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FACILITÉ DES RELATIONS

mômes occupations, sans que rien le garantisse des intempéries, et son temps se perd ainsi dans une activité presque généralement infructueuse. Le Palais Social au contraire appelle ses habitants à la vie utile, parce que leur activité est directement productive.

Au Familistère, les Écoles se trouvent à côté de l'habitation ; les enfants sont toujours près de la famille, et les pères et mères peuvent les suivre du regard jusqu'à leurs classes, ou les trouver au milieu de leurs jeux dans les cours ou les jardins du Palais.

Cette facilité des relations contribue à faire du Palais Social l'habitation la plus propre à, élever le niveau moral et intellectuel des populations, parce que l'enfance trouve l'école à côté de sa demeure, et parce que les commodités de la vie du Palais, enlevant à l'ouvrier le surcroît de peines que le ménage isolé comporte, lui laissent plus de loisirs pour s'initier aux faits du progrès et à ceux de la vie sociale, par la lecture des journaux et des livres qu'une bibliothèque, facile à organiser, rend accessibles à la population entière.

Poursuivons l'étude de ce principe : qu'il y a connexité entre le progrès des masses et celui de l'architecture sociale, c'est-à-dire de la pensée qui préside à la construction des édifices élevés en vue du bien du peuple.

Il en est ainsi, parce que le milieu édifié entraîne un usage déterminé, et par cela même des conséquences qui lui sont propres.

Le Palais Social doit donc avoir ses conséquences, non-seulement comme milieu habitable, mais aussi, et surtout, par l'effet delà concentration de tous les ressorts et de tous les services sociaux. Les premiers effets qu'il doit produire, c'est l'augmentation du bien-être des classes pauvres, c'est la réalisation du comfort au profit de tous, pour la satisfaction des besoins externes et internes du corps.

Le bien-être externe trouve une première base dans le comfortable de l'habitation, mais il se complète ensuite par tous les avantages dont la demeure est "entourée ; et c'est en exerçant ainsi son action bienfaisante au profit des masses, que le Palais Social devient le moyen pacifique de leur avènement aux bienfaits de la richesse.

Dans un tel milieu, il ne faut à la famille que les ressources du travail pour avoir l'assurance d'une vie tranquille et calme.

Sans rien changer d'abord aux habitudes des personnes, le Palais Social a le mérite de mettre l'esprit de prévoyance, d'économie et de réserve, au service de ceux à qui l'économie est impossible, et qui, par ce motif, ne trouveraient dans la prévoyance qu'une nouvelle raison de sentir plus vivement l'état de leur infortune.

A quoi en effet servirait le désir de faire des provisions, en vue de l'avenir, chez les ouvriers qui ont à peine la possibilité de se pourvoir la veille pour les besoins du lendemain ? L'indifférence de ce lendemain est pour eux le plus sûr adoucissement des inquiétudes de l'avenir, contre lesquelles ils sont impuissants.

Mais ce que ne peut faire isolément la famille de l'ouvrier devient possible par une réunion importante de personnes.

C'est d'ailleurs ainsi que la chose se fait d'une façon indirecte dans le milieu actuel : les commerçants achètent en gros, pour les besoins du public, ce qu'ils revendent ensuite en détail, augmenté des profits que paient les consommateurs. Gela diminue pour ceux-ci la quantité de denrées et d'objets consommables, puisqu'il faut que chacun abandonne une partie de ses ressources aux improductifs; mais avec l'éparpillement des populations et l'inso-

lidarité de leurs intérêts, le public ne voit, dans la multiplicité des intermédiaires, qu'un moyen plus facile d'avoir les choses de première nécessité dans tous les quartiers, quand il y a là au contraire l'impôt le plus onéreux sur le consommateur.

Au Palais Social, les intermédiaires peuvent être supprimés; toutes les marchandises peuvent être achetées par un syndicat et être vendues à la masse à son profit ; les fonctions parasites se suppriment ainsi, et chacun se livre à des fonctions productives. Le nombre de fonctionnaires, juste nécessaire au débit dans les magasins généraux du Palais, reçoit une rétribution proportionnée à ses services, et le débitant n'est plus un spéculateur vis-à-vis du consommateur.

La concentration des habitations du Palais rend inutiles les fonctions parasites. La réforme commerciale, dans laquelle les économistes cherchent depuis longtemps le moyen de supprimer les intermédiaires, s'opère avec la plus grande facilité; il n'est plus besoin qu'un détaillant s'installe à chaque coin de rue pour exploiter un groupe de population : les approvisionnements se font au Palais, au seul profit de la masse des consommateurs.

Les bénéfices commerciaux, réalisés de cette façon, font le plus solide élément du budget de la population du Palais, et lui permettent de réaliser dans son sein toutes les institutions qui peuvent concourir à son développpement physique et moral.

L'organisation commerciale, à laquelle les développements du Palais se prêtent, met donc à la portée du logement tous les approvisionnements nécessaires aux besoins des familles; elle établit l'économie sur les achats, au profit du pauvre comme du riche, et elle assure à tout sociétaire sa participation aux bénéfices réalisés sur sa consommation.

Il ne faudrait pas croire que le régime de l'habitation fût indifférent pour réaliser cette organisation des approvisionnements, au profit des populations ; c'est à l'économie des relations que la possibilité en est particulièrement due.

GÉNÉRALISATION OU BIEH'ÈTP.E

Le travailleur ne souffre pas toujours par insuffisance du salaire, mais il est souvent dans l'obligation de consommer ses gains au jour le jour, et dans la nécessité d'acheter les provisions du ménage au fur et à mesure de ses besoins. Aussi, à chaque instant, l'absence d'un comestible ou d'une épice nécessaire se fait sentir au moment du repas : c'est le sel, le poivre, la moutarde, l'huile ou le vinaigre qui manque, il y a trop loin pour l'aller chercher, et le repas se fait au milieu des reproches et de la mauvaise humeur de la famille.

D'autres fois, la ménagère a un besoin pressant de réparer quelque dégât aux habits du mari ou des enfants : un bouton est perdu, il n'y en a pas pour le remplacer, ou le fil et les aiguilles font défaut, c'est à remettre à une autre fois, quand on aura été chez le marchand chercher ce qui manque ; le dégât s'aggrave en attendant, et la gêne reste.

D'autres fois encore, c'est un parent ou un ami qui arrive à l'improviste, c'est une indisposition qui survient dans la famille, on voudrait avoir un cordial à offrir, il n'y en a pas en réserve chez l'ouvrier. Les provisions ne sont abondantes, dans les maisons isolées, que chez les gens aisés ou riches, l'ouvrier ne trouve ce qui lui est nécessaire que chez les débitants : les débits sont trop éloignés, et la satisfaction ou le soulagement à offrir ne peuvent arriver à propos.

Il n'en est pas ainsi au Familistère, où les provisionssont faites en vue des besoins de la population entière. Le sociétaire trouve à chaque instant, dans son propre Palais, tout ce qui lui est nécessaire ; et en ceci encore, le Palais procure au plus pauvre des Équivalents de la Fortune, puisqu'il tient en permanence des provisions à sa disposition.

Mais les provisions de choses nécessaires aux besoins de la vie, mises à la portée de tous les consommateurs, ne rendent pas seulement des services accidentels : les magasins d'étoffes, de bonneterie, de chaussures, de mercerie, de lingerie

mettant en permanence, sous les yeux de la famille, les objets propres à la vêtir, font un appel incessant à l'achat des choses utiles, et à l'emploi profitable du salaire pour le bien de la famille. Tout ce qui est ainsi employé contribue au charme domestique, au bien-être externe, et se trouve être autant d'enlevé aux tentations du cabaret et aux dépenses infructueuses.

Il en résulte qu'au Familistère, quelle que soit la pauvreté des parents, l'enfant n'est plus misérable. L'émulation dans la tenue des jeunes élèves y est de ton commun : tous sont généralement bien vêtus et souvent même avec coquetterie.

C'est que les parents les voient, cinq fois tous les jours, réunis sous les galeries du Familistère, défilant en ordre pour se rendre à leurs classes, après leurs récréations, et que là les comparaisons sont forcées : la négligence, comme le soin des parents pour leurs enfants, y est au vu de toute la population, aussitôt qu'elle se produit.

Telle est donc l'influence d'un milieu plus favorable que, sollicitant chacun à l'amour du bien, il contribue par tous les moyens à faire disparaître cette hideuse misère dont l'enfant a tant à souffrir ailleurs au sein des classes pauvres. Et si la pauvreté fait encore quelquefois sentir son aiguillon à la population adulte du Familistère, au moins l'enfant ne le ressent plus, et vit véritablement heureux de cette plénitude de vie qui ne lui fait jamais défaut.

L'émulation générale, provoquée par l'habitation unitaire dans la tenue du vêtement, contribue au soin du corps et au perfectionnement des manières et du maintien ; cela se conçoit par les faits comparés de la vie publique : une grande différence existe, dans les usages de la vie, entre le citadin et le villageois, entre les classes aisées et les classes pauvres. La sociabilité s'améliore par l'aisance, et par la fréquentation libre et désintéressée de nos semblables ; lorsque l'individu, au lieu de se sentir affaissé par la misère, peut se présenter dignement aux yeux de ses semblables, il se sent ennobli; c'est le sentiment qu'éprouve au Familistère l'enfant de l'ouvrier : il ne subit plus, dès son début dans la vie, ces humiliations de la pauvreté qui abrutissent si souvent le corps et l'âme.

Au Palais Social, les classes et les conditions se confondent ; c'est par l'intelligence et le savoir que les individus brillent et se distinguent, et, pour une population qui débute dans cette voie nouvelle de l'existence, c'est surtout sur l'enfance que les heureux effets de la vraie vie sociale se font le plus tôt sentir. Aussi l'enfance est-elle heureuse au Familistère, heureuse de ce bonheur de liberté que nul autre milieu ne peut offrir, avec la même sérénité et la même ampleur.

Tout est charme pour l'enfant au Palais Social : les pelouses, les allées ombragées, les jardins, les vergers, la bibliothèque de l'enfance, les vastes

salles de tous les degrés de l'éducation et de l'instruction où il se rend sans fatigue, et ces immenses cours vitrées dans lesquelles, aux heures de récréation, il peut en toute saison jouer, s'ébattre à l'aise, en compagnie de ses camarades, auprès de la demeure de ses parents.

A l'extérieur comme à l'intérieur du Palais, tout est ménagé pour éviter à l'enfant les tentations nuisibles, capables de lui attirer les reproches de la famille ou, ce qui est plus grave, les mauvais traitements dont il est si souvent victime ailleurs pour des vêtements salis par la boue de la rue, ou les ordures du ruisseau et du fumier.

Les exercices de gymnastique et les jeux d'adresse, auxquels la réunion permanente des enfants se prête au Familistère, donnent à chacun d'eux des habitudes plus réservées, et plus tempérées, que celles produites par les jeux turbulents et désordonnés des enfants de la campagne ; jeux dans lesquels les accrocs et les déchirures, presque toujours inévitables, font le désespoir de la mère et la terreur de l'enfant.

Par l'exercice, les mouvements du corps se modèlent sur les habitudes de l'intelligence, et la raison vient plus vite à l'enfant dans un milieu où la sociabilité le pénètre par tous les pores, que dans celui où les dehors de la nature sauvage et indisciplinée s'offrent seuls à lui.

Le Palais Social offre donc à l'enfance des élé-

ments de joie et de bonheur qu'elle ne rencontre nulle part ailleurs.

L'examen particulier que nous ferons des principaux détails du Familistère et de ses dépendances, confirmera davantage l'influence considérable que peuvent exercer, sur l'homme, les dispositions matérielles du milieu dans lequel il est appelé à vivre.

Les besoins externes étant satisfaits par le logement et le vêtement, comment le Palais Social vient-il en aide à la famille pour la satisfaction des besoins internes, c'est-à-dire pour l'alimentation?

En ceci, comme en tout ce qui est du ressort de l'action et de la liberté individuelles, le Palais Social n'a qu'un rôle à remplir : rendre plus facile l'exercice de la liberté de chacun, rendre plus facile, à la famille, l'exercice de ses habitudes et de sa manière de vivre, et offrir à son choix, quand cela est possible, de meilleurs moyens et de meilleurs procédés.

Une bonne alimentation est un besoin que tous les hommes éprouvent ; c'est l'objet de l'incessante recherche de chacun de nous, et pourtant jusqu'ici il n'a été donné qu'à un petit nombre d'en jouir.

Comment expliquer qu'une condition aussi universelle de la vie humaine, que celle de la nourriture, n'ait point donné lieu à des progrès plus rapides dans les procédés de l'alimentation de l'espèce?

C'est que, plus que tous les autres besoins de l'homme, celui de la nourriture subit l'influence de l'organisation sociale; les vicissitudes et l'instabilité des affaires humaines, que l'insolidarité des intérêts et l'hostilité entre les hommes ont produites jusqu'à notre époque, affectent plus particulièrement l'alimentation, parce que ce besoin de l'espèce ne peut souffrir d'interruption. Par conséquent, de quelque nature qu'il soit, tout dérangement dans la marche des affaires de la Société crée un embarras pour la nourriture du peuple, parce que tout se traduit pour les masses par ce fait capital : le besoin de vivre; Salaire et Travail, tout vient s'y confondre.

C'est du travail seul que l'homme doit tirer son bien-être, c'est de la terre bien exploitée, bien cultivée, qu'il fait sortir les choses nécessaires à ses besoins ; c'est en utilisant tout ce qui en provient qu'il crée les moyens de la vie facile ; dès que son activité est détournée de cette tâche imposée par la nature, il n'est plus pour lui qu'erreur et malheur.

La guerre surtout conduit à ces tristes résultats ; par elle, les produits du travail deviennent insuffisants, et le peu que l'homme en tire est absorbé parles dépenses publiques : l'activité du peuple est délournéede son véritable but; cette activité, mise au service des conceptions d'un fol orgueil et d'ambitions désordonnées, ne sert plus qu'à ravager et à

ensanglanter la terre , au lieu de la rendre productive au profit de l'humanité.

La misère humaine se traîne ainsi, de siècle en siècle, victime de gouvernements insensés ou despotiques qui, à travers les âges, ont fait de tous les fléaux amoncelés par eux sur l'humanité, le fondement de leur gloire guerrière.

La notion du juste se corrompt au contact des mœurs delà guerre : le puissant s'habitue à considérer le peuple avec moins d'intérêt que îa bête, et comme un simple instrument soumis à son caprice et à sa volonté.

Et le peuple alors n'a plus pour se sustenter que les rares produits d'une terre qui l'abandonne, parce qu'il a négligé de lui accorder ses soins : la Nature laisse ainsi à l'humanité la responsabilité des malheurs que les sociétés éprouvent, pour avoir laissé place dans leur sein à la^tyrannie et à la servitude.

Le progrès dans l'art de vivre est difficile dans ces conditions ; la nourriture et Je bien-être du peuple sont les dernières choses dont s'occupent les gouvernants satisfaits de la position qui leurest faite, car il faut avant tout que le peuple travaille pour les gloires liberticides de ses oppresseurs !

La tyrannie, la guerre, la servitude, le travail perdu, et l'isolement, ont été les principaux obstacles aux progrès de l'alimentation saine et abondante du peuple.

Voilà pourquoi l'industrie culinaire est restée, pour les classes laborieuses, dans un état d'infériorité relative si considérable, par rapport aux autres progrès de l'Industrie.

Le peuple, isolé et divisé par le despotisme, n'a pu ni unir ni associer ses forces pour l'amélioration véritable du bien - être de tous. Pressé par la misère, chacun n'a pensé qu'à soi, et l'esprit d'individualisme a poussé de telles racines dans l'ordre social, qu'il sera pour longtemps encore la cause des plus grands maux des sociétés. Cet esprit sert de justification à l'égoïsmeet à l'imperfection delà Loi, qui n'admettent aucune limite à l'accaparement des fruits du travail social, consommés par quelques-uns en prodigalités individuelles , ou laissés sans emploi, pendant que des citoyens utiles périssent de misère, après une longue vie de labeur 1

L'institution démocratique du Palais Social, sous les auspices de la Paix, de la Liberté, du Travail utile, de l'Association des familles, et de l'Application intelligente du Capital, doit produire un résultat contraire.

D'autres causes ont fait aussi que l'alimentation est restée jusqu'ici livrée au hasard des circonstances. Ceux qui ont pu jouir des faveurs de la fortune n'ont jamais entrevu qu'il fût possible de créer pour le peuple des institutions propres à l'élever au bienêtre ; nulle part les nations les plus avancées du monde n'ont songé à livrer à l'étude, les méthodes

d'alimentation , et encore moins à en faire l'objet d'un enseignement régulier. L'empirisme le plus complet règne sur la fonction la plus nécessaire à l'homme.

L'état d'isolement des familles semble assigner à la femme la fonction des économies domestiques et le soin de la nourriture ; la connaissance approfondie de la préparation des aliments serait donc dans son rôle, mais on se garde bien généralement de l'initier à rien de ce qui fait le fond du bien-être de la famille et de ses plus sages économies.

Presque toujours la jeune demoiselle bien élevée, qui a été en pension jusqu'à 16 ou 18 ans, est une femme incapable de gouverner sa maison et de bien élever ses enfants. Il semblerait déshonorant pour elle de connaître les choses véritablement utiles et nécessaires dans le ménage. Telle est enfin la direction donnée presque partout aux femmes, par nos mœurs ridicules, que rien de la véritable connaissance des besoins de la vie n'entre dans leur éducation, et que la plupart d'entre elles deviennent épouses et mères sans avoir reçu la notion des devoirs que cette condition impose à la femme. C'est donc aux classes ouvrières qu'il faut avoir recours pour accomplir ces devoirs; mais que peut la fille ou la femme du peuple, dont l'existence s'est passée au sein des privations , et par conséquent sans enseignement régulier sur l'hygiène, l'art culinaire, et tout ce qui devrait constituer la science

de l'économie domestique? D'où il suit que cette science est à faire pour les classes pauvres comme pour les classes riches.

Si la préparation des aliments est presque généralement abandonnée à l'ignorance et à l'incapacité, que peut être le repas dans l'intérieur du ménage ouvrier, où non-seulement le temps du mari est pris par le travail quotidien, nécessaire pour subvenir aux besoins les plus pressants de la famille, mais aussi, où la femme se livre, de son côté, au travail des champs ou de la fabrique, dans l'espoir d'apporter quelques douceurs au sein du ménage? Mais que peuvent être ces douceurs quand la préparation du repas est complètement négligée?

Est-ce dans ces conditions, quand la nécessité du travail laisse à peine le temps de prendre la nourriture, qu'on peut se préparer un potage réconfortant et des aliments convenables? Non, l'ouvrier et sa famille doivent réparer leurs forces avec un morceau de pain, avec du lait, du fromage, quelques légumes crus ou quelques fruits, [parfois un peu de salaisons cuites sur la poêle, et d'autres fois , hélas ! l'ouvrier est condamné à faire son repas d'un morceau de pain dur que ses enfants ont été mendier.

La famille de l'ouvrier, abandonnée à elle-même, est donc dans l'impossibilité d'avoir une nourriture convenablement préparée.

La cuisine est un art particulier qui ne s'acquiert

que par la pratique et l'étude ; le riche prend des serviteurs capables pour remplir cette fonction; comment le Palais Social peut-il, sous ce rapport, donner à la masse de ses sociétaires les Équivalents de la Richesse, lors même que l'Association intégrale du Travail et du Capital n'y serait pas réalisée de manière à créer l'aisance au profit de tous ?

Le fait est des plus simples : si l'on conçoit l'impossibilité de trouver, pour les trois ou quatre cents familles du Palais, autant de cordons-bleus capables de tirer le parti le plus avantageux des ressources de chaque famille pour son alimentation, on comprend qu'il est plus facile de trouver quelques personnes seulement, possédant les aptitudes de la cuisine , pour ouvrir l'atelier culinaire , où tous les sociétaires pourront venir chercher des aliments convenablement préparés pour leurs besoins.

C'est ce que le Familistère offre à chaque ménage ; la famille n'y est plus condamnée à manger son pain sec à l'heure du repas, elle trouve à la cuisine alimentaire de bons bouillons, des viandes cuites, des ragoûts et des légumes qui lui permettent de composer instantanément le menu du repas; et l'ouvrier a la satisfaction de consommer chez lui avec sa femme, venant comme lui du travail, et avec ses enfants sortant de l'école, un repas réconfortant.

Le Familistère offre du reste à ceux qui ont le temps de préparer leur repas eux-mêmes toutes

les facilités pour le faire. Les ressources de l'alimentation sont complètes; sans sortir du Palais, le sociétaire trouve la boucherie, la charcuterie, l'épicerie, le pain, le beurre, le lait, le fromage, les légumes frais et secs et les boissons. La bière, le cidre, le vin, approvisionnés en grande quantité, et par cela même en bonne qualité, permettent au sociétaire d'avoir à chaque repas, sur sa table, une boisson toujours fraîche, et qui n'a pu ni s'éventer, ni s'aigrir; car la boisson est d'autant meilleure que la consommation en est plus grande.

Cet examen des conditions du bien-être externe et interne démontre que le Palais Social permettra un jour , à toutes les populations privées des satisfactions nécessaires à la vie, de mettre leur existence sous la protection de l'art culinaire bien compris , et qu'il leur permettra, en outre , de réaliser à leur profit des approvisionnements généraux que nul établissement coopératif ne peut réunir.

Sous quelques points de vue qu'on l'envisage, le Palais social assure aux classes ouvrières les Équivalents de la Richesse auxquels le salaire leur permet d'autant moins d'atteindre, dans l'habitation isolée, qu'il est souvent mal employé.

L'examen plus approfondi des dispositions matérielles du Palais, va nous confirmer de plus en plus cette vérité, que le Progrès Social des masses est subordonné au Progrès des Dispositions Sociales de l'Architecture.

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