Socrate et Diotime basrelief de bronze Otto Jahn
L’archéologie moderne estime avec raison que, dans la science de l'interprétation des œuvres de l'art antique, l’un des plus grands mérites que se soit acquis Winckeinmnn , est d’avoir montré qu'il fallait en général circonscrire cette science dans le domaine de la mythologie. Avant lui, il n’avait point été donné aux antiquaires de puiser au fleuve même des traditions antiques , qui n’arrivaientà eux que par des canaux détournés et impurs; une sorte de vanité, toujours excusable, les éblouissait d’ailleurs, en leur exagérant les hauts faits de leurs ancêtres : ainsi, dans les œuvres de l’art, ils ne voyaient guère que des monuments historiques; et quand ils avaient découvert un nom célèbre, quahd ils l’avaient ajusté, tant bien que mal, à la représentation d'un sujet, iis croyaient avoir satisfait au double devoir du savant et du citoyen. Winckelmann a mis lin à ce désordre ; il a, d’une main ferme, replacé la mythologie dans ses droits, et ouvert ainsi, pour l’interprétation des œuvres de l’art, une carrière nouvelle dans laquelle des hommes, dont le nombre s’accroît tous les jours, ont fait singulièrement avancer la science. Cette vérité une fois reconnue, s’il arrive cependant qu’un monument doive être rangé dans la classe des représentations historiques, et qu'on ne puisse en méconnaître le caractère, on se sent alors d’au-
(*} Traduit de VatUmaud.
SOCRATE BT DIOTIMB.
tant plus obligé à un examen réfléchi, que, par une suite de cette réaction dont nous venons de parler, on éprouve en général aujourd’hui pour le mode d'interprétation historique une sorte d'éloignement, bien naturel sans doute, mais aussi peutêtre exagéré et quelquefois injuste. Quoi qu'il en soit, en essayant d'expliquer un monument réputé énigmatique, nous oserons compter sur quelque indulgence, si nous procédons avec cette mesure, avec cette circonspection qui nous sont encore en particulier commandées ici par les dégradations qu'a éprouvées le monument dont il s'agit.
Dans une des maisons les plus remarquables de Pompéi, connue par l'exacte et minutieuse description qu’en a donnée le docte M. Avellino (1), on a trouvé divers fragments d'un coffre de bois recouvert de lames <le bronze; M. Avellino a démontré que, suivant l'usage des Romains, ce coffre était placé dans X'atrium et destiné à renfermer l’argent du maître de la maison. Ce qui nous intéresse ici surtout, ce sont les lames de bronze qui ajoutent un document de plus à ceux que nous possédons déjà sur l'art de la ciselure, porté chez les anciens à un si haut degré de perfection. Le bas-relief qui ornait la partie antérieure ilu coffre réclame en particulier notre attention par sa grandeur, par son beau travail et par le sujet qu’il représente (2). Malheureusement l’oxydation à laquelle il a été soumis l’a attaqué d’une façon déplorable; il se trouve en plusieurs endroits tellement endommagé que nous en sommes réduit à des conjectures; mais la partie qui s’est conservée est si belle, le charme de cette représentation énigmatique est si grand, que l'on ne peut se lasser d'y revenir et de l'examiner avec attention. Nous venons aujourd'hui, après un examen de cette nature, présenter le résultat de nos observations et de nos recherches. Essayons, avant tout, de nous expliquer clairement à nous-même, sans nous embarrasser d'abord du
(I ) Dtscriùotu di una casa Pompciana eon capiteUi Jtgurati aW ingrcsso , dai c«t. F. M- ATellÎDu. Map. 1837,
(î) AvelliDO, i. c.f Ut, 7. — Miu. Bori., IX, 59.
SOCRATB ET DIOTIME.
nom qu'il conviendrait de donner au sujet, ce que représente en général notre bas-relief: nous frayerons ainsi la route que devrait suivre toute interprétation dégagée de prévention.
Nous voyons sur un siège simple, garni d’un coussin, une femme assise, vêtue d’une longue tunique sur laquelle est jeté un manteau qui couvre une portion de la partie inférieure du corps. Le sommet de la tète est enveloppé dans une sorte de coiffe (I) qui laisse à découvert la partie antérieure de la chevelure. Toute la pose témoigne clairement que cette femme est occupée à parler et qu’elle apporte une extrême attention à l’objet de ses paroles : son regard se porte en avant; la tête et tout le corps obéissent à ce mouvement; la jambe droite est placée sur la gauche, et sur la cuisse droite s’appuie le coude du bras droit qui est un peu tendu en avant ; la main , qui manque aujourd'hui , faisait sans doute un geste qui accompagnait la véhémence du discours. On sait que, chez les anciens, croiser ainsi les genoux l'un sur l'autre, lorsqu’on était assis, était considéré comme une posture indécente , surtout dans une femme (2) : quand cette pose se rencontre sur des monuments de l’art, elle indique un état de l’âme qui, portée tout entière vers un objet, oublie les convenances extérieures. Ain.si, par exemple, lorsqu’il s’y joint le geste expressif de placer le menton dans la main du bras qui s’appuie sur la jambe, elle exprime la situation d'une personne abîmée tout entière, soit dans la douleur, comme les sujets connus de Pénélope et d’Électre, soit ilans la rêverie, comme cette belle figure d’un tableau antique (3), exactement reproduite dans un autre tableau (4); avec cette seule différence qu’ici l’attention s’attache de préférence au bouclier, ouvrage de Vulcain, taudis que, dans l’autre sujet, est exprimée la méditation qui se concentre en elle-même ; mais il s’agit toujours, par conséquent, de l’ac-
(I) Gerbard, yint. BiUw., Tif. 304; Berlin'* ÀM. BUdw.» S. 373.
(^) Wiockelfflaon. ff'erke, B. IV, S. 306.— Boettfgvr, Kl. Schrijten^ I, S. 86 folg.
(3) Ant. di Ercolano, VIII, 51,
(4) ^A/iu. Borb., X, 18.
4 SOCRATE BT DIOTIME.
tivité purement intellectuelle et du recueillement intérieur (I). Une autre figure, tout à fait analogue à la nôtre, est une figure de femme sur un des plus charmants tableaux de Ponipéi (2), où le pinceau animé et gracieux de l'artiste a représenté un concert. A la gauche du joueur de (lùte, qui occupe le centre du tableau, se tient une joueuse de lyre ; à droite est assise une femme qui chante en tenant à la main un cahier de musique: exceptez-en une plus grande vivacité, commandée par l'inspi* ration musicale, le vêtement qui tombe en glissant de dessus son épaule et la couronne de fête qui orne sa'tète, cette figure répond d'ailleurs exactement à la nôtre; elle nous présente même ce geste de la main droite que notre bas-relief mutilé nous laisse seulement deviner. Donc, sans crainte de nous tromper, nous pouvons admettre que, dans un discours animé dont l'objet absorbe toute l'attention de son àme, la femme de notre bas-relief s'adresse à l'homme placé devant elle.
Celui-ci est debout, vêtu d'un simple manteau passé sous les bras, de manière que l'une des extrémités tombe sur la partie inférieure du corps, tandis que l'autre est roulée autour du bras gauche; la poitrine, les épaules et le bras droit sont entièrement découverts. Ce bras droit pend le long du corps. La main est encore ici endommagée: cependant on pourrait inférer de la pose générale du corps, que dans l'origine elle tenait un bâton, placé sous l'aisselle droite; il faut en effet reconnaître que le corps penche trop fortement du côté droit , pour qu'il puisse être suffisamment soutenu par la jambe, quoique tendue en avant. C'est aussi ce qui ressort clairement de l'inclinaison de la tête, qui présente d'ailleurs un c.Tractère de Silène fortement exprimé; le front chauve, le nez écrasé, les yeux enfoncés sous des sourcils protubérants, les lèvres épaisses, la barbe longue, tout nous retrace ce que nous sommes habitués à rencontrer dans les nombreuses têtes
(1) Tojez !■ pierre publiée par Montfauron, Ant. expi.» aoppl. Ill» t« 13« t. ~ Gerhard, AfH. Btldw.» 311, 14; Prodi^m., S. 79 folg.
(2) Ant, di Ercolano» 17, 44. Mnt, Borh.» I, 31.
SOCRATE ET DIOTIMB.
OU masques de Silène. Les oreilles seulement ont ici une forme particulière : ce ne sont ni les oreilles pointues d'un animal, ni des oreilles d'homme, mais plutôt des tumeurs informes; vraisemblablement le bas-reliet a souffert dans cette partie, et le dessin primitif est devenu méconnaissable. Du reste, toute l'expression de la physionomie est assez distinctement articulée. Le corps tout entier, dans un maintien contenu, s'avance vers la femme que nous avons décrite, comme s'il voulait aller au-devant de ses paroles, tandis que le regard perçant, qui n'a rien de la convoitise animale, est plutôt incliné vers la terre, et indique l'attention d'un auditeur qui rentre en luimême et se pénètre des leçons qu'il entend.
Entre ces deux figures s'en trouve une troisième qui , par malheur, est mutilée de la manière la plus fâcheuse, mais que l'on distingue cependant dans ses contours principaux. Nous y voyons lu tête charmante d'un enfant, dont le regard sérieux et abaissé se dirige vers les objets qu'il porte dans ies deux mains. Malheureusement ces objets ayant beaucoup souffert, on ne saurait les préciser avec certitude, mais on peut, ce me semble, reconnaître assez bien dans la main droite un petit coffret de forme carrée, et sur le bras gauche une longue pièce de toile, vraisemblablement une bandelette. Les grandes ailes attachées à ses épaules, et que l'on peut encore nettement distinguer, témoignent d’ailleurs que cet enfant, dont les traits ravissants et les longues boucles de cheveux nous rappellent le Gygès d’Horace (f), est Éros ou l’Amour.
Tel se présente à nous, dans son ensemble, ce beau et simple groupe. Mais que signi&e-t-il ? quel en est le sujet. C’est là une question beaucoup plus difGcilc. Pour essayer de la résoudre et d'appliquer à chacune de ces figures le nom qui.
(1) Oirm. It, 5,21-at.
Quem ri puetlarum ùisereres cAo/v»
iêirt tagacet falUrtt horpitet Diserimen ohtcurum toluùs Crinibust nmbiguo^né imUir.
6 SOCBATS ET DIOTIHE.
lui convient, il est naturel de s’attacher d'abord a celle que son expression, plus caractérisée, rend plus facile à distinguer. M. Avellino qui, dans l'homme, reconnaît un Silène, voit dans la femme assise une nymphe bachique, et prétend que l’enfant ailé, Bros ou bien un ÿai[i.tav yeviOXiOî, comme l'etp- (pîSpo|X.o; d'Eschyle (1), leur présente à tous deux le coffret qu'il porte à la main. Dans la pensée de M. Avellino , il serait permis de reconnaître ici le coffret que diverses traditions ont rendu célèbre, et dans lequel Dionysus avait été caché (2); nous aurions ainsi sous les yeux une représentation nouvelle d'un sujet que l'art a traité tant de fois et de tant de manières diverses, Dionysus enfant livré à ses instituteurs. Hâtons-nous cependant d'ajouter que le savant archéologue n'a lui-même présenté que comme une conjecture cette ingénieuse explication, contre laquelle, à mon avis, le simple examen du groupe élève des doutes puissants. Si la remise du coffret qui renferme Dionysus fait le sujet du bas-relief, ce coffret doit alors s'y montrer comme l’objet principal. Or, ce n’est pas ce que nous trouvons ici; ce n'est pas lui qui attire ici l'attention des deux autres figures; tout entières â un dialogue animé, elles ne semblent pas même le remarquer, non plus que celui qui le porte.
M. Braun, qui, dans ses recherches sur les représentations de Dionysus ailé, mentionne aussi ce curieux bas-relief, pense qu'il s’agit peut-être ici plutôt d'un génie bachique que d'Éros, fils d'Aphrodite (3). M. Gerhard est allé plus loin, et reconnaît dans l'enfiint ailé Bacchus lui-même , qui, portant la ciste mystique, s'approche de Silène et de la nymphe (4). Mais,
(1) Welcker, Naehtr. zur Æschjriiscke Trilogie, S. 122. — Raoul Rochette, Monum. inéd., 228. Paoofka, Ann. de Vlnst. orcA., Il, p. 320.
(2) Oatre les savaatefl recherches de M. AtcIUdo ( l. c., p. 54 seg.) sar ces mythes et antres semblables, on peut coosulter encore UK'hoId, ForhalU zur GrieehUcken Getchichte und Mjrdiologie, I, S. 349 folg.
(3) Braun, Die KunstvorsteHungen de» geJlûgeUen Dionytot ( Munich, f§39) , S. 5 folg.
(4) Gerhird, Etrukitche SpUget, I. 5. 68 folg.
SOCBATE BT DIOTIME. 7
outre que celte explication ne nous éclaire pas davantage sur le rapport des principales 6gures entre elles et avec cet enfant ailé, non plus que sur le sens propre de celte composition, il me semble encore que la dissertation de M. Braun, en jetant pour la première fois quelque lumière sur ce sujet, doit nous engager aussi à la plus grande circonspection. S'il est devenu certain, d'après ce travail, qu'on a représenté Dionjsus avec des ailes à la tête, toujours est-il qu’on ne saurait, sans preuve positive, admettre un Dionysus avec des ailes aux épaules. Quant aux génies ailés bachiques, il est hors de doute que le Faune qui porte des ailes aux épaules, dans un bas-relief publié parZoëga (I), en offre un exemple; mais quelle ligne de démarcation doit-on tracer entre des amours tels qu'il s'en présente incontestablement dans les représentations du Thiase bachique, et ce qu'on peut nommer en partictdier des génies bachiques ailés? Bien loin de pouvoir offrir à cet égard des résultats positifs et certains, les recherches des érudits sur cette question sont à peine ébauchées.
Je dois l'avouer cependant, je ne saurais admettre comme vraie cette supposition, que la représentation qui nous occupe ici soit un sujet bachique; supposition sur laquelle reposent les diverses explications que je viens de rappeler, et qui n'est elle-même fondée que sur une autre, à savoir, que l'homme ici représenté est un Silène; car, pour la femme assise, rien, ni couronne, ni aucun autre attribut bachique, n’indique qu’elle se rattache à une scène dionysiaque; et l’enfant ailé ne fait, dans cette supposition, que soulever des difficultés. Bien qu’on ne puisse nier qu’il y ait dans les traits de l'homme un caractère de Silène fortement exprimé, je crois pourtant qu’on ne saurait reconnaître en lui un véritable Silène. Ce qui s’y oppose, ce me semble (sans parler de la couronne qui lui manque, ce qui est pourtant une particularité frappante), c’est la nature du vêtement qu’il porte. Quand Silène se montre habillé, il a seulement une draperie, jetée
(I) BassiriL <uUUk, di Homa, II» 8S.
autour des reins, qui couvre une portion de la partie inférieure du corps (I); c'est ainsi qu’on le trouve, en effet, dans le Papposilène vêtu du yitia'i [ia^MTdç (2) , et la riche étoffe qui couvre le Silène jouant de la lyre, sur un tableau de Pompéi (3), a tout à fait le même caractère. On prétendrait à tort nous objecter une ligure de Silène vêtu d'une façon différente et toute particulière, publiée par Visconti (4), puisque cette figure ne s’écarte pas moins de toutes les autres que de celle qui nous occupe en ce moment. La manière dont celle-ci porte le manteau roulé autour du corps se distingue essentiellement par un certain caractère de justesse et de roideur, bien éloigné de cette gracieuse richesse de plis que déploie ordinairement l'art grec; mais c'est, du reste, la manière la plus simple de mettre le manteau, quand on veut s'y trouver à l'aise, sans aller toutefois jusqu'à la négligence; on la remarque, d'ailleurs, fréquemment sur des monuments de l’art. Pour ne citer que quelqiiès exemples, nous trouvons un vêtement tout semblable dans certaines statues de Jupiter représenté debout et en repos (5)', et dans celles d'Esculape (6) ; seulement ici la dignité du dieu exigeait un manteau plus riche. Nous voyons encore, sur les bas-reliefs du Parthénon, un groupe d'hommes debout et en repos, tous habillés de cette manière, groupe dans lequel nous admirons cependant l'art du maître, qui savait prêter, même au vêtement le plus simple, le charme de la variété (7). Il n’est pas rare non plus de rencontrer ce costume dans des figures de vases peints, en particulier dans les rhabdophores assistant à des exercices gymniques. Ces observations témoignent assez que cette sorte de vêtement n'est en aucune façon appropriée à un Silène.
(1) Vo^es Viscoati, Mus. Pio CUm., IV. 22. — Oerbird, Am. BUdw., 104^ 10€.
(2) Ficorooi, Gemma lUt., tab. 26 Mjq. — Gerliard, Ani. lOô, 3.
(3) Mtu. Borb.^ II, 35.
(4) Mus. Pio Clem., IV, 28.
(5) Mus. III, 3.
( 6 ) MafTei, RaceoUa, 132. Uiu. Nap„ t.l, 46.
(?) P3gia, Marm. i 8 , 19 .
SncRATE ET DIOTIME. 9
Encore une fois, cependant, on ne saurait méconnaître dans les traits de notre personnage le caractère de Silène : donc, si ce n’est pas un Silène, peut-être bien a-t-on voulu représenter un homme auquel l'assentiment unanime de l’antiquité attribuait une physionomie de Silène, et que l'art concevait d’après ce type. Je crois, en effet, que nous avons ici sous les yeux Socrate, attentif aux paroles de Diotime, qui, dans un discours animé, lui enseigne P essence de V amour, ou , comme elle dit elle-même, l’initie aux my$teres fTEros. En effet, tandis qu’ils sont abîmés dans cette sainte méditation, le dieu lui-même s’approche d’eux avec la bandelette et le coffret, symboles de l’initiation (1).
On voit tout d’abord, sans même qu’il soit besoin d’un nouvel effort d’attention, combien l'aspect général du sujet, tel que nous l’avons analysé plus haut, est d’accord avec cette interprétation. Un nouvel examen rendra ce rapport plus clair encore et plus frappant. Quelques observations seulement sur certains points en particulier doivent ici trouver leur place. Pour ce qui est de la représentation de Socrate, une foule de passages témoignent assez qu’il ressemblait complètement à un Silène (2), et les descriptions qui nous sont parvenues à ce sujet l’attestent jusque dans les moindres détails. Il est fait mention particulièrement de l’aplatissement du nez et des yeuxplacésàlleurdetête(:n5i[A0T^îxa'iTÔè;(i)T£)V ô(jL|idT(i>v)(3), et dans la discussion avec Cristobule, rapportée par Xénophon (4), sont rappelés les yeux saillants (àfSoXjxol êtritroXaioi), le nez écrasé (to eipov tz; les lèvres épaisses, tout autant de
traits caractéristiques qui se rencontrent dans Silène aussi
(t) Oo Mit que Socrate, daas le Banquet de Platon, reconnaît avoir re^n les leçons de Diotime sur l’essence d’Éros, et qu’il lui attribue le mythe qui présente Eros comme fils de Ponv et de Penùi (Plat. Sjrmp., p.20l D sqq). Les commentateurs nous ont appris quelle valeur ce mythe a reçue dans ranliquité ; il suffit ici d'en rappeler le souvenir.
(2) Voyez les commenlatenrs du Banquet Je Platon, p. 215 A, B.
(3) Plat , Tkencl., p. 143 E.
( 4 ) Symp. 5, 5 sqq. . i
bien que sur ce bas-relief. On sait que , d'après une décision du peuple athénien, Lysippe fut chargé de faire une statue de Socrate en bronze (I), et I on croit que cette statue a servi de modèle aux nombreux bustes qui nous sont parvenus, et qui tous en effet, bien que plusieurs semblent porter davantage l'empreinte du caprice de l'artiste, ceux-ci présenter un caractère de Silène plus fortement exprimé, ceux-là offrir un portrait plus vrai et plus ressemblant, se rapportent cependant à un type parfaitement reconnaissable (2). On aurait, il est vrai, quelque peine à trouver une autre Bgure de Socrate où le caractère de Silène se montrât aussi fortement exprimé qu'ici; mais on n'en sera pas surpris, si l'on considère que cette représentation se lie étroitement au Banquet de Platon, et si l'on se rappelle que là précisément Alcibiade se sert d'une excellente comparaison, en disant que Socrate ressemble aux statues de Silène dans lesquelles un retrouvait de magnifiques images des dieux; à quoi il ajoute ensuite, pour fortihersa pensée : Et toi-mcme, 6 Socrate, ta ne nieras pas que pour l’aspect, tu ressembles à ces statues de Silène! (ÔTi p,èv ouv tÔ ye £t5o{ 5p.oio{ tî ToÛTOiç (toï; 2evX.Tivot;\ «a Swxpareç, oùJ'oùtoî dn'xou àjjtçioPri- T)îatL() (3). Le costume convient également à Socrate, qui allait, comme on sait, les pieds nus (4), et portait le manteau étroit, .sans habit de dessous, ainsi que le lui reproche Antiphon dans Xénophon : ipaTtov r,|x^ic(iai où povov f oiù^ov , tÔ aùto
(1) Diii«. Uert 11,43.
(2) Vi»cüDti, Iconogr. grtctfue, I^p. 163, pl. Napol. Il, 71 «t 72~Re,
Atti drU’ acad. Rom. areh, I, *2 , p. 159 Uo grand nombre de tête* que l'on voit sur des pierres autiques, par exemple dans Spanbeim (Us Cfstirs de Julien, p. 108) , et surtout dans CliifHet (Socrate, Aorers , 1 602 , • out été ainii déanmmées sans
motif su^îsaDt. M. RaouUBocbette a eu raisou de faire observer, à ce propos (Idon.
p. 400), que sur uu bas-relief (.Vnn. foeJ.. 77) les traits du pédagogue d'uD jeoue garçon rappeüeut la physionomie de Socrate. Perse a dit (Y, 36 sqq) :
Teneros tu suscipis annos,
Socratico, Cornute, tinu.
(3) Sjmp., p. 215 B.
(4) Voss, léytk. Brie/e, 1,21
SOCR4TS ET OIOTIUE.
béfout Te xx'i yei(iüvb(, âvuitiiinTÔ; Te xat ocyÎTcov ^iaTe}(eî( (I). Mais lors même que ces témoignages précis n’existeraient pas , il suffirait d’avoir lu dans Lucien que de son temps la longue barbe, les pieds nus, un manteau étroit et usé(Tpiêcüv) (2) et un bâton composaient les insignes des philosophes, pour ne point s’étonner de les voir ici employés à caractériser le grave et austère philosophe d’Athènes. Sa tenue, son maintien, tout nous indique d’ailleurs ce même Socrate qui pendant un jour et une nuit (3) demeura constamment, comme on le voit ici, calme, attentif, appliqué de toutes les forces de son esprit aux paroles de Diotime. Quant à cette dernière, rien de ce que nous savons d’elle ne nous autorise à penser qu’elle dût être représentée d'une façon particulière; nous la voyons donc ici dans le costume ordinaire des femmes grecques : seu> lement une gravité sublime, des gestes pleins d’expression, un caractère de fermeté et d'observation nous permettent de reconnaître en elle la sage institutrice de Socrate.
Éros , placé entre ces deux personnages , nous apparaît ici avec des attributs qui exigent que nous entrions dans quelques explications plus détaillées. Ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, ces attributs eux-mêmes ont beaucoup souffert de l’oxydation du bronze. Cependant , après un examen attentif du monument et en raisonnant par analogie, on arrive, ce me semble, à pouvoir reconnaître dans ces attributs une to/u'a et un coffret. La tœnia est indiquée par M. Weicker comme un symbole essentiellement érotique (4), et je n’ai besoin à ce sujet que de rappeler ici un petit nombre d’exemples concluants. Ainsi, sur un vase peint, l’épbèbe ailé, auquel une
(1) XpDopbon, I, 6, 2.
(2) PUtoD {Symp.t p. 2(9 B) emploie easti cette expre>»ioa eo parlant du mantean de Socrate. On Aait que cette aorte de manteau était originaire de la ^ronie; c'était le eoatume des gens paurres et ruiné». Yojez Muller, Dor. II, S. 267 folg. Becker, Ckariclet^ II, S. 321 folg.
(3) Plat, Symp., p. 220 C, D.
(4) Weicker, Annal. fUll InstU» «rcA., IV, p. 380 aeg. Ailleort ( D* CemaeUe det Polygnotas, S. H) j’ai déjà fait tmge'dc cette remarqu''
SOCRÂTB BT DIOTIME.
inscription donne le nom d'Himéros, porte dans ses mains unetœnia (t); sur un autre vase qui nous montre également un éphèbe ailé qui tient la tænia(ij, je suis bien plus tenté de reconnaître avec M. de Witte (3) Eros, qu’avec M. Raoul Rochette le Génie de la mort (4); sur le beau vase qui représente Dionysus et Ariadne réunis sous une treille, on voit Eros s'approcher d'eux avec la bandelette (5) ; il se montre également avec la ttsnia surd’autres vases qui représentent l’union de Dionysos et d’ Ariadne (6). Sur une grande coupe où sont représentées les troisdéesses devant Pàris, chacune, pourgagner son juge, lui olTre un attribut particulier: Héra lui montre le lion, emblème de la domination; Minerve, le casque, symbole de la gloire des armes; et Aphrodite, Eros, qui tend au jeune berger une bandelette, emblème de la volupté (7). Plusieurs motifs se présentent pour expliquer comment la bandelette était devenue le symbole d’Ëros. Si l'on se rappelle qu’elle faisait une partie essentielle de la parure, et que bien souvent, dans les tableaux où sont représentées des femmes à leur toilette, Eros se montreavecla tcenia{ÿ), on pensera peut-être alors que cet attribut lui convient comme parure de la beauté; on peut supposer aussi qu’il en couronne les amants vainqueurs dans la lutte amoureuse; ou bien, comme oii enveloppait avec la tœnia les objets qu’on voulait consacrer et sanctitier, la bandelette peut encore être considérée comme le symbole de l’initiation aux mystères d'Eros. Dans tous les cas, il est incontes-
(1) Mtmum. inèd. dt VIntt. ürch., I> pl. 8. — Gerhard, Ant. Bildw.» 17.
(2) RaouURochette, Monum. inéd.^ 44, 2.— Gerhard, Ant. Bildw., 55 nnd 56.
(3) Descript. du cab. Durand, n" 46.
(4) L. cit., p. 225. Daoarépbèbe ailé qui poursuit un lièvre, Cguré au révéra dn même vase, je crois qu’il faut égalemeot reconoattre Éros. Voyez les pasitages souvent cité.<i de Pbilostrale {fnagg. I, 6). Il n’y a non plus aacun motif pour se refuser à re« connaître Êros dans la figure que reproduit la pl. 20 dn tome V dn Uu*eo Borbonico. -»Cf. Idon. inéd. de l* fait, arck., I, pl. 8.
(5) Millingen, Ane. uned. mon., 1, 26.
(6) Paaofka, Mut. Blac., 21. ~ Doc de Luynes, Descript. de vaset, 29.
(7) Gerhard, Ant, Bildw,, 33.
(8) Voyez, par exemple, RaoubRoebette, Idonum. inéd., 49 A.
SOCRATE ET OlOTIME.
table que la tœnia convient de préférence à Eros. Le coffret n'est pas moins que la tœnia un symbole érotique. Aussi le rencontre-t-on liubituellement dans les scènes qui représentent des fiançailles ou quelque sujet semblable. Sur le célèbre vase souvent reproduit du musée de Berlin { I ), lo tient dans ses mains le coffret que iCeus, debout devant elle, lui a présenté pour appuyer la déclaration de son amour. Sur un autre vase, qui offre également pour sujet une déclaration d'amour, la femme en tient aussi le symbole, le coffret, appuyé sur ses genoux, tandis qu'Eros agenouillé devant elle, semble, pendant qu'elle détourne la tête, lui adresser des paroles de persuasion (2). Le coffret n’a pas non plus été oublié dans une belle représentation nuptiale (3). Cet emblème est aussi reproduit avec la même valeur érotique sur une peinture de vase du musée de Naples (4) , dont le sens érotique est évident. Auprès d'une figure de femme, qui tient dans les deux mains une bandelette ornée de glands, on voit un oiseau qui ressemble à une cigogne, et paraît becqueter cette bandelette; c’est évidemment l’oiseau lynx, fils de Pitho, et dont on vantait l'efficacité pour les charmes amoureux (5). Vers cette femme s’avance une seconde femme portant dans les deux mains un coffret qu’elle va présenter à la première. Afin que la signification de ce coffret ne puisse faire l’objet d’un doute, on a posé sur le couvercle les branches de myrte consacrées à Aphrodite. Derrière cette femme, une troisième s’avance encore; celle<4 est engagée, à ce qu’il semble, dans un dialogue avec Eros, qu’elle porte sur la main gauche ; ce qui est conforme aux habitudes
^ Hirt, die BrauUchau. 1625. Gerliard, BiUw., 1 1 5. ~ Piaofka , Argot PanopUt, Taf. IV, ^ — LcoonDaot cl de Witte , Élite det mon. cèrttmographiquett I, pl. 25.
(2) Gerliard, Ânt. Bildw., 34.
(3) Panofkê , }dut. BUtc., 4.
(4) Mut. Borb.t I, 35. — Milliog., Fatet ^rees, 60. loghiramit Fat.fittiL, 241.
Gerhard uod Paaofka, Neap» Ant. Bildw. ^ S. 241, 1516.
^5) Voyci Bnettiger, KUine Schrijien, 1, S. 183 folg.; Idten zmrKunttmyrth., I,S. 70; fl, S. 200 folg. ^ Weiebert, Poet. lat. Heliq-^ p. 52 aqq.
14 90CHATB ET DIOTIME.
de l'art antique , qui plaçait clans les mains des statues des dieux, non-seulement les attributs qui étaient respectivement consacrés à chacun d'eux, le lion (I) à Héra, la colombe i Vénus (2), le cerf à Apollon (3), etc., mais aussi les Ggures de certaines divinités, considérées, pour ainsi dire, comme des émanations, comme des agents de la puissance divine. C'est ainsi que Jupiter tient sur la main, tantôt la Victoire, tantôt les Parques (4); Athéné, comme lui, porte la Victoire, Apollon les Parques ou les Grâces (5), Aphrodite, Éros (6). Nous pouvons donc, sans crainte de nous tromper, reconnaître dans les deux dernières Ggures peintes sur le vase du musée de Naples , Aphrodite ou Charis et Pitho, (7), qui s'approchent de la jeune Glle. Il est bien vrai que le coffret se présente très-souvent comme boîte à toilette; il est rare de ne point le rencontrer dans les scènes nombreuses où sont représentées des femmes occupées à leur parure (8); mais cela même nous
(1) Gerhard, Bildw., 33.
(2) De même sur des monuaies d^ryx. Millio, Gai. mytkol., 44, t81. ~ Dumersao, Med. ined.j 7, p. 57 et suir. — Cf. PaaofVa, Cah. Pourtalèt, 2.
(3) Muller, Deniitn. (ter ait. Kunst, I, Tuf. 4.~Cf. Gerhard^ .rfA/. Bildw., If. ApolloD Smiotbien porte aussi use aouris sur la toaia. Muller, L, cit.. Il, 13, 138. Vojex aussi Artémis portaut un cheTrillard, daos les dru. Bildw. 13 de M. Gerhard. Voyez encore une autre figure daos le même ouvrage 102, 3 et dans ïc^Fnigm. tU eculpf. 15, 14 de M. d'Agiocourt.
(4) Fausan., VIII, 37. I; X. 24. 4.
(5) Muller, drcfiaeol., § 8t>. 2, 3; 359, 5.— Welcker, s» Schwenek etym. myih. And.,
S. 290. — Raoul Rorhette, Monum, ined., p. 67; Lettre à M , Schom, p. ô8 et suit. Voyez aussi l'Apollon de style arrliaîque sur les monnaies de Caulonia. Mionnet, Deser. de med. ont., pl. 59, n'* Borb.,y ^ 61.'— Duc de Loynes, Ttour. Annal, de Vlrut.
arck., I, p. 424 et soiv.— Raoul Roebette, Mèm. de numism.y Obserr. sur le type de^ méd. de Caulonia, pl. I.
(6) Gerbard , Ant. Bildw., 32. 33.
(7) Consultez sur Cfaaris et Pitbo, divinités nuptialea, Boettiger, Aldobrand. /focAz.,
S. 39 folg.; Ideen zur Kunstmyik., Il, $. 267 folg. Cbaris est la grice attrayante de la femme (Plut., £ro/., p. 761 D. Winckelmaon, S. 1 15 folg); nous la voyons en
quelque sorte ici en conversation avec Éros. Devant elle marche Pitlio. la persuasion de rbomme; elle porte daos ses mains le don de son amour; elle est précédée de l'oiseen lynx, qui achève le charme de l'amoureuse persuasion. Sur deux autres vases (Millingeo. Ane, uned. Mon., pl. A, 1. ~ Stackelberg, Cracher der Helt., 29)Pitbo est repré* sentée avec Aphrodite, auprès de laquelle on voit Eros; sur le second vase, Pitbo est occupée à orner nn meuble avec des branches de myrte.
(8) Voyex par exemple R. Roebette. Mon. inèd., 49 A.
SOCRATE ET DIOTIHE.
aide à mieux comprendre pourquoi on l'a placé, comme don d'amour, dans les mains d'Kros. Aussi rien n'est plus ordinaire que la réunion des tœnies avec le coffret : ainsi nous trouvons sur un vase peint une femme tirant d’un coffret une tœnia, afin, comme il semble, de la présenter à un jeune homme qui est debout devant elle (I). Sur un autre vase, nous voyons Eros lui-même, avec une couronne et un coffret, voler au-dessus d'une femme devant laquelle est placée debout une seconde femme tenant à la main un coffret et une tcenia (3). Une autre peinture de vase, dont le sens érotique ne peut être mis en doute, nous offre aussi la représentation d'une femme tenant également une bandelette et un coffret (3). Les exemples de cette sorte sont trop fréquents pour que nous songions à les accumuler ici : seulement je rappellerai encore le vase remarquable où l'on voit Aphrodite accompagnée de deux amours occupés à tresser une corbeille; chacune des deux femmes placées aux extrémités du tableau porte un coffret et une bandelette (4).
Ces diverses considérations, fondées sur des exemples, qui nous ont montré la tænia ainsi que le coffret comme symboles essentiellement érotiques, ne semblent-elles pas justifier encore notre interprétation, lorsque nous prétendons reconnaître ces mêmes symboles sur le bas-relief objet de cette dissertation ? Je dois faire observer cependant que l'une et l'autre sont aussi deux symboles des mystères. La science de l'interprétation des monuments de l'art est revenue, et ce n’est point sans raison , je le sais, de l'abus auquel avaient conduit certaines représentations : elle a renoncé à la prétention du rapporter aux mystères tout ce qui lui paraît mystérieux. Toutefois, on ne saurait nier qu'il y a des représentations qui, bien qu’on n'en puisse clairement expliquer les détaib.
(1) MiHiog«n, j4nc. uiud. mon., 1, 35.— Afu/. Borb., rX, 28. — logLirimi, f'asi
fia., 316.
(2) MtlÜn., Veintxtr. de vmet antiq.. Il , 43.
(3) Panofka . Cab. PourtaUs, 32.
(4) Panofka» Cab. PomrtaUe, 33. — Stackelberg, Die Graeber der Hell.» 30.
SnCRÀTB BT DIOTIME.
IG
ont trait sans aucun doute à certaines initiations, à certains niTStères; or, c'est précisément dans celles-là qu'apparaissent le plus souvent les symboles de la tœnia et de la ciste. 11 est prouvé que le colTret est un symbole des mystères (1); on en peut dire autant de la tœnia (2) : aussi l'un et l'autre se rencontrent-ils fort souvent réunis (3). On se rappellera ici tout d'abord le Génie des mystères, pour lequel on avait autrefois une si grande prédilection (4), explication à laquelle un a maintenant substitué celle d'Ëros, qui, lui aussi, se montre fréquemment et avec la tœnia et avec le coffret.
Quant à présent, ces observations succinctes peuvent suffire. Diotime, dans Platon, s'exprime à plusieurs reprises de manière à faire entendre que par ses leçons elle avait initié Socrate aux mystères d Ëros (5). Si nous admettons que cette idée ait été présentes rimaginalion de l'artiste, notre groupe, dès lors, s’explique parfaitement. Pendant que Diotime, par ses instructions animées, initie aux mystères d'Ëros Socrate attentif à ses paroles, le dieu lui-même s’approche avec les attributs de sa puissance et de son culte, tel qu'il a coutume de se montrer aux époptes, que sa présence saisit d’étonnement.
Ainsi se trouverait expliquée en même temps une circonstance qui, au premier aspect, peut sembler contredire notre interprétation. Aux deux côtés de notre bas-relief sont représentés des centaures: à droite est un centaure mâle; il a
(1) Ccrlurd, Etm4k. Spieg., I, S» A4, A9. — Welcker, Æfck. Tril., S. 285.
(2) C’est re qoe nous appreod lar le» mjatère» de Samoüirtce le ScbolUste d'Apol* toDiOAde RLodes» 1,917.
(3) Vo;ee Gerlierd, Mjsterieryvasen »• par exemple, la pl. 9. — Millin, Tcmb. de Ce* nosttt 4. Crenxer, SjrmboL, Abhild., 43.
(4) Voyez l'Abrégé de Boettiger, Archueologie dcr Malerei, S. 224 folg.
(5) Sjmp.y p. 209 £:TocvTtt |jiàv oOv rà éfximxx ü> xôv <rv
tà U TéXmt xat ixorcrtxà, dw l'^exa xal toûtd éenv, édv ti; éf 8h)< (urii), oOx olS' ci oloç T &v tlT];. cl plus (oîD, p. 210 E : ffiri lùv tûv épmnxûv. et p.21l B:
ic* Tl axTOtTO ToO TéXou;. «Plotarqae s'exprime dans le même aeo», £me. p. 761 F : éyib Si to 7; '£p<üT 0 ( ôpYtaoratc xal pvircai; iv qiSou ^riova |io^ov ouoov.
SOCRATE ET DIOTIME. , l7
une forte barbe; sa tête, que, par un mouvement orgiastique, il rejette en arrière ainsi que l'avant-corps, est ornée d'une tcenia; il joue de lu lyre; à gauche est une centauresse qui souffle avec des efforts violents dans une double flûte (1). Mais n'est-ce pas là, dira-t-on peut-être, une preuve évidente que tout cc monument a une signification bachique? Il me semble que cette conséquence est trop absolue. Les centaures, il est vrai, ont habituellement un rôle dans le Thiaae bachique, et la puissance du dieu se manifeste d'ordinaife en cc que ces monstres sont par lui domptés et attelés à son char; à ce titre, ils sont consacrés d'une manière toute spéciale au dieu des orgies, et l’effet du vin, qui ennoblit leur nature et spiritualise, pour ainsi dire, leur appétit animal, est surtout exprimé par les instruments de musique dont ils sont généralement pourvus (2), et qui indiquent combien ces centaures, dans le culte du dieu, sont différents de ces monstres grossiers, ivres et violents, tels qu’on les a si souvent représentés. Toutefois, ce n’est pas seulement Dionysus qui les dompte, mais aussi Ëros. Si nous les voyons, sous l’empire du vin, se livrera des mouvements inspirés par l’ivresse et l’extravagance, nous les voyons aussi, dans la fureur de la volupté sensuelle, faire violence aux jeunes garçons et aux femmes. Mais Éros dompte aussi cette race sauvage; et si Dionysus les enchaîne à son char, Eros, à son tour, s'en fait une monture et nous offre le beau spectacle de la brutalité domptée par l’amour (3). Les centaures se trouvent donc aussi avec ce dieu dans un rapport intime: ils sont ses orgiastes, et, à l’exemple d’Éros, qui est lui-même représenté avec la lyre et la flûte, ils portent ces deux symboles dans l’exercice de son culte.
(1) AtcUiqo, DMcrizioHe di uma caia Pompeia/ta , Ut, 8 ; Muk. Borb., IX,
(7) Voyei mes Abkandl. Pentheus, S. 19.
(3) On cotioait le beau rcuUure du palais Borgbèse (Maffei, Race., 17 leg. . jtfon. SctlH Bergh., II, 2. ^ Clarac, Idus. de tculft., 777. Cf- Vtscoati, Mus. Pio CUm., I, 51 , — Mus. Capit., IT, 32, 33. H. AveUiao remarque que la resttcmblaoce de ce Tient eenttore avec le Laocoon , obserrée par Visconti. se retrouve anssi dans le nôtre.
SUCHÀTB et OIOTIME.
C’est là ce qui se révèle bien clairement sur les monuments, où l'on voit les centaures mis en rapport avec le mythe de l’Amour et de Psyché. Ainsi, sur le cippe bien connu d’Anieniptus, ou trouve représentés, coninie ici, un centaure et une centauresse, celui-là jouant de la lyre, celle-ci de la lli'ite, et portant, l’une une Psyché, l'autre un Eros(lj. Sur un basrelief du musée Pie-Clénientin sont représentés deux amours pleurant, qui tiennent chacun un papillon au-dessus de la llamme de leurs flambeaux j à droite et à gauche se trouvent, d’un côté, une centauresse montée par une bacchante; de l'autre, un centaure qui porte un enfant jouant de la lyre (2). Sur un autre bas-relief, nous voyons Eros Jouant de la flûte; près de lui se font remarquer un centaure jouant de la lyre et portant un Éros qui joue de la flûte, et une cenuuresse tenant la double flûte et servant de monture à une Psyché qui porte une pomme dans la main; de chaque côté se trouve un pommier près duquel se tient un amour (3). Je ne puis me livrer ici à une énumération plus détaillée de ces représentations pleines d’intérêt, mais dont le sens est difficile à saisir: il suffit d’avoir fait remarquer que les centaures orgiastiques et pourvus d’instruments de musique ont une connexion évidente avec Eros; connexion qui du reste n’exclut nullement celle qui peut exister entre un pareil sujet ou d'autres analogues et les représentations bachiques qui ont été successivement transportées dans tous les sujets religieux. Peut-être même est-ce dans ce dernier rapprochement qu’il faut aussi chercher la raison pour laquelle on a cru pouvoir, sur notre bas-relief, représenter Socrate avec un caractère de Silène si fortement exprimé.
Je suis, d’aineurs, loin de penser que ces monuments ou les
(1) Boùurd, III, 144. . MootfauroD, Ant. expL, V, 1, 79. Lessing. daoa »oo traité intitulé H'iedie AUen dea Tod gebiUet^ S. 29 folg.— Cliric, Mm. de teulpt,, 185, 186.
(2) Mui. Pio Ctem., IV, 25 C. — Zü*gt, Abhand!., Taf. IV, 9, S, 79 folg; Welcker, ibid., S.37â folg. — Bnettiger, Ideen zur Kunstmjrth., Il, S. 517.
(3) Gttll. Giuitin., II, 107. — Montf., Ant. expi., |. 192. — Zoega, AbkatuU., T»f. IV, 12 ; W'eleker, ibid., S. 384. Boeltiger, lue. eit., S. 518.
SÜCRATE ET DIOTIME.
passages cités plus haut puissent servir de preuves à l’existence réelle des mystères d’Eros, dont il ne reste même pas de trace (t). Ces monuments de l’art ne sauraient, en effet, rien prouver en eux-mêmes, et les passages que nous avons rapportés doivent éviilemment. s’expliquer par l'usage où étaient les anciens d’employer les expressions de mystères et d'initiations, dès qu’il s’agissait de comprendre et d’approfondir l’essence la plus intime d’un sujet de discussion, que ce fût une question de sentiment ou une question qui s’adressât à l'intelligence (2). C’est ce que l’on a trop souvent méconnu; on a pris au propre ce qui ne devait s’entendre qti’au figuré, et beaucoup d'erreurs sur les mystères des anciens n’ont pas eu d’autre origine. Je pense seulement que, de même qu’il était permis à l'écrivain d’emprunter ses termes à la langue des mystères, langue familière à ses lecteurs, l'artiste pouvait aussi, dans l’expression de ses pensées, employer les mêmes images, sans craindre d'être mal compris. En effet, dans le sujet qui nous occupe, pour exprimer de la façon à la fois la plus simple et la plus belle le saint enthousiasme de l'institutrice, celui de l'auditeur, et en même temps l’objet qui dans ce. moment remplissait leur âme à tous deux , l'artiste pouvait-il mieux faire que d'emprunter aux mystères le tableau qui nous montre le dieu lui-même s’approchant de ces deux personnages avec les symboles de l’initiation à son culte? Quiconque est familiarisé avec l’art grec sait assez de quelle manière cet art savait employer l’image d’Eros et d'autres figures analogues, pour exprimer d'une manière sensible la disposition intérieure de l’âme.
(1) Tout ce que Creuzer [Symbol., IIÎ, S. 536 folg.) et Roettiger [Ideen zur Kunsimjrtk., II, S. 407 Tulg.) nat ronjerturé. toucliaot le» mjralèrc» d’Éros, me paraît «au» fondement. En effet, re que nous saron» de» f^tes d'Éro» à Tlietpiei ('Eportixa) n’au> tonne aneunement rea i*oujeeture«. Vojez Plutarch., £rol., I. — Wiockclinaun , ff'er* ke, S. 99 folg. — Roerkli, Corp. inser. prtre., 1429, 1430, 1390.
(2) Voyez en général Loberk, ^gltopk,, 1, p. 34. 128. StaUlraum (ad Phœdr.,
p. 250 D; ad Eathydem., p. 277 R) en produit plusieurs ezemplen, tirés de Platon . qni aimait ce* maoièrea de «‘esprimer. Plus tard, les écrivains out bien exagéré cela. — Cf. Boissonade, ad Tlicoplijl.. p. 189.
Ces éclaircissements suffisent, ce me semble, pour justifier l'explication, que nous avons proposée; peut-être cependant ne sera-t-il point superflu de rappeler, au moyen de quelques exemples, que plus d'une fuis l'art antique n'a pa's dédaigné de traiter des sujets semblables. Je ne parle point ici de cette multitude de statues et de bustes que fit naître, surtout dans les derniers temps, le désir de posséder les portraits des poètes et des philosophes distingués; je ne parle point de ces images dont les villes se plaisaient à orner leurs monnaies, pour honorer la mémoire de leurs plus illustres citoyens, mais seulement de ces représentations qui, plus grandes et plus parfaites de conception, célèbrent les héros de la science et des beaux-arts. On doit observer que dans ces sortes de compositions, la règle générale qu'adopte l'art est de préférer à l'idée simple l'idée mythique, afin d'élever le sujet qu’il traite audessus des conditions ordinaires de la vie et de lui donner une plus haute importance. Citons en première ligne les monuments qui se rapportent à Homère, et d'abord la célèbre apothéose (1) qui nous montre le poète assis, entouré de ligures allégoriques, exprimant son action et sa célébrité, et, parmi ces figures, la Terre ( Oixoup.tvn ) qui le couronne. On peut rapprocher de ce monument un fragment qui se trouve dans Fabretti(2), et la magnifique coupe d’argent qui représente Homere porté au ciel par un aigle, tandis qu'à ses cotés sont assises \' Iliade et \ Odyssée {2>). On doit également, avec M. Raoul Rochette, rapporter à Homère, à \Hiade et à \' Odyssée un curieux bas-relief de style grec qui se trouve à Paris (4), et encore un autre où ce poète se montre entouré des Muses {5), aussi bien qu'un sarcophage célèbre sur lequel
(1) ViftcoDti, 3/i». Pin CUm., 1 , imt. B- MiUio , Cal. mjthol., 148, à48. C/.
Feuerbach , Faiie. ApoUvn, S. 256 folg.
(2) Fahretli, Col. j». 315, t. II. — Moatf., At^. expi. suppl., IV, 37, 2. —
tngbirtui, Gall. Omerica, 4.
(3) MiUio, Cal.-mjthol , 149, 549.— Milliogeo, ytfnc. uned. monttm., II, 13.
(4) Raoul Rocbctle, inrJ., 71, I, — Orii, AtU. mon. nel Giaeilino de’ couu
Giueti, tav, IV. ^ Cf. WcIcker, Der epische Cyclue, S. 190.
(6) P'ojrage dans U muit de ta France, 72, 7 i Cal. my Jiol., ]3| bu, 547.
SOCHATk BT OIÜTIMK.
il est représenté assis en face de la Muse rpû/ue[i). Sur des vases même (et l'on sait qu'en général ces sortes de monuments offrent rarement des sujets historiques) on trouve de sem* blables représentations. Ainsi le fameux vase qui représente Sapho et Alcée, bien qu'il n'offre pas les portraits de ces poètes célèbres, se rapporte à eux certainement (2); et K. O. Muller, au moyen de conjectures pleines de sagacité, a montré qu'il fallait rapporter au poète Cydias, dont plusieurs écrivains nous ont transmis le nom (3), un autre vase décrit parM. de Wittc (4). sur lequel est représenté un joueur de cithare auprès d'un homme barbu, tenant un bâton et une coupe, avec l’inscription XAIPE XAIPE KVAIAX Mais ce ne sont pas seulement les poêles qui ont été ainsi représentés; Philostrale(5) mentionne une composition spirituelle, où se voyait Esope méditant de nouvelles fables, entouré des représentants des fables d'animaux. Sur plusieurs bas-reliefs on voit Diogène le cynique dans le tonneau qu'il s’était choisi pour demeure;
(I) Mus. Cupa., IV, 27.
(3) MillÎDgcD, Ane. uned. mon., I, 33. Cf. de Witte, Detcr. dn cab. Durand, 433.
(3) Goett.gel. Anz., 1340, d^60, S. 597 folg. ^Snr Cydias, ef. ButUDaoa nd Plat. Charmid., p. !ô5 D ; et Scbneidewiu, DeUctus, p. 373 sqq. ~ Sur nue coupe est re* présetité un vieillard qui joue de la lyre, avec rioscription ANAKPKOn, et que I'ud peut aiusi prendre pour le puete (de Witte , Z>e/cri)}f. t/u c<fi. f)ur., a” 438). Du reste, il faaC aasnrcMeat apporter la plus graode circonspectioo dans la redierrtié et l’eMosen dea sajels iiistoriquea sur les vasca peioU. Lee tMcriptiooa m4ne ne sauraient tonjoara servir de guide rertaia; et si le nom de Idtliuu, trouvé sur un vase peint (doc de Lujnes, Detcr. de vases, pl. 33) ne suffit pas ]K>nr noos autoriser à reconnaître sons ce nom l’accu^tenr de Socrate, tout aussi peu setrait>on fondé à prétendre que le pbi« losopbe Panartius, bien que le monnment porte é«Tit le nom Ilcvat-uoCs e*t représenté sur un vase où Tua voit un jeune bomme lisent attenÛTement dans un livre et en> tonre dcdciixjennes gens qui, enveloppés dans leurs manteaux; s’appuient sur leurs bitons. Mirali, Storio degU ont. pcp. italiani, tav. 103, 1 ; de Wittc, Catalogue ètnttque, O* 1S3. Tontee les fois qu'un vase ne présente point une ioseription qui répoude au snjet. Usera difficile d’oser proposer une interpréutiou historiqun. et je dois avouer même qne rapplicetioa qui a été fatle de certaines figures de vases à Gor^ias et à Sapho me eemblr douteuse. Voyer. de Witte, Catalogue étrusque, n^ l35t C'nf. Magnonconr, a*€6{ Déscript. de la eolUct. d'antiquités de if. le vieemte 9eugnot, s*- 39.
(4) Cat, Magnoneour, n** 81.
(3) Imagg,, 1,3.
SOrHATB BT DIOTIMB.
un monument cuneux de la villa Albani (I) nous le montre ainsi, engagé avec Alexandre dans le célèbre dialogue rappelé par Juvénal (2).
Socrate, que nous croyons reconnaître sur notre bas-relief, a été, du reste, lui aussi, un sujet dont s'est emparé l'art plastique. Lucien nous en offre le témoignage. Attendez-Dous que quelque peintre survienne pour faire vos portraits, comme on représente les disciples de Socrate autour de leur maitre, dans la prison (3)? S'il ne nous est parvenu aucun monument de l'art qui réponde à ces paroles, du moins possédons-nous encore des bas-reliefs où Socrate est représenté avec la coupe de poison. Winckelmann (4) en produit un exemple, et j'en chercberais volontiers un autre dans un bas-relief sur lequel on a prétendu voir Esculape: ici la figure qui, enveloppée dans un manteau, est assise sur un siège, et tient de la main droite une coupe, de la gauche un bâton noueux, offre évidemment plus de ressemblance avec un philosophe qu'avec
(1) Winckelmaan y Monum. ined., 174. Btusiril. antich, di Roma, I, 30.
— Cf. BuÎKAard, IV, 3(. — Spoo, MhceUan., p. I2â. ~ Causs., liâtu. Roman., 1 27.
(2) XIV, 311 sqt|. :
Semit AUxander, testa eum vidit in ilia iiiignuin kabitatorem , quanta Jelicior hic ^ qui NU cuperet , quam qui totum sibi posceret orbem.
— > ie ne «atiraia ici passer eatièreaeot soos sileoce no mooaaient iotéreisaDt. C’est la représeotation y qui revieot si sourent sur les bas*reliefs de terre cuite, d’un Silène dans la béatitude de l’irreste, s’appuyant sur £ro« qui l’embrasse, et précédé d'une baecluotc qui Joue dn tyrapanum (Caylus, Ree. d’anriq., V, 7l . — Zoéga. Bassiril., Il, 79. — Combe, T)e«cr. aj anc. terrac. 5 , ■— Creiiaer, Abbild., 53 , 4 , S. 32. — Hirt, Bildrrb., S. 226. Gerhard , Ant. Bildw., 88, 6) . Zoéga , le premier, frappé do ca> raetère partieulier de cette figure, a exprimé la pensée qu’elle pourrait bien représenter Anacréon. J'avoue qffe cette opinion me séduit; on pourrait peut-être même la fortifier par le rapprochement d'un fragment semblable (d’Agincourt, Fragm., 10, 4) sur lequel l'enfant est sans ailes, et le vieillard eatiéreraent dépouillé du caractère de Silène. Mais d'autres bas-reliefs , qui paraissent avoir fait suite à ces sortes de représeotatioo-s, offrent décidément uue expression qui n'appartient qu’aux sujets baebiqoes (d’Agincourt, Trugm., 7, 3J.
(3) 'H st&ptpfvcTs iirr' &v ne inetxdoig Cpiéle , otov; rov; év np
ixomjpup irstipove np Ixoxpdnt itafaypdfovmv. Lucian., Peregr., 37.
(4) fferhe. Bd. Il, S. 143
le dieu de la médecine. Aussi me semble-t-il que, pour approcher autant que possible de la vraisemblance, on doit reconnaître ici£ocrate tenant la coupe de poison, bien'qua vrai dire la ressemblance du portrait soit très-peu frappante (I). La représentation qui a le plus d'analogie avec la nôtre, est celle qui se trouve sur le célèbre sarcophage des Muses : l’une des parois latérales de ce monument représente, ainsi que nous l'avons déjà dit, Homère avec la Muse épique: sur la seconde, nous voyons Socrate vêtu d’un manteau, et assis devant une femme qui, entièrement enveloppée dans un long vêtement, s’appuie sur un pilier, dans une pose méditative, et porte ses regards sur Socrate, qui élève la main gauche en parlant (2). On a donné différents noms à cette femme, et reconnu en elle (outre Xantippe, dont je ne parle point) la Philosophie ou la muse Érato. Il serait difficile, en effet, de préciser un nom avec certitude; mais, ce qui nous parait évident, c’est que, de même que les Muses se montrent sur les sarcophage», en général, pour représenter la culture des sciences et des arts auxquels elles président , de même se trouvent placés à côté d’elles, sur le sarcophage cité, deux de leur» plus chers favoris, le plus grand poète et le premier des sages. Sans aucun doute, une même intention se révèle donc là, comme sur notre bas-relief de bronze, celle de représenter Socrate mis en rapport avec un être féminin , auquel il était redevable de sa science. Il est inutile, au reste, de montrer combien à tous égards le bas-relief de Pompéi l’emporte sur l’au tre.
Une dernière objection pourrait nous être faite; reste à examiner, nous dirait-on, à quel usage était employé le coffre auquel ce bas-relief sert d’ornement. M. Avellino a, il est vrai, démontré que c’était un coffre fort ; mais à quel propos y a-t-on placé Socrate et Diotime ? — Ce n’a pas été sans raison, répon-
(1) Ord, Jl/ofiiwn. ant. dei centi Ciusti, tar. 1.
(2) Maffei, Race., p. 1, xij. — Montfaucon, Ant. expt., suppl., t. III, après la IX* p). ~ Mus. CapU.t IV, 28. — Mus. Nap., 1, 23. — Clarac, Mus. ds seulpt., 205.
80CKATE ET DIOTIMB.
drionf-nous; car si l'on se rappelle le mythe que DIotime ra> conte à Socrate, et où l’Amour (Épu;) est présenté comme fils du Besoin ( Iltvia ) et de l'Abondance ( Iléps( ) , on saisira dès lors aisément les différents rapports qui rattachent cette composition au meuble quelle embellit.
Otto JAHN.