TONNELLES ET TUNNELS
On entrait jadis sous l'aimable voûte Des noirs coudriers courbés en arceau, Où le rossignol, que toute âme écoute, Chantait à travers les fleurs du berceau.
Désormais on entre, en suivant sa route, Dans un antre obscur, sous un noir vaisseau; On est dans la tombe, on est dans le doute Si la mort au bout n'a pas mis son sceau.
Changement des jours, ô fuite éternelle! Nos pères, joyeux, avaient la tonnelle.
Où l'oiseau jetait son chant doux et clair.
Nous possédons, nous, le long tunnel sombre, Et nous n'entendons chanter dans son ombre Que l'affreux sifllet du chemin de fer!
SUR LA SAONE
Le bateau, ce matin, redescendait le fleuve. Les rivages fuyaient, éblouissants à voir. Vous étiez sur le pont, en petit manteau noir, Avec des airs penchés de ravissante veuve.
Les gants étaient d'un rose exquis, la robe neuve Retombait à longs plis en négligent peignoir; Et, le front sur la main, vous me donniez la preuve Qu'on peut troubler les cœurs sans s'en apercevoir.
Et, tandis que le vent froissait votre dentelle, Chacun se demandait : « Quelle est-elle? Où va-t-elle? A-t-elle un compagnon sur le pont du bateau? »
Et moi je me disais : a Respectons ce mystère. C'est peut-être Vénus qui passe incognito, Et rentre ce matin de Chàlon à Cythère. »
PROMi:\ADt:S lîT VOYAGKS. 'J07