‹ Solutions socialesChapitre 159 sur 172 · XXXV11I · texte numérisé non relu

XXXV11I

Dans une entreprise telle que celle du Familistère, la bonne marche des services, comme leur bonne direction morale, dépend des principes qui président au régime administratif.

Dans un édifice où quatre cents, neuf cents et même douze à quinze cents personnes devaient successivement demeurer, la tranquillité, l'accord et l'ordre dépendaient de suite de l'organisation rationnelle des services d'intérêt commun.

On conçoit que dans une habitation semblable, la fréquence de la circulation, et les besoins sans cesse renouvelés, exigent le bon état, la propreté et le libre accès de toutes les choses d'un usage commun. Chaque famille, par l'usage qu'elle fait de ces choses, donne lieu à une part de balayage, de propreté, et d'entretien général indispensable à la bonne tenue des locaux.

La parcimonie et l'indifférence qui s'attachent le plus souvent aux logements ouvriers, auraient pu conseiller, comme moyen économique, de laisser à chaque famille le soin de cette part de la propreté générale, mais les conséquences d'une semblable mesure eussent été des plus fâcheuses, et eussent à elles seules compromis le succès.

Si, ailleurs, la famille a la liberté de rester dans la malpropreté, au Familistère cela était difficile. Dans ce Palais, la moindre ordure irrite la vue; donc, pour mettre les soins d'entretien et de propreté extérieurs à la charge de chaque famille, il fallait lui imposer la corvée de son bien-être; mais là n'était pas le seul inconvénient de ce système : ne voit-en pas combien de remarques, combien de critiques et même d'altercations, se seraient élevées à ce sujet entre voisins; ne voit-on pas combien souvent l'intervention de l'administration eût été nécessaire? il eût fallu tout un système de police pour obtenir dans le Palais un ordre contraint et une propreté forcée.

Il n'en a pas été ainsi, et les adversaires de cette fondation, qui n'avaient prévu pour elle que de semblables moyens de direction, et que les inconvénients qui devaient résulter d'une organisation ainsi comprise, ont été trompés dans leur attente.

Dès l'ouverture du Familistère, les locataires furent mis en possession de leurs logements : ils étaient chez eux, le Familistère n'avait rien à leur demander que le paiement de leurs loyers. Les cours, les balcons, les escaliers, les corridors, les cabinets d'aisances, les cabinets aux balayures, les bassins aux eaux ménagères, la propreté des écoles et des salles publiques; toutes les choses enfin d'un usage commun, étant à tous et n'appartenant à personne, restaient aux soins de l'administration, et ce sur lequel personne n'avait aucune contribution à apporter, aucun droit à payer, aucun travail à faire, personne ne pouvait avoir tendance à en abuser; chacun devait en respecter l'usage pour les autres comme pour soi.

Où des causes permanentes de conflit auraient pu exister, naissait au contraire une cause d'accord et de bonne intelligence, par l'effet des satisfactions que chacun en éprouvait.

C'était le problème de la domesticité libre mise en pratique. En ceci, comme en tout ce qui se rattache au bien-être des personnes, j'avais cherché à réaliser pour les classes moyennes et pauvres les

Équivalents de la Richesse : la solution était trouvée. La richesse a ses serviteurs pour lui rendre la vie plus facile; désormais, l'habitant du Familistère avait aussi les siens pour veiller aux soins généraux de la salubrité et de la propreté de l'habitation. Il n'était plus possible que les abords delà demeure du pauvre fussent encore un lieu d'immondices et d'infection.

Le service au Palais Social n'est pas individuel, il est vrai, mais chacun n'en a pas moins la satisfaction de voir balayer et nettoyer, sans avoir à s'en occuper, les cours, les escaliers, les balcons, les galeries de ventilation, les cabinets d'aisances, les cabinets aux balayures, les fontaines, etc., toutes les choses enfin qui font partie de la demeure, et que l'habitant trouve ainsi constamment en parfait état de propreté.

Les personnes qui remplissent au Familistère ces fonctions d'utilité générale, en échange d'un salaire convenu, sont au service de tous, sans être attachées au service de personne. Ces fonctions bien remplies sont un titre à la considération générale des habitants, car la supériorité, en toute espèce de travail, est en grand honneur au Palais Social.

Page 1