‹ Solution du problème de la suggestion hypnotiqueChapitre 13 sur 32 · LA SENSATION, PHÉNOMÈNE PSYCHOPHYSIQUE · texte numérisé non relu

LA SENSATION, PHÉNOMÈNE PSYCHOPHYSIQUE

Nous voici arrivé à la troisième étape ; la première nous a montré la sensibilité, et la deuxième nous a fait voir le phénomène de l'Impression.

Quand l'Impression (qui est une sorte de dépèche dont l'agent est neurique au lieu d'être électrique) est arrivée dans les Couches optiques, un phénomène d'un autre ordre commence, c'est la Sensation. Qu'est la Sensation, et comment se fait-elle?

La Sensation est une opération merveilleuse qui se fait par la coopération de quatre pièces internes du cerveau : la Glande pinéale, la Voûte à trois piliers, la Cloison transparente et le Corps calleux ; j'ai trouvé que ces quatre pièces seulement coopèrent à l'acte de la Sensation, et constituent à elles seules le Sensorium. Le Sensorium n'est . pas, comme le disent les livres d'anatomie et les dictionnaires, le centre commun de

toutes les sensations, ce qui ne veut rien dire : c'est lui qui les produit ou les effectue.

Au moment où une Impression arrive clans les Couches optiques, la Glande pine'ale en est avertie. Cette Glande (qui est le seul organe unique) est placée sur la ligne médiane ; elle a des courroies ou pédoncules, qui, de sa partie antérieure, partent pour se mettre en communication avec les faisceaux postérieurs de la moelle épinière, avec le centre olfactif et avec les fibres optiques ; par ces courroies elle est informée de toutes les impressions produites.

I a Glande pinéale a deux autres pédoncules de chaque côté qui, aplatis sur la partie supérieure des Couches optiques, vont s'insérer dans la Voûte à trois piliers.

Les quatre pièces qui composent le Sensorium ne contiennent pas de cellules nerveuses ; les Corps striés, la matière blanche et la matière grise ou cellulaire des hémisphères n'en contiennent pas non plus ; ces sept organes internes du cerveau sont insensibles ; s'ils sont coupés ou perforés, il n'en résulte pas de douleur.

Revenons maintenant au point de départ.

Une impression est arrivée ; la Glande pinéale en a été avertie par ses pédoncules. Immédiatement après la Glande en communique l'effet aux autres pièces du Sensorium : et la Sensation a lieu.

La Sensation est une empreinte d'une nature inconnue (vulgairement appelée image) qui est prise dans l'appareil du Sensorium surtout dans la Cloison transparente ; cette empreinte est envoyée, dès qu'elle est

prise, dans une cellule de la matière corticale ou cellulaire, par un des faisceaux de fibres qui partent du Corps calleux et qui constituent la matière blanche ou médullaire des hémisphères. L'agent où le fluide au moyen duquel l'empreinte est prise n'étant pas de nature nerveuse, est forcément de nature psychique ; et la Sensation est une opération psychophysique puisqu'elle se fait dans un appareil physique.

L'empreinte, prise en double, à chaque Sensation, est envoyée dans une cellule, et dans chaque hémisphère la nuit suivante, (ou pendant l'une des nuits suivantes) elle revient par une des fibres rouges dans les Corps striés ; comme les Corps striés sont en rapport direct avec le Sensorium par l'intermédiaire de la Voûte, l'esprit est averti plus ou moins sérieusement du retour de cette empreinte dans le Sensorium. Ce mouvement des empreintes donnant lieu à de merveilleux et importants phénomènes dont nous allons parler un peu plus loin, je leur ai donné pour cette raison le nom d'empreintes-vivant es.

Deux « empreintes-vivantes » sont prises à chaque sensation ; le cerveau est double quant à la question du phénomène de la Sensation ; les deux hémisphères ont chacun sa fonction, comme chaque œil et chaque oreille ont les leurs ; et chaque hémisphère pourrait agir seul comme agit l'œil d'un borgne.

Dans mon livre : Les Sentiments, les Passions et la Folie, j'avais dit, à la troisième Conférence, page 82 : « Comment se fait la Sensation ? A cette demande il a sera à jamais impossible de faire une réponse pré-

« cise ; car, ànc n'a vu,onçques ne verra s'accomplir a l'opération appelée Sensation , les quatre pièces du « Sehsorium se trouvant au centre du cerveau, si on « les découvre, le sujet opéié, homme ou bête, passera « de vie à trépas, ou entrera dans un tel trouble vital « que les fonctions du Sensorium seront certainement « détruites. De plus et en tous cas les microscopes les << les plus grossissants ne pourraient pas nous faire « voir la dite opération ; car si le fluide nerveux reste « invisible, à fortiori le fluide psychique doit-il rester « impénétrable à l'œil de l'homme ainsi [qu'à ses ins- « truments. »

Quand j'écrivais ces lignes en octobre 1884, j'étais loin de me douter que mes prévisions seraient réalisées sitôt après. La Revue philosophique du mois de mars 1885, p. 350, parle de quatre cas de tumeur du Corps calleux qui ont donné les résultats suivants: « hémiplégie, perte de la mémoire et de l'intelligence aboutissant à la stupidité, difficulté extrême de la parole ou aphasie, état de somnolence, coma se terminantpar la mort. »

Les impressions causées par les actes habituels fréquemment répétés, tels que les coups de marteau, de pioche ou de bêche, donnés par des hommes qui travaillent du matin au soir, sont des impressions fugitives ou mort-nées qui s'arrêtent dans les Couches optiques, qui ne donnent pas lieu à des sensations et qui conséquemment s'effacent rapidement. Il n'en sera pas de même si un homme s'écrase le doigt d'un coup de marteau : il en résultera, dans ce cas, une sensation profonde.

Nous prions le lecteur qui n'aurait pas l'avantage dé connaître l'anatomie, de relire ce que nous venons de dire sur la sensation : il lui suffira de se rappeler qu'une empreinte-vivante en résulte, et qu'elle se transporte, de la cellule qui l'a reçue, dans les Corps striés, pour comprendre ce qui va suivre. Je connaissais toutes les lois psychiques et tous les grands phénomènes avant de connaître l'anatomie ; il n'en résultait pour moi que l'inconvénient de ne pouvoir les expliquer clairement : c'est pourquoi j'ai étudié l'anatomie.

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