NAPOLÉON
Par l'Empereur, Le Secrétaire d'Etat, Maret,
chefs jacobins, — recevaient le beau titre de mare- • chai iFEinpire.
Ici doit s'arrêter Téludo entreprise sur le général Bernadotte (1). Ce qu'est devenu, dans la suite, le maréchal d'Empire, prince de Ponte Corvo, prince royal de Suède, des Goths et des Vandales, l'histoire l'a jugé sévèrement. Mais il est nécessaire, pour être impartial, de faire deux parts dans la vie de ce général fameux.
Le Bernadotte du Directoire, — celui dont nous nous sommes occupés ici, — reste une figure inté-
(i) Voici, d'après los Arcli. Adiii. de la (iiierrc, le résumé des services de Bernadotte, depuis 1798 juscju'au départ de France en 1810 :
Commandant la 5« division militaire à Strasbourg le 13 mai 1798. (Refuse) ;
Ambassadeur eu Batavie, le 2 juin 1798. (Refuse) ;
Employé à l'armée de Mayenee (20 octobre 1798) ;
Général en chef de l'armée d'observation (5 février 1799);
Commandant l'aile gauche de l'armée du Danube (général en chef Jourdan), 28 mars-14 avril 1799 ;
Ministre de la guerre, 2 juillet-14 septembre 1799 ;
Conseiller d'Etal, 24 janvier 1800;
Général en chef de l'armée de l'Ouest, 18 avril 1800-23 septembre 1802;
Ministre plénipotentiaire aux États-Unis, 1803 ;
Général en chef de l'armée de Hanovre, 14 mai 1804 ;
Maréchal d'Empire, 19 mai 1804;
Commandant le 1" corps de la Grande Armée, 29 août 1805;
Réunit à son corps l'armée bavaroise, octobre 1805;
Prince et duc de Ponte Corvo, avec le titre d'Altesse Sérénissime, 5 juin 1806;
Gouverneur dos villes hanséatiques, 14 juillet 1807;
Commandant en chef le corps de troupes de ces villes, 12 octobre 1808 ;
Comniandant l'armée saxonne (9« corps de l'armée d'Allemagne), 7 mais 1809;
Commandant en clief l'armée du Nord, 12 aoùt-24 septembre 1809 ;
Élu prince royal de Suède, des Goths et des Vandales,21 août 1810.
APRÈS LAMBA6SADË 465
ressante et parfois attachante, d'un singulier relief. Admirable soldat jusqu'en 1797, il a, parmi tant d'autres chefs glorieux, grandi par son courage et sa valeur indiscutables. Ambassadeur dans des circonstances difficiles, il a su réparer en partie, par la netteté de son attitude, les fautes et les maladresses protocolaires qu'il avait commises. Ministre patriote en l'an VU, alors que les succès de la deuxième coalition pouvaient faire craindre une nouvelle invasion, il a tenu très dignement sa place et contribué aux victoires qui devaient sauver la République. S'il avait eu la chance de disparaître aux derniers jours du Directoire, la France citerait peut-être aujourd'hui son nom avec orgueil et piété.
Il s'est ensuite, à partir de 1800, laissé griser par sa fortune même. Exagérément conscient de son réel mérite, d'un caractère à la fois audacieux et irrésolu, jaloux et irritable, inconsolable de ne pouvoir parvenir au premier rang qu'il voyait occupé par Bonaparte premier Consul puis Empereur, il a subordonné tous les actes de sa vie à ses ambitions sans limites. Révolutionnaire impénitent introduit en 1810 dans Ja famille des rois par un heureux coup de la destinée, il a oublié sa qualité de Français dès son arrivée à Stockholm et, pour garder son trône, a renié ses idées, ses croyances et sa patrie. La conduite de Charles-Jean en 1813 et 1814 ne sera jamais trop flétrie I
En 1814 comme en 1800 c'était d'ailleurs au premier rang — en Franco — qu'il voulait toujours atteindre I Le gouvernement de la France, — après
Napoléon, — était resté le but suprême de se» espoirs insensés. Sa haine contre la France impériale n'était qu*une forme nouvelle de cette jalousie maladive qui, dès le début du Consulat, l'avait rapproché des ennemis de Bonaparte.
Plus tard, bien que considéré dans son pays d'adoption comme un bienfaiteur et comme un grand souverain, Charles XIV, — devenu le légitime successeur de (iustave-Adolphe et de Charles XII, — reportait volontiers ses pensées vers cette patrie qu'il avait reniée. Aux Français venus à Stockholm, il rappelait avec plaisir ses étapes glorieuses aux armées du Rhin, de Sambrc-et-Meuse et d'Italie. Sa passion envieuse contre l'Empereur s'était éteinte avec le temps. En 1840, apprenant que le cercueil du conquérant allait, avant de gagner les Invalides entouré des derniers vétérans de l'épopée, passer sous l'arche géante élevée à la gloire des armées de la République et de l'Empire, le roi de Suède se souvint qu'il était, lui aussi, un vétéran de l'épopée. « Saisi par la pensée qu'il man-> querait au cortège, il pleura... (1). » Peu d'années avant, le vieillard avait dit tristement à l'académicien Marmier. de passage dans ses États : « Ne parlons pas de 1813. Mes entrailles en sont encore émues... J'aurais mille royaumes à donner à la France que je ne m'acquitterais pas envers elle de la reconnaissance que je lui dois (2). »
(1) L. PiNGAUD, XXV.
(i) Revue de» Deux-Mondes^ 1844. Article cité par M. Pingaud et M. G. Bapst ; le Maréchal Canrobert. Souvenir d'un ùècle^ IH, L
Généreuse et indulgente, la France a voulu oublier en partie Charles-Jean et Charles XIV pour ne se souvenir que du vaillant soldat que fut le général Bernadotte. Les héritiers do Charles XIV et de l'Empereur se sont d'ailleurs solennellement réconciliés. En 1855^ le général Canrobert fut chargé, à son retour de Crimée, de porter au roi Oscar I" les insignes de grand croix de la Légion d'honneur et un traité défensif fut alors conclu (1), L'année suivante, la reine Joséphine, belle-fille de Bernadotte et fille du prince Eugène de Beau harnais, acceptait d'être la marraine du prince impérial, son cousin. Depuis cette époque, les descendants de Charles XIV n'ont pas caché leurs sympathies pour la France. Malgré ses rapports afi'ectueux avec l'empereur allemand. Oscar II, lors de sa visite à l'exposition de 1900, a demandé à être traité en « petit-fils de France. » Pau a donné le nom de son célèbre compatriote à l'un de ses boulevards et il existe en Béam une caserne Bernadotte I Le nom du maréchal d'empire figure du reste depuis 1836 sur la voûte nord de l'arc de triomphe de l'Étoile (2). Parmi trois cent quatre-
(4) Pour cette ambassade, voir le curieux récit fait par le maréchal Canrobert dans le livre cité de M. Bapst. La reine Désirée fît grand accueil à Tenvoyé français. L*ex-fiancée de Napoléon n'est morte qu'en 1860, À quatre-vingt-trois ans.
(2) C'est la voûte consacrée aux « armées du Nord, des Ardennes, de la Moselle, du Rhin, de Sambre-et-Meuse, de Rhin et Moselle, de Hollande, de Hanovre. »
nogt-quatre autres noms, — entre Hoche et Championnet» — le passant peut Vy découvrir facilement non loin du Départ en i7d3, chef-d'œuvre de Rude, — dominé là encore et pour toujours par Timpérieuse et colossale image de Napoléon.