‹ Soirées perduesChapitre 65 sur 116 · ANNÉE · texte numérisé non relu

ANNÉE

2 ' JANVIER. — Certains Français, nés malins et qui adorent le Vaudeville, trouvent la pièce traduite par M. Clerc Macbeth comme une oie; laissez dire ces gens, le Shakespeare a son prix et, pour ma part, c'est toujours avec un vif agrément que j'aperçois sur une colonne Morris l'annonce des pièces de ce gendelettre anglais, assuré que je suis de m'en tendre répéter, dans la soirée, une vingtaine de fois, par de spirituels confrères :

— Tu as l'air fatigué ! ô Willy âme qu'expire...

Ce qui me fait passer pour l'auteur de Macbetli auprès des dames, généralement ignares en littérature étrangère, et française itou.

Il me semble que les gens compétents bafouillent à propos de cette version nouvelle, douloureusement; quelques-uns, leurrés peut-être par le préfacier Haraucourt, affirment que le traducteur a confectionné des vers, des vers « monstrueux », mais des vers; le plus grand nombre (à toi, Laroche- Joubert!) incline à croire que cette œuvre est écrite en prose. Attendons qu'on soit fixé. A mon humble avis, je préfère l'honnêteté de cette version, parfois un peu timide, aux truculentes fumisteries risquées jadis à la Porte-Saint-Martin parle grandiloquent rhéteur qu'est M. Jean Richepin.' Hier soir, plus de « poignards culottés de sang », plus di tétin » arraché parlady Sarah Bernhardt fie la bouche de ses enfants; mais le succès est iu tout de même. Allons, M. Porel a eu raison de prodiguer les décors fastueux et toutes les somptuosités de la mise en scène; il n'a pas fait un pas de Clerc.

3 Lerou fait oublier Sarah Bernhardt qui, d'ailleurs, se montra assez toc dans ce rôle écrasant, Tes« indier, <jui nous fit passer de bons ins-

tants et de fichus quarts d'heure, Rousscil, pourtant si vibrante et si magnifiquement tragique.

— Oui, me dit un confrère, qui n'est plus de la deuxième jeunesse, oui, Lerou est bonne, mais avez-vous vu le personnage tenu par Ristori {

— Fichtre non! et j'en suis bien content, pour des raisons que la plus élémentaire chronologie me dispense d'aligner.

Le vieux journalo ristoriste esquissa une grimace vexée, mais, pour effacer mon impertinence, je l'emmenai prendre un bock au café-ristoriant.

Un aveu ; je ne puis souffrir Albert Lambert, et nous sommes beaucoup de cet avis. Des Macduff comme lui, non, il n'en faut pas. Il a l'air d'un marié de village.

Y avait Macdufï à c"te noce-là Ira, la, la, la, 'Ira, la, la, la.

Croyez-moi si vous voulez, mais ces vers n'ont pas été composés par M. Clerc.

Evidemment, M. Marquet personnifie, d'une façon suffisante, le spectre, dont le nom est si souvent invoqué autour des tables de baccara, mais un directeur, intelligent comme M. Porel, ne pourrait-il adopter définitivement, dans le tableau du festin, le système anglais, et représenter, au moyen du plus simple jeu de glaces, ce fantôme de Banquo qui se cogne les rotules aux chaises avec un fracas dont l'illusion souffre un peu.

Vous rappelez-vous qui jouait autrefois le rôle macabre de l'enfant couronné, issant d'une marmite inquiétante à l'instar de Valentin dans le Petit Faust? C'était Biana Duhamel, la Miss Helyett de Maxime Boucheron. A l'Odéon, elle ne montrait que sa tête; aux Bouffes, la pièce repose sur son... comment dirai-je; enfin, après nous avoir, rive gauche, exhibé sa face, elle fait profiter les spectateurs de la rive droite de son côté pile, une pile qui les électrise !

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