont la fusion constitue le Trust ont-elles perdù à son profit toute autonomie, toute individualité. Elles sont, pour ainsi dire, immergées dans l’entreprise finale, submergées par elle, d’où le nom de « merger » donné parfois aux Etats-Unis aux concentrations industrielles du type trust. On pourrait dire aussi qu’elles se sont amalgamées entre elles (« amalgamations » disent les Américains), qu’elles sont incorporées les unes aux autres (« corporations »). Elles sont désormais entièrement solidaires les unes des autres (« consolidations ») ; soumises aux mêmes risques, elles partagent le même sort (« consortium », disent les Latins) (°).

(5) Techniquement parlant, une « merger » comporte l’absorption d’une Société (the merged company) par une autre (the merger company), tandis qu’une « consolidation » comporte Ha fusion de deux (ou plusieurs) Sociétés en une nouvelle Société (the consolidated company).

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Notons tout de suite que le monopole — qui est un des objectifs du trust — est en fait plus souvent relatif qu’absolu. Il s’étendra, en pratique, plus ou moins complètement, sur une contrée, sur un pays, parfois sur un continent, rarement sur le monde entier. C’est ce qui permet à M. P. Reboud, par exemple — dans le parallèle qu’il trace entre les trusts et les cartels (6) — de dire que « le monopole n’est pas de l'essence d’un trust, comme il l’est d’un cartel ». Il ajoute d’ailleurs, comme pour atténuer cette affirmation, que « les premiers trusts ont tous visé au monopole » et il en donne comme exemple la Standard Oil Co, déjà citée.

Le trust est horizontal quand les entreprises qui le constituent fabriquaient, avant la fusion, un même produit ou des produits semblables. L'intégration horizontale, ou en largeur, est donc caractérisée par la simultanéité (théorique) des opérations assurées par le trust.

Les « Vereinigte Stahlwerke >» (Trust allemand de l'acier) (?) fournissent un bon exemple de cette intégration.

Le trust est vertical quand les productions des diverses entreprises constitutives sont complémentai-

(6) Précis d'Economie politique, 1929, tome I, p. 263.

(7) Les « Vereinigte Stahlwerke » (Aciéries réunies), à Düsseldorf, ont un capital de 800.000.000 marks-or ; elles produisent 26 miHions de tonnes de houïille par an (ce qui correspond à 47 % de la production totale de la France) et 7 millions de tonnes d’acier (soit 43 % de la production totale de l’Allemagne, ce qui correspond à 72 % de la production française).

PEAR res, chacune de ces entreprises fournissant aux autres, ou recevant d'elles, quelqu’élément du produit fini. On est alors en présence du phénomène de l'intégration verticale où en profondeur : les opérations du trust se succèdent (théoriquement) dans le temps. C’est ainsi que la « Royai Dutch » (8) — comme d’ailleurs toutes les grandes entreprises pétrolifères — extrait le pétrole brut, l’amène à la côte au moyen de pipe-lines, le transporte dans des raffineries où sont produites toutes les gammes des produits vendables, et apporte enfin ces derniers à tous les pays consommateurs par le moyen de sa flotte spéciale.

Mais le trust peut être à la fois horizontal et vertical, et c’est même Le cas le plus fréquent, tant est complexe l’économie industrielle d'aujourd'hui, où il est bien difficile d'établir des distinctions nettement affirmées. Voici, par exemple, le trust américain des machines pour la cordonnerie, la « United Shoe Machinery Corporation », qui groupe à la fois des mines de charbon, des tanneries, des fabriques d’instruments pour l’industrie de la chaussure, etc. Voici encore le fameux Trust allemand des matières colorantes connu sous le nom de I. G. (?).

(8) La « Royal Dutch » est la « Société Royale Néerlandaise pour l’exploitation des sources pétrolifères dans les Indes Néerlandaises ». Son capital autorisé est de 1 milliard de florins. Avec sa filiale, la « Shell » (The Shell Transport and Trading Company), elle constitue le puissant frust anglo-hollandais du pétrole, dont l’actif global dépasse largement 10 milliards de francs français.

(9) L’I. G. (Interessen Gemeinschaft Farben Industrie, Aktien Gesellschaft, c’est-à-dire : Communauté d'intérêts de l'Industrie des Matières colorantes, Société anonyme) est au capital actuel de 713.717.000 marks-or. Elle groupe 84 fabriques, dont voici la décomposition : ;

13 fabriques de matières colorantes;

Il ne nous paraît guère douteux qu'aucune entente industrielle — cartel, konzern, communauté d'intérêts, comptoir, syndicat, etc. — ne saurait, aussi efficacement que le trust, organiser la production, la rationaliser, pour employer un néologisme à la mode. Qu'il s’agisse en effet de contingenter la production, ou de fermer certaines usines pour ne laisser subsister que les mieux placées (« dismantling »), de manière à éviter que le marché soit submergé, ce qui aurait pour résultat d'entraîner un avilissement des prix mortel pour le producteur ; qu’il s’agisse, au contraire, mais dans un but analogue, d’accroître la consommation, par des campagnes de publicité, ou par des réductions du prix de vente ; qu’il s’agisse d’organiser un bureau d’études, de recherches, de statistique, de propagande ; qu’il s'agisse enfin de la répartition des commandes, — le trust l'emporte généralement sur toute autre organisation, du fait même de l’unité absolue de direction, de la coordination parfaite de tous les rouages, de la division du travail poussée au maximum... qu’il permet d'obtenir. Sans doute, des conditions de production trop diverses, des questions de personnes, des susceptibilités nationales, des difficultés d'ordre légal, peuvent empêcher momentanément que plusieurs en-

fabriques de soie artificielle;

fabriques d’engrais :

fabriques de produits chimiques divers; LE fabriques d’explosifs;

fabriques de couleurs minérales;

fabriques de gaz comprimés;

fabriques de textiles;

et 23 exploitations houillères, produisant la houille et ses dérivés, le lignite, l’essence synthétique, etc.

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treprises groupées forment un trust au sens propre du mot. Il n’en reste pas moins vrai que, dès que les circonstances le permettent, l'entente évolue vers une union plus étroite. Souvent, les entreprises qui seront ainsi groupées paraîtront avoir conservé leur autonomie, parce qu’elles auront gardé une individualité juridique. Nous reviendrons longuement sur ce point dans notre seconde partie en parlant des Holdings. Disons tout de suite, cependant, qu’en pareil cas, cette indépendance sera beaucoup plus apparente que réelle. Elle ne sera que de la décentralisation, chose à peu près indispensable dans un organisme très étendu et très compliqué, donc très lourd. Et c’est en fait un groupe, parfois un seul homme, quelque hardi capitaine d'industrie, qui mènera l'affaire. Ainsi l'unité de direction sera-t-elle sauvegardée, malgré les apparences.

S’il était besoin, en terminant ce court chapitre sur les trusts, de donner quelqu’exemple d’un vrai trust, au sens précis du mot, nous ne saurions mieux faire, croyons-nous, que de citer le Trust chilien du nütrute de soude. Constituée en avril 1931 au capital de 3 milliards de piastres (soit 75 millions de £, c’est-à-dire à l’époque près de 9 milliards 1/2 de francs français), la Cosach (Compagnie des Salpêtres du Chili) résulte de la fusion — sous le patronage et avec la participation du gouvernement chilien — de presque toutes les entreprises productrices de nitrate de soude du Chili, réunies en vue de lutter contre la concurrence des ni-

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