TRAVAIL A LA JOURNÉE
était de onze heures de travail ; ailleurs, de douze et de treize heures.
La journée de onze heures se divisait à Paris en trois parties:
De 6 heures du matin à 9 heures, 3 heures, De 10 — 2 — 4 —
De 3 heures du soir à 7 — 4 —
Il y avait dans la journée deux repas d'une heure chacun. Le tiers du matin était d'une heure plus court que les deux autres tiers, par suite d'une grève qui avait réduit la journée d'une heure.
Le tiers du matin coûtant le même prix pour moins de travail, le chef d'établissement était intéressé à exiger plus rigoureusement la présence des ouvriers à l'ouverture des ateliers, et à en refuser l'entrée aux retardataires, ou à leur imposer une retenue pour le maintien de la régie.
De son côté, l'ouvrier trouvait exorbitant de n'être pas payé de tout son temps de travail pour quelques minutes de retard.
C'était une source de conflits et une cause permanente de préjudice pour le patron et pour l'ouvrier, c'était souvent pour l'atelier le chômage de l'outillage des ouvriers en retard, par suite de leur refus de subir la retenue, et pour ceux-ci l'obligation d'attendre au tiers suivant pour se mettre à l'ouvrage, heureux encore quand ce n'était pas pour eux l'occasion d'aller au cabaret.
Dans les autres grandes villes, la journée commençait encore à cinq heures du matin, et se trouvait ainsi de douze heures, partagées en trois parties égales.
En province, où la journée était de douze à treize heures, et où Ton comptait par quarts de jour, elle se composait :
De 5 à 8 heures du matin .... 3 heures,
De 9 à 12 » 3 »
De là 4 heures de l'après-midi. . 3 »
De 5 à 8 » 3 »
La journée, divisée par quarts, donne ainsi lieu à trois repos ou repas d'une heure chacun, et là où les repas de neuf heures et de quatre heures n'étaient que d'une demi-heure, la journée se trouvait de treize heures.
J'ai vu des ateliers où les treize heures étaient obtenues en supprimant le repas de quatre heures, et en laissant une heure le matin au déjeuner ; mais cela faisait une faction de sept heures de travail continu dans l'après-midi, et l'ouvrier arrivait à son souper, à huit heures du soir, exténué de fatigue et de faim.
On comprend à combien de tiraillements donnait lieu cette manière de compter le temps, par tiers et quarts de jour ; ce n'était rien autre chose que le maintien de la servitude à court terme ne comportant pas, il est vrai, l'aliénation de la per-