ASSOCIATION DU TRAVAIL ET DU CAPITAL
Nous avons vu précédemment que la Nature devance l'Homme dans la Production des choses nécessaires à son espèce ; elle a prévu ce dont il a besoin et créé les choses sur lesquelles il peut agir: c'est ainsi qu'elle a établi le Droit Primordial de Tous aux Choses Naturelles.
Les transformations que l'Homme fait subir à la Matière par le Travail, ne sont qu'un complément ajouté aux choses déjà existantes : c'est un élément de Vie Nouvelle dont l'homme enrichit la Yie Générale.
A mesure que, par le Travail, l'homme s'empare davantage des Éléments de la Nature, il fait un usage plus grandes ressources qu'elle tient en réserve; le Droit Primordial de Tous aux Richesses de la Nature se confond dans les Richesses créées par le Travail: d'où il résulte que ce Droit Primordial se
transforme pour chacun en un Droit Social sur la Richesse créée, et que le Droit Social aux avantages de la Richesse s'accroît, comme les besoins de l'homme, à mesure que celui-ci fait davantage usage des ressources de la Nature dans ses méthodes de Travail.
La Production Naturelle représente donc ce qui provient de l'Action des Éléments ou du Fonds Commun de la Nature ; c'est ce que la Société en reçoit directement pour servir à la Production des choses nécessaires à la Vie Humaine, ou à la Création delà Richesse.
Mais l'Action de la Nature, étant Universelle, se confond avec celle de l'Homme, et si elle affirme clairement l'existence du droit de tous à un minimum, elle ne peut se spécialiser dans la Production Humaine, ni s'évaluer que par les besoins qu'elle a pour but de satisfaire.
Le Travail de l'Homme succède aux Forces Productives de la Nature; les travailleurs de corps et d'esprit à tous les degrés, les travailleurs de l'Agriculture, des Usines, des Manufactures, de l'Industrie, de l'Enseignement, des Sciences et des Arts forment le Contingent Humain de la Production.
Le Travail représente les forces productives de l'homme, les bras vigoureux qui fécondent la Matière; c'est la fonction active delà Production.
Le Travail exécute, produit, fait naître et croître les choses nécessaires à l'Existence; considéré dans
son action générale, il embrasse toute l'activité humaine, l'activité utile à la Vie surtout, mais il qualifie particulièrement l'activité de l'homme employée a modifier et à transformer la Matière.
Le Travail précède la Richesse, comme il précède la Science.
La Science et la Richesse procèdent du Travail.
Le Génie, la Capacité, le Talent ajoutent au Travail la puissance de leur action, en dotant la Société de Découvertes et Inventions utiles, qui agrandissent le cercle de l'Activité Humaine, et constituent la Réserve ou Économie Intellectuelle, désignée sous les noms de Science, Invention et Industrie, suivant la forme que revêt l'Activité Humaine dans son application au bien de la Vie.
Le Génie se rend utile au Travail et au Capital par ses découvertes, par les moyens de perfection, et par l'assistance qu'il donne au développement de la Production.
L'Invention est une conception du Génie traduite en action; eMe représente les découvertes de l'Intelligence , et développe l'action du Travail en lui venant en aide ; la Société lui doit des ressources toujours nouvelles, et de nouveaux moyens de produire les choses utiles.
La Science et l'Industrie sont les OEuvres du Génie amassées dans l'Humanité, pour nous assurer les moyens faciles de la Transformation de la Matière.
Lorsque les ressources de l'Activité Humaine sont
matérielles, c'est-à-dire lorsqu'elles sont dénature à servir sous une forme quelconque à l'usage de nos besoins, les Réserves ou Économies qui en résultent se désignent sous les noms de Richesse ou Capital.
Le Capital représente le Travail fait antérieurement ; c'est l'équivalent d'un travail épargné et tenu en Réserve : n'étant pas entré dans la Consommation, il peut utilement servir, et aider à un travail nouveau.
Le Capital vient en aide à la Création de la Richesse, en mettant à la disposition d'une Production nouvelle les ressources créées par le Travail antérieur.
Dans la Production, le Capital remplit un rôle utile, en donnant au Travail les moyens plus faciles de l'application des Découvertes de l'Invention et du Génie. Mais le rôle du Capital est entièrement passif; son influence utile ne se manifeste, dans la Production, que sous l'impulsion active que lui impriment le Travail et la Capacité.
Le Capital, soit la Terre, la Fabrique, l'Outil ou la Matière première, a besoin du Travail pour être fécondé, et du Génie pour découvrir les moyens de tirer le meilleur parti de toutes choses.
Les Besoins de la Vie dans l'Humanité relient ces différentes sources de la Production dans une étroite solidarité ; nous devons donc, après avoir défini ces éléments de la Richesse, chercher les moyens de leur union dans le principe d'une Répartition Équi-
table, conforme au droit naturel, et proportionnelle à la part de concours de chacun.
La Justice Distributive doit présider à leurs rapports ; c'est là le Problème Social qu'il importe de résoudre.
Dès que l'Industrie on la Production prend un certain développement, elle donne lieu, sous une forme ou sous une autre, à la réunion de ceux qui possèdent le Capital, de ceux qui ont la faculté du Travaii, et de ceux qui ont la Capacité Organisatrice.
Il existe donc une étroite solidarité entre toutes les facultés de la Production : elles ne peuvent rien de remarquable l'une sans l'autre.
Voyons donc comment se fait la Répartition en tre ces facultés.
Le Capital fait sa place en souverain maître, sans admet! re aucune Intervention, ni du Travail, ni de la Capacité, dans les Bénéfices de la Production.
La force des choses a toujours fait accorder au Travail de quoi nourrir le travailleur; le Salaire représente aujourd'hui le droit de tout travail employé au service des autres ; mais est-il juste que le
Travail soit ainsi tenu à l'écart de toute participation directe, et que son intervention dans la Production ne soit due qu'aux lois de la nécessité et du besoin?
Celui qui possède les ressources acquises profite ainsi de la supériorité de sa position ; mais cela ne justifie point l'abus qu'il en peut faire.
L'Invention a rarement été distinguée du Travail; confondue avec lui, elle subit les mêmes lois, et elle reste la proie des forts, quand l'Inventeur ne peut lui-même tirer parti de sa découverte.
L'Invention est pourtant le plus puissant levier de l'Industrie Moderne ; partout où elle trouve sa place, elle crée la Prospérité Industrielle. Mais il lui est indispensable d'avoir à son service l'assistance du Travail et du Capital.
Travail, Capital et Invention sont donc indispensables à la Production des Richesses : il serait juste, quand ils sont si indispensablement nécessaires l'un à l'autre pour créer les choses utiles, qu'ils soient unis pour le partage 'des avantages auxquels ils donnent lieu ; il n'en est rien cependant; l'une des parties jouit à elle seule des résultats obtenus : le Capital absorbe Tout.
Les parties intervenantes ne sont pas sous une loi commune ; deux d'entre elles manquent d'un intérêt direct aux résultats définitifs.
C'est pourquoi, si le Capital intéressé aux bénéfices est soignoux des opérations, on voit le plus
souvent le Travail, y apporter la plus complète indifférence, quand il n'y est pas hostile.
Ce sont là des résultats dus aux erreurs dans lesquelles est encore le monde sur les principes de l'Organisation Vraie du Travail.
La Répartition des produits du Travail, telle qu'elle existe, est une œuvre de tâtonnement social ; aucune règle, aucun principe ne lui sert de base.
Si, dans la pratique actuelle des faits de la Production, il paraît équitable d'accorder un intérêt au Capital en reconnaissance du service rendu par celui qui s'en dessaisit en faveur d'autrui; s'il paraît également juste de rémunérer les œuvres du Génie et du Travail, suivant l'importance de leur utilité ; il n'est p3s équitable, lorsque ces trois facultés s'unissent dans un fait de production collective, que l'une d'elles puisse s'arroger tous les bénéfices de l'entreprise dépassant le prix des salaires et les émoluments du talent et du génie; cela n'a rien de conforme à la raison et blesse la justice. Aussf le sentiment des masses invoquel-il l'Equité de Répartition dans les produits du Travail.
Ce sentiment est entré profondément dans les idées de notre époque; il serait du plus grand intérêt social que les Sociétés, pouvant lui donner satisfaction, n'en négligeassent pas les moyens f
Le contraste de misère et d'opulence dû à la Répartition Actuelle est trop évident, pour que le
bon sens des peuples n'exige pas bientôt de profondes modifications dans cette Répartition. Il appartient à l'intelligence humaine d'en chercher les moyens d'application dans le calme et la paix, pour que cette Répartition Équitable ne serve pas de motif à une Évolution sociale douloureuse.
L'Équité dans la Répartition des produits du Travail doit être désormais la base de l'Ordre au sein des Sociétés; non de l'ordre imposé par la force, mais de l'ordre vrai, de Tordre consenti, de l'ordre durable, de l'ordre reposant sur la satisfaction de toutes les facultés ayant, de par la volonté du Créateur, droit aux produits du Travail. L'Équité de Répartition est le premier pas à faire pour écarter les brandons de discorde parmi les hommes ;. sa pratique nous apprendra à être bons et justes, à appliquer à nos actes le principe delà vraie morale, à protéger dans les autres, comme en nous-mêmes, tout ce que la Vie réclame.