LE MARCHAND DE MARRONS
Croquis hivernal
Sous les nuages, bas et lents,
Ils étendent leurs longs liras blancs De l’argent du givre, les arbres,
Bras convulsés, tordus et froids, Attristant les parcs et les bois,
Nus et glacés comme les marbres.
Leur calvitie et leur pâleur Font tout bas songer au malheur Des foyers dont s’est éteint l’àtre,
A la misère, aux dures lois,
Aux pauvres sans pain et sans bois, Pour qui la nature est marâtre.
Achetez des marrons nouveaux, Pour vos marmots Et pour vos belles,
Achetez des marrons nouveaux, Les marrons, crépitants et chauds, D’hiver voici les hirondelles !
Sur les trottoirs, luisants, mouillés, Transis et recroquevillés,
Grelottants, malgré leurs pelisses,
A pas pressés, et bougonneurs, Involontaires patineurs.
Les passants sur l’asphalte glissent Ils vont, courbés, le nez en bas, Revaut de plantureux repas,
Du bon feu clair. . . Ils vont plus vile, Sans donner un regard aux gueux Affamés (pii passent près d’eux Dont le grand air est le seul gîte.
Achetez des marrons nouveaux,
Pour vos marmots Et pour vos belles,
Achetez des marrons nouveaux, Les marrons crépitants et chauds, D’hiver voici les hirondelles !
Il 11e faut pas leur en vouloir Si leur âme, par nonchaloir,
N’est point en peine d’altruisme, Des pitiés étouffer la voix Pour 11e pas se geler les doigts, Peut-être est-ce de l’héroïsme.
Ces gens-là sont de bons bourgeois, Dont le bon cœur va quelquefois Jusqu’aux averses lacrymales, Alors que, par les durs hivers,
Ils lisent, dans les «faits divers», Les congestions cérébrales.
Achetez des marrons nouveaux.
Pour vos marmots Et pour vos belles,
Achetez des marrons nouveaux, Les marrons crépitants et chauds D’hiver voici, les hirondelles !
BISCOTTE
Carte de vitrine
Biscotte a vingt deux-printemps — Age de fleur fraîche éclose.
Lys son teint, sa lèvre Rose:
Biscotte a vingt deux printemps.
Fille d’Eve, le fruit rose, Tenta sa mignonne dent.
Elle fuit, peur du serpent Fille d’Eve, le fruit rose.
Résister ainsi, c’était
D’un superbe et chaste effet ;
On en brûlait de beaux cierges
Car cet ange si parfait,
A la Cigale avait fait Une des onze cents vierges.