LE DUC DE FELTRE 1S
A Sainte-Hélène, en apprenant la mort du duc de Feltre, un des compagnons d'exil de l'Empereur lui demanda s'il croyait que Clarke lui eût été fidèle ? a Oui, — répondit Napoléon, — tant que j'ai été le plus fort. » Et il ajouta philosophiquement : « Clarke ne se piquait pas d'être plus constant que la Fortune. »
CANGLAUX
LE COMTE DE CANCLAUX D'après un pastel appartenant à M. le marquis de Labriffe.
Photographie Sauvanaud.
GANGLAUX
L'ambassade du baron de Mackau (1792). — L'escadre de La Touche- Tréville à Naples. — Sommation de Belleville. — La mort de Louis XVL — Naples entre dans la coalition. — Mission de Maret. — Départ de Mackau. — Premières négociations. — Le prince de Belmonte Pignatelli rejoint Bonaparte. — Convention de Brescia. — Traité de Paris (10 octobre 1796). — Le chevalier Ruffo est nommé ministre de Naples à Paris.
La nomination du général Canclaux comme représentant de la République à Naples fut signée parle président du Directoire le 10 décembre 1796 (20 frimaire an V) . Elle suivait la ratification du traité conclu à Paris le 10 octobre précédent avec le royaume des Deux-Siciles.
Rappelons sommairement ici dans quelles conditions, trois ans auparavant, s'était effectuée la rupture, et comment la paix venait d'être rétablie entre
les deux pays.
Le dernier ambassadeur à Naples, nommé par
d28 CANCLAUX
Louis XVI, le baron de Mackau, avait reçu ses lettres de créance et les instructions de Dumourîez, alors ministre des Affaires étrangères, le 22 mai 1792.
Né en 1759, M. de Mackau appartenait à une famille d'origine irlandaise fixée en France depuis le dix-septième siècle. Son père avait été ministre à Ratisbonne et sa mère, née de Soucy, avait rempli à la Cour les fonctions honorifiques et recherchées de sous-gouvernante des enfants de France. Sa sœur avait épousé le marquis de Bombelles (1). Après avoir servi dans l'armée royale pendant trois ans, Mackau était entré à dix-neuf ans dans la diplomatie. Ministre à Stuttgard à vingt-cinq ans, en 1784, il avait occupé ce poste, avec de longs congés jusqu'en 1791. Il arriva à Naples le 12 août 1792 avec Hugon de Basseville comme secrétaire d'ambassade et eut sa première audience le 24 août.
Quelques jours plus tard, on apprenait à Naples les graves événements du 10 août! Très disposé à les accepter, et surtout très désireux de garder sa place, Mackau envoya son adhésion à la République dès le 29 septembre, jurant de « mourir s'il le fallait, pour maintenir la liberté et l'égalité (2). »
Cette volte-face, si brusquement manifestée, irrita profondément la Cour. En effet, M. de Bombelles, (beau-frère de Mackau), avait été secrétaire d'ambas-
(1) Cf. les Dernières années du marquis et de la marquise de Bombelles, par le comte Fledry. (Emile Paul, 1906.)
(2) A. E. Naples, 122-174.
A son passage à Rome, le 9 août, Mackau s jetait présenté au cardinal de Bernis, mais avait affecté de ne pas aller saluer Mesdames de France qui s'étaient installées depuis peu dans la ville éternelle. Cette conduite avait été très remarquée. (Cf. le Cardinal de Bernis, par F. Masson, p. 514.)
sade à Naples et sa femme, la charmante marquise Angélique, l'intime amie de Madame Elisabeth, avait fait la conquête de la reine Marie-Caroline pendant son séjour. Lorsque M. de Bombelies^ devenu ministre de France à Venise, avait cru devoir donner sa démission en 1791, Marie-Caroline s'était intéressée au sort des enfants de la marquise et leur avait fait servir une pension annuelle de 12,000 francs (1). L'adhésion donnée à la République par M. de Mackau était donc considérée comme une véritable trahison. Prévenu, au mois d'octobre, que toute relation de courtoisie allait immédiatement cesser avec lui, l'ex-représentant de Louis XVI informa son nouveau ministre, Lebrun-Tondu, de la situation que lui faisait la ^cour royale, demanda ses passeports afin de pouvoir rapidement partir le cas échéant, mais continua cependant à résider à Naples. Le 26 octobre, il recevait de Lebrun une dépêche officielle l'informant de son maintien provisoire comme représentant de la République. Peu après, il envoyait à Rome son secrétaire Hugon de Basseville, qui devait périr si tragiquement quelques semaines plus tard (2).
Le baron de Mackau était toujours à Naples lorsque, le 17 décembre 1792, une division de l'escadre française, commandée par le contre-amiral La Touche-Tréville, fut signalée vers le cap du Pausilippe. Cette division appartenait aux forces importantes mises sous les ordres de Truguet en Méditerranée.
(1) Voir le livre cité du comte Fleury, p. 180.
(2) Cf. F. Masson, les Diplomates, !'• partie.
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La Touche-Tréville (1) avait une importante mission politique à remplir. Quelques mois plus tôt, un ancien familier de Mirabeau, M. de Sémonville, ex-ministre à Gênes, avait été nommé ambassadeur à Constantinople. Cette nomination avait été refusée par la Porte grâce surtout aux efforts de M. de Ludolf, représentant du roi de Naples en Turquie, et de M. de Choiseul Gouffier, que Sémonville devait remplacer (2). Un libelle, imprimé à Naples, avait été répandu à profusion en Orient, par les soins de Ludolf, et la Convention pensait» avec juste raison, que Tingérance napolitaine devait être désavouée par le Roi (3). C'était ce désaveu que La Touche-Tréville venait réclamer.
L'amiral se présenta dans la rade avec dix vaisseaux et quelques frégates, en ligne de bataille, et jeta l'ancre à quelques portées de canon. A bord du vaisseau amiral se tenait le citoyen Belleville» simple grenadier de la garde nationale, chargé de remettre une sommation comminatoire au roi Ferdinand. Cette sommation, conçue en termes extraordinaires (4), appuyée du reste par la présence de
(1) Né en 1745, il servait dans la marine depuis 175G et avait fait partie de la Constituante. C'était un marin de grande valeur.
(2) Voir l'étude sur Aubert Dubayet, HI.
(3) Séance du 24 octobre 1792. (Actes du Comité de .salut public. Recueil Aulard, I, 189.)
(4) Voici le texte de cette sommation : « Roi de Naples, je viens au nom de la République française demander réparation de Tinsulte faite & ma nation par votre ministre dans une note signée Acton, par laquelle Sémonville, ambassadeur près la Porte Ottomane, est outragé de la manière la plus atroce. Je demande à Votre Majesté qu'elle avoue ou désavoue cette note où se manifeste la mauvaise foi la plus insigne. Si, comme je n'en doute pas, elle désavoue cet acte de perfidie, je lui demande de le manifester et de faire connaître, dans une heure, l'aveu ou le désaveu d'un
NAPLES £T LA PREMIERE COALITION 13t
Vescadre, effraya et affola complètement la Cour et les ministres napolitains. Le jour même, le Roi promettait de remplacer Ludolf à Constantinople, et s'engageait à envoyer un ambassadeur à Paris et à reconnaître la République.
Ayant ainsi très heureusement rempli sa mission, La Touche-TréviDe partit dans la soirée du 17 décembre. Mais, pendant la nuit, une grosse tempête fit éprouver à Tescadre de telles avaries que l'amiral dut revenir le lendemain à Naples avec une partie de ses vaisseaux. La jeunesse napolitaine et tous les éléments libéraux de la capitale, firent alors aux 'marins français, pendant plusieurs jours, un accueil très sympathique (1). Les deux fractions^ de l'escadre purent se joindre ultérieurement et rallier l'amiral Truguet vers Cagliari.
A la suite de cette expédition, des lettres de créance en règle furent envoyées à Mackau, qui les remit en audience solennelle le 23 janvier 1793. Dix jours plutôt, l'infortuné Hugon de Rasseville avait été assassiné à Rome !
procédé qu'un peuple libre et républicain ne pouvait supporter, ea envoyant une ambassade auprès de ma République et rappelant de Constantinople celui qui a servi pour Toutrager. Si Votre Majesté se refusait à cet acte de justice, je suis chargé do lui déclarer la guerre, qui peut répandre les plus grands malheurs sur la ville de Naples. Je ne dois pas dissimuler à Votre Majesté que, si elle me force à. recourir à la voie des armes, je ne suspendrai la destruction et la mort qu'apf^s avoir fait de Naples un monceau de cendres. » (D'après Babié et Beaumont, V, Biographie de La Touche-Tréville.)
(1) Aussitôt que Tescadre fut partie, le Roi fit arrêter et jeter en prison beaucoup de ceux qui venaient de manifester en faveur des Français. Ces infortunés restèrent de longues années en prison. Le procès de plusieurs d'entre eux n'eut lieu qu'en 1798. Nous aurons l'occasion de le signaler.
Cependant la reine Marie- Caroline de Naples avait suivi avec une légitime angoisse le procès royal. Lorsque la nouvelle de la mort du roi de France fut connue, elle écrivit (sic) à lady Hamilton, ambassadrice d'Angleterre : « ... J'ai été bien touchée de l'intérêt que vous prenez à l'exécrable catastrofe dont se sont souillés les infâmes français... Je vous envoie le portrait de cet innocent enfant (le Dauphin) qui implore vengeance, secours, ou s'il est aussi imolé, ses cendres unis à ceux de ses infortunés parens crient devant l'éternel pour une ^éclatante vengeance. Je compte de plus sur votre généreuse nation pour remplir cet objet et pardonnez à mon cœur déchiré ses sentiments (1). »
Cette lettre de la Reine porte la date du 9 février. Marie- Caroline comptait déjà sur la « généreuse nation » anglaise pour venger d'une manière éclatante la mort de Louis XVI. On juge quelle devait être, dans ces conditions, la situation à la Cour du représentant de la République régicide! Naïf et inconscient, Mackau s'en rendait imparfaitement compte. Oubliant que sa mère avait été sous-gouvernante des enfants de France, oubliant aussi les bontés de Marie-Caroline pour la marquise de Bombelles, il ne songeait aucunement à se démettre, continuait à paraître sans vergogne au palais royal et s'étonnait de l'accueil peu flatteur qui lui était réservé. Il eut même, dit-on, la sottise de demander
(1) Lettre citée par Gagnière, la Reine Marie^Caroliney 33.
à Lebrun, si, comme tous les diplomates accrédités à Naples, il devait aussi, lui Mackau, prendre le deuil de Louis XVI (1)!
Le maintien à son poste d'un aussi étrange et maladroit personnage était fort regrettable. Après les événements qui venaient de marquer si tragiquement le mois de janvier 1793, un ambassadeur très avisé et très bien vu personnellement eût été nécessaire pour compléter les résultats de l'expédition maritime de La Touche-Tréville. Depuis le facile succès du 17 décembre, la Convention se montrait en effet très désireuse de se rapprocher de Naples et de gagner le roi Ferdinand par Tintérét. D'après un mémoire présenté en mars au Comité diplomatique, il fut un moment question de partager avec Naples et la Toscane les dépouilles du pape (2). Puis, au mois d'avril, le nouveau secrétaire nommé en remplacement d'Hugon de Basseville, Reinhard(3), emporta les instructions les plus conciliantes. Il avait ordre de faire les plus sérieux efforts pour amener le rapprochement espéré.
En arrivant le 8 mai, Réinhard trouva la situation très tendue. Lassé des avanies constantes qu'il recevait depuis le mois de février (4), Mackau venait de se décider enfin à demander son rappel! Il avait prié Cacault, agent de la République en
(1) F. Masson, les DiplomateSy p. 28.
(2) D'après ce mémoire, la ville de Rome, seule, serait devenue une république indépendante .
(3) Pour Réinhard, voir Introduction, IH.
(4) A la fin d'avril, les souverains lui avaient tourné le dos dans une cérémonie officielle.
Italie, de lui envoyer de Livourne un vaisseau pour le transporter à Gênes. Le secrétaire arrivait donc trop tard. La cour de Naples venait du reste de négocier un traité secret avec l'ambassadeur d'Angleterre. Castelcicala, désigné comme ambassadeur à Paris» n'était pas parti, et la rupture paraissait inévitable et prochaine.
Mal renseignée par Mackau, et espérant toujours réussir dans son projet d'entente avec Naples, la Convention désigna cependant un nouveau représentant. C'était un homme modéré, publiciste de valeur et alors directeur au ministère, le citoyen Maret^ futur duc de Bassano.
Nommé le 1" juin, Maret se mit en route avec Sémonville, désigné lui-môme depuis un an pour Constantinople et que la Sublime Porte venait enfin d'agréer. Mais, en descendant vers l'Italie, les deux ambassadeurs furent arrêtés, le 24 juillet, en Valteline, à Novale, par des agents autrichiens, et incarcérés à Mantoue au mépris du droit des gens (1).
L'infortuné Mackau, qui, depuis le mois d'avril, ne demandait plus qu'à s'en aller et qui attendait toujours le vaisseau livournais promis par Cacault, apprit l'arrestation de Maret vers le milieu d'août. Il annonça alors officiellement son départ. Mais, à la môme époque, le roi Ferdinand venait d'être sommé par ses alliés de tenir ses engagements secrets et de rompre publiquement avec la France.
(1) lis furent gardés prisonniers pendant dix-huit mois. Il parait à peu près certain que Maret avait reçu les pouvoirs nécessaires pour offrir, moyennant certaines conditions, la liberté de Marie- Antoinette et de la famille royale. {Mémoires tirés des papiers d'un homme d^État, II, 397; et Mémoires de Mallet du Pan, II, 53.)
Afin de s'assurer de papiers comproaieltants» la police napolitaine flt cambrioler la maison de M. de Mackau et, pendant cette opération, les bijoux de Mme de Mackau disparurent avec les archives officielles 1 Les Français habitant la capitale furent invités à quitter immédiatement Naples et tout le personnel de l'ambassade s'embarqua le 9 septembre (1).
N'ayant plus aucun ménagement à garder après le départ, le roi Ferdinand lie alors ostensiblement son sort à celui 'des souverains coalisés contre la République. Dès la fln de l'année 1793, Naples offre généreusement ses ressources aux vaisseaux anglais; six mille soldats sont promis au roi d'Angleterre ; tandis que la flotte napolitaine se dirige sur Toulon, un fort contingent de cavalerie, sous les ordres du prince de Cuto, après avoir traversé l'Italie centrale, va combattre dans les rangs de l'armée impériale en Lombardie.
Mais Naples est fort éloignée des champs de bataille! Le royaume ne souffre guère des sanglantes rencontres qui se succèdent sur toutes les frontières de France, aux Pyrénées, aux Alpes et sur le Rhin. Pendant les trois années de luttes soutenues par la première coalition, la cour napolitaine peut continuer sa vie de plaisirs et de débauches!
(1) Mackau était accompagné des secrétaires Reinhard et Mendouze, de son neveu, Fitte, et du vice-consul Ailliaud. Le bâtiment anglais qui les transportait aborda à Livoume puis à Gènes. Recueillis par la frégate suédoise Ingeliiroom, les diplomates français n'arrivèrent que le 29 septembre à Marseille.
Telle Ta connue Mackau en 1793, telle le général Canclaux la retrouvera au printemps de 1797. Le milieu sera resté le même et les personnages principaux n'auront pas changé.
Du reste, la guerre contre la France ne peut, dans les conditions où elle se fait, devenir, pour Naples, glorieuse ou profitable. Entré assez tardivement dans la coalition, le Roi s'est vite rendu compte qu'il n'a rien à gagner personnellement au succès problématique de ses alliés. Dès la fin de 1794, comme son frère Charles IV d'Espagne, il est tout disposé à se retirer de la lutte sans attendre la paix générale qui paraît encore si difficile. En pluviôse an III (janvier 1795), le chevalier de Micheroux, ministre de Naples à Venise, entre en pourparlers avec Lallemant, agent de la République française (1). Cette négociation a d'ailleurs lieu à l'insu de la Reine, qui ne l'apprend qu'ultérieurement par le comte d'Antraigues (2). En même temps, Acton charge un émigré, M. de Naillac, de s^aboucher, à Gènes, avec Villars, chargé d'affaires français. Le Comité de salut public ne repousse pas ces ouvertures. Il exige toutefois, avant de discuter les conditions de la paix, l'envoi d'une importante cargaison de blés. La Sicile devra en expédier au moins trois cent mille quintaux à destination de Toulon, de Villefranche et de Marseille.
(1) Lallemant avait été consul à Naples avant d'aller à Venise. Le général Desaix le notait ainsi en 1797 : « Vieillard respectable, gros, grand» œil de travers, bon et brave homme. » {Carnet de la Sahretache, 1898.)
(2) Lettres de Marie-Caroline publiées dans la Revite d'histoire diplomatique, 18&8.
NAPLES ET LA PREMIERE COALITION i3T
Cette question des blés à fournir arrête les velléités pacifiques de Ferdinand et de son ministre. « D'ailleurs, — dit le baron Fain (1), — la politique du cabinet de Naples est variable comme les événements de la Méditerranée. Que notre escadre sorte ou rentre de Toulon, que les amiraux anglais s'approchent ou s'éloignent, chacun de ces mouvements se réfléchit dans la diplomatie napolitaine. Le vent qui souffle de Vienne ou celui qui vient de Madrid, produisent aussi des effets alternatifs. » Après s'être beaucoup avancé en janvier 1795, Michcroux se dérobe. La République songe alors à envoyer Cacault (2) à Naples pour y négocier directement, mais cette idée-là, elle aussi, est promptement abandonnée .
La cessation de l'état de guerre paraît donc toujours bien lointaine! Au commencement d'août, Ferdinand apprend cependant que l'Espagne a suivi l'exemple de la Prusse et vient de traiter directement avec la République. Immédiatement, le roi de Naples prend peur, craint la médiation espagnole et cherche à tirer son épingle du jeu avant l'intervention probable de son royal frère. Avec l'assentiment de la reine, Micheroux reçoit l'ordre de reprendre avec Lallemant la conversation commencée. En même temps, l'ambassadeur de Naples à Vienne, le marquis de Gallo, prévient la cour d'Autriche a que son maître est déterminé à profiter du. droit qu'il
(1) Manuscrit de Van III, 268.
(2) Merlin de Douai à Cacault, 16 février 1795, A. E. Rome, 918-101. — Cacault avait résidô assez longtemps à Naples, comme secrétaire, pendant l'ambassade de M. de Talleyrand, prédécesseur de Mackau. U était, en 1795, « agent de la République en Italie ».
s'est réservé dans les traités de quitter la coalition quand il le jugera à propos ; que ce moment est venu et que la cour de Naples aime mieux prévenir la médiation de TEspagne que d'en profiter. »
Mais, cette fois, Lallemant n'a plus les pouvoirs nécessaires pour traiter avec Micheroux I Du reste, les conditions que demanderait maintenant la République seraient plus onéreuses qu'en janvier puisque, depuis cette époque, la Prusse, l'Espagne et une partie de l'Italie se sont successivement détachées de la coalition! La question de la paix entre la France et le roi de Naples ne fait donc aucun progrès à la fin de 1795. Même, un nouveau rapprochement entre les cours de Naples et de Vienne, se dessine nettement en décembre. A ce moment, l'Autriche presse tous les États italiens d'augmenter leurs contingents. Le faible Ferdinand promet d'envoyer, en février 1796, dix bataillons d'infanterie et quelques canons pour renforcer les troupes de cavalerie déjà fournies depuis deux ans !
Promettre et tenir sont deux choses fort différentes pour le Roi. Les renforts promis n'ont pas encore quitté le royaume, au mois d'Avril 1796, quand commence la foudroyante campagne d'Italie. Les succès de Bonaparte font très vite comprendre au souverain qu'il n'a, décidément, plus rien à faire dans la coalition I Le Pape lui-même a, de son côté, laissé entamer des négociations pacifiques par l'intermédiaire de M. d'Azara, ambassadeur d'Espagne à Rome (1). Acton se décide alors, le 17 mai, à diriger
(1) M. d'Azara, né en 1731, était depuis longtemps à Rome. Très
•sur le quartier général français un envoyé spécial» le prince de Belmonte Pignatelli (i).
Après beaucoup d'aventures, Belmonte réussit enfin, le 1" juin, à joindre le général en chef à Pes- «hiera. Il demande au vainqueur une suspension d'armes en attendant le traité que le Roi son maître est tout disposé à faire « dans des conditions équitables, honorables, conformes à sa dignité et aux intérêts de ses États ». Le jeune diplomate est fort <îourtoisement accueilli. On discute les termes de Tarmistice, et, sans attendre les ordres du Directoire, Bonaparte signe un accord dès le 5 juin. Il est convenu que la cavalerie napolitaine quittera immédiatement l'armée impériale et s'établira près de Brescia au milieu des troupes françaises; que des ordres seront envoyés aux vaisseaux de Naples pour qu'ils se séparent aussitôt des escadres anglaises ; enfin, il est également stipulé qu'un plénipotentiaire napolitain se rendra incessamment à Paris pour traiter de la paix définitive.
La modération de Bonaparte était habile. L'accord ■du S juin (dit Convention de Brescia), séparait nettement la cause de Naples de celle du pape (2).
Ami des Français, il rendit de grands services à la République. En 1798, le Directoire le demanda comme ambassadeur k Paris. <Voir Trugcet, U.)
(1) Né en 4765, Belmonte avait déjà représenté le roi Ferdinand è, Lisbonne et à Madrid. Pour le détail de cette négociation, voir l'excellent livre de Joseph du Teil, Rome, Naples et le Directoire, 1796-1797.
(2) UiïQ convention avec le pape, représenté par d'Azara, fut signée à Bologne le 23 juin.
Il ôtait en même temps auDirectoire toute velléité de scinder l'armée d'Italie en envoyant vers le sud une partie des forces alors réunies sous le commandement du jeune général en chef. Approuvé par le roi Ferdinand et aussi par le Directoire avec quelques restrictions, l'armistice devenait définitif le 23 juin, après une nouvelle entrevue de Bonaparte avec Belmonte. Ce dernier partait presque aussitôt pour Baie afin d'y retrouver le marquis de Gallo, ambassadeur de Naples à Vienne (qui avait été chargé, de son côté, d'ouvrir des conférences avec Barthélémy), puis arrivait à Paris le 25 juillet.
Trois mois de laborieuses entrevues furent alors nécessaires pour régler les clauses du traité. Delacroix tira bon parti d'une situation difficile et, de son côté, le prince de Belmonte se montra courtois adversaire, mais fin diplomate (1). Le traité porte la date du 10 octobre 1796. La veille, une lettre très pressante de Bonaparte était arrivée au Luxembourg. Après avoir expliqué les difficultés militaires d'une occupation du sud de l'Italie, le général en chef concluait ainsi : « Je crois que vous ne pouvez faire à la fois, dans la position actuelle de la République, la guerre à Naples et à l'Empereur. La paix avec Naples est de toute nécessité (2). »
Mais, une fois les bases du traité établies, de nou-
(1) Parlant de négociatioDs ultérieures en 4797, Bonaparte a écrit du prince de Belmonte : « Ce prince suivait le quartier général français depuis Bologne, ce qui montrait assez ses alarmes. Il ne manquait ni d'esprit, ni d'activité, mais tout lui était bon pour se trouver informé. Plusieurs fois... il fut surpris écoutant aux portes, s'exposant ainsi à. être chassé par les huissiers. »
(2) Bonaparte au Directoire, de Milan, 2 vendémiaire an V (2 octobre 1796). {Cori\ de N., 4060.)
vellcs difficultés furent soulevées par la cour de Naples. En effet, depuis trois mois, des négociations parallèles étaient engagées entre la France et Rome, en exécution des clauses de l'armistice conclu à Bologne le 23 juin. Ces négociations ne semblaient pas en bonne voie et Ferdinand affectait une certaine répugnance à traiter isolément en abandonnant ses alliés italiens et surtout le pape. Pressé de terminer l'affaire, Delacroix obtint du Directoire quelques promesses relatives aux États de F Église. C'était tout ce que le prince de Belmonte pouvait espérer et les ratifications du traité purent enfin être échangées dans la soirée du 20 novembre.
Voici le résumé des articles de ce traité du 10 octobre (Traité de Paris) :