L'AIR : TEMPÉRATURE ET CHAUFFAGE
leur adapte est indépendant de la construction de l'édifice. Ces foyers sont partout des appareils portatifs qu'on place contre la cheminée, soit pour la cuisine, soit pour le chauffage. ■
La ventouse, qui arrive près du plancher, peut recevoir les dispositions qu'on juge les plus convenables, afin de ne laisser échapper l'air qu'après qu'il s'est échauffé contre les plaques du foyer. De cette façon, le sociétaire obtient une ventilation par l'air chaud quand il le juge utile.
Une pensée d'avenir, que la fortune présente de la population ne permet pas de mettre en pratique, a présidé à la conception des dispositions de ventilation générale que nous avons établies. On s'est dit que les galeries souterraines pourraient être pouvues, à l'intérieur, de calorifères chauffant l'air des souterrains, et qu'ainsi les chambres du Palais recevraient directement, et constamment, pendant la saison d'hiver, un air chaud qui éviterait à chaque habitant le soin de son propre chauffage.
Mais cette idée, on le conçoit, ne pourra recevoir son application qu'avec le progrès des idées et des sentiments de Fraternité et d'Accord que feront naître l'augmentation du bien-être, et la bonne entente des véritables principes d'économie domestique.
En attendant, un fait considérable sous le rapport de la température est acquis par la construction du Familistère : les logements y sont plus
chauds en hiver, et plus frais- en été, que dans les autres habitations ; cela résulte d'abord du système de ventilation qui y est établi, puis de ce que les bâtiments étant partout de même hauteur, les logements y sont garantis l'un par l'autre de l'action des vents en hiver et du soleil en été, et enfin de ce que les vastes cours vitrées, formant le centre du Palais, sont à l'abri des influences de l'air extérieur, et en préservent les logements. Les souffrances du froid, si communes dans les familles ouvrières, sont inconnues au Familistère.
La rareté des insectes est peut-être un véritable signe de l'état de salubrité du Familistère ; dans tous les cas, c'est un motif de tranquillité de plus à ajouter aux avantages de l'habitation, et à signaler en faveur des sociétaires du Palais.
Qui ne sait combien sont gênantes, dans la plus grande partie des maisons ouvrières, et particulièrement à la campagne, ces quantités innombrables de mouches dont les logements sont remplis?
C'est qu'aux abords de ces maisons les eaux croupissantes, les matières en décomposition, les tas d'ordures, sont des foyers où se développent les
larves dontéclosent les insectes. Rien de pareil ne peut se produire au Familistère; aussi les mouches y sont-elles très-rares, et même, pendant plusieurs années, en ont-elles été complètement absentes. Les quarante chevaux, attachés au service de l'usine, en amènent un peu dans les écuries du Familistère, sans cela les mouches ne se verraient pas dans les habitations du Palais.
Mais un fait bien propre à faire saisir les avantages de l'habitation unitaire, pour l'application des moyens de destruction des insectes , c'est l'absence de puces au Familistère, chez une population à peine sortie de la misère.
Ce qui s'est fait une fois à ce sujet, au Palais, peut servir d'exemple : après le premier hiver de l'occupation du Familistère, les puces y firent une rapide apparition, en commençant par des dortoirs consacrés aux ouvriers étrangers. En moins de huit jours, cette invasion de puces disparut, non-seulement de toutes les habitations du Palais, mais aussi des dortoirs placés dans les dépendances du Familistère.
Il a suffi, pour obtenir ce résultat, que l'économe de l'établissement ait fait mélanger du coalthar, ou goudron de gaz, dans de lasciure de bois, en quantité suffisante pour faire une poudre noire qu'on pût semer à la main, et que, pendant deux ou trois jours, après le coucher de la population, une personne de service ait jeté un peu de celte poudre
sur le sol des cours intérieures, et dans les souterrains de ventilation.
Cette opération si simple, et qui suffit pour faire disparaître, en quelques jours, jusqu'au dernier de ces insectes ennemis du repos de l'homme, peut être pratiquée au Palais sans que personne s'en aperçoive, si on le désire. Au matin, avant le lever des habitants, le balayage des cours ayant lieu, enlève la poudre de coalthar et ne laisse aucune trace d'un assainissement qui, du reste, n'a rien de désagréable, et pourrait être pratiqué à n'importe quelle heure de la journée.
Dans l'habitation ordinaire, rien de semblable n'est possible : on ne peut que donner d'inutiles conseils, puisque le mal dont on se débarrasse aujourd'hui vous est renvoyé tdemain par le voisinage ou toute autre cause : les soins particuliers de quelques familles étant impuissants contre l'ignorance et l'incurie de la masse.
Au Palais Social , l'intelligence de la direction et la propreté générale de la demeure délivrent la famille, à son insu, des causes vivantes de gêne destinées par la Nature à porter l'inquiétude et le malaise dans les habitations malsaines, afin d'obliger l'homme à chercher un mieux possible, en transformant des demeures qui sont en opposition avec le vœu du Créateur.
Comme il est infiniment plus simple de prévenir le mal que d'y porter remède , on n'attend plus au
Familistère que le repos du travailleur soit troublé par des insectes gênants pour interdire à ces derniers l'entrée du Palais. L'invasion de la vermine y est donc paralysée par les moyens d'assainissement employés en vue de l'hygiène générale, et l'influence de ces moyens eux-mêmes, sur la santé publique, semble prouver que les maladies épidémiques ou contagieuses sont moins accessibles au Familistère qu'elles ne le sont dans les habitations de la ville.
Dès que l'homme-est dans la voie des lois de la Nature, dès qu'il accomplit les intentions du créateur, tout obéit à sa volonté, et le bien qu'il cherche est toujours le résultat de son travail.
Tant que l'homme, au contraire, s'égare dans l'erreur et y persiste, le mal est en permanence autour de lui, et le travail ne lui donne que des fruits amers.
A ce signe, on peut donc reconnaître que la ventilation générale et unitaire des habitations est le vœu de la Nature, puisqu'elle répond aux besoins divers de l'être humain, et qu'elle lui permet l'installation de mesures générales propres à garantir sa santé et celle de ses semblables ; tandis que , dans l'isolement, la famille cherche vainement pour elle-même à écarter le mal -qui lui revient du dehors.