BUT DIVIN DU TRAVAIL
d'idées propres à guider l'Humanité vers l'Interprétation religieuse et vivante du Travail : les vérités qui le concernent se montrent, une à une, depuis plus d'un derni-siècle; mais combien d'erreurs restent encore entassées devant elles, et s'opposent à leur application sociale.
Le Travail participe à l'OEuvre divine de la Vie ; c'est l'élément du Progrès des Nations et de l'Émancipation des Peuples; c'est là ce que nous espérons démontrer, en même temps que nous indiquerons la voie de la mise en pratique des vérités qui permettront à l'homme de pénétrer dans le champ infini des perspectives de son avenir, et des vues de Dieu.
Les Lois qui président au Mouvement et à la Marche de la Vie dans l'Humanité, sont analogues à celles qui président à la marche de la Vie dans l'Individu.
Les Sociétés Humaines ont des caractères et des tempéraments divers, suivant l'âge de leur développement social ; chaque phase de la Vie des Sociétés correspond à l'expression de facultés et de besoins particuliers, comme chaque phase de la Vie des Individus à ses tendances particulières.
En effet, si Ton étudie le développement des fonctions de la Vie dans l'Homme et dans les Sociétés humaines, on reconnaît l'analogie de leurs mouvements : la Société, c omme l'Individu procèdent tous deux en sens inverse de la Justice: leur marche suit Tordre des lois primordiales ; elle s'appuie d'abord sur la Conservation Individuelle, Loi du Droit à la Vie ; ensuite sur le Progrès Individuel, Loi du Devoir dans la Vie, avant de pratiquer la Loi d'Équilibre qui est celle de Justice dans la Vie.
Ainsi les fonctions, soit dans la Vie Individuelle, soit dans la Vie Sociale, procèdent toujours du Droit pour s'élever à la notion du Devoir, et de celle du Devoir pour s'élever à la notion de la Justice.
Si nous considérons l'Homme dans les phases successives de son existence , nous le voyons d'abord, enfant, recevant de la tendresse maternelle les soins nécessaires à son entrée dans la Vie : fort de son droit, c'est par des cris et des pleurs qu'il les appelle. Puis l'enfant grandit, il veut s'affranchir de ses lisières ; il éprouve le désir de disposer par lui - même des choses vers lesquelles ses besoins l'entraînent ; il veut l'indépendance; il aspire à faire acte de possession sur ce qui est à sa convenance : l'Esprit de Propriété s'agite en lui ; il recherche la satisfaction de ses besoins, avant de raisonner le droit des autres ; incapable cependant de créer ses moyens d'existence, il les attend encore ries choses créées sans son intervention, puisant
dans les affinités inconscientes de sa nature, la raison du droit qu'il réclame.
Consommer et agir est le fait de son Existence, et son Droit s'appuie uniquement sur le Devoir d'autrui, sans se préoccuper s'il y a Justice.
Bientôt l'enfant se fait homme, il entre dans la phase du Travail ; alors il arrive à son Émancipation naturelle; ce qu'il attendait des autres, il sent qu'il peut le tirer de lui-même ; il n'est plus indispensable pour lui d'invoquer son Droit Naturel à la Protection de ses semblables, ni de tout attendre de leur Devoir. Le Travail lui ouvre une phase nouvelle de la Vie : il crée, il produit, il use de ses OEuvres, et il devient même le dispensateur des biens nécessaires.
C'est alors le moment où l'Homme voit, dans le Travail produit, le fruit de son Action sur la Matière, et dans les économies et réserves qu'il a faites, des garanties pour l'avenir; garanties sur lesquelles il peut d'autant plus compter qu'elles sont l'œuvre de son action personnelle.
Les énergies de la Morale Primitive se développent alors en lui, parallèlement à celles du Travail; le sentiment de la Propriété se joint à celui de la Sécurité, à celui de la Famille et de l'Amour.
Les sentiments des Individus, resserrés dans ce cadre, imposent à la sociabilité de très - étroites limites : l'Homme n'aime que lui etson entournge: il ne vit que pour ce qu'il connaît, et il est hostile à
tout ce dont il est resté éloigné. Mais malgré cela le sentiment du Devoir s'ajoute à celui du Droit: l'homme sent qu'après avoir reçu des autres, le moment est arrivé de leur rendre à son tour ; son amour du bien des autres s'élève en raison de ses progrès dans la Vie.
La fréquence des rapports avec ses semblables adoucit avec le temps l'esprit d'individualisme, parce qu'elle fait entrer en fonction les facultés supérieures de l'Homme, à mesure que le cercle de ses relations s'agrandit. L'expérience lui fait concevoir la nécessité de l'équilibre des rapports, non-seulement dans la vie individuelle, mais aussi dans la vie sociale ; et alors la phase de la raison naît en lui, en même temps que le sentiment de l'Application de la Justice aux actes humains, dans la mesure de ce que son intelligence en embrasse.
C'est ainsi que les Idées Sociales de l'Être Humain s'étendent, de la Famille à la Cité, de la Cité au Canton, du Canton à la Province, et de la Province à la Nation, pour s'étendre ensuite à l'Humanité.
Mais c'est à travers mille épreuves que ce Travail Moral s'accomplit, et c'est à peine si quelques esprits, aujourd'hui, sont affranchis du Préjugé des Nationalités et des Frontières.
Les Évolutions Morales que nous venons de constaterdans F Homme, parallèlement au Développement deses Facultés, sont les mêmes dans la Vie des Sociétés Humaines; ce n'est que lentement, et peu à
peu, qu'elles s'élèvent de la notion du Droit à celle du Devoir, et de celle du Devoir à celle de la Justice.
Dans les Sociétés Primitives, les Hommes sont les Enfants de la Nature : ils trouvent en elle les moyens d'existence qu'ils sont incapables de se créer par eux-mêmes. Attachés puissamment à la Matière par les liens de l'Organisme, c'est le côté matériel qui fait l'objet de leur première expérience.
Le Travail est d'abord le Résultat Instinctif des Besoins Individuels : la Nécessité commande, l'Homme obéit ; et la conquête des choses les plus nécessaires à l'existence est presque son unique occupation.
Mais les Besoins dépassent la limite de ce que le Travail peut donner, l'Homme manque d'Expérience et de Savoir, et Dieu a placé en lui un levain de Désirs qui doivent grandir, jusqu'à ce que le Travail ait créé sur la terre les progrès quwioivent donner à chacun l'abondance de toutes choses. Alors, sous l'empire de leurs Besoins Inassouvis, les hommes, tout en invoquant le Droit comme base de leurs actions, le font bientôt reposer sur la Force, et le Droit perd ainsi le caractère de sa première origine : les hommes ne se contentent plus d'accepter de la Nature les choses nécessaires à leurs besoins, ils cherchent les moyens de s'emparer du Travail de leurs semblables, et de s'approprier par la Violence la part des autres. Cette pensée cupide
fait dévier de sa route l'activité humaine : le Travail crée dès lors les instruments de guerre et de carnage.
La Destruction, le Vol, l'Esclavage, l'Asservissement de l'Homme par l'Homme, font leur entrée dans le monde, et causent le malheur des peuples jusqu'à ce que le sentiment du Travail Utile vienne remplacer ces Égarements de l'Humanité.
C'est alors le règne du Droit, fondé sur l'instinct brutal de la Conservation Personnelle, et se soutenant par l'Accaparement et la Conquête. Aussi la Société humaine offre-t-elle le spectacle d'une guerre incessante. L'Homme sillonne sa marche dans la Vie de l'Humanité par les innombrables erreurs de son Activité Subversive.
Avant de comprendre la Loi de Solidarité qui l'unit à ses semblables, l'Homme n'écoute que l'instinct puissant de ses propres Besoins.
Incapables de s'unir dans le Bien, les individus s'unissent dans le Mal ; le concert pour l'attaque provoque l'intérêt de la défense : il en résulte que la méchanceté et la convoitise poussent à la guerre une humanité ignorante, et lui font une loi du travail collectif dans un but de résistance et de conservation. C'est ainsi que le progrès s'accomplit même par la voie du Mal.
Dieu permet que la sottise et la méchanceté des hommes servent indirectement à l'accomplissement de leur destinée, en développant leur intelligence
par un emploi, quoique mauvais, de leur activité.
Cette période de dégrossissement social ne présente que des phases successives d'un travail confus. C'est la famille dans l'isolement, dans la misère, abandonnée à elle-même, travaillant sans prévoyance et sans mesure, épuisant ses forces à un travail ingrat, préparant obscurément le règne du Devoir, mais sans autre intérêt apparent que celui des individus.
On trouve difficilement dans l'histoire les traces des progrès accomplis par le Travail; l'homme est tellement fasciné par le régime de la force, par le contact des armes, qu'il s'est rendu indifférent à tout ce qui n'avait pas le glaive pour symbole. Autant l'histoire a enregistré de guerres, d'invasions, de batailles, de massacres, de persécutions, d'assassinats, d'empoisonnements et de faits qui seront bientôt pris en horreur par les nations, autant elle a oublié de nous parler du Bien que l'Homme a fait, en élevant la Matière au rang des auxiliaires qui doivent l'aider dans la tâche laborieuse du Progrès de la Vie Terrestre.
L'origine de toutes les découvertes utiles, dans les sciences et les arts, disparaît, le plus souvent, dans le silence, à moins que l'invention n'ait donné lieu à quelque persécution pour son auteur.
A travers toutes ces difficultés sociales, le Travail accumule lentement et obscurément, dans l'Humanité, les conquêtes qu'il fait sur la Matière.
Peu à peu, ia Loi du Devoir surgit de la réciprocité des Faits : les Sociétés reconnaissent que la Violence appelle la Violence, et que la Nature leur a fait, pour condition première de tranquillité humaine, une nécessité de mutuels égards et d'une mutuelle assistance.
Bientôt, le sentiment du Devoir domine à son tour celui du Droit, et les abus mêmes de la Force s'inspirent en apparence de la pensée du Devoir.
Cependant l'homme subordonne encore au respect du Droit ia notion du Devoir, et surtout celle *de la Justice qu'il comprend à peine, et dont le règne n'est pas encore venu.
Les Sociétés continuent ainsi de s'élever à la Richesse par le Travail; au milieu de leur pauvreté première, elles construisent des édifices publics qui transmettent aux générations suivantes leur contingent de Travail, avec les idées que portent en elles les formes revêtues par la Matière.
Le Travail crée des moyens de locomotion et de transport ; il met, par la construction des navires, les rivières, les fleuves et les mers au service de l'homme; il établit ainsi les échanges et les relations entre les peuples; il constitue parallèlement la Science en ouvrant, par les faits qu'il accumule, la voie des Réserves Intellectuelles.
Car la Science à laquelle l'Esprit Humain peut atteindre, est proportionnelle aux progrès que l'Homme a faits dans le Travail; sans le secours du
Travail des générations qui l'ont précédé, l'Homme est bien peu de chose : ses facultés ne prennent une véritable étendue que lorsqu'elles peuvent s'aider des moyens d'observation que l'instrument du Travail permet et a permis.
Enfin, arrive le jour où la Société se surprend à reconnaître qu'elle doit au Travail ce qu'elle est, qu'elle lui doit Tout !
C'est alors que dans la Société, comme dans l'homme viril, la loi d'Équilibre et de Pondération de la Vie permet d'ordonner les faits humains d'aprè s la notion de Justice.
Quand les Sociétés se sont élevées à ce niveau par les facultés du Travail , le caractère des forces morales qui les guident se modifie, et c'est de la Justice que ces Sociétés tendent à s'inspirer. Elles procèdent alors en sens inverse des Sociétés Primitives; au Lieu de faire dériver du Droit, la notion du Devoir et celle, de la Justice, elles font dériver de la notion de Justice celles du Devoir et du Droit.
Notre phase sociale est dans ce cas : son tempérament diffère de ceux des phases qui Font précédée. Les besoins qui s'y agitent dérivent des facultés productrices des intérêts composant les liens sociaux, et le Travail est la Force qui aspire à imprimer au monde un mouvement nouveau. Aussi, les réformes sociales, nécessaires à notre époque, doivent- elles avoir pour but d'organiser les moyens
d'assurer aux masses tout le comfort que le Travail peut enfanter à leur profit.
C'est là le seul moyen de légitimer l'emploi de la Richesse, et de placer les positions sociales, qui en dépendent, sous la sauvegarde de la Loi d'Équilibre et de Justice, qui assurera la paix définitive du monde.
Nos Sociétés ont traversé leurs phases d'enfance; possédant le sentiment véritable du Droit et du Devoir, elles pressentent les règles de la Justice et leur mise en pratique ; aussi veulent-elles, pour y atteindre, faire tomber toutes les barrières qui se dressent devant la Liberté, afin de créer l'Unité Sociale des Individus, des Nations et des Peuples.