Solution de grands problèmes
Que le monde touche à de grands événements, c'est la conviction à peu près générale des hommes assez maîtres de leur pensée pour suivre , au milieu du mouvement des faits matériels, la
marche bien autrement effrayante des
doctrines.
La guerre à mort que la vérité et le mensonge , le bien et le mal se font depuis soixante siècles, prend tout à coup sous nos yeux des développements inouïs . Ils ne s'en doutent guère , ces innombrables enfants perdus qui dorment paisibles entre les deux camps, ou s'entêtent des jeux d'une politique puérile. N'entendant, ne voyant aujourd'hui que ce qu'ils ont vu et entendu hier, ils rient de nos alarmes, et demandent si la terre va manquer sous leurs pieds. — Non, la terre restera , car elle n'est pas l'œuvre
de l'homme ; mais vous allez être emportés, vous, dans des régions qu'il vous importe de connaître ; et cette terre, unique objet de vos affections, vous deviendra tellement étrangère , qu'elle rejettera un jour de son sein le seul dépôt (Jue vous lui aurez confié , la poussière de votre tombe.
Réveillez-vous enfin, soldats aveugles, et pour rejoindre le drapeau qui seul peut donner la victoire , n'attendez pas que, surpris seuls et sans armes , vous soyez broyés sous les pieds de Tennemi. Sortez de ce nuage de poussière formé par vos ridicules ébats ; et en contem-
plant les manœuvres silencieuses, mais immensément rapides des deux armées, ce calme qui vous rassure vous donnera la preuve que nous sommes à la veille d'une de ces grandes batailles où se jouent les destinées du monde.
D'un côté le catholicisme, que les badauds croient mort, parce qu'il ne va pas braire avec eux dans les rues ni en soulever les pavés pour les jeter à la tête des rois, opère tout à la fois un mouvement de concentration et de dilatation , qui frappe l'observateur. Pressé par le besoin d'unité , il tourne ses regards vers Rome, et la parole du
Chef suprême pai'courant les rangs avec la rapidité de l'éclair , consume comme la foudre tout ce qui ose lui résister. Plus de ces longues hésitatimis si fréquentes autrefois , plus de milieu possible entre l'obéissance et la révolte ouverte, — N'être pas avec nous, c'est être contre nous : il n'y a qu'un troupeau , il n'y a qu'un pasteur , c'est le cri qui s'élève de toutes pai^ts*.
* Est-il nécessaire de rappeler un ëy-ënemenl rëcenl , el qui , fàt-il ancien , ne saurail être oublie ; car il est sans exemple dans l'histoire ? — Jamais homme peut-être ne fut plus en mesure que l'auteur de V Estai sur l'indifférence , d'opérer un vaste déchirement dans l'Eglise. Nous aussi nous crûmes un instant voir en lui un auge descendu du ciel pour
Des alliés naturels qu'un infernal génie avait naguère armés contre nous , viennent à la file se ranger sous notre bannière, chargés de précieuses dépouilles. Qui pourrait le nier! les sciences se font chrétiennes depuis qu elles ont cessé d'écouter Voltaire pour prêter l'oreille à l'imposante autorité des siè-
ranimer le courage de» soldats du Christ. — Une parole part Je Rome. — Amis et ennemis , disciples et contradicteurs , nous fixons un regard inquiet sur le génie fourvoyé. Cet h omme à la parole éclatante , balbutie en frémissant quelques paroles de soumbsion qu'il dément bientôt. Aussitôt la surprise et l'indignation font un grand vide autour de lui ; le malheureux resté seul roule au fond de l'abîme , et chacun de nous se rappelle avec effroi ce mot du grand Maître : Je voyais Salan tomber du ciel comme un éclair. (Luc. X, 18.)
YIl
des, au témoignage muet, mais encore plus éloquent de la nature.
Des voix puissantes parties des monuments de l'antique Egjpte , des archives poudreuses de l'Orient, répondent à d'autres voix descendues du haut de nos montagnes , sorties des entrailles de la terre ; et toutes rendent hommage h l'historien sacré qui écrivait dans un désert , il y a plus de trois mille ans . rhistoire primitive du christianisme et du monde.
Oui, il y a concentration des lumières et des esprits , comme il y a concentralion des sentiments et des cœurs; et de
même que la société catholique va s'affermissant dans l'unité, a mesure que tout se divise et meurt autour d'elle : de même aussi sa lumineuse doctrine , attirant à elle les rayons de vérité épars dans le chaos des opinions humaines , se trouve désormais sans rivale dans le monde des intelligences. — 11 n'y a plus qu'une famille du Christ , il n'y a plus qu'une vérité. — On ne peut plus faire usage de la raison sans devenir chrétien ; on ne peut plus rester chrétien sans devenir catholique*.
* Rien de plus évident quand on considère l'e'lonnanle réac. tion religieuse qui se manifeste au sein du protestantisme , surtout en Angleterre. — Témoins du vide immense que la
Mais si toute vérité a été donaée à l'unique Epouse du Verbe * , c'est avec charge de Yan7io7icer à toute créature^^. — Jamais durant sa longue et si féconde existence elle n'a oublié cette sublime
liberté d'examen a fait dans les Inlelligenccs et les cœurs par la négation successive de toutes les croyances chre'tiennes , les bons esprits se sont effrayés, et ont dû naturellement chercher des armes contre le naturalisme dans l'étude approfondie de l'antiquité chrétienne. Mais que pouvaient-ils y trouver que ce qui s'y trouve en effet , le catholicisme avec ses doctrines invariables , avec sa divine constitution , avec tous ses droits à notre croyance? De là les conversions nombreuses , éclatantes , qui jettent l'effroi dans Y Eglise établie par la loi ; de là dans l'enseignement et les études théologiques d'Oxford et de Cambridge ces tendances catholiques qui ont fait dire au célèbre O'Connell : « Avant de mourir , j'entendrai la grand'messe dans la fameuse abbaye de Westminster. »
Docebit vos omnem verilatem. { Joan. XVI , 13. }
•* Marc. XVI, 15.
tache ; mais , depuis le siècle de Pierre et de Paul , elle ne Fa jamais poursuivie avec une aussi prodigieuse activité. On dirait qu'elle a peur que le temps ne lui manque , tant elle se hâte , elle qui doit assister à la consommation des siècles*.
Vainement le feu des persécutions at-il éclairci les rangs de ses ministres , dévoré ses richesses : elle fait, pauvre et mutilée , ce qu'elle n'avait pu faire aux plus beaux jours de son omnipotence terrestre. Un mouvement électrique
* Mallh. XXVÎÏI, 20.
parti de la plus catholique des villes après Rome* s'est emparé des masses.
Tous les catholiques, sans distinction d'âge, de sexe, de condition, transformés en apôtres , se donnent la main comme pour livrer un dernier assaut à l'enfer et faire retentir dans les coins les plus ignorés du globe la grande nouvelle publiée, il y a dix -huit siècles : Gloire à Dieu au plus haut des deux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté !
Oui , la Croix achève sa course , et
* Tout le monde sait que Y Association de la Propagation de la Foi a pris naissance à Lyon , en i 822.
riieure inconnue à tous les humains venant à sonner, elle peut monter radieuse au plus haut des cieux pour éclairer le réveil des innombrables générations enfouies dans la poussière*. Si dans l'immense postérité d'Adam beaucoup demandent quel est cet astre nouveau qui a remplacé les soleils anciens , il y aura dans chaque tribu, dans chaque langue des hommes pour leur dire : C'est l'étendard du grand Roi qui va nous juger. Malheur à vous, qui
* Tune parebit signum Filii hominis in cœ)o. ( Mattb. XXIY. 30.