CHAPITRE I. l
» souvent , je sens dans mon cœur » une noble fierté... et quand je pense » à votre dernier envoi de cinq cents » francs !... Piqué sur quatre six fois!.. » Ah ! c'est épouvantable. »
Dubourg marche avec un peu plus de véhémence j il ôte ses mains de ses poches , comme furieux de n'y rien trouver ; mais il se calme enfin ; alors il s'arrête, reprend son pas ordinaire ^ puis s'écrie de nouveau : « Mais que » diable vais-je faire ? »
Dans ce moment passait auprès de lui une de ces personues qui, une hotte sur le dos et un croc à la main, parcourent la nuit les rues de la capitale eu s'arrêtant devant les endroits que nous évitons pendant le jour.
« Voilà certainement une ressource, »
dit Dubourg en considérant l'homme à la lanterne, « mais j'avoue que je ne » me sens pas encore le courage de » l'employer ; et , quoique certain au-
l6 SOEUR ANNE.
» teur ait dit : Ce n'est point la pro- » fession qui honore l'homme, c'est » l'homme qui doit honorer la profes- » sion , je, doute que l'on m'honorât » beaucoup si je tenais ce petit croc ; » eussé-je , avec ia hotte , la sagesse de » Caton , la clémence de Titus et les » vertus de Marc-Aurèle.
» Au reste, j'ai des talens, et je n'en » suis pas encore réduit là : j'aime les » ans'... oh ! je les adore ; j'étais né pour » être artiste !... Je ne sais pns dessi- » ner ; je ne joue d'aucun instrument, » je ne fais pas des vers très-facile- » ment ; mais, malgré cela, j'aime la » peinture , la musique et la poésie.
» Si je me mettais au thécàtre... je crois » que j'y aurais du succès. Mais dé- » buter à trente ans.... c'est un peu » tard ; et puis , le fds d'un docteur » de Rennes monter sur les plauches.... » Eh! pourquoi non !.... Louis XIV y a r> bien moulé ; il jouait devant sa cour.