‹ Soirées à CorbeilChapitre 17 sur 59 · LES BEVX HA1II · texte numérisé non relu

LES BEVX HA1II

» cher. )» Grâce à ce trait de génie, Favarice aujourdliiii relève son dogme ; elle propage la bonne nouvelle de toutes parts. Elle a ses comités qui se rassemblent dans des salons , qui font des rapports; dans quel style, Dieu le sait!... et qui boivent l'eau sucrée en agitant la cuiller de vermeil. Elle a ses prédicateurs en cabriolet ; elle a même ses œuvres bibliques reliées et gaufrées; symboles du véritable fesse-mathieu , glorifications ascétiques de l'économie, que les saints Pères de la Caisse d'Epargnes distribuent dans les écoles gratuites, par manière de prix, aux petits enfans, pour former une nation de cancres. Et, en effet, le néophyte, dès. qu'il sait lire, peut y voir, dans un préambule soigné par un académicien"^ qui s'est fait petit monde avec beaucoup de grâce, que l'on agira très -prudemment de s'interdire les passions, les plaisirs, les distractions les plus simples , et surtout les enfans ? vu que ces supe'rfluités sont d'un entretien fort coûteux. Par suite de ces répressions morales, nos artisans se réveilleront un Jour fortunés

* Lemontey. {Note des Éditeurs. )

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comme iis ne se l'imaginaient guère, de vrais Crésus à trente sous et à trois francs par jour. — Examinez un peu, je vous prie, cette moralité moderne : dans la pensée du Créateur, Testomac ne nous fut pas donné pour le remplir. Ceux qui le croient sont de véri* tables fous, des blasphémateurs ! ... Il ne nous fut donné que pour mettre chacun à même d'apprécier jusqu'à quel point ce viscère, dans son élasticité miraculeuse, peut se prêter aux mortiûcations du jeûne. Tenez, monsieur! je sais de pauvres diables qui se sont mis à répreuve de bonne foi; qui vivent isolés et sombres; retranchés au fond de leur mansarde contre toute criminelle tentation de se divertir , de rendre un service, de sacriûer quelque chose à Tembellissement de leur cachot domestique; destinations qui, toutes, sembleraient assez naturelles pour l'argent; puisque, par lui-même, Fargent n'est bon à rien. Non! La contemplation du pieux bordereau leur tient lieu de tout , de distractions, d'âme, de jouissances. Du travail à la Caisse d'Épargnes, ils n'exécutent qu'un mouveipent de va et vient; L'Évangile en avait fait des hommes à l'image de Dieu ;

la civilisation en a fait des rouages industriels à l'image de nos machines! En se tendant à Fexcès, monsieur , un tel ressort aurait ses dangers.... Le commerce pourrait bien j perdre; et ce serait charité de l'en avertir. A la place du commerce , moi, je provoquerais une croisade contre les dévots de la Caisse d'Épargnes.

LÉON CHERRIEB, brusquement.

Une croisade !.... Heureusement vous n'êtes pas en mesure de la faire.

PAUL DSSVBRSINS.

Ou malheureusement. — Oui, certes, une croisade ! — Rongés de tous les soucis de la propriété, sur une échelle de réduction qui rend ces soucis tout à fait risibles; se privant de quoi que ce soit, pour ne pas s'exposer à demeurer sans ressources ; creusant la lésinerie du même cœur que Ton creuserait une science plus féconde, un art, un talent, une profession ! Hébétés, car c'est le mot, dans le calcul des piles de sous à surajouter chaque semaine pour se procurer, en fin de compte,' un asile à Sainte-Perrine ou à la Salpétrière; voilà ces malheureux et leur ave-

LIS BIVX MAU8.

nir. Nuit et jour, enfln, monsieur, sans y songer, ils secondent les calculs de la statistique; tandis que, dans ce moment, la statistique, fine mouche, s'enquiert en silence, puis récapitule et soupèse la masse totale de ces privations spontanées. Un de ces quatre matins, on désignera le chiffre de ces |Nri?ations; et les habiles, après s'être concertés, en proposeront tout à coup le retranchement sur le commun salaire, comme superflu ! LÉON cHEBRiii, s'animont.

Mais monsieur, vous ne prenez pas garde que de telles prédictions touchent à l'honneur des personnes les plus recommandablesf

PAUL DESYERSiif 8, d'ufi otr surprts.

En quoi donc, s'il vous plaît? — Et voyez un peu le grand dommage, quand, par économie. Ton retrancherait à ces braves genslà ce que si volontiers ils se retranchent euxmêmes !

LÉON CHEailER.

Il est de fait...

PAUL DB8VBI81R8, brusquaut la parole.

L'argument commence à poindre!.... T6t

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LES DEUX HAIIS.

OU tard il se poussera dans le monde. — A la un de son mois, quelque puissant manufacturier, de ceux qui travaillent en grand et bénéficient sur des milliers de mains-d'œuvre, plus avisé que ses confrères, retrouvera quelque chose de plus dans sa balance ; deux ou trois mille écus! Plus ou moins. Pot de vin d'une spéculation que Ton s'arrache, épingles de madame, cachemire en sus dans la corbeille de mariage offerte par son fils à la demoiselle d'un pair de France. On admirera ce coup de génie, et la contagion de l'exemple ira de . proche en proche. J'omets expressément, pour cause, la politique, souriant d'un conseil donné par la Fontaine, ce faux bonhomme, à propos de l'avare qui se trouva veuf de son trésor. Fi donc!.... Malgré cette école d'immoralité depuis cinquante ans ouverte en Europe, comme l'assure M. Royer-CoUard, nous sommes bien autrement honnêtes que nos pères. L'idée de mettre une pierre à la place ne tenterait aujourd'hui personne...

LÉON cHXKRi», ovcc ufi ticanetnent .

Ah ! voilà donc une concession ! C'est

bien heureux.

PAUL DKsvEisiifs, Continuant.

A moins d'absolue nécessité !... — Toutefois, je l'avoue, je n'aime pas qu'au dessert, apnès un chaud repas assaisonné de gaudrioles en style à demi rabelaisien, et quelquefois pis, nos graves apôtres de la religion économiste, alors que leurs femmes essaient en babillant devant les miroirs la parure qu'elles étaleront au Gymnase, supputent, le cure-dent à la main, la somme de bienêtre moral dont les privations de chaque petit ménage seront la base, et s'extasient, tout en redoublant sur le marasquin, devant les inépuisables sources de félicité que la tempérance fera jaillir dans le peuple. Sans doute, il faut désirer que le peuple ait des vertus, afin qu'il y en ait quelque part; mais je les lui souhaiterais moins métalliques. Et vivre ne me semblera jamais le necplus ultra de la destinée commune, si l'on ne vit convenablement. J'en fais la gageure avec vous; quelque jour la menue plèbe des adorateurs du veau d'or, qui se pique de vertu sur le chapitre du cabaret et du rôtisseur, sera toute stupéfaite de tomber en défaillance et de s'é-

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LES DEUX MAEI8.

teindre, juste au moment de tirer gloire dç ce tjpi'elle en était venue de proche en proche au point de ne plus vivre que de Tair du temps !

HEEVET.

J'en ai peur.

tton cEEUKiEVi, $e contenant à peine.

A merveille ! et voilà toute une colonne du Réformateur. Il faut, à vous entendre, que le peuple se crève de bombance, satisfasse tous ses vices, et meure au cabaret. L'économie est une sottise, et les philanthropes sont des voleurs*. — J'ai créé des Caisses d'Epargnes, moi qui vous parle! et je me crois pour le moins aussi bon raisonneur et honnête homme que qui que ce soit!... Mais, non! voilà les maximes que l'on répand pour propager le désordre et mettre le délire dans

toutes les tètes. Continuez! Demandez

tout de suite la loi agraire. «^

PAUL DE8VERSIN8, êouriont.

Je n'ai pas dit un mot de la loi agraire. Mais ces discussions sont oiseuses, et nous ennuyons les dames. Vous y mettez de la galanterie; vous ne m'avez pas écouté.

rt

84 LIS DKUX MARIS.

LiOIf CHIKRIEE.

Si fait ! — Mais convenez qu'il est facile de déclamer à son aise. — Allez ! on peut se résigner à ces piqûres d'épingles, monsieur, contre un siècle averti par tant d'expériences désastreuses qu'il faut manier l'instrument de la réforme avec modération et lenteur. — Vous niez le progrès !... C'est de l'aveuglement.

LtNARfi.

11 est manifeste !

MADAME LtNA&D.

Jusque dans les mœurs du peuple.

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