‹ Solution de grands problèmesChapitre 14 sur 69 · SOLUTION. Q · texte numérisé non relu

SOLUTION. Q

~ 38 — Que pcnseriez-vous de celui qui, à la vue cle l'Apollon du Belvédère ou de tout autre chefd'œu^Te de l'art , vous dirait sérieusement : Yoilà un singulier jeu de la nature ! Quelle suite de heureux hasards il a fallu pour imprimer à ce marbre une forme aussi divinement humaine! Vous refuseriez de croire à une si étrange folie. Eh bien , celui qui attribuerait notre existence au hasard serait un million de fois plus fou.

II y a incomparablement plus d'intelligence dans la formation , je ne dis pas de notre corps , mais d'un cheveu de notre tête , que dans l'Apollon et les autres sculptures du Belvédère. Nous avons cent artistes en Europe capables de transformer plus ou moins heureusement un bloc de marbre en un Apollon ; mais qui nous fera un cheveu î La nature nous fournit abondamment les neuf substances que l'analyse a découvertes dans ce fil si délié ; il ne s'agit que de les combiner , mais cela passe toutes les capacités humaines. Qu'est-ce que cela prouve ? que nous avons autant de démonstrations d'une intelligence supérieure à l'homme qu'il y a de cheveux sur nos têtes.

Où est le cerveau assez malade pour s'imaginer qu'une pièce de toile ou de drap est l'œuvre d'une

force aveugle? que^ par exemple^ un premier coup de vent a détaché l'écorce d'une plante de chanvre, ou quelques brins de laine du dos de la brebis ; qu'un second coup de vent a converti ces débris en fils ; qu'un troisième les a entrelacés avec tant d'art et de méthode , etc. ! Or ce fou le serait beaucoup moins que l'athée qui ne verrait que le hasard dans le tissu de notre peau , toile merveilleuse , assez serrée pour retenir le sang , assez lâche pour donner passage aux sécrétions, assez douce pour flatter le toucher, assez forte pour résister à des frottemens sans fin , assez diaphane pour se parer des plus belles couleurs , assez opaque pour dérober à l'œil l'aspect sanglant des chairs qu'elle recomTC.

Qu'un habile scalpel soulève cette enveloppe et déroule à nos regards étonnés les merseilîes de l'organisme humain. A la vae de cette divine miniature où se reproduisent avec une indicible perfection les combinaisons sans nombre qui brillent dans la construction de l'univers , quel est le furieux qui oserait nommer le hasard !

L'artifice prodigieux que foeil nu y décomTC faisait dire à un ancien anatomiste : « Donnezmoi un chien mort , et je le ferai hurler contre

Epicure. » Qu'eût -il dit, si le microscope lui eût fait voir dans la structure d'une seule fibre autant de sagesse que dans l'arrangement du tout ! « Donnez-moi la langue d'un athée, disait un religieux anatomiste moderne , et j'y trouverai mille démonstrations sans réplique qu'elle est une effrontée menteuse. »

De l'état de poussière atomique , où l'analyse nous fait voir les éléments de nos corps , jusqu'à l'organisation parfaite oii se manifeste le phénomène de la vie , quelle suite incalculable de combinaisons profondes !

Que de combmaisons pour élever des pulviscules inorganiques 5 la plupart dissimilaires, à l'état fibreux! — Que de combinaisons pour former des fibres les quinze ou seize différents tissus reconnus des anatomistes! — Que de combinaisons pour former de ces tissus des milliards d'organes ayant chacun leur action propre' !

1 Oui, des milliards d'organes ! suivez, la loupe à la main, les innombrables ramifications des systèmes nerveux , arte'rit 1 e! vëneux, surtout dans l'appareil encéphalique : conside'rcz ces tubes sanguiferes d'une tënuitë si étonnante, que leur réunion n'offre à l'œil qu'une masse inorganisée , et vous me direï si j'exagère.

— Que de œmbinaisons pour coordonner les organes à la formation des nombreux appareils nécessaires aux fonctions \itales! — Que de combinaisons pour composer de tant d'appareils un seul tout doué de la vie !

A rinsensé qui ose attribuer aux aveugles agents de la nature ce chef-d'œu^Te d'intelligence , je dirai ; La chimie nous fait connaître les divers éléments du corps humain : réunissez-les en aussi grande quantité qu'il vous plaira, et dans les proportions données par l'analyse. Soumettez-les à laction successive ou simultanée de tous les agents naturels ; et nous verrons si l'aveugle nature , aidée des lumières de l'humaine science , réussira à fondre , cristalliser ou faire germer, je ne dis pas un corps humain, je ne dis pas le moins comphqué des tissus qui entrent dans sa formation ( le tissu osseux) , je ne dis pas même une seule des deux cent quarante - deux pièces dont se compose le squelette , mais seulement un pouce de substance osseuse.

La seule composition chimique de la matière osseuse supposant au moins S7 combinaisons ou

rapports ' , il faudrait que l'agent chargé du travail se conformât à ces 87 combinaison^ , et évitât les milliards de milliards d'errata qui peuvent les déranger; ce qui serait vraiment merveille dans un aveugle.

La substance osseuse obtenue , il faudra lui donner la forme d'un ossement humain , par

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