LE PRINCIPE DES CHOSES
Le Principe Universel de toute chose, c'est l'Être,
Ses existers ou attributs sont :
L'Esprit. — La Vie. -— La Substance.
Ils ont pour coexisters :
Le Temps. — Le Mouvement. — L'Espace.
L'Esprit dirige, la Vie agit, la Substance obéit.
Le Temps détermine, le Mouvement transforme, l'Espace renferme.
L'Esprit et le Temps sont attributs d'Existence.
La Vie et le Mouvement sont attributs d'Action.
La Substance et l'Espace sont attributs d'État.
Ces attributs éternels de l'Être infini sont, pour les êtres finis, des sphères différentes d'existence, d'action, d'état ; car les êtres finis sont des Modes de la Vie dans l'Être Infini.
L'Exister ou mode d'existence propre à chaque sphère des êtres finis, constitue leur Loi Suprême.
Les Existers de l'Être varient dans toutes les Sphères de l'Infini :
Dans l'Être où la substance domine, la Matière est sensible, la Vie est faible, et l'Esprit presque nul;
Dans l'Être où la Vie s'élève, la Substance s'épure et l'Esprit agit ;
Dans l'Être où l'Esprit domine, la Vie est active, la Substance est subtile et la Matière disparaît.
L'homme émerge particulièrement de la Substance; la Vie est pour lui le lien éternel de la Substance et de l'Esprit, de l'Espace et du Temps.
L'Exister ou attribut de l'Être dans la Nature, dans l'Univers, dans l'Infini, associé à l'Esprit pour agir sur la Substance: voilà la Vie.
La Vie, c'est la fonction organique de l'Être Infini à laquelle toute existence doit concourir.
Tout Être a la Vie pour but et pour fin, et la vie entière de chaque Être, soit d'un Monde, soit d'une Créature, n'est qu'une métamorphose dans la Vie Universelle.
La Créature Humaine tient à l'Être par l'Esprit, par la Vie et par la Substance ; elle est subordonnée : au Temps, par la durée de son existence terrestre; au Mouvement, par son activité; et à l'Espace, par sa place et sa fonction dans la Vie.
Mais l'Infini a de profonds mystères dans lesquels la pensée humaine peut plonger sans pouvoir entièrement les embrasser, et encore moins les démontrer. La Vie en est le côté le plus sensible pour elle, parce que c'est à l'OEuvre de Vie que l'homme doit la participation la plus directe de son rôle dans l'Infini.
La Créature est faite pour la Vie, c'est là le mystère de chaque existence.
L'Humaniié n'a d'autre mission sur la Terre que d'y faire prospérer et fructifier la Vie. La Vie est sa première Loi.
La Vie Humaine est une mission de l'Être, nécessaire à la Vie Universelle.
Par la Vie, l'homme élève la Matière à la Substance Active, et la Substance Active à la Vie de la Pensée.
C'est pourquoi la vie humaine la plus obscure est encore un des faits les plus dignes de respect de la part des hommes.
Dans l'Humanité, la Vie a pour coefficient le Travail.
La Vie et le Travail sont la Loi suprême de l'homme sur la Terre, car Vie et Travail ne sont qu'UN.
L'homme a la Vie pour travailler, et le Travail pour accomplir la Loi de Vie.
Le Travail fait la supériorité de l'homme sur l'animal, du civilisé sur le sauvage; mais cette supériorité, acquise par le Travail, est une conquête que l'homme fait au profit de la place qu'il se prépare dans la Vie, en même temps qu'il travaille pour le bien de l'Humanité.
Par le Travail, l'homme est institué le Collaborateur de la Nature, il féconde partout les effets de la Vie par la transformation de la Matière, par la culture des végétaux, par le soin et l'utilisation des
animaux, et par le soin particulier qu'il prend de lui-même et de ses semblables.
Le Travail est l'action par laquelle l'Homme unit la Substance à l'Esprit, et sollicite la Matière au mouvement et à l'activité; il assimile la Substance à la Vie Organique, à la Vie Instinctive, à la Vie Intellectuelle ; il accumule sur la Terre la Pensée et l'Intelligence, par lesquelles l'Humanité rassemble les éléments de perfection terrestre réservés au bonheur des générations futures : voilà le problème de la Vie Humaine.
Le Travail accompli par amour du bien de nos semblables est la part la plus méritoire que l'homme puisse prendre dans l'OEuyre de Vie.
La connaissance du principe des choses, c'est-àdire de l'Être, conduit donc l'homme à la Loi de Vie et de Travail, loi de sa destinée; pour lui, Loi Suprême et sensible qu'il peut étudier et observer, et par laquelle il peut s'élever, sans erreur, à la connaissance des Vérités Supérieures.
Alors la Lumière se fit dans mon Esprit.
C'est une Vérité, me dis-je, qui par sa trop grande évidence a passé jusqu'ici inaperçue.
La Créature Humaine est faite pour l'OEuvre de Vie : c'est là l'explication de cette énigme jusqu'ici indéchiffrable de l'inutilité apparente de certains êtres.
L'Humanité, dans la voie du progrès, se comprend déjà a peine au milieu de ses erreurs et de ses mi-
sères; mais combien plus encore pourrait-on se demander quel est le rôle, quelle est l'utilité, quel est le but, de l'existence des êtres qui ne trouvent que douleurs et misères sur la terre; des peuples restés sous le poids de leur ignorance et de leur misère primitives, si la Vie Matérielle n'était ellemême un fait utile à l'Être.
Pourquoi des Cafres et des Hottentots?
Pourquoi l'existence de l'Esquimau vivant dans les cavernes qu'il se creuse sous la neige? Quel est le but de la vie de ces peuples qui, depuis leur origine, n'ont pu faire autre chose que passer leur misérable existence à chasser l'ours, ou à attendre, sur des glaçons, l'occasion de prendre le poisson qui est presque leur seule nourriture, comme la peau de Tours est leur principal vêtement?
Et au sein du monde civilisé, pourquoi tant de victimes de la Tyrannie et du Despotisme Social et Politique?
Si la Vie est la Loi de l'Humanité, n'a-t-elle pas aussi sa Loi Suprême d'Harmonie dans laquelle le dur labeur de ces existences trouve sa compensation?
La part de ceux qui ont créé tous les biens de ce monde, au profit de ceux mêmes qui leur en refusaient la jouissance, doit-elle toujours rester inférieure à celle de leurs oppresseurs?
Toutes ces tristes existences auraient-elles une explication possible, si elles n'étaient utiles à la Vie
même, et si la part qu'elles prennent à la Vie n'était le fait principal que le Créateur attend d'elles, et une préparation à un autre rôle dans lequel elles jouiront de la liberté et des compensations dont elles ont été privées ici-bas ?
, Mais ce rôle, quel est-il ? En attendant que la Justice s'intronise sur la terre, quelle place la Justice Éternelle fait-elle à l'Homme dans la Vie au delà de ses labeurs terrestres?
Que ton intelligence et ton coeur soient satisfaits, médit la Voix de l'Esprit et delà Pensée.
Maintenant l'activité de ton âme va pénétrer le Secret de la Vie en dehors de la Matière î Et je pénétrai les Métamorphoses de la Vie ! Des yeux du corps, je vis d'un côté le champ de labeur de l'homme sur la terre; et de l'autre, au regard de mon esprit, était offert le spectacle des existences supérieures auxquelles chaque intelligence est appelée.
Je vis l'Activité Humaine transformée au sein de la Substance Invisible de l'Espace, et je compris qu'elle accomplissait une oeuvre nouvelle de Vie, proportionnée aux mérites terrestres qu'elle avait su conquérir.
La Continuité de la Vie fut sensible pour moil Je vis des yeux de l'âme que les Vertus et les Mérites accumulés par la Créature, dans le travail du progrès de la Vie Matérielle, sont la richesse
propre que chacun emporte aux trésors de la Vie Supérieure.
Je vis l'auréole de l'homme de bien resplendissante du respect et de l'amour de la Loi de Vie, et sa marche illuminée du progrès qu'il avait réalisé sur la terre au profit de la vie de ses semblables et de l'humanité.
Et je vis encore que l'absence de ces mérites et de ces vertus causait, au sein de cette existence, les regrets et la pauvreté des êtres attardés dans le progrès de la Vie.
Avec les yeux de l'âme, j'embrassai le spectacle glorieux auquel participe la créature obéissant à la Loi Souveraine de l'Infini, et mon cœur ému d'un saint amour, à l'aspect du but divin de la Créature, était animé du vif désir d'enseigner aux hommes le dévouement à la Loi Suprême.
Et la Voix de l'Esprit et de la Pensée continua à me parler ainsi :
Vois et comprends encore ! ■
A vingt siècles de distance, le Gaulois a sa chaumière où il se met à l'abri des intempéries ; il tue les animaux pour en manger la chair et se vêtir de leurs dépouilles ; il laboure la terre, il en récolte les moissons ; les vaches au pâturage lui donnent le lait et le fromage; de la laine des moutons, du lin qu'il récolte, il fait le fil propre à tisser ou à coudre ses habits.
Et tout cela pour Vivre !
Les générations succèdent aux générations, réparent leurs maisons délabrées, labourent de nouveau leurs champs, recommencent cet incessant travail que leur postérité recommencera à son tour.
Pourquoi? pour Vivre!
Pour entretenir la Vie 1
Chaque année, un certain nombre d'entre les hommes terminent leur carrière, des enfants naissent et prennent leur place, et, ainsi, de génération en génération, se perpétue, à travers les âges, jusqu'à nous, la Vie Humaine !
Pourquoi ?
Pour continuer et entretenir la Vie.
Ainsi, depuis l'origine du monde, existent encore aux mêmes lieux des populations qui, sans cesse et toujours, ont employé leur activité à se nourrir, se loger, se vêtir, se reproduire.
Les méthodes du Travail se perfectionnent par le développement des idées, mais le but reste le même : VIVRE, pour le progrès de la Créature et la continuité de la Vie.
Mais cette OEuvre n'est pas une œuvre stérile l'Homme est l'interprète de la Nature pour aider au développement et au progrès de la Vie au sein de la Matière, il est appelé à la régénérer par le Travail et à en faire surgir ia Vie de l'Idée et de la Pensée, au profit de son Avancement et du Bien de l'Humanité.
La Vie est donc un (ait et un but, une tache et
une mission; la Vie est la loi de tout Être et de toute Créature ; la Vie est la Loi Suprême de l'Humanité.
Nulle Créature n'a reçu autant que l'homme les moyens de coopérer à la Vie ; aussi ne lui est-elle pas imposée seulement comme un fait qu'il doit subir, mais aussi comme étant la base des lois qu'il doit prendre pour guidedans l'ordre physique, dans Tordre intellectuel et dans l'ordre moral.
cbitere du bien et du mal
La Vie, Partout et Toujours;
La Vie, Cause, But et Fin de l'existence humaine ;
La Vie, Loi de l'Individu;
La Vie, Loi des Sociétés ;
La Vie, Loi des Peuples et des Nations;
La Vie, Loi de l'Humanité ;
La Vie, Loi du Globe;
La Vie, Loi de l'Univers et de l'Infini.
La Vie, enfin, voilà le Critère du Bien et du Mal propre à chaque degré de l'Être; Critère tant cherché par les sages et les philosophes ; principe et loi morale de l'ordre politique et de l'ordre social, en même temps que fanal propre à guider chacun dans la voie du bien.