LE RAPPEL DE GANCLÂUX
qui se chargeait des intérêts français. Dans ces conditions, le séjour de Canclaux à Rome ne pouvait se prolonger. Sur le conseil de d'Azara (1), le général continuait sa route dès le 30 décembre. Il pas* sait ensuite quelques semaines à Florence pendant que se décidait le nouveau sort de l'Italie et n'arrivait à Paris que le 17 février 1798. A ce moment, la situation de la péninsule s'était bien modifiée depuis le départ du 5 nivôse. Le meurtre de Duphot avait nécessité l'occupation de Rome et les colonnes de Berthier étaient signalées devant la ville éternelle 1
(1) Canclaux passa la soirée du 29 décembre à l'aiiibassiulc espagnole.
Missions confiées à Canclaux. — Mariage de sa fille avec le général Auguste Golbert.— 1813. — Pair de France. — Mort du général en 1817.
Le général Canclaux avait plus de cinquante-sept ans au nioment de a son rappel dans le sein de la République » . Après avoir rendu compte de sa mission à Talleyrand, il s'installa à Paris, rue Neuve Paul, n" 7, sans réclamer aucun emploi. Bientôt repris cependant par ses goûts militaires il demanda à son ami Merlin de Douai, devenu président du Directoire, de lui faire obtenir un poste d'inspecteur de cavalerie ou d'infanterie (i).
Favorablement apostillée, la demande de l'exambassadeur fut envoyée à Schérer. Le ministre de la guerre était parfaitement disposé pour son ancien camarade, mais il estima toutefois que sa grande érudition et son expérience seraient surtout utiles dans les Comités. Canclaux fut donc nommé presque aussitôt au « Comité directeur des armées. » L'année suivante, le nouveau ministre, Milet Mu-
(1) A. G., dossier Canclaux. Merlin était alors président du Directoire.
reau, l'appelait au « bureau militaire près le Directoire (1) » et lui proposait même peu après le commandement de la division militaire de Bayonne (2). Ne se souciant pas de quitter Paris, le général préféra rester au bureau militaire et continua ses fonctions pendant le passage au ministère de Bernadotte et de Dubois-Crancé.
En brumaire an VIII, deux ans s'étaient écoulés depuis la disgrâce. Les anciens dissentiments avec Bonaparte étaient déjà bien lointains. Le vieux soldat de Nantes applaudit très sincèrement à la création du Consulat, et son adhésion ne se fit pas attendre; elle figure au Moniteur du quintidi (25 brumaire)!
Nommé peu après au commandement de la 14* division militaire à Caen (3), puis chargé en août 1800 de l'organisation d'une armée de réserve dite armée des Grisons, en remplacement de Brune, le général exerça ensuite, à partir de 1801, les fonctions d' « Inspecteur des troupes à cheval ». A ce titre, il prit une part importante à la réorganisation de son arme d'origine et à la publication d'une nouvelle ordonnance parue en l'an XIII (4).
En récompense de ses services, il devenait grand officier de la Légion d'honneur le 25 prairial an XII
(1) Arrêté du 14 germinal an VU (3 avril 1799).
(2) Arrêté du 27 prairial an VU (15 juin 1799).
(3) La 14« division comprenait les départements de l'Orne, du Calvados et de la Manche.
(4) Cette ordonnance fut présentée le 9 prairial anXUl (25 mai 1805) au maréchal Berthier, ministre de la guerre. Le rapport était signé par Louis Bonaparte, Nansouty» Ganclaux et le colonel Maurice. Les autres auteurs du travail étaient les généraux Bourcier, d'Hautpoul, Klein, Kellermann, Ordener et le colonel iiarx.
i3 juin 1804) et entrait au Sénat le 21 octobre de la même année. Il demandait alors sa retraite (1) et recevait le commandement honorifique des gardes nationales de la Seine-Inférieure et de la Somme. Après l'avoir créé comte de TEmpire en 1808, Napoléon le rappelait cependemt à Tarmée en 1811 et l'envoyait à Francfort et dans d'autres villes d'Allemagne pour passer en revue les régiments de cavalerie de la Grande Armée avant leur départ pour la campagne de 1812.
Tous ces divers emplois et honneurs, toutes ces missions remplies sous le Consulat et l'Empire montrent en quelle estime était toujours tenue la valeur militaire du général. En 1811, au moment de son inspection à Francfort, il avait soixante-dix ans!
Des événements d'ordre privé l'avaient intimement rapproché de la famille de Bonaparte à la fln du Consulat. En décembre 1803, Mlle de Canclaux, — Tancicnne amie de la petite princesse Marie-Amélie de Naples, — avait épousé un brillant colonel de très illustre origine, Auguste Colbert. Ce Colbert avait été l'aide de camp de Murât en Egypte et son ancien chef voulut lui servir de témoin. La corbeille offerte à la jeune mariée fut choisie par Mme Murât, sœur du premier consul (2). Puis, dès le début de l'Empire, il fut question de Colbert pour la charge de grand écuyer. L'ancien aide de camp de Dubayet, Caulaincourt, lui fut préféré. Mais Mme de Col-
(1) 21 brumaire an XIII (11 novembre 1804).
(2) Traditions et souvenirSy par le marquis de Colbbrt-Chabak- NAIS, 111, 260.
bert devint une des dames du palais de Timpératrice Joséphine qui avait pour elle une très grande affection, et Napoléon fut le parrain de son fils (i).
Malheureusement, Colbert, que l'Empereur avait fait général de brigade en 1805 et qui n'avait cessé de se distinguer sur tous les champs de bataille, fut tué le 2 janvier 1809 en Espagne. Cette fin prématurée d'un des plus valeureux chefs de cavalerie de l'armée attrista profondément Napoléon (2). La nouvelle de la mort fut apportée à Mme de Colbert par le ministre de la guerre, lui-même. Par ordre de l'Empereur « il avait été défendu aux crieurs publics qui annonçaient dans les rues les bulletins de la Grande Armée de les crier dans la rue ou même dans le quartier habité par Mme de Colbert (3). » Parmi les témoignages de sympathie reçus alors par le général comte Canclaux, une leftre du maréchal Ney, particulièrement touchante, mérite d'être reproduite : « Je ne saurais vous exprimer toute la part que je prends à la perte affreuse que vous venez de faire, — écrivait Ney à Canclaux. — La mort d'un fils ne saurait m'affecter davantage. Que d'espérances éteintes? que de belles qualités perdues pour ceux qui, comme moi, avaient pu les apprécier!
(1) Cet enfant devint le marquis de Golbert-Chabannais, l'auteur du livre cité.
(2) Berthier à Soult, 4 janvier 1809. — Napoléon a Clarke. Cort\ deJV., XVni. 14647.
(3) Traditions et souvenirs, V, 350. — L'année suivante l'Empereur décida que la statue d'Auguste Colbert serait érigée sur le pont de la Concorde. Le projet ne fut jamais réalisé. Le marquis de Golbert-Chabannais a raconté (V, 446) la curieuse histoire de cette statue, • '
Je conserverai toute ma vie un douloureux souvenir de ce pauvre et brave Colbert. Je conçois, mon cher général, tout votre chagrin, et ces coups-là, quoique prévus par les militaires, n'en sont pas moins cruels à supporter. Mais je plains surtout madame votre fille : comment y résistera-t-elle? Puisse du moins votre tendresse pour elle être assez ing-énieuse pour lui cacher son malheur jusqu'au moment où sa santé sera raffermie. L'idée de sa douleur est déchirante. Quoique ce funeste événement ait eu lieu au corps du maréchal Soult, j'ai envoyé un de mes aides de camp pour recueillir ce que Colbert a laissé. Sa femme et ses enfants attacheront un jour du prix à avoir sous les yeux ce qui lui a appartenu. C'est d'ailleurs la seule et dernière preuve d'amitié que je puisse donner à ce brave jeune homme. Croyez, mon cher général, que vos peines ajoutent, s'il est possible, à mon attachement pour vous (i). »
Aux jours sombres de 1813, très convaincu du dévouement du général de Canclaux, l'Empereur lui confiait une dernière et importante mission.
(1) Après le divorce de TEmpereur, Mme de Colbert fut nommée dame du palais de la nouvelle souveraine Marie-Louise. Mais elle s'était attachée à Joséphine et supplia Napoléon de la laisser près de rimpératrice répudiée. Elle se remai'ia en juin 1814 avec le colonel comte de Labriffe, qui avait été chambellan de l'Empereur et chez lequel avait logé Napoléon le soir de la bataille d'Arcissur-Aube, le 20 mars 1814. Le comte de Labriffe devint plus tard maréchal de camp. — Le portrait reproduit dans ce livre m'a été aimablement prêté par M. le marquis de Labriffe, arrière-petit-fils de Canclaux. 11 représente le général quelques années avant la Révolution.
L^ancîen défenseur de Nantes était renvoyé sur le théâtre de ses exploits de 1793, avec le titre de a commissaire extraordinaire en Bretagne. » Il devait ranimer le zèle et le loyalisme des cinq départements bretons, favoriser les levées d'hommes, faire accepter les sacrifices indispensables.
Dans cette mission, toute de dévouement, le « sénateur comte Canclaux » montra une fois de plus ses qualités d'organisateur et sa prodigieuse activité. La Bretagne de 1813 ne ressemblait guère, d'ailleurs, à celle de 1793! Tandis que, faisant le jeu de la coalition européenne, le duc de Berri, installé à Jersey, cherchait, sans aucun succès, à provoquer une réaction royaliste, les gardes natioîiales bretonnes, en costume du pays, mouraient héroïquement pour la France, à Montereau et à Brienne, aux cris de Vive l'Empereur !
Le « commissaire extraordinaire » était encore à Rennes au moment de la capitulation de Paris. Il ne prit aucune part aux événements et ne siéga pas à la séance du 3 avril où fut votée la déchéance. Ce ne fût qu'ultérieurement qu'il fit arborer le drapeau blanc à Rennes et qu'il envoya son adhésion au gouvernement provisoire.
Sa conduite, en avril 1814, fut donc parfaitement correcte. Mais, aussitôt arrivé à Paris, le général retrouvait des amis de jeunesse qu'il avait connus lorsqu'il était lui-même le brillant colonel des dragons Conti! Entraîné par eux, il revenait facilen^ent à ses idées d'autrefois, acceptait immédiatement la Pairie et oubliait un peu vite les opinions
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et les actes qui ravalent poussé au premier rang:... (1).
Redevenu royaliste, bien reçu à la Cour quoique ancien glanerai en chef de la Convention, Canclaux apprit avec regret la rentrée de Napoléon aux Tuileries, en mars 1815. Sénateur de l'Empire depuis 1804, pair de France depuis 1814, il ne voulut pas entrer à la Chambre des pairs reconstituée par l'Empereur et envoya une lettre de refus au grand référendaire Sémon ville. Aussi, au retour de Gand, retrouva-t-il tout de suite la faveur royale !
Agé et fatigué, il ne chercha d^ailleurs pas à jouer un rôle politique. Pour suivre la majorité de ses collègues de la Chambre des pairs il eut cependant, comme tant d'autres, la faiblesse de voter la mort du maréchal Ney I A la fin de 1816, il prit deux fois la parole pour prononcer des éloges funèbres : ceux du comte d'Aboville, doyen de la chambre, et du général de Lespinasse. Ce furent ses derniers actes publics. Retiré dès lors presque complètement près de Corbeil, dans sa belle propriété du Saussay (2), le vieux général n'occupa plus que rarement son
(1) A la mort de Caudaux, le comte du Muy raconta ainsi la conversion du général : « Au milieu de Tallégresse qui ne formait du peuple français qu'une seule famille, pressée autour du Père Commun, M. le comte de Caudaux se distingua par Ténergiqnc expression de ses sentiments dont il trouvait la source au fond de son cœur... » (Séance de la Chambre des pairs du 8 jàiivier 1818.)
(2) Le château du Saussay venait de la famille maternelle du général. 11 appartient encore à ses descendants. Le général marquis de Colbert, arriùre-petit-fils de Canclaux, décédé en 1905, y résidait presque constamment. C'est là que j'ai pu consulter les archives de la famille.
siège à Paris. C'est au Saussay qu'il s'éteignit le 25 septembre 1817, dans sa soixante-dix-huitième année. C'est là que repose encore aujourd'hui, dans la chapelle du château, l'ancien ambassadeur de la Républiq^e.
Débuts de Trouvé comme cliarj^é d'affaires. — Meurtre du général Duphot à Rome. — Désignation du général Brune comme ambassadeur. — Instructions envoyées à Berthier. — Nomination de Garât. — Son voyage en Italie. — Discours aux souverains de Na[)les. — Intervention en faveur des prisonniers politiques.— Traité secret de Naples avec l'Autriche. — Démission de Garât.
Nous avons vu que Canclaux avait présenté Trouvé au prince de Castelcicala. comme chargé d'affaires, le 12 frimaire (2 décembre 1797).
La situation intérimaire de réprésentant du Directoire, à ce moment, n'était guère enviable! Cependant, très satisfait déjouer un rôle, le petit Trouvé, actif, nerveux et convaincu, semble avoir d'abord espéré tirer quelques résultats de sa mission. Là où Canclaux avait tenté de réussir par une condescendance exagérée, il eut, lui, la prétention de réussir par sa fermeté.
Les premières semaines, le nouveau chargé d'affaires se fit, à son tour, beaucoup d'illusions. Quinze jours après son entrée en fonctions il écrivait triomphalement à La Révellière : « Depuis quelques
(1) Ce chapitre résume les événements de Naples depuis le déptirt du général Canclaux, en décembre 1797, jusqu'à la nomiir.tion du général Lacombe Saint-Michel, en juin 1798. Il m'a paru nécessaire pour relier l'histoire des deux ambassades militaires que je voulais spécialement raconter.
jours, je n*ai qu'à me louer des réponses que je reçois aux différentes notes que j'ai envoyées. J'attribue cela autant à la manière ferme et mesurée que j'emploie qu'à la justice des choses que je demande. Je sais que quelques courtisans me taxent d'être un homme orgueilleux et intraitable. Orgueilleux? Oui, sans doute, car je suis l'agent du gouvernement français, du gouvernement de la grande nation! Intraitable? Si c'est parce que je ne fais de courbettes à personne, je le suis, il est vrai... Au reste, le gouvernement napolitain me prouve par ses démarches qu'il commence à n'être pas si persuadé des préventions qu'on avait cherché à lui inspirer contre moi... »
Cet optimisme de Trouvé devait durer pendant deux mois I Dès la fin de décembre, un événement imprévu, l'assassinat du général Duphot à Rome, allait du reste compliquer les affaires italiennes, et, par ses conséquences, faire peur à la cour de Naples et grandir momentanément le rôle du chargé d'affaires.
Le meurtre eut lieu le 28 décembre (i). Le lendedemain, Tambassadeur français à Rome, Joseph Bonaparte, quittait la ville avec sa famille et la fiancée de Duphot, Désirée Clary (2). Aussitôt l'évé-
(i) Pour les détails de cette émeute des 27-28 décembre, consulter Bonaparte et let république$ italiennes, par Gaffarel, et surtout le Régime jacobin en Italie, par Dufourcq, ouvrage merveilleusement documenté.
(2) Désirée, Tex-fiancée de Napoléon Bonaparte, était la sœur de Mme Joseph Bonaparte. Elle épousa Bernadotte six mois i)lus tard. (Voir Bernadotte, VI.)
t26 CAlfCLÂUX
nement connu à Paris, les vieilles haines jacobines contre la papauté se réveillaient. Le Directoire décidait immédiatement de ne pas se contenter des excuses officielles présentées par l'envoyé romain Massimi. Une intervention armée paraissait nécessaire pour rétablir le prestige de la République. Trente jours après l'assassinat, le 29 janvier, Tarmée française d'Italie, commandée par Berthîer, entrait en campagne.
Les ordres rédigés à cette occasion par Bonaparte portent la date du 22 nivôse (11 janvier). Après le départ du général en chef pour Rastadt au mois de novembre, Berthier avait été provisoirement chargé du commandement de l'Italie. Il devait y rester jusqu'à ce que sa présence fût jugée nécessaire, comme chef d'état-major, à l'armée d'Angleterre, et devait être, à ce moment, remplacé au quartier général de Milan par Bernadotte (1).
La désignation de Berthier pour diriger les opérations contre Rome était donc toute naturelle. « L'intention du Directoire, — disaient les instructions du 11 janvier, — est que vous marchiez sur-lechamp sur Rome dans le plus grand secret. La célérité dans votre marche est de la plus grande importance. Elle peut seule assurer le secret de Topération. Dès Tinstant que vous aurez assez de troupes à Ancône, vous les mettrez en marche. . .(2). »
Du côté de Naples, les inquiétudes du Directoire étaient grandes. Quelle conduite le roi Ferdinand
(1) Voir l'étude sur Bernadotte, I,
(2) CoîT. de N., 2404.
TROUVÉ. BRUNE ET GARAT t27
allait-il tenir? Profiterait-il des circonstances pour envoyer des troupes vers Rome sous prétexte de garantir la liberté de Pie VI, et romprait-il ainsi la paix de 1796?
Si les troupes napolitaines ne bougeaient pas, la marche sur Rome devait forcément se présenter comme une sorte de promenade militaire. Au contraire, sans être bien redoutable, une intervention napolitaine eût forcément, en janvier 1798, étrangement compliqué la tâche du général Berthier. Si cette intervention se produisait, il fallait, à tout prix, prendre les mesures nécessaires pour la faire cesser.
Berthier reçut donc l'ordre, — dans le cas où les Napolitains l'auraient précédé à Rome, — d'envoyer à Naples, comme ambassadeur, le général Brune (i). Des directives spéciales, fort complexes, furent données par Bonaparte au nom du Directoire (2). L'ambassadeur Brune devait se rendre immédiatement à son poste, faire connaître au Roi Tinjustice, Vinconséquence et le danger de la démarche qu'il venait de faire, et le sommer d'évacuer Rome surle-champ. 0 Lorsque vous aurez fait lesdites déclarations au Roi lui-même, au premier ministre et à M. deGallo (3) confidentiellement, vous attendrez la première réponse. Trois jours après, vous insisterez et vous menacerez de vous en aller. . . Le Directoire compte sur votre dextérité, vos talents et votre fer- Ci) 11 avait été d'abord question de Bernadotte pour cette mission.
(2) Corr. de N.. 2403, 22 nivôse (11 janvier.)
(3) Galle venait de rentrer à Naples. Il prit la direction des affaires étrangères le 16 janvier.
mcté dans une circonstance si essentielle, et où il serait si avantageux à la République que le roi de Naples ne se môlàt point des affaires du pape. »
Pendant que Bonaparte rédigeait ces instructions. Barras, président du Directoire, signait le décret suivant : a Le général Brune est nommé ambassadeur extraordinaire de la République française près Sa Majesté le roi des Deux-Siciles. Son traitement sera le même que celui du citoyen Canclaux. Il lui sera passé, pour frais de premier établissement, la moitié de ses appointements (1). » Les lettres de créance, semblables à celles qu'avait reçues Canclaux Tannée précédente (2), furent aussi préparées dans la nuit. Le secrétaire général écrivit à Talleyrand pour Ten prévenir : « Le Directoire, citoyen ministre, vient d'arrêter que le général Brune serait envoyé à Naples au lieu du général Bernadette et que celui-ci serait envoyé à Vienne. Les lettres de créance et les instructions du général Brune s'expédient en ce moment et vous seront adressées dans une ou deux heures (3). »
Ainsi, grâce à l'esprit de décision de Bonaparte, les mesures nécessitées par les événements du 28 décembre se trouvaient rapidement prises. Berthier n'eut heureusement pasbésoin de remettre au général Brune les instructions préparées le 22 nivôse puisque, contrairement aux craintes du Directoire,
(d) Arcli. Nat., registre AF* Ilî, 177-1060.
(2) A. K. Najnffes, 126-99.
(3) A. £. Naples, 126-59. On voit quel petit rôle fut joué par Talleyrand pendant cette crise.
les troupes napolitaines n'avaient pas précédé les Français à Rome! Le 10 février (22 pluviôse), l'ancien chef d'état-major de Bonaparte arrivait avec 12,000 hommes devant la ville éternelle, et cinq jours plus tard, la révolution était faite. Le général français entrait dans Rome par la voie triomphale, reconnaissait la a République romaine » et prononçait, au Capitole, sous un arbre de la liberté planté à la haie, un discours plein de feu dans lequel il invoquait les mânes de Caton et de Brutus (1) !
En attribuant à la cour de Naples des projets d'intervention en faveur du pape, le Directoire avait fait trop d'honneur aux souverains napolitains! Après les événements du 28 décembre, Ferdinand IV voulait bien intervenir, mais ce n'était pas pour défendre la papauté expirante! Ce qu'il voulait, c'était sa part des dépouilles prévues !
Escomptant déjà une offensive française en Italie, Acton avait cherché, dès le lendemain de l'assassinat de Duphot, à se rapprocher du Directoire. Trouvé avait pu signaler au commencement de janvier, ces dispositions nouvelles. Le 16 janvier, le prince de Castelcicala, dont la haine contre la France était
(1) L'occupation française fut malheureusement troublée par une révolte militaire que je rappelle seulement ici : nommé officiellement chef d'état-major de l'armée d'Angleterre, Berthier dut partir le 20 février. Masséna le remplaça le 21. L'armée était sans j^olde, écœurée par les spoliations accomplies ; elle se révolta 1^22 et les partisans du pape voulurent profiter de la discorde pour reconquérir le terrain perdu. Les révoltés se retrouvèrent alors derrière leurs chefs. Mais la position de Masséna était intenable; «ouvion-Saint-Cyr prit le commandement. Une constitution, élaborée en hâte", fut donnée aux Romains.
connue, cédait sa place de directeur des affaires étrangères au marquis de Gallo qui s'était acquis les sympathies de Bonaparte à Passariano et, tout de suite, les conversations devenaient beaucoup plus courtoises et cordiales. A la première entrevue, Trouvé pouvait constater le réel désir d'entente qui animait le nouveau ministre. Gallo reprochait avec raison au chargé d'affaires certaines fautes d'éti* quette qui avaient irrité la Cour (1); mais ces reproches étaient faits de telle façon que Trouvé, malgré sa raideur et son arrogance, convenait de ses torts et que la conversation finissait par une accolade I
Trois semaines plus tard, l'envoyé du Directoire, recevait un trophée des chasses royales I II écrivait alors à La Révellière (2) : a Que peut-on espérer d'un Roi qui va trois jours de suite à la chassé, dont chaque partie lui coûte des cinquante mille ducats, puis revient en poste à Naples, convoque les Conseils de bonne heure afin d'être plus tôt libre pour recommencer de nouvelles courses? Ses chasses sont des boucheries, on y tire jusqu'à cent cinquante sangliers, on leur arrache les défenses qu'on fait monter en argent et les dépouilles opimes sont rangées dans une salle préparée pour cela. Quels trophées de roi! On pèse même les bêtes massacrées afin de savoir et de constater combien délivres de viande le souverain a couchées sur le champ de
(1) Trouvé avait commis la grossièreté de ne pas se lever, au théâtre de San Carlo, à l'entrée des souverains, ainsi que le voulait l'usage.
(2) Lettre du 23 pluviôse (11 février).
bataille ! Vous saurez, au reste, que j*ai eu ma part des dépouilles des vaincus et que Sa Majesté m'a envoyé un sanglier tout entier I »
Malgré cette petite gracieuseté royale et la courtoisie de Gallo, le chargé d'affaires démêla bien vite les véritables sentiments de la Cour. Pour prix de sa neutralité bienveillante, Naples entendait obtenir une compensation territoriale. Les petites principautés de Bénévent et de Ponte-Corvo étaient l'objet des convoitises royales, et Trouvé fut autorisé à causer avec ActonetGallo de la cession désirée. En échange des territoires qu'elle abandonnerait, la jeune république romaine devrait recevoir une indemnité de vingt millions^ et Ferdinand IV s'engagerait à renoncer à la possession du palais Farnfese à Rome (1).
Mais cette cession territoriale, consentie en principe par le Directoire au mois de mars (2), ne devait pas, malgré son importance, suffire pour contenter Marie-Caroline. Les regardsde la reine restaienttoujours tournés vers l'Autriche, a Nous sommes dans l'eau jusqu'au cou, — écrivait-elle le 29 mars à sa fille l'Impératrice, — nous attendons des nouvelles de Vienne comme le Messie. . . »
(1) Ce palais était depuis longtemps la propriété des Bourbons de Naples. H avait été construit par le pape Paul IH (alors qu'il s'appelait le cardinal Farnèse). Aujourd'hui, le palais Farnôse appartient à la France. C'est là que demeure l'ambassadeur prés ^e Quirinal. Il est célèbre par ses superbes fresques d'Annibal Carrache.
(2) L'occupation de Bénévent par les troupes royales se fit à la fin d'avril.
L'accession de Gallo au pouvoir et les disposi tions conciliantes manifestées un moment par Acton avaient, nous l'avons vu, écarté tout prétexte à l'envoi du général Brune à Naples. Mais la présence d'un ambassadeur titulaire était nécessaire pour profiter de la situation nouvelle. Or, Treilhard, parti pour Rastadt, pouvait y résider longtemps encore. Trouvé, malgré ses puissants appuis, paraissait bien petit, au moral comme au physique, pour remplir son rôle. La nomination d'un nouveau représentant était donc décidée le 3 février (15 pluviôse). Le choix du Directoire s'arrêtait sur le citoyen Garât, ancien ministre de la Convention.
Joseph-Dominique Garât était un homme de valeur reconnue, fort instruit et membre de l'Institut où il siégeait depuis 1795 à la Section des sciences morales et politiques (1). Il s'était fait remarquer, comme orateur, à la Constituante et à la Convention, et semblait parfaitement capable de bien représenter la République. Mais, comme ministre de la justice nommé en remplacement de Danton, c'était lui qui avait dû lire la sentence de mort au roi Louis XVI en 17931 Sa désignation comme ambassadeur auprès de la sœur et du beau-frère de Marie-
Ci) Garât était né à Bayonne en 1749. C'était l'oncle du chanteur Garât. Le mauvais quatrain de Uivarol sur les deux Garât est célèbre :
Deux Garat sont connus : l'un écrit, l'autre chante. Admirez, j'y consens, leur talent que Ton vante. Mais ne préférez pas, si vous formez un vœu, La cervelle de l'oncle au gosier du neveu.
Antoinette était donc aussi maladroite qu'offensante et elle devait irriter profondément les souverains de Naples. A peine le décret du 15 pluviôse était-il connu, qu'une campagne de diffamation était organisée contre le nouveau diplomate français.
L'arrivée prochaine de Garât impliquait pour Trouvé un changement de poste. Le chargé d'affaires reçut l'ordre d'attendre son successeur puis de se rendre à Milan en qualité de ministre de France auprès de la République cisalpine. Lachèze, ancien consul à Gènes, fut désigné comme secrétaire d'ambassade à Naples.
Garât ne devait cependant arriver qu'au mois de mai! Malgré son grand désir de rejoindre Milan le plus tôt possible, Trouvé dut donc provisoirement rester à son ancien poste, dans une situation assez fausse, obligé qu'il était de rompre des lances pour tenter de faire accepter son remplaçant par la Courl Dans une lettre du 18 ventôse (8 mars), il racontait la conversation d'ailleurs courtoise qu'il avait eue la veille avec Gallo au sujet de Garât : « Comme il me faisait des compliments de regrets sur mon propre compte, j'ai saisi cette impression pour relever une impression absurde autant qu'atroce que l'onclierche à accréditer dans le public contre le citoyen Garât. Je sais, lui ai-je-dit, les bruits qui courent, ils sont affreux. Le citoyen Garât est un des hommes qui, au plus grand talent, joint la plus parfaite moralité. C'est un penseur profond, un excellent écrivain, un caractère doux, un homme pur. Il est sorti de trois ministères aussi peu riche
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qu'il y était entré. Qu'arrivera-t-îl si vous suivez votre première passion? Se voyant négligé, fui, déconsidéré» l'indignation et l'humeur viendront, et l'on se haïra, et l'on se brouillera, faute de se connaître. Ne m'avait-on pas, aussi, peint comme un monstre (1)? »
Bien convaincu maintenant de la duplicité de la Cour et du peu de sincérité du rapprochement simulé au moment de la marche de Berthier sur Rome, Trouvé attendait son sucesseur avec grande impatience! Dans sa dernière lettre à La Révellière, datée du 1" floréal (20 avril), il lui conflait ses déboires : a Oh! que je voudrais un moment voir sur les lieux quelqu'un des membres du gouvernement pour le convaincre de toute l'étendue de nos griefs et de toute l'insolence napolitaine ! Je crains que mes tableaux ne paraissent exagérés et cependant je vous proteste qu'ils sont au-dessous de la vérité. »
Les instructions données à Garât par Talleyrand ne lui cachaient pas les difficultés de sa mission : (c Le citoyen Garât ne doit pas s'attendre à trouver la cour de Naples bien disposée pour la République. Il n'y a peut-être pas de pays où l'on soit parvenu à exciter plus de haine contre les Français et leur Révolution que dans le royaume des Deux-
(1) A. E. Naples, 126-94. — Garât est un des personnages de la Révolution qui a été le plus attaqué, surtout par les émigrés. Voir le portrait qu'en a tracé Rivarol. (Rivarol et la société française, par DE Lescure, 239.)
Siciles. Cette haine était d'autant plus facile à enflammer, qu'elle s'est toujours perpétuée depuis les Vêpres siciliennes et la conquête du royaume de Naples par Charles VIII.. » Après ce cours d'histoire... assez ancienne, les instructions ajoutaient très sensément : « Le citoyen Garât doit surtout se mettre en garde contre les pièges qu'on ne manquera pas de lui tendre à son arrivée à Naples. Il doit se méfier de ces dehors trompeurs et séduisants, de ces politesses de cour^ si fort en usage, principalement dans celle-ci où il va paraître dans un si grand caractère. Le citoyen Canclaux n'a point assez observé cette règle de conduite pendant tout le temps de sa mission, et il en est résulté les plus grands inconvénients pour le service et le bien de la République. »
Le nouvel ambassadeur ne quitta Paris que le 1" germinal (21 mars). Il passa par Turin, par Milan et par Florence, et séjourna assez longuement à Rome. Bref, il ne rejoignit son poste que le 3 mai après s'être consciencieusement renseigné auprès des uns et des autres, en cours de route.
Monge et Daunou, commissaires à Rome, lui avaient expliqué la situation de la péninsule. Daunou venait de recevoir les impressions très pessimistes de Trouvé, datées du 19 avril (30 germinal). « Je persisterai toujours à croire, — écrivait Trouvé, — que le gouvernement français a mis trop de loyauté, trop de modération, avec une cour si perverse, si acharnée, si déloyale... »
Plus pondéré que Trouvé, plus juste aussi, Dau-
nou (1) venait de son côté d'écrire à La Révellière : a Ton ami Trouvé se désole à Naples. Reste à savoir si nous ne cédons pas un peu trop facilement^ lui et nous, aux impulsions de ceux qui sont pressés d'entrer en guerre avec l'État napolitain. Il semble qu'il y a deux choses indispensables à faire : Tune, de ramener s'il est possible la cour de Naples à une conduite plus sage, plus mesurée et même moins offensante; l'autre, d'augmenter nos forces en Italie. »
Avant de quitter Rome, Garât était déjà très décide à remplir de son mieux la première partie du programme tracé par Daunou. Il écrivit alors à Talleyrand (2). o II résulte d'une lettre de Trouvé : 1" que le gouvernement de Naples est livré à la fois ou tour à tour à des accès de peur ou à des accès de fureur; 2"* que les Français sont insultés à Naples et même que le chargé d'affaires de France croit ses jours en danger ; 3" que seize Napolitains, arrêtés depuis longtemps pour le seul crime de leur attachement aux principes français, vont être traduits devant un tribunal qui va les livrer aux bourreaux. Il me paraît impossible de souffrir, que sous les yeux de l'ambassadeur de la République française, on fasse couler le sang de seize hommes qui ne sont accusés que d'aimer la République et ses principes. Il me paraît impossible de souffrir que
(1) Daunou, ancien grand-vicaire, avait siégé à la Convention parmi les modérés et faisait partie de Tlnstitut depuis Tan IV. U était membre du Conseil des Cinq-Cents. C'était un homme de grande valeur.
(2) 30 germinal (i9 avril).
les Français soient insultés à Naples ; et si les insultes ne cessent pas, si nous n'obtenons pas des réparations suffisantes de celles qui ont été faites, on ne peut plus voir dans la puissance auprès de laquelle je suis envoyé qu'une puissance ennemie et déjà en état de guerre. Dans les deux cas, mes sentiments comme Français et comme ambassadeur me porteraient à m'éloigner de cette indigne cour, à sortir de Naples en annonçant à ses oppresseurs la justice et la vengeance de la République (1). »
Les projets de Garât étaient donc fort peu conciliants. Malgré l'antipathie que le nouveau représentant du Directoire inspirait d'avance aux souverains, le marquis de Gallo crut cependant habile de le recevoir avec égards. Les honneurs rendus habituellement aux ambassadeurs furent prodigués avec ostentation par les postes militaires tout le long de la route suivie. La première entrevue avec le directeur des affaires étrangères fut d'une complète correction (2) et l'audience royale ne se fit pas attendre longtemps. Dès le 18 floréal (7 mai), Garât était reçu au palais royal.
Écrivain et orateur fécond, l'ancien ministre de la Convention lut au roi Ferdinand un discours d'une amplitude exagérée, de forme littéraire, mais inuti lement sentimentale et prétentieuse, qui dut faire sourire les courtisans du roi de Naples I « Ce n'est point, — disait Garât, — parce qu'il. m'a vu errer
(i) A. E. Naples, 126-176.
(2) Elle eut lieu le 5 mai. Trouvé partit le lendemain pour Milan. l\ devait y avoir de retentissants démêlés avec le général Bnine.
S38 CàNCLâUX
SOUS les portiques de la faveur et de Tambition que le Directoire a pu faire tomber sur moi son choix paur cette mission extraordinaire. Je n'ai guère vécu que dans le silence des campagnes, dans les lycées et sous les portiques de la philosophie, et lorsque les révolutions et une République m'envoient auprès de Votre Majesté, revêtu d'un titre et chargé d'une mission qui peuvent être utiles à plusieurs peuples, rimagination rappelle ces temps de l'antiquité où, du milieu des Républiques de la Grèce, des philosophes, qui n'avaient un nom que parce qu'ils savaient penser, venaient sur ces mêmes bords, sur ces mêmes continents, sur ces mêmes iles, apporter leurs vœux pour le bonheur de l'espèce humaine... » Après huit grandes pages sur ce même ton, qui paraît aujourd'hui bien démodé et ridicule. Garât terminait ainsi : « Dans ces lieux où vous régnez au milieu des plus étonnants phéno^ mènes du ciel et de la terre, sur ce sol, magnifique amas de débris entassés par les révolutions du globe, à côtés de ces volcans, dont les bouches, toujours ouvertes et toujours fumantes, font penser aux laves enflammées qu'ils ont vomies et vomiront encore, il me semble, Sire, que, sous quelque nom qu'on vive, sous celui de République ou sous celui de Roi, on doit être plus impatient de signaler par quelque bien durable fait aux hommes,- une existence si fugitive et si incertaine... (1). »
Admis le lendemain devant la Reine, l'ambassa-
(1) A. E. Naplcs, 126-143. Lacretelle (II, 163) a écrit en parlant de ce discours : « La diplomatie ne se colora jamais d'un langage plus pompeux et plus fleuri. »
(leur fît reloge de l'empereur Joseph II, frère de Caroline, qui, à un moment donné s'était vanté 0 d'avoir puisé ses lumières dans les écrivains philosophes de la France. » Il ajouta qu'il espérait que dans les communications pacifiques qu'il venait entretenir, « s'évanouiraient les préventions formées par des événements mal racontés dans la France même, et toujours plus défigurés par toutes les voix qui les ont répétés dans l'Europe... »
Garât fut assez mal accueilli par la Reine après ce discours! Mais il ne se rendit qu'imparfaitement compte de sa maladresse. Le 15 mai (26 floréal)^ il écrivait à son ministre : a J'ai vu sur la physionomie de la Reine et sur toute sa contenance, une femme accoutumée à n'avoir pour raison d'État que ses passions. Pour ne pas me montrer les mêmes sentiments dans ses paroles, il a fallu qu'elle en prononça très peu. Sa douleur, si c'eût été de la douleur, m'aurait touché et aurait pu me gêner. Sa hauteur m'a mis fort à mon aise et je n'ai plus été occupé qu'à modérer devant une femme la fierté si naturelle aux républicains et aux républiques. »
De son côté , Marie -Caroline racontait aussi l'audience à l'un de ses correspondants habituels, le fameux comte d'Antraigues (i) : « J'ai vu le scélérat Garât. Son audience m'a rendue vingt quatre heures malade d'une forte attaque de nerfs. Le voir entrer, se présenter, haranguer — lui le ministre de la jus- Vice de son roi — manqua de me faire trouver mal.
(1) Lettre citée dans la Revue iVhistoire diplomatique, 1888. Publication de M. Boulay de la Meurthe.
J*eus un tremblement universel. Il agit jusqu'à présent avec souplesse, douceur... Le chargé (Larhrze) est le même qui a été en 92 à Gènes, Naples, Sicile. Ses propos sont détestables et il serait lieureux d'avoir ses papiers pour l'intimider et pour le contenir. Le peuple chez nous les abhorre et la police doit constamment surveiller qu'il n'arrive quelque accident... Gallo n'a ni ma confiance ni estime et ne sait, malgré d'être ministre, rien de moi que compliments. »
Après ces fâcheux débuts, il était bien difficile pour le scélérat Garât de désarmer la haine royale et de prendre de l'influence à la Cour! 11 crut donc habile de se rapprocher ostensiblement du parti libéral avec l'espoir de se faire craindre et de pouvoir intervenir utilement à l'occasion. Ce parti libéral, récemment formé, avait alors pour chef le docteur Cirillo, l'ancien ami de Trouvé. Il comprenait une grande partie de la noblesse et des gens de classe moyenne, surtout des avocats, des médecins et des notaires. Tous ces libéraux afGchaient de grandes sympathies pour les idées françaises et cherchaient volontiers l'appui du représentant de la République. Garât se fit le champion de leurs revendications et essaya très courageusement de défendre les prisonniers politiques dont le grand crime était, précisément, de sympathiser avec la France révolutionnaire.
Parmi ceux que la justice royale avait fait récemment enfermer, on citait des hommes de grande
noblesse : Médici, dont Acton se montrait spécialement jaloux, Gennaro, Canzano» Golonna, et aussi des écrivains connus, Pagano, Ciaja, Bisceglia et Monticelli. Le procureur général Vanni et le prince de Castelcicala, âme damnée du premier ministre, avaient cependant osé, au mois d'avril 1798, réclamer contre eux la torture la plus rigoureuse!
Sous la pression très nette de Garât (i) et grâce aussi aux prières de Gallo, Ferdinand IV comprit que ce procédé de Tinquisition espagnole étonnerait un peu sous le doux climat de Naplcs ! Les accusés échappèrent donc à la torture et subirent un procès régulier en juin et juillet (2). Presque tous furent acquittés ou graciés. Vanni fut privé de sa charge et se tua. Mais l'infâme Castelcicala, d'abord remercié, devint peu de temps après ministre de la justice et les prisons se peuplèrent aussitôt de nouvelles victimes !
Cette intervention heureuse en faveur des prisonniers fut du reste le seul succès politique de Garât pendant son court séjour à Naples. Il était arrivé trop tard pour empêcher le Roi de conclure avec l'Autriche un traité secret qui devait avoir une si grande influence sur les événements.
Nous avons dit que, déjà à la fin de mars, Marie-
(1) Cette pression de Garât se manifesta à plusieurs reprises. Le 17 juin, — peu avant son départ, — il remit une sorte d'ultimatum qui semble avoir décidé le Roi. (A. E. Naples, 126-160 et 127-299.)
(2) Voir à ce sujet le Moniteur du 18 thermidor an VI. L'ouvrage du général Colletta (II, 30-38) donne de nombreux détails sur ce procès extraordinaire qui ne se termina qu'après le départ de Garât.
242 GANCLAUX
Caroline attendait « des nouvelles de Vienne, comme le Messie ». Quelques jours plus tard, les prépara* tifs maritimes de la France, signalés à Toulon et aux tles Ioniennes, l'avaient vivement inquiétée. Rien n'avait encore transpiré des projets déBnitifs de Bonaparte. Le bruit courut à Naples que les escadres françaises, avant de se rendre vers des pays d'orient inconnus, chercheraient, au passage, à s'emparer de la Sicile et y débarqueraient des troupes. A Paris aussi, d'ailleurs, à cette époque, on considéra comme possible ce débarquement en Sicile qui avait été étudié depuis longtemps (l). L'ambassadeur turc Esseid-Ali crut devoir prévenir de ce projet les ministres de la Sublime Porte (2). Ces inquiétudes, relatives à la Sicile, avaient achevé de rapprocher Naples de l'Autriche. Une première entente avait été déjà ébauchée par le prince Marcolini, le 31 mars. A la fin d'avril, le duc de Campo-Chiaro partait pour Vienne, voyait à plusieurs reprises le baron de Thugut puis le comte Louis de Gobenzl, et une alliance défensive était décidée. L'article 1" du traité (qui fut tenu absolument secret) déclarait l'alliance étroite et indissoluble. L'Empereur s'engageait à conserver soixante mille hommes en Italie et dans le Tyrol, et, le Roi, trente mille hommes sur les frontières du royaume
(1) Des projets de descente en Sicile avaient été adressés, dès 1795, à la Convention. (A. E. Mémoires et documents, Naples, 3, 96.) Pendant les pourparlers de Bâle, il avait été aussi question de l'occupation par la France de Trapani et de ses alentours. (A. E. Vienne, 366-27.) Les inquiétudes de la cour de Naples, en 1798^ étaient donc assez légitimes.
(2) Voir AUBERT-DUBAYET, VlII.
les plus rapprochées des possessions autrichiennes. En cas de danger, le nombre des troupes à mettre en ligne devait être porté à quatre-vingt mille hommes par l'Autriche, et, par le roi des Deux- Siciles, à quarante mille hommes (1). La convention avait été signée le 19 mai. Ce jour-là, Bonaparte s'embarquait à Toulon pour conquérir TOrient I
Bien qu'il n'ait pu soupçonner un rapprochement aussi complet entre Ferdinand et son gendre l'empereur d'Auchichc, Garât s'était tout de suite senti déplacé dans le milieu napolitain et avait compris très nettement l'inutilité des efforts qu'il pourrait tenter. Très persuadé de son propre mérite, il aspirait à jouer un grand rôle et les circonstances ne lui paraissaient pas suffisamment favorables pour que sa valeur pût s'affirmer pendant son séjour a Naples. lUrouvait, en outre, que le ministre des Relations extérieures, Talleyrand, le laissait sans instructions et sans appui. Tous ces motifs devaient vite l'amener à considérer sa. mission comme essentiellenient temporaire.
Il venait, du reste, d'être nommé au conseil des Anciens par l'Assemblée électorale de Seine-et-Oise, et le prétexte d'un retour prochain était très plausible. Informé officiellement de son élection, vers le 25 mai, il annonça quatre jours plus tard à Talleyrand qu'il partirait de Naples « aussitôt qu'il aurait terminé quelques affaires commencées (2) » . Le ton
(i) Histoire de$ traités, de db Kogh, V, 162.
(2) Il s'agissait de l'affaire des détenus politiques, qu'il avait
de ses lettres laissant d'ailleurs percer une grande amertume : « Citoyen ministre, la première chose que doit faire un gouvernement qui veut être bien servi par ses ministres à l'étranger, c'est de leur donner des témoignages authentiques de sa confiance. Sans cela, rien n'est possible... » Quelques jours plus tard, le 29 prairial (17 juin), l'ambassadeur écrivait encore : « Si mon successeur n'est pas nommé, vous devriez bien, citoyen ministre, faire tous vos efforts pour diriger le choix du Directoire sur Maret. Il devait être ici mon prédécesseur, il a souffert pour cela une affreuse détention, dans laquelle, de l'aveu du Directoire, il a honoré son caractère. Ce serait encore un faible dédommage ment de le nommer mon successeur. . . Maret entj très bien les affaires et il convient très bien à ce où il faut un certain mélange de politess^fTde hauteur. »
Cette demande relative à Maret arriva tro# tardivement à Paris. Aussitôt que Garât avait exmmé le désir de rentrer en raison de sa nominMion au Corps législatif (1), le Directoire lui avaiMiomraé
prise très ii cœur. (Lettres des S9 et 30 mai (10 et llHairial.)Le 11 prairial, Lachèze demanda également à quitter NaSs.
(1) D'après M. Sciout et M. Albert Dufourcq, Garât faWappelé ««r la demande du marquis de Gallo. Évidemment Tantif^hie de la cour de Naples contre Garât était réelle. Mais je n'ai trové aucune j trace écrite de la demande de GaUo ou de Tinterventiolpifi Ru^oJ à Paris. Garât, ce me semble, revint à Paris dès qu'il suffisamment compte des difficultés de la situation. Voïï qu'écrivait Daunou, le 27 prairial (15 juin), à La Révellière, après un voyage à Naples : « Je veux te dire un mot de Naples... J'ai été témoin de l'arrestation de plusieurs jeunes gens pour la seule raison de leur clievelure noire à la française et sans aucun autre prétexte... L'ambassadeur et le consul de la République sont là an éternelle quarantaine... Toute la correspondance de l'ambas-
un successeur, Lacombe Saint-Michel, par arrêté du 26 prairial (14 juin)! En même temps, il avait décidé de remplacer Lachëze par le citoyen Mangourit dont nous avons signalé le rôle en Espagne en 1796 (1).
Très écœuré et très dépité. Garât ne crut pas devoir .attendre l'arrivée de son successeur et quitta Naples le 1" juillet après avoir pris congé du Roi dans une audience ofGcielle et reçu les politesses d'usage (2). Du reste, une éphémère détente venait de se produire. Depuis le 18 juin on connaissait la prise de Malte et, bien que l'occupation de Tîle fût particulièrement désagréable pour Ferdinand (3), le roi avait cependant appris avec satisfaction que ce n'était pas vers la Sicile que le général Bonaparte voulait diriger ses troupes !
Lachèze prenait donc les fonctions de chargé d'affaires dans des circonstances relativement favo-
sadeur, active et passive» est arrêtée, décachetée et gardée dix À douze jours... Nous avions été tentés de croire que Trouvé mettait dans ses démarches un peu trop de verdeur, mais je suis persuadé que tout républicain franc et honnête que vous enverrez là, sentira, parlera, écrira, agira comme Trouvé. Garai a commencé sur le ton de la plus grande modération ; il est maintenant afTecté et ^sposé tout comme son prédécesseur. // n'y peut plut tenir. »
(1) Arrêté du 26 prairial : « Le Directoire exécutif, sur la proposition du ministre des Relations extérieures et d'après la démission du citoyen Garât, ambassadeur extraordinaire à Naples, arrête ce qui suit : Le citoyen Lacombe Saint-Michel, ex-légitla* teur^ est nommé ambassadeur de la République française à Naples. Son traitement sera le même que celui de son prédécesseur. »
« ...Le citoyen Mangourit, ci-devant chargé d'affaires de la Repu* Clique en Valais, est nommé secrétaire de légation et chargé d'ailûres de la République française à Naples. »
(2) Voir sur les regrets — plus ou moins vrais — laissés par Garât, le Moniteur du 20 thermidor an VI (7 août 1798).
(3) Dés le 12 messidor (30 juin 1798), Ruffo, ministre à Paris, pro*
rables. Il remit ultérieurement les lettres de récréaiice de Garât, signéesle 1 2 messidor (12 juin) (l). En réponse à ces lettres, le roi de Naples fit connaître au Directoire, suivant la formule ordinaire, qu*iU voyait avec grande satisfaction la nomination du citoyen Lacombe Saint-Michel et que sa présence ne pourrait que lui être fort agréable... (2). »
testa contre l'occupation de Malte, qui, soi-disant, appartenait en fait À la couronne de Naples. L'Ue avait, en eiret, été accordée aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem par Charles-Quint. L'Ordre s'était engagé, en signe de tribut féodal, à envoyer tous les ansun faucon au roi des Deux-Siciles. Cet hommage, tombé en désuétude au dix-septième siècle, avait été réclamé de nouveau par Charles VU de Naples. (Colletta, I, 144.)
(1) À. N. A F* lU, 177-1242. — A son retour en France, Garât joua un rôle important au Conseil des anciens et en devint président en Tan VU, Après Brumaire, il se rallia à Bonaparte, entra au Sénat, fut comte de TEmpire en 1808. Membre de la Chambre des Cent-jours en 1815, pour les Hautes-Pyrénées; exclu de l'Institut, par la Restauration, comme régicide, réintégré en 1832 À l'Académie des Sciences morales et politiques, il est mort en 183 a, à quatre-vingt-quatre ans.
(2) A. E. Naples, 125-240. Lettre royale datée du 24 août 1798.
LE GENERAL LACOMBE SAINT-MICHEL D'après un dessin de Vicar (1802), appartenant à M. le comte Prinioli.
Photographie Sauvanaiid.
LE t LÉGISLATEUR > LACOMBE SAINT-MICHEL
La carrière de Jean-Pierre Lacombc. — 1789 — Dans le Tarn. — Chevalier de Saint-Louis. — L'Assemblée législative. — La Convention. — Comités militaires. — Missions en Corse et à Tarmée du Nord. — Au Comité de salut public. — Les deux mariages. — La famille du général.
L'arrêté du 26 prairial (14 juin 1798) nommant le successeur de Garât à Naples porte, pour Lacombe Saint-Michel ce seul titre : ex-législateur.
Lacombé était aussi, de cœur et d'allure, un véritable soldat qui avait déjà fait largement ses preuves, et c'est à cause de cette qualité de soldat que nous racontons ici sa courte ambassade auprès des souverains des Deux-Siciles. Mais il avait été membre de la Législative, de la Convention et du Conseil des anciens ! Aux yeux du grand public de 1798, les services législatifs du nouveau diplomate devaient donc forcément primer ses services militaires.
Jean^Pierre Lacombe était né le 5 mars 1753 (1) à Saint-Michel de Vax, près Gaillac, d'Eugène Lacombe, propriétaire, co- seigneur du dit Saint- Michel et de dame Marie Narcisse Antoinette de Bancalis. Baptisé le même jour par le curé Jalby, l'enfant eut pour parrain messire Pierre de Bancalis de Pruines et pour marraine Mlle Cécile Lacombe (2).
Toute la première enfance de Jean-Pierre paraît s'être passée à Saint-Michel. Quelle éducation putil recevoir dans ce petit village (3)? Quels maîtres son père, modeste propriétaire d'une gentilhommière, putril lui procurer? Toujours est-il que le jeune Lacombe manifesta de bonne heure son goût des armes. Grâce aux démarches de son oncle M. de Bancalis, il obtenait à quatorze ans une place de surnuméraire dans le corps royal de l'artillerie et faisait ses débuts le 6 juin 1767 au régiment de Toul (4).
Sa carrière s'était ensuite poursuivie régulièrement, sans grand éclat et sans grands espoirs. Travailleur, fanatique du métier, d'excellente conduite, Lacombe devint lieutenant en 1772 puis capitaine en 1779. L'année suivante, il faisait partie de l'ar-
(1) D'après les Arch. adm. G., c'est en 1751 que naquit le général. Cependant, l'acte de baptême qui m'a été communiqué, porte 1763. L'acte de décès confirme cette dernière date que je crois devoir adopter.
(2) Archives de Saint-Michel, Commimication de M. Portai, archiviste du Tarn.
(3) La commime compte aujourd'hui 239 habitants.
(4) U avait quatorze ans d'après l'acte de naissance, — seize ans d'après les A. A. G. ,
LE t LEGISLATEUR > LACOMBE «51
mée de Bretagne rassemblée sur les côtes de la Manche en vue d'un débarquement en Angleterre et restait dans cette situation d'expectative jusqu'en 1783. Pendant un congé, il s'était marié, à la fin de 1782. Enfin, en 1786, il devenait commandant d'une compagnie de bombardiers.
En somme, au moment de la Révolution, le futur ambassadeur n'avait plus rienà attendre, malgré ses excellentes notes et ses bons services. Ni lesLacombe ni les Bancalis de Pruines n'avaient leurs entrées à la Cour! Après ving-deux années passées au service du Roi et dix ans de grade de capitaine, Jean-Pierre Lacombe n'était même pas encore proposé pour la croix de Saint-Louis I
Il comptait en 1789 au 7* d'artillerie que commandait le comte de Bellegarde. Par une chance inespérée, ce régiment fut appelé à Paris au mois de juin pour renforcer les troupes royales et le capitaine de bombardiers se prit d'un bel enthousiasme pour l'œuvre naissante de la Constituante. II se fit tout de suite remarquer par ses idées libérales et généreuses et applaudit bruyamment au 4 août. Le 7* d'artillerie s'occupait d'ailleurs volontiers de choses politiques. Plusieurs des subordonnés du comte de Bellegarde, — dont Lacombe, — déclarèrent qu'ils étaient « décidés à faire défection si le gouvernement voulait employer la force contre le peuple de Paris. »
Cette attitude incorrecte valut au régiment un ordre de départ inunédiat, largement justifié. Un peu aigri, le bouillant Lacombe demanda alors un congé de semestre et s'installa à Saint-Michel de Vax. Le
252 LACOMBE SAINT-MICUEL
congé obtenu datait du !•' octobre 1789. H était valable jusqu'au 15 juin 1790.
M. Lacombe de Saint-Michel, le père, était mort depuis plusieurs années. La maison de famille avait été longtemps abandonnée et la présence du propriétaire eût été fort utile. Malheureusement, en janvier 1790, Lacombe eut la douleur de perdre sa femme (1). Très affecté, il s'établit à Albi et tenta d'oublier son chagrin en s'intéressant au mouvement politique! Avant l'expiration de son congé de semestre, il avait déjà pris une situation impor* tante au chef-lieu du Tarn et ses compatriotes lui avaient confié la charge élective d'administrateur du département 1
Ayant pris goût à ses nouvelles fonctions et très désireux de les conserver, le capitaine chercha à prolonger son congé. Il écrivit alors à son colonel : a La confiance de mes concitoyens m'a successivement élu administrateur du département du Tarn, membre du Directoire et vice-président de ce même Directoire. Le vœu de la nation paraissant être de rendre le citoyen militaire et le militaire citoyen, j'ai cru que les ordonnances nouvelles rendraient compatibles la place d'officier des troupes de ligne avec les fonctions momentanées d'administrateur... Je vous supplie de m'accorder votre agrément. Pendant la paix, je ne crois pas ma demande déplacée, daignez vous faire présenter mes notes, elles vous diront pour moy, que, ma place militaire étant marquée, je saurai, sans avertissement, quitter tout
(1) Pour son mariage, voir à la fin de ce chapitre.
emploi, toute fonction civile, lorsqu'à la guerre il faudra payer de ma personne... (1) »
Favorablement apostillée par M. DordeLastours, président du Directoire du Tarn, cette demande fut agréée par le comte de Bellegarde et par le mare* chai de camp de Beauvoir, inspecteur d'artillerie. Lacombe obtint deux nouveaux congés de trois mois. Rappelé en janvier 1791 à son régiment, Tadministrateur du Tarn dut cependant reprendre son métier de capitaine! Le 7* d'artillerie tenait garnison à Douai depuis son renvoi de Paris en 1789. M. de Bellegarde était fort bien disposé pour son ancien subordonné ; il lui fît bon accueil et le pro* posa le 20 avril pour la croix de Saint-Louis. L'apostille était ainsi libellée : « La conduite, les mœurs irréprochables, le zèle avec lequel cet officier sert et l'ancienneté de ses services doivent lui mériter la grâce qu'il demande. » Le 29 mai suivant, la croix était accordée. Le brevet portait : M. de Saint-Michel.
Le nouveau chevalier ne devait pas rester longtemps à Douai. Au mois de septembre 1791, les électeurs du Tarn l'envoyaient à l'Assemblée législative. Dès le mois d'octobre il entrait au Comité militaire (2) et s'y faisait remarquer par l'exaltation
(1) A. A. G., dossier Lacombe, pièce 17.
(2) Les membres de ce Comité étaient Lacombe Saint-Michel, Gouvion, Lacroix, Camot Feulins, Dupetitbois, Dolmas, Louvet, Pérignon, Beaupuis, Albitte, Solières, Ritter, Jeournan, Choudieu, Gasparin Bezançon, Lacuée, Coustard, Aublier d'Aubeterre, Bellegarde, Dumas, Soiibrany.
Lacroix fut élu président.
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très sincère de ses sentiments patriotiques. Sur son initiative, TAssemblée votait un décret « punissant de mort les commandants des places assiégées qui les livreraient ». Le capitaine de bombardiers faisait aussi prendre des mesures rigoureuses contre les officiers de l'armée royale qui démissionnaient ou quittaient la France au commencement de 1792.
L'énergie que le représentant du Tarn montrait dans ses actes et dans ses discours avait attiré l'attention sur lui. A la fin de juillet 1792, Lacombe quittait Paris et se rendait, comme commissaire, au camp de Soissons. Il n'était donc pas à l'Assemblée au moment des événements du 10 août. Revenu le 20, il approuvait très nettement les événements accomplis et repartait presque aussitôt, toujours comme commissaire, à l'armée du Midi, commandée par Montesquiou. De là, il se rendait dans le Tarn. Le 20 septembre, il était élu à la Convention.
Le 24 septembre, sur la proposition de Danton, paraft le décret suivant : « La Convention nationale décrète que les citoyens Dubois-Crancé, Lacombe Saint-Michel et Gasparin se transporteront à l'armée du Midi et mettront à exécution selon leur prudence et selon les circonstances, le décret qui prononce la destitution du général Montesquiou, les autorise pareillement à prononcer la destitution soit de l'étatmajor, soit de tout autre officier et sous-officier qu'ils jugeront nécessaire et à en faire le remplacement et même faire mettre en état d'arrestation la personne qu'ils jugeront suspecte... » C'étaient
là de redoutables pouvoirs. Montesquiou semblait sacrifié d'avance. Les commissaires n'avaient que le choix de l'heure .
Arrivés le i" octobre à l'armée du Midi, les trois députés constatèrent que la présence du général en chef en fonctions était encore utile pour les opérations commencées. Refusant très courageusement d'exécuter les ordres reçus, ils demandèrent à la Convention de rapporter son décret du 23 septembre- Montesquiou fut ainsi provisoirement sauvé.
Au retour de cette mission, Lacombe, qui venait depuis trois mois, d'abord au camp de Soissons puis deux fois en Savoie, de reprendre contact avec l'armée, était nommé chef de bataillon à la date du 1" novembre. Cet avancement n'était pas excessif; le nouveau promu avait quarante ans et portait depuis plus de treize ans les galons de capitaine !
Dès la fin de septembre, un comité militaire, comme à la précédente assemblée, avait été constitué. Carnot, Lacombe et Dubois-Crancé avaient obtenu le plus grand nombre de voix (i). Le 17 octobre, un deuxième comité entrait en fonctions. Les vingt-quatre députés élus alors (2) s'appelaient Dubois-Crancé^ Gasparin, Lacombe Saint-Michel^ Merlin
(1) Après eux venaient Lacroix, Lotourneur, Laurent Lecointrc, Rewbell, Albitte, Aubry, Coustard, Delinas, Sillery, d'Espinassy, Delcher, Chateauneuf-Randon, Soubrany, Poultier, Milhaud, Bentabole, Treilhard, Fabre d'Églantine, Gardien et Rivaud ; coninio suppléant, Merlin de Douai, Hecquet, Gaudin, Laurent, Dumont, Philibert Simon.
(2) Ils sont énumérés ici d'après le nombre de voix obtenuos. On a souligné les noms des conventionnels ayant fait partie du comité militaire de la Législative.
256 LÂCOMBE SAINT-MICHEL
de Douai, Dubois de Bellegarde^ Camot^ Choudieu^ DelmaSf Sillery (de Genlis), Jean Debry, Carra, Albitte^ Lacroix^ Fabre d'Églantiae, Coustardy Laurent Lecointre, Puyraveau, GoupîIIeau de Fontenay, Duquesnoy, Lidon, Dubois-Dubay, Châteauneuf-Randon, Olivier Gérente, Milhaud. Douze suppléants leur étaient adjoints : Boussion, Doulcet, Sallengros, Treilhard, Ferry, Diunont, Saint-Just, Delahaye, Geofl'roy, Alexandre, Humbert, Fockedey. Plusieurs des membres des premiers comités militaires de la Convention sont devenus célèbres. Le deuxième comité, celui du 17 octobre, comptait onze soldats ou anciens soldats : Dubois-Crancé, futur ministre de la guerre en 1799; Gasparin qui, à Toulon, devina le génie de Bonaparte; Lacombe Saint-Michel; Dubois de Bellegarde, ancien garde du corps et capitaine des chasses du comte d'Artois; Carnot; Delmas, officier de milice Toulousain ; Sillery de Genlis, ancien capitaine de vaisseau puis maréchal de camp, qui devait payer de sa tête son attachement au duc Philippe Égalité : Coustard de Massy, colonel Nantais que Carrier livra en 1793 au tribunal révolutionnaire; Dubois-Dubay (ou Dubais) qui, comme Pérignon, avait été capitaine et juge de paix avant d'entrer dans les assemblées; Châteauneuf-Randon, ex-marquis, page de Louis XV, qui devait finir sa carrière comme préfet des Alpes- Maritimes; Milhaud, le célèbre entraîneur de cavalerie de la Grande Armée (1).
(1) En dehors du comité militaire, la Convention comptait encore onze autres soldats : Aubry, Barras, Prieur de Vernois, Galon, Rovère de Fontviellc, Letourneur (de la Manche), Sou-
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Pour terminer cette longue statistique, rappelons qu'à la date du 1" janvier 1793, un nouveau comité dit de défense générale était formé par la Convention. Tous les anciens comités — guerre, marine, finances, diplomatique, etc., — devaient désigner trois de leurs membres pour entrer à ce Comité de défense nationale. Lacombe Saint-Michel, Dubois- Crancé, Doulcet de Pontécoulant étaient choisis par leurs collègues du Comité de la guerre (1). Trois mois plus tard, le 26 mars 1793, le Comité de défense générale se transformait en Comité do salut public.
La désignation répétée de Lacombe Saint-Michel pour les divers comités intéressant la défense natiodale, montre la notoriété dont il jouissait et l'influence très réelle qu'il avait su conquérir par sa compétence et son énergie. Organisateur consciencieux et érudit, il tenait très dignement sa place à la tribune, parlait facilement, d'une voix chaude, avec beaucoup de netteté et de courage. Pour donner idée de son genre d'éloquence, voici le
brany, d'Izarn de Fraissinet do Valady, d'Espinassy, Varlet de la Vallée, Talot.
(1) L'importance du rôle de ces premiers comités de la Convention ne saurait être trop mise eu lumière. Voici comment s'exprimait à ce sujet le duc de Castrics, maréclial de camp français émigré, dans une lettre d'avril 1795 : « ...Ce n'est ni la tactique ni le courage qui ont donné tant d'avantage aux Français dans cette guerre. Les alliés étaient supérieurs dans l'une et égaux dans l'autre. C'est dans l'ensemble, dans la partie du projet et dans la conduite de la guerre qne la supériorité des républicains s'est montrée. Ils ne doivent cette supériorité qu'à l'établissement d'un comité militaire auquel la Convention a eu le bon esprit de remettre une autorité entière, et qui, placé au «entre des opérations générales, a le droit de donner des ordres absolus. »
début d'un de ses discours prononcé à la Convention le 11 février 1793. Il s'agissait de défendre, au nom du Comité militaire, des créations nouvelles alors fort discutées : « Lorsqu'on présente aux hommes une grande vérité, — disait Lacombe, — on doit en attendre de grandes contradictions. Heureux encore si celui qui les olFre n'est pas persécuté. Il est facile, eu effet, de sentir que les institutions utiles à la masse de la société doivent contrarier les vues particulières, et, comme ceux-là mêmes qui en jouissent, sont intéressés à maintenir les abus, ils savent les soutenir et les faire soutenir en les décorant du beau mot d^amour du bien public; ils préparent toutes leurs armes; ils jettent un vernis de ridicule sur celui qui présente une idée nouvelle; ils l'appellent novateur ou systémate et taxent de désorganisateur celui qui n'offre qu'une combinaison meilleure. Mais, les hommes courageux s'attachent imperturbablement aux vérités utiles qu'ils propagent; ils opposent le calme au tumulte; ils ne trouvent pas leur récompense dans les applaudissements^ mais dans le bien qui résulte du fruit de leurs veilles... »
Un mois avant ce discours, Lacombe^ dont les opinions se rapprochaient de celles de Danton, avait cru devoir voter la mort du roi sans appel au peuple et sans sursis ! Il avait ainsi motivé son vote : « Dans mon opinion, le peuple ne doit sanctionner que la Constitution. Je crois que la mesure de l'appel au peuple serait affreuse par la guerre civile et les dissensions intestines qui pourraient en résulter. Je crois que si elle avait lieu, j'en serais responsable. Je dis non. »
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Assez écœuré cependant de la politique, le député du Tarn désirait depuis longtemps reprendre sa place à Tarmée. A la fin de février 1793, il obtenait une mission lointaine en Corse comme représentant de la Convention et quittait Paris avec des pouvoirs illimités.
Étant capitaine d'artillerie avant la Révolution, il avait reçu de M. d'Orbay, son inspecteur, les notes suivantes ; « De la fermeté, de Finstruction, de l'activité. Bon officier, propre à être employé avec succès. Des mœurs et de la conduite. »
Sa mission en Corse devait justifier les notes élogieu^ses de M. d'Orbay. Fort instruit des choses dç son arme, d'une santé de fer, le représentant de la Convention était un officier remarquable, plein d'initiative et de bon sens et d'une bravoure à toute épreuve. Le portrait placé en tête de cette étude le représente à cinquante ans, très fort et très grand. Les cheveux du colosse sont abondants, le regard énergique et loyal. L'ensemble de la physionomie est sympathique, respire la force et donne une impression de confiance. Très aimé de ses soldats, Lacombe reçut un jour un compliment qui est tout un éloge et toute une époque : « L'artillerie ennemie tonnait, —raconte le général Yung,— et les boulets causaient de grands ravages. Sous ce feu d'enfer, Lacombe Saint-Michel restait impassible. Représentant, — lui dirent les soldats après le combat, — nous sommes contents de toi. Nous avons regardé ton plumet, il n'a pas remué (1)! »
(1) Yung, Dubois-Crancé, I, 200.
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Parti pour la Corse avec son collègue Saliceti (1), Lacombe débarquait à Saint-Florent^ près de Bastia, dans les premiers jours de mars 1793 et, pendant plus d'un an, jusqu'en avril 1794, supportait tout le poids d'une dure campagne contre les partisans •de Paoli soutenus par un corps anglais. Les ressources mises à sa disposition pour organiser la défense de l'île étaient bien petites : quinze cents soldats commandés par Gentili (2) et Casablanca I •€hef d'une activité dévorante, organisateur ingénieux, le a législateur » parcourut les vallées corses, faisant appel à tous les dévouements. Au mois de juillet, il écrivait avec bonne humeur à la Convention : « Je me rends à Calvi... J'y apporte des grils à rougir les boulets. La garnison y est fort bonne et si les ennemis viennent naus attaquer, ils ne nous ^prendront pas, dussè-je faire sauter la place, et moi avec. Le mauvais air a fortement altéré ma santé. Mais je ne suis plus malade quand il faut viservir la République... »
La garde de Calvi fut conlBée au valeureux Casabianca. Malgré des ordres fermes vernis de Paris, Lacombe avait refusé de le destituer et avait coura- .geusement pris sa défense : « Il ne faut pas, —
(1) Pour Saliceti, voir Clarke, II.
(2) Gentili, né en Corse en 1751, fut fait général de brigade en brumaire an II, en même temps que Lacombe, et divisionnaire
J'ann«^e suivante. Il lit la campagne d'Italie de 1796-1797 et mourut en 1798.
Casablanca, né également en Corse," en 1738, était lieutcnantcolonçl au moment de la Révolution. Il s'était fait remarquer aux armées du Nord et des Alpes. Brigadier en 1792, il devint divisionnaire après avoir défendu Calvi (19 mars 179i), sénateur et comte de l'Empire. Il est mort en 1825.
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avait-il écrit, — que la Convention envoie des corn* missaires avec des pouvoirs illimités si elle ne leur accorde aucun degré de confiance. Pardonnez, cherscollègues, à la rudesse de mon style, mais je croirait avoir rempli ma tâche si je vous ai dît la vérité... » C'est pendant ce séjour à Calvi que le commissaire extraordinaire devait rencontrer pour la première fois le jeune Napoléon Bonaparte alorsfugitif (1).
Peu après son retour à Bastia, en récompensede ses services militaires, Lacombe était promu général de brigade. Dupin, alors adjoint au ministre de la guerre, l'en informait ainsi le 27 brumaire (17 novembre) : « Je te préviens, citoyen, que^ le Conseil exécutif provisoire, convaincu de toa zèle et de l'activité avec lesquels tu soutiens lesintérêts de la République, a saisi avec plaisir l'occasion de t'en récompenser en te nommant général de brigade à compter du 29 brumaire. Le ministre^ qui me charge de te donner avis de ta promotion à. ce grade espère que ce nouveau bienfait te prouvera combien une nation généreuse et libre sait apprécier les services loyaux qu'elle a le droit d'attendre de tous les vrais patriotes (2). » Ce fut dona. comme général d'artillerie plus encore que comme représentant aux armées que Lacombe eût à diriger la défense de Bastia pendant les longs mois d'un siège fameux. Napoléon a fait allusion à.
(1) Corr. de N., XXII, 474. Bonaparte s'enibarqua le 11 juin à ' Calvi avec sa famille pour la France. Après l'avoir mise en sûreté, il rejoignit la fraction du 4* régiment d'artillerie qui ser* vait à l'armée d'Italie.
(2) A. G., dossier Lacombe.
sa brillante conduite dans les Commentaires (i) : «... Nelson et Paoli cernèrent Bastia. Lacombe Saint-Michel et Gentili défendirent la ville avec la plus grande intrépidité. »
. Malgré la vaillance de ses défenseurs, la chute de Bastia était inévitable. Au mois d'avril 1794, jugeant cette chute prochaine, Lacombe laissait le commandement effectif à Gentili (2), réussissait à forcer le blocus, débarquait à Gènes et rentrait à Paris pour reprendre sa place à la Convention. Le 19 juin (!•' messidor), il devenait secrétaire de l'Assemblée, mais repartait presque aussitôt comme « commissaire » à l'armée du Nord et restait auprès des troupes jusqu'à la fin de l'année.
. Lacombe avait été l'admirateur et l'ami du grand patriote Danton. Mais ses absences continuelles pendant dix-huit mois lui avaient heureusement permis de ne pas se trouver mêlés aux événements tragiques de la Terreur. Ayant cependant toujours déploré le règne de Robespierre, il put applaudir aux événements du 9 thermidor. Son adhésion fut même pompeusement envoyée, de l'armée du Nord : « Si je n'ai pas partagé vos dangers, je partage du moins votre énergie, je la transmettrai aux armées, et c'est dans les terres étrangères, en attaquant l'infâme
(1) Vol. II, 151. Édition de l'Imprimerie impériale.
(2) La garnison de Bastia dut capituler vingt-six jours après ce départ, après avoir consommé son dernier morceau de pain et brûlé sa dernière cartouche. L'amiral anglais Hood accorda des conditions honorables. (Voir Rapport sur Vile de Corte fait à la Convention par le représentant Lacombe Saint-Michel. Imprimé en pluviôse an IV (janvier 1795.)
coalition, que jirai chercher les complices do Robespierre (1)1 »
Revenu déflnitivement à Paris en décembre 1794, Iç général était nommé peu après au Comité de salut public, le 15 pluviôse an III (3 février 1795), en même temps que le chimiste Fourcroy et Merlin de Douai. Il y restait jusqu'au 15 prairial (3 juin), puis jouait un rôle plus eflFacé pendant les dernières semaines de la Convention.
Élu par le Tarn (2), le 22 vendémiaire (13 octobre 1795), après l'adoption de la Constitution de Tan III, il entrait, — à cause de son âge, — au Conseil des anciens. Mais le goût des voyages et des aventures n'était pas éteint chez le glorieux défenseur de Bastia. Au printemps de 1796,1e général faillit partir pour Constantinople avec Aubert- Dubayet son ancien collègue à l'Assemblée législative, nommé ambassadeur du Directoire près la Sublime Porte (3).
Les choses ne purent s'arranger. Dubayet ayant emmené le général Menant, Lacombe se consacra pendant deux ans à son rôle de législateur, s'occu-
(1) Lettre citée par Wallon, les Représentanti en mission, IV,
(2) Cette élection fut particulièrement difficile, malgré la popularité personnelle de Lacombe. Sur cette élection, voir le livie de SciouT, I, 397.
(3) Voir Adbert-Dubayet, IL Lacombe continua à penser à Constantinople t 11 existe aux A. N. (Papiers de Merlin de Douai, A. F. III, 70-24^) un curieux mémoire écrit par lui au commencement de i79S sur la Turquie. Il y explique « qu'il faut envoyer eu Turquie un chef de mission qui soit militaire et apte à régénérer l'armée du sultan ». Dubayet venait de mourir et Lacombe Saint-Michel posait peut-être ainsi sa candidature I
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pant spécialement des questions d'organisation militaire et d'affaires diplomatiques (1). Six semaines après le 18 fructidor, il était choisi parle Conseil des anciens comme président (22 octobre 1797 (1*' brumaire an VI).
Aux élections de Tan VI (mai 1798), le député du Tarn cessait de faire partie du Corps législatif alors que Garât, au contraire, était nommé représentant de Seine-et-Oise. Garât demandant à rentrer en France, Rewbell et Merlin songèrent immédiatement à leur ami Lacombe pour le poste qui allait devenir vacant. Mais Lacombe n'était toujours — depuis le mois de de novembre 1793 — que génércd de brigade ! Voulant grossir la situation de son envoyé, le Directoire commença donc par le faire divisionnaire h la date du 13 juin (2). Le lendemain, 14 juin
(1) Les discours impriméi à part, de Lacombe, sont très nombreux. Ils figurent au recueil des A. N. AD XVIU* 41, Ils portent sur la réorganisation de l'artillerie (3 mars 1792 et 12 pluviôse an Ul), sur la Corse (i*' brumaire an IV),- sur la désertion et l'embauchage (nivôse, an IV), sur les conseils d'administration (frimaire an V), les conseils de guerre et la gendarmerie (pluviôse an V), sur l'armée d'Italie (floréal an V), les officiers réformés (fructidor an V), le budget de l'an VI, les victoires remportées en Suisse (ventôse an VI), l'École polytechnique (floréal an VI), etc.
Tous ces discours, très étudiés, proi*vent que Lacombe Saint- Michel était un grand travailleur et qu'il s'exprimait facilen>ent, parfois môme avec éloquence.
(2) J'ai adopté cette date du 13 juin 1798 parce qu'elle figure sur les états de services officiels. Il est certain cependant que dès le mois de février, la nomination avait été demandée et annoncée. Le 26 pluviôse (14 février), Lacombe Saint-Michel avait môme remercié le ministre Schérer I « Je reçois à l'instant, citoyen ministre, la lettre que vous avez la bonté de m'écrlre pour m' annoncer ma nomination au grade de général de division. La confiance que me témoigne le Directoire acquiert un nouveau prix à mes yeux par la' grâce que vous avez mis dans la démarche C[ue
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(26 prairial), paraissait le décret nommant 1' « exlégislateur » ambassadeur de la République auprèa du roi Ferdinand.
Pour compléter cette esquisse biographique, il faut dire quelques mots de la famille du nouveau diplomate. Nous avons vu qu'il appartenait à ua milieu modeste de très petite noblesse provinciale. Ayant perdu ses parents d'assez bonne heure, — vers 1780, — il avait hérité de la propriété dé Saint- Michel dont il portait constamment le nom. La croix de chevalier de Saint-Louis avait été donné, en 1791, à M, de Saint-Michel t Msih h partir de son entrée à la Législative, le député du Tarn avait signé d^une façon curieuse et la signature adoptée est reproduite jusqu'en 1799 sur toutes les pièces officielles : . .