COMPTE-RENDU DE LA RECEPTION
LUNDI, 17 NOVEMBRF 884
Grand mouvement dans la petite ville de Joliette.
Achats d’un nouveau genre : torches, chandelles romaines, fusées, lanternes chinoises.
C’est que le soir on attend Son Excellence Dom Henri Smeulders, Commissaire Apostolique en Canada,
À 74 heures, foule sur les rues et grandissime illumination dans la ville.
A 8 heures, arrivée du train, Il ya foule à la station. Des torches nombreuses illuminent comme en plein jour. Les yeux sont fixés sur le wagon de première classe. On s'attend à chaque instant à voir paraître Monseigneur, mais plus de quarante prêtres défilent auparavant. A la vue d’un si nombreux clergé, plusieurs sont déjà visiblement impressionnés.
Son Excellence paraît enfin.
Un formidable hourra se fait entendre. Le R. P. Beaudry, supérieur des Clercs de St-Viateur, M. le Curé de Joliette et M. le Maire, Ed. Guilbault, M. P., reçoivent Son Excellence. Un magnifique carrosse est à quelques pas. Prennent place à côté de Son Excellence le R. P. Beaudry, M. de Bie et M. le Maire. La fanfare du Collège Joliette exécute alors la Brabançonne, air national de la Belgique.
* * * Les torches étant disposées sur deux rangées, la proces-
sion aux flambeaux commence, La voiture de Son Excellence ouvre la nieis : elle est
NT |, tratnée par quatre magnifiques chevaux ayant chacun son ‘écuyer.
La m:lice du Collège, sous les armes, et commandée par le colonel Sheppard, escorte la voiture.
En arrière, les prêtres, les religieux, les élèves du Collège. Le peuple, un peu partout.
Les chandelles romaines et les fusées commencent à sillonner les airs. Les chevaux effrayés se cabrent, mais les écuyers les ont bientôt mis à la raison. On traverse le pont ; les lanternes chinoises et les fanaux se multiplient, des feux allumés sur la rivière jettent sur le rapide et sur les rochers un éclat saisissant.
On passe devant le couvent de la Congrégation de N.-D., ancien manoir de M. Joliette. Des transparents délicatement travaillés ont été placés dans toutes les fenêtres, et le couvent tout entier présente l’aspect d’une immense et riche lanterne chinoise. La grande fenêtre du milieu n’a pas de transparents, mais, par une heureuse disposition de pièces d’argenterie, elle forme un vaste foyer vingt fois étincelant.
Bientôt, nous sommes dans la rue Notre-Dame. Toutes les habitations sont illuminées. Partout des inscriptions, des emblêmes, surtout en l’honneur de Léon XIII.
Nous sommes en face de l'Hôtel-de-Ville, il a été décoré aux frais de la corporation. La coupole ornée et illuminée offre le plus joli coup d'œil.
A droite, dans le lointain, au delà de la place Bourget, le palais de Justice, tout inondé de lumière, présente un aspect magnifique.
Nous avancons. Bientôt nous sommes en face du vaste couvent des Sœurs de la Providence. La chapelle et les quatre étages sont illuminés. Il n’y a pas de transparents, mais ces lignes, si bien harmonisées, avec de fortes lumières,
usé Ci
sur une si grande hauteur sont d’un effet grandiose.
Nous prenons une rue transversale et bientôt nous sommes dans la rue Manseau qui conduit au collège, à l'église et au presbytère.
Dans cette rue, comme dans les précédentes, les particuliers ont rivalisé de zèle et d’habileté dans la décoration et dans l’illumination.
Les acclamations, la fanfare, les fusées et les feux de Bengale se disputent la distance à parcourir.
Le Collège se montre à son tour, La partie ancienne, dernier reste de la fondation Joliette, est ornée à la fantaisiste. La partie neuve, œuvre du R. P. Beaudry, présente des sujets appropriés, très-bien exécutés, et dont plusieurs offrent un aspect des plus pittoresques : les autres boudent parce qu'ils n’ont pas assez de lumière.
La vieille église, à gauche, ne donne que peu de lumière : elle gémissait sans doute de n’avoir pour la circonstance que de si petites qroisées.
Le presbytère, qui a toutes les proportions d’un évêché, présente gaîment ses nombreuses fenêtres toutes quadrillées de rouge, de vert, de bleu et Ce violet : magnifique ensemble.
400 enfants disposés dans le parterre du presbytère, et tenant autant de torches aux couleurs variées, devaient faire le bouquet de la réception ; mais on avait compté sans un vent violent qui cessa trop tard pour permettre de réaliser cette partie du programme
La voiture est arrivée.
Son Excellence gravit le grand escalier du presbytère.
La foule, de plus en plus considérable, lance des vivats multipliés. :
Que de sincérité, que d’enthousiasme dans cette popu- lation ! Dans le Commissaire Aposiolique, elle voyait sur-
tout Léon XIIL Le pape en personne eût été là, qu’elle n’eût pas fait d'avantage.
Les prêtres de la ville furent alors présentés à Son Excellence. Que d’affabilité dans son accueil !
Après le souper, Son Excellence se rend dans la grande salle du presbytère ou chacun peut jouir de sa présence. Mgr, que nous n'avions jusque là qu'entrevu, nous parut joindre beaucoup de simplicité à beaucoup de
dignité. Ilest à ce point de vue le portrait fidèle de Sa Grandeur Mgr Bourget.