‹ Soirées à CorbeilChapitre 15 sur 59 · PAUL DE8VER8IH · texte numérisé non relu

PAUL DE8VER8IH

Moi, t'en vouloir !

( Il lui presse les maius.)

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LillABD.

Saluez donc ces dames! Et mieux que cela!... Devons-nous donc les jeter dans vos bras tour à tour, pour vous montrer, Adolphe £i moi, que nous ne sommes pas jaloux?

( Paul effleare de aes lèvres la maia de madame Herrey. )

HADAHi KÉVARD, gaiement.

Quel baiser sec vous laissez tomber sur la main de cette bonne Henriette!... Si vous donnez vos baisers de plus mal en plus mal en raison de Tabsence, nous n'aurons rien du tout, xd moi, ni ma fille !

ERNESTINE

Vous souvenez-vous de m'avoir fait un beau cerf-volant, M. Paul? et d'avoir été mon petit mari?

LÉNARD, à sa fille.

Ton petit mari t'a fait bien des infidélités depuis ce beau cerf-volant !

PAUL DEsvERSiNS, bus, à SenDey*

J'ai quelque chose à te dire. Il s'agit des affaires de madame Ferey, qui se trouve ici même.

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tSS DEUX HARI8. 69

BSBTIT.

JeTaisu par Maurice, et j'ai vu madame Ferey tout à l'heure. L'affaire est terminée.

( Paul reste un peu déconcerté. ) LtlIARD.

Permettez, monsieur Desversins, que je vous présente à M. Cherrier.

LÉON cHSRiiER, d'uH tofi de pTOtecteur.

Monsieur, vous tombez dans un cercle de chauds amis, et dont la recommandation est toute «puissante. Il faudra, quand vous le voudrez, que nous causions d'affaires.

LÉNARD

Pas de causeries sérieuses, ce soir!... De la gaieté. — Ce bon Paul ! — Ne lui trouvestu pas l'air plus raisonnable, Stéphanie? — Henriette, il ne faut pas tolérer qu'il change à ce point-là! — Vous souvenez-vous, Paul, du déjeuner de la rue Montorgueil, au cabaret de l'Ermitage?... Tous hommes! et rien que du madère! . . . Dans ce temps-là, je croyais encore au madère. — Eh, eh! voilà trois ans. Nos caractères ont fait la bascule, et vous y avez perdu. Vous travaillez donc sans relâche?. . . Ah çà ! il me faut un chef-d'œuvre, 1 6.

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quelque chose d'inspiré! Vous me ferez le buste d'Henriette. — Vous poserez bien, petite mère?...

PAUL DESYERSiifs, ovec émotton.

Je ne travaille plus, je vis seul, je ne bouge pas. Je n'ai de goût pour rien.

HERVET.

A quoi passe- tu le temps?

MADAME LÉIIARD.

A sà fenêtre, je gage ! Il guette les amours !

ERKESTiNE, d'un ioti compaiissatit.

Et personne , peut-être, pour charmer la solitude de ce pauvre jeune homme !

BERVET.

Ernestine! vous quêtez un compliment.

ERNESTINE

Pour en avoir, je n'ai pas grand'peine à prendre, et vous m'en feriez si je le voulais bien?

HERYEY.

Les miens n'auraient aucun prix. Je suis marié.

l£on cherrier.

Monsieur Desversins , si vous n'avez pas

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LES DEUX MABIS.

de travaux, je puis utiliser vos loisirs. J'ai, près de l'étang de Sarclay, la plus ravissante propriété, des kiosques, des ronds-points , une belle avenue!... Nous poudrerons tout cela de statues, quand nous le voudrons bien. Le corps de logis principal offre des nicbes et des terrasses en retour d'un assez bel

effet...

PAUL DESVERSiifs, sèchemeut et vite.

Comme celui de cette maison-ci, monsieur!... Je l'ai vu. Votre architecte, que je connais, n'a fait qu'un seul plan pour les deux propriétés.

LÉOTf CHERRIER, s'incUnant.

Précisément.

HERVET, à Lénard*

Je te croyais ici chez toi !

LÊifARD^ avec embarras, M. Cherrier me loue sa maison; c'est la même chose. Mais je te l'avais dit.

HERVET.

Non ! , „

LÉON CHERRIER, a Hcrvey .

Par le fait, je ne suis ici qu'un hôte et rien

de plus.

LES BIDX ■AII8.

L&iiARD, bas à Ml femme.

*^0ù diable ce Paul a-t-il été déterrer cela?

PAUL DESYiBsiif 8 , d'uti ton de dédain marqué.

J'ai le goût fort bizarre, monsieur Cherrier; et d'après ce que je sais duvMre, rien de moins probable qu'un accord entre nous deux.

IlIIBSTnfS.

Excepté sur le chapitre des complimens à madame Hervey. Vous ne direz pas le contraire ?

LÉON cHEBRiER, prenant du tabac.

Quand on est bien payé, l'on transige.

PAUL DESTERSINS.

Sous le point de vue de métier, l'art ne m'intéresse guère, monsieur; et, volontiers, jusqu'à ce moment, pour une main amie qui cherche à presser ma main , pour un simple regard que je rencontre au milieu de la foule, qui me comprend et m'encourage, pour une émotion isolée, mais intime et généreuse, j'aurais donné mes facultés, ma vie, mon avenir.— Si vous me connaissiez, monsieur, vous m'épargneriez ce mot d'argent.

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LES BBCX HiLKIS* 75

Ltif ARD, à Léon Ckerrier,

Léon, je vous atteste qu'il le dit comme il le pense.

Lioii cnREiiR, ironiquement.

A ce titre, on doit abuser de la bonté d'âme de monsieur.

PAUL DESTEBSIIfS.

Mais, pas du tout!... Je vous ai dit qu'il fallait me comprendre. — Ce mot d'argent me pèse et me choque. Il use aujourd'hui toutes les âmes. Il a rejailli sur les plus grands caractères , et leurs conceptions en sont marquées. — Imaginez-vous Napoléon faisant dorer le dÀme des Invalides.

LÉON CHBRRIER.

C'est d'un bel effet.

PAUL HESVERSiifs , durement.

Pour des boutiquiers, peut-être.

LfiOIf CHERRTBR.

Là chose' a coûté des millions.

PAUL BESVSRSiifs, de même.

Tandis que nos casernes, nos prisons et nos hôpitaux sont des cloaques.

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74 LES OIUX MAR18.

LÉON cHSBiiEi, avec un êourire.

Ah !... Vous avouerez qu'il faut des momimens.

PAUL DSSYERSIIfS.

Ordonnez à ces pierres de se changer en pain. — Avant de songer à des monumens, regardez un peu vos villages !

LÉON CHERRIER, de mêfM.

Ne voudriez-vous pas que l'art s'abaissât jusqu'à des villages ?

PAUL DESVERSIIfS.

Pourquoi pas?

LÉON CHERRIER

L'art est pour les résidences royales et pour les villes. Je n'ai pas la prétention de vous l'apprendre. Pour le reste , je le dirai comme vous, il faut du pain. On s'en occupe; et la civilisation, qui va de progrès en progrès, doit aboutir un jour...

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