M"^ LANGE
Pour mademoiselle Lange je ne vanterai guère que son éclatante beauté. Je ne l'ai vue que deux fois sur le théâtre, et une troisième au concert qui , de son temps , attirait les jolies femmes de Paris aux réunions de la rue de Cléry.
J'ai vu mademoiselle Lange dans la jeune fille qui enflamme, sans s'en douter, la passion de la femme jalouse , dans la comédie
de ce nom , comédie où l'auteur a manqué son but , car il y donne à l'épouse tant de raisons de croire à l'inconstance de l'époux, qu'il faudrait qu'elle fût de marbre pour demeurer insensible.
J'ai vu mademoiselle Lange encore dans Nanine. L'innocence d'une si brillante personne dans ces rôles paraissait d'un prix infini, et ce dût être en s'en émerveillant que l'un des plus riches industriels de cette époque demanda et obtint la main et la retraite de cette moderne Danaé , qui fut , comme chacun sait , le sujet d'un tableau où elle fut représentée sous une pluie d'or.
M"' MEZERAL
Mademoiselle Mézerai était une autre jolie femme qui resta au théâtre bien des années , et ne se retira que lorsqu'une
cruelle maladie , qu'elle aurait pu s'éviter, assurait-on, altéra sa raison. Quelle était bien faite pour l'emploi qu'elle prit : quelle taille , quelle fmesse dans les traits, et quels yeux noirs! 11 n'y avait rien dans son talent qui fût au delà du bien ; mais elle n'aurait pu , sans d'aimables qualités , du goût et de l'aplomb , se soutenir aussi long-temps auprès de mademoiselle Mars et au milieu de tant d'artistes renommés.