‹ Sonnailles et chansonnaillesChapitre 21 sur 40 · HOPITAL · texte numérisé non relu

HOPITAL

Sanguine

C’est ici qu’une avare et dure Charité,

Fait haïr tes secours, noble Fraternité:

Bravez, ô délicats ! l’air empesté qu’exhale La navrante maison, lépreuse et sépulcrale.

Quel amas de souffrants, en troupeaux rassemblés ! Où gisent, sur leurs lits, confusément mêlés Celui que la Douleur tient sous sa dent cruelle, Celui qu’à la santé, l’Espérance rappelle.

Celui dont le cadavre est en proie à la Mort Celui qui se débat contre elle avec effort ;

Troupeau bêlant de faim, troupeau maigre, minable. Fait de l’Humanité souffrante et misérable !

Il agonise, empoisonné, hideux à voir ;

On fait de l’IIépital un ignoble abattoir Portant sur son fronton cette devise unique Des trois grands mots ronflants : Vive la République

SÉRÉNADE BIZARRE Chansonnaille

Zign’, zign’, zign’, chantez les guitares! Drum, drum, drum, roulez les tambours Pign\ pign’, pign’,, résonnez cithares Sonnez vos plus belles fanfares Pour accompagner mes amours.

Mes amours, se sont les colombes, Blancs oiseaux au vol gracieux Se jouant avec les palombes Autour des tombes Où sont endormis nos aïeux.

Mes amours ce sont les Mouettes Les Pétrels et les Goélands, Oiseaux des mers et des tempêtes Et qui soufflètont De leurs ailes les ouragans.

Zign1, zign’, zign’, chantez les guitares ! Drum, drum, drum, roulez les tambours, Pign', pign’, pign', résonnez cithares ! Sonnez vos plus belles fanfares Pour accompagner mes amours.

Mes amours, ce sont les grands tigres Cruels, mais liers, mais indomptés !

Vers vos nobles Eaux, ils émigrent Nils, Ganges, Tigres,

Ayant la haine des cités

De nos cités qui les exploitent,

Où, pour jungles, ces fiers lutteurs,

Ont d’infâmes cages étroites Et les chairs moites,

— Pour souper — d'ignobles dompteurs.

Zign’, zign’, zign', chantez les guitares ! Drum, drum, drum, roulez les tambours, Pign’, pign’, pign’, résonnez cithares ! Sonnez vos plus belles fanfares Pour accompagner mes antours.

Mes amours sont les taureaux, brutes, Mais martyrs d’odieux champs clos, Que des « Toréadors » recrutent Lardent, charcutent Pour le plaisir des hidalgos.

Mes amours c’est la bète folle Eventrant l’homme d’un coup sec.

Après le cirque, pour l’idole La nécropole :

C’est la revanche du beefsteak.

Zign’, zign’, zign’, chantez les guitares ! Drum, drum, drum, roulez les tambours Pign’, pign’, pign, résonnez cithares !

Sonnez vos plus belles fanfares Pour accompagner mes amours.

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