‹ Soixante ans du Théâtre-FrançaiseChapitre 25 sur 33 · M"' GEORGES · texte numérisé non relu

M"' GEORGES

Mademoiselle Georges Wbtmsr, iille (lu directeur du théâtre d'Amiens , ^ers Tannée 1800 , était dans cette ville , jouant à quatorze ans les jeunes rôles, lorsque mademoiselle Raucourt y vint donner quelques représentations* La belle taille de Mimi--Georges , sa superbe figure intéressèrent, assure-'t-on, la grande tragédienne et lui inspirèrent la résolution de la former pour le grand emploi , et de la produire comme son élève sur la scène du Théâtre- Français. Mademoiselle Georges reçut ses leçons, et, deux à trois ans après son départ d'Amiens , fit ses débuts à Paris.

Sa beauté , sa jeunesse , la firent accueillir par ce public toujours bienveillant , qui s'occupa moins de ce qu'elle était que de ce qu'elle pouvait devenir.

Pour moi, je ne me fis pas illusion : la première fois que je la vis dans Clytem-

nestre , je crois , je jageai que cette beDë femme n'avait reça de la nature ni de Tédùcation aucun de ces dons particuliers à rftme qui , développés par Fétude , font acquérir une juste célébrité dans cet art.

L'organe de mademoiselle Georges était enveloppé^ sourd et pesant; et pour en user, en le pliant aux situations, l'esprit qui vient à bout de tant de chosçs , ne lui venait pas assez en aide : au contraire on voyait tout de suite , cela me semblait du moins, que ce n'était pas de son propre fond qu'elle tirait ses intentions , mais que mécaniquement; et l'élan personnel lui manquant , elle n'était que la copie molle d'un original qu'elle avait trop peu compris.

On ne supplée pas par des cris à la chaleur vraie quand elle fait défaut.

Ces lamentations monotones ne sont supportées que dans le mélodrame ; aussi mademoiselle Georges descendit-elle d'assez bonne heure de la rue de Richelieu au bou levard.

Lorsque, dans ses premières années, cette actrice paraissait dans Phèdre , frappant les yeux de son éclat , comme ce sacré soleil dont elle se disait descendue, on goûtait à la voir dans les deux premiers actes un plaisir auquel il fallait renoncer quand on Fentendait dans les trois autres. Il faut ajouter, pour être juste, que ces trois acttes sont d'une exécution presqu'inabordable , et qu*on ne peut les lire sans se demander comment un homme a pu les faire, et comment une femme les pourra jouer. L'esprit et le cœur en sont effrayés.

Une dame châtelaine, toute charmante d'affabilité et de bon goût , me disait hier soir que, dans quelques pièces au théâtre de la Porte-Saint-Martin , mademoiselle Georges l'avait émue par des accens de vérité.

Je n^'empresse de consigner ce témoignage digne de foi et qui vient si à propos pour tempérer la rigueur de mon opinion qui , du reste, n'est qu'une opinion. J'ai vu mademoiselle Georges enfant; je serais peu

excusable si , sans conviction ^ je me montrais prévenu et sévère envers une aussi belle femme.

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